Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JAPON

Interview d'un dirigeant du mouvement anti-impérialiste

· Inprecor n° 185, 3 décembre 1984 · p. 22-24 · 3 294 mots

Japon et Corée Syndicalisme Écologie Paix et armements

Le mouvement anti-impérialiste mal en point

JAPON

Nous pubion crue sors en le tagion de Ango chine des personnalités marquantes du mouvement de solidarité anti-impérialiste au Japon. Cet entretien est le troisième et dernier des interviews réalisés pour Inprecor au Japon, fin juillet et début août 1984, concernant l'évolution du mouvement syndical et la situation des forces révolutionnaires (1).

La revue Ampo tire son titre - qui signifie Anti-Military

Pact Organisation - des grandes mobilisations des années 1960 contre le traité militaire nippo-américain. Fondée en 1969, paraissant en anglais, elle visait à l'origine à informer les étrangers

- avant tout les Asiatiques - des luttes populaires qui se menaient au Japon. Elle se mit rapidement à couvrir les luttes anti-impérialistes et démocratiques de la région, depuis la

Corée du Sud jusqu'aux Philippines, jouant un rôle très actif dans l'organisation de la solidarité au Japon même.

En 1973, grâce à ce travail de mise en relation de militants anti-impérialistes de la région, la revue Ampo impulsa la constitution du Pacific-Asia Resources Center (PARC). Ce centre a, depuis, assumé la charge de la publication

« INPRECOR » : - Comment évaluer la situation actuelle de la gauche antiimpérialiste au Japon ?

MUTO Ichiyo : - Pour dire les choses franchement, la situation de la gauche anti-impérialiste au Japon n'est pas bonne.

Elle pourrait certainement être meilleure.

Mais il y a actuellement de nouvelles possibilités qui apparaissent. C'est cet aspect positif, porteur d'espoirs, que je voudrais tout d'abord mettre en lumière.

Ce qui illustre ces possibilités nouvelles, c'est avant tout la mobilisation contre les missiles de croisière Tomahawk du 17 juin dernier à Yokosuka, en face de la base navale américaine. Cinq mille personnes sont venues protester contre le déploiement de ces missiles. Ce n'est pas un chiffre de participation très important, sourtout comparé à d'autres mobilisations contre le nucléaire au Japon, mais ce fut une manifestation significative par son contenu politique et par la participation spontanée de jeunes qui n'avaient pas l'habitude de se rendre aux manifestations antinucléaires traditionnelles.

Une dynamique nouvelle de mobilisation à la base se dessine. Elle s'est notamment manifestée lors de la marche de

1 500 kilomètres organisée par un groupe de 11 personnes qui ont, en 35 jours, parcouru la distance qui sépare la base américaine de Sasebo, dans le sud du pays, à celle de Yokosuka, où se tenait le rassemblement du 17 juin. Les marcheurs ont pu discuter avec de nombreux groupes locaux et enraciner ainsi la mobilisation contre les missiles de croisière Tomahawk. Cette mobilisation a pris la forme d'une coordination de groupes locaux.

Interview d'un rédacteur de la revue AMPO sur la plupart des pays d'Asie ? d'Ampo et, plus ré- d'Asie et ceux du Japon.

Sur le plan national, la coalition qui organisait la mobilisation de juin porte le nom de Mouvement national contre le déploiement des Tomahawk. C'est un regroupement lâche d'organisations populaires indépendantes et d'individus. Début juin, environ 1500 groupes d'ouvriers, d'étudiants, de ménagères et de simples citoyens participaient à cette coalition. Celle-ci a été formée en 1984 et prolonge le mouvement organisé en 1983 contre la visite du président américain Ronald Reagan, qui était d'ailleurs déjà centrée sur l'affaire des Tomahawk.

La mobilisation contre le déploiement des missiles de croisière est ainsi devenue, même si c'est de façon encore restreinte, un point central de la vie politique nationale. Elle reste certes dans le cadre du traditionnel « consensus antinucléaire » japonais, mais elle reflète aussi un nouveau niveau de conscience politique et de réflexion. Le sens de ce « consensus national » est de plus en plus obscur. Il se manifeste sous la forme de très larges mobilisations - des centaines de milliers de manifestants à Hiroshima, Tokyo, Osaka, etc. -, mais ne s'oriente pas sur des objectifs concrets mettant en cause le gouvernement. Il reflète souvent un sentiment antinucléaire apolitique.

Le mouvement contre le déploiement des missiles de croisière émerge dans le cadre de ce consensus antinucléaire, ce qui lui donne sa légitimité de masse, ce qui interdit au régime de le dénoncer comme le fait d'« extrémistes » et de l'isoler. Cela est positif. Mais il va aussi au-delà, en s'organisant autour d'objectifs concrets qui mettent effectivement en cause la politique gouvernementale. Cela aussi, cemment, d'une revue en japonais, Sekaikara (En provenance du monde). Il a engagé des recherches sur une série de questions fondamentales comme l'établissement des « zones franches » en Asie et l'activité des multinationales japonaises.

A l'occasion de son 10e anniversaire, en décembre 1983, le PARC a organisé une conférence de réflexion réunissant 157 participants, dont 21 étrangers. Comment répondre au rôle économique croissant du Japon dans sa région et à l'idéologie de I'« aide » accordée par Tokyo aux pays sous-développés ?

Comment lier la solidarité anti-impérialiste à la lutte sociale au

Japon même ? Quelle alternative à un ordre régional qui perpétue la domination des puissances impérialistes, dont le Japon,

Après avoir discuté de ces divers problèmes en assemblée générale ou en commission de travail et conclu les travaux de la conférence par l'adoption de diverses résolutions (2), le

PARC-AMPO s'est notamment donné pour tâche d'aider à tisser des liens plus étroits entre les mouvements populaires c'est positif, car ça reflète le début d'un processus de politisation nouveau.

- Mais pourquoi le mouvement ouvrier a-t-il battu en retraite, y compris en ce qui concerne les mobilisations antinu-

- La situation sur le front syndical est effectivement encore misérable. La gauche du mouvement ouvrier s'exprime par le biais de diverses publications, elle agit par le biais de petites organisations.

Mais, de façon générale, comme tu le sais, c'est le glissement à droite de l'appareil syndical qui domine entièrement la situa-

Les fédérations syndicales de droite, appuyées sur le secteur privé et sur la nouvelle confédération Zenminrokyo (3), ont complètement pris l'initiative face à

Sohyo (syndicat de gauche) et au secteur public. Lors des dernières mobilisations du printemps sur les accords salariaux,

Sohyo n'a su prendre aucune initiative marquante. Le gouvernement est en train de refondre systématiquement le secteur public en le démantelant et en en cédant des pans entiers au privé. Jusqu'à mainte-

1. Inprecor a déjà publié un article et une interview du dirigeant syndical YOKOYAMA

Yoshio dans son numéro 179 du 10 septembre

1984, et une interview de KONNO Motomu, membre du bureau politique de la LCR japonaise, dans son numéro 182 du 22 octobre 1984.

2. Le compte-rendu de cette conférence est publié dans le numéro 3-4 (volume 15),

1983, d'Ampo. Pour plus d'informations, écrire à PARC-AMPO, PO Box 5250 Tokyo Int., Japon.

3. Pour une présentation de l'évolution du mouvement syndical et de la fusion à droite, voir les interviews précitées.

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nant, la politique du gouvernement se pour se défendre et survivre dans la situamet en œuvre avec succès : les « forteresses » syndicales - comme la Fédération des chemins de fer nationaux - n'offrent pas de résistance déterminée face à ce processus de rationalisation capitaliste et de privatisation, malgré des réactions ouvrières locales au niveau des ateliers et des bureaux.

Nous assistons à la destructuration rapide du panorama syndical de ces dernières décennies, où le mouvement ouvrier était dirigé par Sohyo. Bien entendu, dans ce contexte, la gauche ouvrière est en difficulté. Mon impression est que les syndicats et groupes ouvriers se replient sur eux-mêmes pour assurer leur propre survie face à l'offensive du gouvernement et de la droite. Ils cherchent à s'accomoder de la situation changeante en se refermant sur eux-mêmes. Ils tendent ainsi à s'isoler. Nous devons comprendre que cette attitude reflète les difficultés de la situation. Il faut respecter ce que fait chaque groupe

Des travailleurs japonais manifestent leur soutien à Solidarité. (DR) tion présente.

Mais pour survivre en tant que force politique active, capable d'initiative, on ne peut se contenter du repli et de la dé fense de l'acquis. Il faut une stratégie de recomposition du mouvement ouvrier tenant compte de la réalité de la classe ouvrière japonaise, qui n'est organisée qu'à 30% et surtout dans les grandes entreprises. Ceux qui ont le plus besoin du syndicalisme, ce sont actuellement hors des syndicats. Is sont les plus vulnérables, les plus démunis face à la politique gouvernementale et pa-

Il faut organiser les inorganisés. Mais ce n'est pas là un mot d'ordre suffisant. Même la droite essaye d'organiser les inorganisés. C'est un slogan plein de trous. Il faut mieux définir quels syndicats construire, quel type de syndicalisme est possible aujourd'hui et doit être construit. Il faut centrer notre effort de réflexion et la lutte de la gauche ouvrière là-dessus. Sans cela, la survie elle-même des forces de gauche deviendra impossible.

- Mais comment initier ce processus? - C'est un problème tactique difficile. Par où commencer ? En plus du front de lutte existant au sein du mouvement ouvrier organisé tel qu'il est aujourd'hui et en défense de ses acquis, il faut ouvrir un second front. Il faut s'adresser à des secteurs qui deviennent de plus en plus importants, dont le potentiel de lutte est riche. Un secteur clef, dans ce cadre, est celui représenté par les ouvrières, dont le rôle augmente avec le développement du travail temporaire ou à temps partiel. Elles n'ont pas encore été « conquises idéologiquement » par la grande entreprise capitaliste, comme beaucoup d'autres travailleurs gagnés au patriotisme d'entreprise. Elles subissent en effet l'oppression de la femme, et les entreprises japonaises ont peur de les intégrer. Elles sont plus disponibles pour la lutte, et le combat des ouvrières peut rejoindre le combat de la femme dans la famille. On peut faire ainsi un lien concret entre la lutte socialiste féministe et la lutte pour regagner une base combative dans le mouvement ouvrier. Cela offre aussi la possibilité de conquérir une base sociale pour le mouvement féministe socialiste. Il faut étudier la condition ouvrière féminine et développer la conscience de la nécessité de la libération

Si une telle dynamique peut être engagée, son impact sera profond. Même au sein de la gauche, un courant comme Rodo Joho est masculin presque à 100%. Les traditions culturelles pèsent très lourd dans ce domaine, et il faut un choc venu de l'extérieur du syndicat - à travers la mobilisation propre des femmes ouvrières - pour faire changer les choses.

Le problème est posé. Même le gouvernement est obligé de faire des gestes par rapport aux femmes. Il subit la pression occidentale - y compris dans le cadre de la guerre commerciale — et propose un projet de loi sur l'égalité des sexes dans l'emploi. C'est un projet sans conséquences, puisqu'il ne définit pas d'objectifs précis, ne prévoit pas de sanctions pour son non respect, etc. C'est un geste formel, en échange de quoi le gouvernement couvre une série d'attaques concrètes contre les femmes qui travaillent. Pourtant, le patronat hurle que ce projet de loi peut pousser les entreprises à la faillite et refuse de l'appliquer. Les réactions que ce projet de loi a suscité sont intéressantes, car elles révèlent la peur des milieux patronaux de voir s'engager une dynamique de lutte sur ce terrain là. Les débats ouverts à cette occasion nous offrent la possibilité d'intervenir sur cette question. Les femmes peuvent être organisées et peuvent s'organiser.

On ne gagnera pas la bataille sur le front syndical par des retouches ou des luttes traditionnelles. Pour changer profondément la situation, il faut changer la culture du mouvement syndical et ouvrier. Un changement qualitatif touchant

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aux modalités de direction, au fonctionnement, à l'imagination

Sans cela, on ne reconstruira pas un instrument à même d'intervenir efficacement dans les luttes, un instrument de changement social. On peut et on doit comprendre les difficultés d'une telle tâche, mais on ne peut pas renoncer pour

Les structures existantes, comme Rodo Joho surtout, ont un rôle très important à jouer en ce sens. Rodo Joho et Rosoren ( 4) - même si je pense que le lancement de Rosoren n'a pas été opéré dans les meilleures conditions - peuvent s'adresser aux inorganisés. Ils vont préparer un programme, ce qui est aussi un développement bienvenu. Mais il faut beaucoup plus que des mots d'ordre. Il faut une vision du mouvement à venir, de ce que peut être le mouvement de demain. J'insiste sur cette notion : une vision ... Ce probleme a déja été soulevé il y a trois ans. Mais le mouvement est resté prisonnier de la nécessité de riposter au coup par coup aux événements, sans perspectives autres que défensives. Les travailleurs japonais ont besoin d'un nouveau type d'organisation. Il faut partir d'un bilan critique de ces vingt dernières années, de ce que fut Sohyo, de ce que furent les autres mouvements. Cela reste encore à

- Est-ce que la conviction que tu exprimes a un rapport avec ce que tu disais auparavant à propos du potentiel de mobilisation du mouvement antiguerre ?

- Oui. Il faut briser une division entre les campagnes politiques classiques et les mouvements sociaux locaux, qui touchent au mode de vie, aux problèmes mouvements qui s'engagent traditionnellement dans la lutte antinucléaire et écologique. Depuis plusieurs années, la question se pose : comment lier ces deux niveaux de lutte ?

Des groupes politiques se sont tourmais généralement au détriment de leur. programme et de leur capacité à poursuivre leur lutte politique propre, ce qui ne résout pas le problème. Quant aux groupes engagés dans les luttes locales, ils rejettent souvent la politique et les partis. Or, il n'existe pas de débat constructif sur le lien entre lutte politique et lutte sociale diversifiée. Cela commence à changer, et c'est l'un des intérêts de la lutte contre les missiles Tomahawk. Mais c'est encore très embryonnaire, et il n'y a pas encore de convergence entre les groupes engagés dans la lutte politique et les groupes engagés sur le terrain socio-culturel. La plupart des groupes engagés dans ce dernier combat se situent exclusivement sur le terrain social. Mais, avec ce que j'ai dit plus haut sur la dynamique anti-gouvernementale de la lutte contre les missiles Tomahawk, ils peuvent commencer à apprendre l'importance de la politique à partir de leur propre expérience, en partant de leur propre point de vue.

Il y a en ce domaine des expériences intéressantes, mais pas encore de plateforme politique élaborée. Dans certaines localités, comme à Nagoya, des groupes politiques et sociaux collaborent depuis plusieurs années. Ils sont à même d'intervenir sur un grand nombre de terrains, depuis les lycées jusqu'à la solidarité internationale avec la lutte des masses philip. pines, en passant par le nucléaire, la pollution, la confiscation spéculative des terrains, etc. Cela indique quelle pourrait être la dynamique des groupes sociaux. Mais il n'existe pas, sur le plan national, aujourd'hui, de consensus au « mouvement » à ce sujet.

La base des mobilisations du type de celle de Yokosuka, c'est ce que l'on peut appeler les « groupes de citoyens ». Ils travaillent souvent avec beaucoup de ténacité depuis près de vingt ans. C'est l'une des principales caractéristiques de la made juin dernier, celle d'être surgie de la base. Et ces groupes commencent à s'ouvrir à la politique. En même temps, ils s'enracinent de plus en plus au sein de la communauté. Ils ont fait un énorme travail de porte à porte, si bien que la déclaration pour « Yokosuka sans nucléaire » a réuni plus de 50 000 signatures. C'est une expérience tout à fait

A partir de ces expériences, il devrait être possible d'avoir une vraie discussion sur la manière d'intégrer ces mouvements de façon plus organique, moins artificielle, et de les articuler autour d'un programme d'action politique et social. Il faut créer une atmosphère de discussion. On n'a pas connu de telles discussions depuis dix ans. Les journaux des groupes politiques polémiquent, ils ne mènent pas de véritable

- Comment répondre, dans ce cadre, à vos tâches de solidarité internationale ?

- Vu notre niveau actuel d'organisation, nous ne sommes pas en mesure de répondre comme il le faudrait aux développements des luttes aux Philippines et en Corée du Sud. Nous sommes en effet confrontés au problème de l'intervention américaine et japonaise. Il faut nous construire à la fois pour nous-mêmes et en solidarité avec les peuples en lutte pour leur libération. Il nous faut opérer sur deux fronts. D'une part, il faut forcer le Japon à se désengager, même partiellement, de la stratégie américaine. Dans ce but, tout allié, même si ce n'est qu'un allié tactique, doit être accepté pour affaiblir cet engagement japonais aux côtés des Etats-Unis. C'est un front d'action pragmatique. Mais, à lui seul, ce type d'action ne peut imposer de vrais changements dans les rapports du Japon avec la région. Il faut donc. d'autre aux forces potentiellement révolutionnaires, qui peuvent changer les choses en profondeur et briser réellement la politique impérialiste du Japon.

Actuellement, le mouvement de la paix, le mouvement antiguerre, élément qui peut aider à ces deux tâches. On peut poursuivre d'un côté une action immédiatement et directement internationaliste. Si l'on agit correctement on peut aussi, d'un autre côté, renforcer l'action d'autres forces qui combattent les projets d'armement du gouvernement, et, de ce fait, accentuer les divisions au sein de la classe dominante en ce qui concerne la question de l'armement.

L'objectif politique est de s'attaquer aux accords militaires nippo-américains. C'est le contenu actuel de la lutte symbolisée par le sigle AMPO (Anti-Military Pact Organisation). C'est ce que nous voulons, mais ce n'est pas encore le mot d'ordre de tout le mouvement.

— Peux-tu préciser les objectifs actuels que peut se donner la gauche dans le mouvement syndical ?

— A court et à moyen terme, le problème qui va être posé est le suivant : Sohyo, qui symbolise une tradition de syndicalisme ouvrier indépendant, va-t-il se suicider ? C'est inscrit dans la logique du glissement à droite actuel de l'appareil syndical. Mais de nombreux militants syndicaux ne veulent pas encore faire face à cette échéance, ils ne veulent pas y croire. C'est pourquoi le moment où le problème de la liquidation de Sohyo va être posé concrètement sera si important. C'est à ce moment là que l'influence de la gauche pourra s'accroître brusquement, ralliant tous ceux qui veulent défendre et préserver la tradition de syndicalisme indépendant et combatif issu de l'après-guerre.

Il ne faut pas avoir une démarche sectaire et proclamer une nouvelle confédération aujourd'hui, les forces n'existant pas actuellement pour une telle confédé ration. Rodo Joho doit accepter les syndicats qui se déclarent prêts à rester avec Sohyo, alors même que Sohyo tend à se dissoudre. Je ne suis pas contre un travail d'opposition au sein de la nouvelle confédération de droite, mais qui peut faire un tel travail ? Dans le rapport des forces actuel, ce qui était possible au sein de Sohyo n'est plus possible au sein de Zenminrokyo. La gauche est trop petite et la répression bureaucratique trop forte. Il faut une structure de parti pour travailler au sein de Zenminrokyo aujourd'hui. Je crois que ce serait nous désarmer que de tous rejoindre cette confédération dans les conditions actuelles.

Mais, quels que soient les choix à court terme, je voudrait insister sur deux choses. D'une part, il faut se doter de perspectives à long terme, savoir où l'on va, pour reprendre l'initiative. Et cette clarification est encore loin d'être faite. Ensuite, dans l'immédiat, l'avenir de Sohyo n'est pas encore définitivement tranché. La victoire de la droite n'est pas complète. C'est quand la survie de Sohyo sera concrètement remise en question que les choses vont se décider. Il ne faut donc pas baisser les bras dans ce combat là.

Propos recueillis par Pierre ROUSSET,

Tokyo, 3 août 1984. 4. Rodo Joho (Information des travailleurs) est le nom d'une revue du courant syndical et unitaire de lutte de classe. Rosoren est un conseil national unitaire de la gauche syndicale auquel Rodo Joho participe.

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