re même socialistes, sont apparus en 1984 au sein de Soli VERS courants ou groupes de gauche, au sens large, vo darité. Ce processus a sa source dans la prise de conscience du fait que la résistance au pouvoir de la bureaucratie totalitaire ne peut être menée de manière efficace si elle se fonde sur la seule exigence d'un large mouvement social de type syndical. Il est aussi nécessaire de s'organiser politiquement au sein de ce mouvement, afin de permettre la cristallisation de programmes et de stratégies de lutte contre la dictature bureaucratique et pour la construction d'une république autogérée. Le retard énorme pris sur ce terrain par le mouvement social polonais se reflète de plus en plus négativement dans son activité. Solidarité continue à être plongé dans une crise programmatique et stratégique qui apparaît clairement dans les moments d'aggravation des tensions politiques. Mais cette crise est durement ressentie également dans les périodes de calme relatif et d'activité plus routinière, quotidienne, des structures clandestines de Solidarité, et particulièrement des structures d'entreprise.
Les initiatives d'organisation politique sont une tentative de réponse à ce problème, comme ce fut le cas avec l'organisation Solidarité combattante qui, des l'été 1982, décida de se donner un cadre organisationnel propre. Jusqu'ici, la plupart des tentatives d'organisation politique des entreprises au sein de Solidarité ont été le fait de la gauche, si l'on excepte le cas de la Confédération de la Pologne indépendante (KPN), une formation de caractère nationaliste qui a quasiment cessé de se manifester publiquement depuis 1981, et celui du journal clandestin Niepodleglosc (Indépendance), qui prône l'idée de la formation d'un parti libéral-démocratique, mais qui a pris ses distances par rapport à Solidarité, considérant ce dernier comme un mouvement privé de toute perspective. Les initiatives prises par le courant de gauche sont encore très limitées, voire embryonnaires, tout en étant fortement diversifiées.
La majorité d'entre elles se réclame de la tradition du Parti socialiste polonais (PPS) qui, à partir de la fin du 19e siècle et jusqu'en 1948, lorsqu'il a cessé d'exister, était le principal parti ouvrier en Pologne, de caractère réformiste. Ce parti a joué un rôle dirigeant dans la révolution nationale et sociale de 1905 et était le parti le plus influent au sein des structures politiques de « l'Etat clandestin » sous l'occupation nazie. Les nouveaux socialistes s'en réclament avant tout parce que ce parti défendait, outre l'idée de la libération du travail, les revendications de démocratie parlementaire et d'indépendance de la Pologne, et aussi parce que c'était un parti anticommuniste. Au sein de Solidarité, on continue encore largement à identifier le communisme avec le stalinisme et le totalitarisme de type soviétique.
Jacek Kuron et Adam Michnik ont été les premiers à se réclamer de la tradition du PPS, lorsqu'ils ont rompu avec le marxisme et commencé à agir au sein du KOR, avant août 1980. La revue Krytyka, qui continue à paraître irrégulièrement à Varsovie, était le porte-voix de ce courant. On considère en général que Kuron, Michnik et nombre d'anciens membres du KOR projettent de construire dans l'avenir un parti socialiste fondé sur la tradition du PPS. Le point de départ organisationnel de ce projet fut la constitution, peu avant l'instauration de l'état de guerre, des Clubs pour une république autogérée « liberté, justice, indépendance » (WSN). Depuis 1983, cette initiative a trouvé des continuateurs. Ils agissent sous le sigle de groupes WSN, bien que l'on en entende peu parler et que leurs publications aient une circulation très limitée. Cela tient probablement au fait que les principaux animateurs de ce courant étaient en prison jusqu'en juillet dernier.
Le Comité de résistance sociale (KOS) a une influence beaucoup plus importante. Il fut créé tout de suite après décembre 1981, en tant que structure clandestine liée à Solidarité, et il est constitué par une chaîne de groupes de cinq personnes. « Il ne s'agit pas d'une organisation clandestine de cadres, fondée sur la discipline et la hiérarchie, ni d'un parti politique possédant un programme unifié et visant à la prise du pouvoir », dit le KOS de lui-même. Ce comité édite un hebdomadaire, Kos (Merle), dont le tirage avoisine les 20 000 exemplaires et qui est l'un des deux principaux journaux clandestins. Le KOS s'oppose à la constitution d'organisations politiques aujourd'hui, car il craint qu'elles ne deviennent un substitut du mouvement social, conduisant à l'affaiblissement de ce mouvement et minant son unité. Il ne se réclame pas du socialisme, car il considère qu'« en Pologne, comme dans d'autres pays de l'empire soviétique, le socialisme est identifié à un régime de violence, de mensonge et d'exploitation ». Il est cependant considéré en général comme un courant de gauche. Il a établi des contacts avec certains partis social-démocrates de l'Ouest et a initié, le premier en Pologne, des contacts avec les organisations pacifistes du Mouvement européen pour le désarmement nucléaire (END). Comme le WSN, le KOS représente l'aile droite de la gauche polonaise.
En février 1984, un groupe politique s'est créé autour de l'hebdomadaire Wola (Volonté), qui est édité par les militants syndicaux liés aux usines du quartier Wola de Varsovie. Ce groupe se réclame de la tradition du PPS. Mais le seul qui, pour le moment ait publiquement appelé à la construction d'un parti socialiste, c'est le groupe politique autour de l'hebdomadaire Robotnik (l'Ouvrier, sans liens avec le bulletin du même nom créé dans la mouvance du KOR en 1977 et aujourd'hui disparu). Ce journal est tiré à quelques milliers d'exemplaires. Il est édité par des membres du Comité ouvrier interentreprises de Solidarité (MRKS) de Varsovie. Dans certains articles, le groupe politique Robotnik présente la socialdémocratie occidentale, dont il idéalise nettement la nature et les positions, comme référence au sein du mouvement ouvrier international. Il écrit, par exemple, à son sujet : « Par la voie de réformes plus ou moins lentes, elle (la social-démocratie occidentale, ndlr.) tente de limiter l'influence du capital privé, d'atténuer l'impérialisme dans les relations internationales, de mettre en œuvre un idéal égalitariste dans les relations sociales et, avant tout, de contribuer au développement du niveau de vie, de la sécurité sociale et de la culture parmi les travailleurs. » Nous publions ci-après deux documents de ce cou-
Cette attitude face à la social-démocratie, ainsi que les moyens que Robotnik propose pour construire un parti ouvrier, ont fait l'objet d'une polémique que nous reproduisons dans le dossier ci-après et qui est paru dans le mensuel Wolny Robotnik (l'Ouvrier libre), édité en Silésie. Cette polémique est issue du courant de la gauche révolutionnaire. C'est à ce courant qu'appartient le journal Front Robotniczy (Front ouvrier), dont la publication a commencé en août 1984. Il se réclame du programme de lutte pour le pouvoir des conseils ouvriers contenu dans la fameuse « lettre ouverte » de Jacek Kuron et Karol Modzelewski, de 1964, quand ces derniers étaient des marxistes-révolutionnaires. L'apparition en Pologne d'un courant socialiste révolutionnaire témoigne de la radicalisation idéologique et politique de certains groupes de la nou-
Le dossier qui suit représente un choix des aspects les plus intéressants des débats qui animent la gauche polonaise actuellement. Nous l'ouvrons avec des extraits de la polémique du KOS avec la Charte 84, document édité par la Commission syndicale clandestine (TKZ) de Solidarité du chantier naval « Lénine » de Gdansk. Nous publions ensuite les deux textes du groupe politique Robotnik et ceux de la gauche révolution-
Jacqueline ALLIO, Cyril SMUGA, 24 novembre 1984.