Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER PHILIPPINES

La crise du régime s'approfondit

· Inprecor n° 186, 17 décembre 1984 · p. 13-16 · 3 217 mots

Paul Petitjean était le pseudonyme de Pierre Rousset, membre de la direction internationale depuis les années 1970 et codirecteur de l'IIRE d'Amsterdam.

Philippines et Asie du Sud-Est États-Unis Économie mondiale

A crise ouverte qui secoue depuis maintenant plus d'un

Lan te régime philippin, loin de se resorber, ne cesse de s'approfondir. Les élections législatives du 14 mai 1984 devaient, selon les vœux de l'administration américaine, préparer une transition pacifique entre l'actuelle dictature familiale du président Marcos et une nouvelle majorité gouvernementale bourgeoise à même de faire face à la montée des luttes sociales, démocratiques et révolutionnaires.

— la division de l'opposition et le ralliement de secteurs de la petite bourgeoisie urbaine à la perspective électorale - sultat des élections et le dynamisme de la campagne de boycott poursuivie par les forces populaires laissaient prévoir l'échec de ce plan de réforme contre-révolutionnaire (1).

Les événements qui se sont succédés depuis confirment, souvent avec éclat, que Washington n'a pas encore réussi à mettre au pas les secteurs qui, dans le régime et l'armée, s'opposent à une réforme démocratique et défendent le statu-quo.

Les Etats-Unis n'ont pas su, de même, isoler les mouvements populaires et l'aile militante, anti-impérialiste, de l'opposition.

Au contraire, les forces révolutionnaires continuent à se renforcer. L'archipel philippin est devenu l'enjeu d'un combat politique et social de toute première importance. Les Etats-Unis en sont conscients, eux qui possèdent certaines des bases militaires les plus grandes du monde sur l'île de Luzon. Face au danger que représente une intervention impérialiste croissante

- aujourd hul essentiellement politique mais demain peut-être

Paul PETITJEAN

Après deux mois de tergiversations, la commission chargée par le gouvernement d'enquêter sur le meurtre de l'ex-sénateur Benigno Aquino a rendu son rapport, fin octobre 1984. Ou plutôt ses rapports. Tous les membres de la commission se sont accordés pour rejeter la version officielle du meurtre du principal concurrent du président Marcos, selon laquelle un homme de main isolé, agent des communistes, aurait abattu Aquino alors qu'il descendait de l'avion qui le ramenait d'exil. Tous se sont aussi accordés pour conclure que les responsables immédiats de l'assassinat étaient les soldats chargés de protéger la victime. C'est-à-dire que la commission d'enquête dans son ensemble a confirmé, après plus d'un an d'enquête, ce que tout le monde savait aux Philippines : Benigno « Ninoy » Aquino ne pouvait avoir été abattu que par l'un des hommes de l'escorte officielle.

LES VRAIS RESPONSABLES

DU MEURTRE D'AQUINO

Mais la commission s'est divisée sur les responsabilités haut placées. La présidente de la commission, Corazon Agrava, s'est retrouvée toute seule pour ne mettre en cause, outre les hommes d'esque le brigadier-général Luther corte,

Custodio, chef du commandement de sécurité de l'aviation (AVSECOM), chargé ranger aux côtés du peuple philippin. de solidarité avait été organisée, Malgré certains succès

, le réd'accuellir Aquino. Les quatre autres membres de la commission ont exigé la mise en cause du chef d'état-major de l'armée, le général Ver, et du chef de la zone métropolitaine, le général Prospero Olivas. En tout, 25 militaires et un civil sont accusés à divers titres par le rapport majoritaire de la commission.

La commission n'ose pourtant pas accuser Marcos directement. Celui-ci n'est nommé dans aucun des deux rapports, et

DOSSIER PHILIPPINES militaire —, le mouvement de solidarité internationale doit se

Nous publions ci-dessous un dossier comprenant un reportage et deux interviews réalisés par la journaliste et militante américaine Deb Shnookal, lors d'un séjour aux Philippines cet été. Au cours de cette période, une conférence internationale aux Philippines même, l'occasion du 12e anniversaire de l'imposition de la loi martiale, le 21 septembre 1972. De nombreuses rencontres et commissions d'enquête ont préparé cette conférence. Deb Shnookal a suivi les travaux, menés sur le terrain, par l'une de ces commissions d'enquête. Elle peut ainsi témoigner sur le vif de la répression qui frappe les paysans de la province de Quezon, donnant un exemple de ce que signifie la politique de militarisation du pays mise en œuvre par le régime Marcos. Deb Shnookal a aussi pu rencontrer, en détention, José Maria Sison, familièrement appelé Jo-Ma aux Philippines, principal dirigeant historique du Parti communiste des Philippines (PCP), qui dirige la guérilla de la Nouvelle armée du peuple (NPA). Nous publions de même une interview de Rolando Olalia, président du KMU (Kilusang Mayo Uno, Mouvement du ler mai), une confédération syndicale indépendante du régime.

Ce témoignage et ces deux interviews sont initialement parus dans les colonnes de la revue Intercontinental Press, publiée à New-York. L'article qui les précède vise à faire brièvement le point sur l'évolution de la situation aux Philippines.

Dispersion violente d'une manifestation anti-Marcos. (DR) l'opposition, même modérée, s'est élevée contre ce silence. Salvador Laurel, principal porte-parole de l'Organisation dé mocratique nationaliste unie (UNIDO), personnage pro-américain mais anti-Marcos, déclarait à ce sujet le 24 octobre : « Personne ne croira jamais que 1. Voir « Philippines, la division de l'opposition lors des élections truquées de mai dernier », Inprecor numéro 178 du 23 juillet 1984.

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chauffeur et le garde du corps. Il est con- A l'aube du 22 septembre, 4 000 manifes-

(Custodio, Olivas et Ver) ont ordonné l'exécution d'Aquino de leur propre initiative. » (2) Si la commission d'enquête nommée par le président n'a osé mettre en cause ni le chef de l'Etat ni sa femme, la très puissante Imelda, il faut prendre en compte le fait que cette commission, tout au long de son enquête, a subi de très nombreuses pressions de la part des miL'existence de deux rapports témoigne de l'efficacité de ces pressions. Mais la mise en cause de hauts dignitaires de l'armée, et tout particulièrement du général Ver, est déjà lourde de conséquences.

Le général Ver n'est en n'importe quel officier supérieur. Parent relativement éloigné de Marcos, il n'est pas un officier de terrain et n'est pas monté dans la hiérarchie grâce à ses états de service. Il est ce qu'on appelle aux Philippines un officier « politique ». Il est devenu chef d'état-major grâce au soutien direct du président Marcos, dont il a été le sidéré aujourd'hui comme l'un des plus proches fidèles du dictateur et l'un de ses conseillers les plus écoutés. Le président Marcos a clairement fait connaître sa colère face à la mise en cause d'un homme qui lui est si proche. Dans une lettre à Ver, Marcos à écrit sans détour : « Les circonstances dans lesquelles la commission a décidé de vous impliquer dans son rapport sont lourdes de doutes et de graves contradictions d'opinion et de témoignages (...) Nous (en) sommes très préoccupés. » (3)

La décision, longtemps reportée, de la majorité de la commission d'enquête de mettre en cause le général Ver reflète tout d'abord l'état de la situation politique aux Philippines. Les élections législatives de mai 1984 n'ont pas mis un terme aux mobilisations de masse qui ont suivi l'assassinat de Benigno Aquino, le 21 août 1983. De très importantes manifestations se sont poursuivies durant la campagne électorale elle-même, animées par l'appel au boycott, et se sont à nouveau succédées après le scrutin du 14 mai. Le 21 aout 1984, pour le premier anniversaire de la mort de « Ninoy » Aquino, une foule plus nombreuse que jamais s'est réunie dans la capitale : jusqu'à deux millions de personnes ont peut-être manifesté jour-là dans la région métropolitaine, un million se réunissant dans un meeting central géant où se mêlaient le jaune, couleur des « aquinistes », et le rouge des forces populaires. Il était impossible, dans un tel contexte, d'avaliser la version officielle de cet assassinat.

Mais si la commission a pu mettre en cause le général Ver lui-même, c'est aussi parce qu'elle a reçu l'appui de Washington pour ce faire. L'administration américaine est en effet extrêmement inquiète de la tournure prise par les événements. Depuis l'assassinat d'Aquino, elle cherche à préparer la succession de Marcos en réintégrant dans le jeu politique la bourgeosie d'affaires traditionnelle, rejetée dans l'opposition par les « nouveaux riches » du clan présidentiel, et en imposant des réformes démocratiques susceptibles de rallier des secteurs sociaux comme la petite bourgeoisie urbaine.

Mais Washington se heurte à de fortes résistances au sein du régime et de l'armée. Le clan présidentiel n'a manifesté aucune volonté de compromis réelle et le gouvernement nommé après le scrutin du 14 mai ressemble comme un frère jumeau qui l'a précédé. Les politiques de l'opposition modérée, toujours rejetés par le pouvoir, ont dû rejoindre à nouveau le « parlement de la rue » et participer aux manifestations de masse contre le régime. La répression s'est faite de plus en plus violente. Si les rassemblements monstres du 21 août n'ont pas été attaqués par les forces de l'« ordre », il n'en a pas été de même un mois plus tard, proclamation de la loi martiale.

Le 21 septembre 1984, 50 000 manifestants se sont vus interdire l'accès au pont Mendiola, lieu symbolique qui conduit à Melacanang, le palais présidentiel. tants qui avaient organisé une veillée de prière pour protester contre cette interdiction ont été brutalement dispersés à coup de lances à eau, de bombes lacrymogènes et de balles en plastique tirées par les fusils M 16 Armalite américains. Une trentaine de manifestants ont été sérieusement blessés lors des affrontements. Le 27 septembre, une nouvelle manifestation était organisée en réponse aux brutalités policières. Mais ordre de tirer avait, cette fois, été donné. La répression fit un mort, un passant tué par une balle de pistolet. Un étudiant, Fidel Nemenzo, fut considéré comme mourant, avant de se rétablir, et plusieurs manifestants ont disparu, probablement enlevés par la police. L'émotion publique fut grande. Les milieux d'affaires traditionnels durcirent brusquement le ton; le cardinal Sin, archevêque de Manille, prononça l'un de ses discours les plus violents ; l'Assemblée nationale elle-même fut obligée de demander une enquête sur les faits.

L'intransigeance du régime continue à se manifester jusqu'à aujourd'hui. Le maire de Cagayan de Oro, dans l'île de Mindanao, vient de voir son élection à l'Assemblée nationale Comelec (4) et son siège accordé au candidat du parti gouvernemental. Aquilino Pimentel est en effet l'une des figures de l'opposition modérée qui possède une base de masse régionale et qui pourrait s'imposer sur la scène nationale dans la perspective des élections présidentielles de 1987. D'autres hommes politiques locaux froidement assassinés par tueurs à gage, dans l'île de Mindanao tou-

UNE STRATÉGIE DE TRANSITION

HASARDEUSE POUR LES AMERICAINS Le plan américain semble être de maintenir Marcos en poste jusqu'aux élections présidentielles de 1987 tout en préparant d'ores et déjà la succession. L'administration américaine est divisée et le président Reagan a provoqué la fureur de

3S DICTATOR

AVUNO

Manifestation de 40 000 personnes pour le 5le ai nat. (DR) l'opposition modérée aux Philippines - et l'embarras du département d'Etat - en déclarant, durant la campagne électorale aux Etats-Unis, qu'il n'y avait d'autre alternative à Marcos que les communistes. Mais l'orientation dominante de la diplomatie américaine reste d'engager la transition. Pour cela, il lui faut assurer son contrôle sur l'armée philippine. Cette armée s'est considérablement renforcée depuis la

2. Cité dans le Far Eastern Economic Review (FEER) du 8 novembre 1984, par Guy Sacerdotti, p. 15.

3. Idem, p. 14. 4. La Comelec est la commission chargée de « contrôler » les élections.

5. C'est notamment le cas du maire de la ville de Zamboanga, Cesar Climaco, abattu le 14 novembre.

Les obsèques du prétendu assassin de Marcos tourn RECONCILIATION WITHOUT RESIGN

FM -FL,

SCRAM

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›ersaire d'Aquino, trois mois après son assassiproclamation, voilà 12 ans, de la loi martiale. Elle n'avait jusqu'alors jamais joué de rôle politique direct. Elle possède maintenant un pouvoir redoutable. Formée et financée par les Etats-Unis, elle n'en est pas moins le principal soutien de la dictature familiale du clan Marcos. Les officiers « politiques », comme le général Ver, doivent leurs positions (militaires et économiques) aux liens personnels qu'ils entretiennent avec la famille du président ou avec celle de sa femme, Imelda Romualdez, comme le font également les hommes d'affaires de l'entourage présidentiel. Ils aspirent à maintenir et à renforcer ces positions, ce qui serait très difficile en cas de démocratisation du régime. Ils font peser une menace très sérieuse de coup d'Etat - fait sans précédent en manifestation anti-régime. (DR)

MARCOS (SA SOCIAL CANCER VICTIM....

Get IMMUNED!

dans l'histoire du pays - et exercent un chantage vis-à-vis de Washington.

Les porte-parole de l'administration américaine, depuis le vice-président Bush jusqu'à l'ambassadeur US aux Philippines, ont fait savoir publiquement leur insatisfaction face à l'intransigeance de Marcos et leur volonté de voir les conclusions du rapport majoritaire de la commission d'enquête - c'est-à-dire la mise en cause du général Ver — suivies de mesures effectives. Il est maintenant de notoriété publique qu'ils soutiennent le général Fidel Ramos, actuellement chef d'état-major intérimaire, Ver étant provisoirement suspendu de ses fonctions. Le général Ramos, lui aussi un parent éloigné de Marcos, est en effet un élève des écoles militaires américaines. Il est considéré comme un officier « professionnel », de terrain, qui a gagné ses galons dans le combat anticommuniste en Corée et aux Philippines même contre la NPA. Il représente les intérêts US au sein de l'état-major, semble-t-il, comme le Premier ministre « technocrate » Virata représente ceux de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) au sein du gouvernement.

La rivalité entre les généraux Ver et Ramos date d'il y a longtemps. Elle a pris un contenu politique nouveau depuis l'assassinat d'Aquino et, surtout, depuis que la commission d'enquête a rendu publics ses rapports. Une violente lutte intestine déchire probablement le régime, son armée et le gouvernement. Le corps des officiers supérieurs, dans sa majorité, a réaffirmé son soutien au général Ver après sa suspension. Fait sans précédent, 68 des 83 généraux des forces armées ont publié dans la presse un « manifeste » dans lequel ils affirment leur « loyauté et leur soutien résolus » au général Ver. « Nous sommes moralement convaincus, ajoutent-ils, qu'il est innocent du crime qui lui est lâchement attribué. » (6) Quant au général Ver lui-même, il dénonce dans la commission d'enquête un instrument des ennemis de l'Etat. Le général Ramos n'a pas signé ce manifeste. Mais il n'est pas certain qu'il puisse utiliser sa fonction actuelle pour épurer les rangs de l'armée. Il déclarait, le 13 novembre, que le caractère temporaire de son titre lui interdisait d'engager les réformes nécessaires au sein de l'armée, et ce bien qu'il soit urgent d'éliminer « de nos rangs (...) les ennemis tel que l'arrogance, la pompe cérémoniale, l'intrigue, le gaspillage, l'abus d'autorité, la paresse, la corruption (et) l'esprit de fraction. » (7)

Face à la crise et aux pressions américaines, le clan présidentiel et les hommes d'affaires et officiers supérieurs qui lui sont proches se sont repliés sur leurs positions comme sur une forteresse réputée imprenable. Or, la situation générale devient de plus en plus explosive. Ce n'est pas pour rien que l'ambassadeur des Etats-Unis à Manille, lors d'une conférence donnée au Rotary Club, mettait en garde contre les situations comme celle qui prévalait en Iran à l'époque du shah : « Ces pays où le pouvoir est concentré dans les mains de quelques-uns et qui n'ont pas de mécanismes institutionnels pour aider à un compromis interne sont moins à même de s'adapter aux pressions de changement. On peut résister au changement, mais quand il s'impose — et il s'imposera inévitablement —, il déséquilibre (ces) sociétés et même les déchire en deux. » (8) Néanmoins, les Etats-Unis continuent à soutenir concrètement le président Marcos. Leur cheval de rechange a été tué voilà plus d'un an : c'était Benigno AquiCRISE POLITIQUE ET CRISE SOCIALE

La crise du régime ne fait que refléter la crise sociale qui déchire le pays. Comme prix d'un rééchelonnement d'une partie de ses dettes, le gouvernement philippin doit accepter une série de mesures imposées par le FMI et les banques débitrices : le flottement du péso et de nouvelles taxes. Or, l'inflation annuelle pour 1984 est déjà évaluée à 65-70 %. C'est unique dans la région. Le salaire officiel des travailleurs est bien loin de suivre la spirale inflationniste. Au premier novembre, le salaire minimum d'un ouvrier industriel à Manille devait passer de 35 pesos par jour à ... 37 pesos (soit environ 29 francs) et la prime de vie chère de 14 à 17 pesos quotidiens. Des « ajustements » analogues avaient eu lieu en mai et juin, alors que la valeur de la monnaie philippine était passée de 14 à 21 pésos contre le dollar, depuis le début de l'année. Au-delà des chiffres, des secteurs de plus en plus larges de la population laborieuse — ouvriers, paysans, pauvres urbains, mais aussi enseignants, etc. - glissent de la pauvreté à la misère, trop souvent la misère absolue. Le spectre des émeutes de la faim, provoquées en Amérique latine par la mise en œuvre des plans d'austérité du FMI, commence à hanter les Philippines, et ce, alors que la guérilla du Parti communiste des Philippines se renforce régulièrement (9).

La situation aux Philippines est d'autant plus instable que la santé du président Marcos est précaire. Déjà la crise d'août 1983 — avec le retour et l'assassinat d'Aquino - a probablement été ouverte parce que l'on croyait sa mort proche. Depuis, un traitement a réussi à le remettre provisoirement sur pied. Mais, en pleine période de tension politique, le président Marcos a dû disparaître deux semaines durant, fin novembre, pour raisons de santé. La bataille de succession est déjà bien engagée au sein du régime.

Mais ce qui est beaucoup plus important pour tous les militants révolutionnaires de par le monde, c'est qu'il existe aux Philippines un mouvement de masse qui lutte de façon indépendante pour imposer une solution réellement anti-impérialiste à la crise. C'est cela que l'Alliance nationaliste exprime dans l'appel qu'elle a publié pour le 21 septembre : « Aujour-

6. FEER, op. cit. p. 14. 7. Cité par Guy Sacerdotti, FEER du 22 novembre 1984, p. 10.

8. Cité par Nayan Chanda, FEER du 8 novembre 1984, p. 16.

9. Voir article d'Inprecor 169 du 19 mars 1984.

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d'hui, le peuple philippin se trouve à un tournant dans l'histoire de la nation. » Soulignant qu'il fallait renforcer les luttes militantes extra-parlementaires, élargir au maximum la capacité d'organisation du mouvement et renforcer l'unité, l'appel poursuit ainsi : « On ne saurait insister trop sur la nécessité de renforcer l'unité entre les actuelles forces antidictatoriales. Pour qu'elle soit solide et durable, fondons notre unité sur le principe selon le quel l'impérialisme américain comme son partenaire cadet, le régime Marcos, sont l'objet de la lutte antidictatoriale. Partageons de même un engagement ferme à nous appuyer principalement sur la force du peuple et sa capacité à multiplier les initiatives en vue du démantèlement de l'ordre en vigueur. Des différences sur de nombreuses questions doivent nécessairement se faire jour au sein de n'importe quel large front, mais elles peuvent être résolues ou reléguées sur un plan secondaire pour autant que nous mettions au-dessus de tout l'intérêt de la lutte pour abattre la dictature actuelle et pour libérer le peuple philippin. » (10)

Paul PETITJEAN, le 3 décembre 1984.

10. L'appel est publié intégralement dans le numéro de juillet-août 1984 de Solidaridad II. La citation est de la page 13. Le nom complet de l'Alliance nationaliste est Alliance nationaliste pour la justice, la liberté et la démocratie (NAJFD dans son signe anglais). Elle regroupe notamment une série d'organisations de masse locales, à l'orientation généralement « lutte des classes ». Manifestation anti-Marcos à Manille. (DR)

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