E Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB) n'a jamais été un parti de masse.
Alors que beaucoup de ses homologues d'Europe occidentale sont issus de scissions intevenues dans des partis sociaux-démocrates de masse, le CPGB est le produit de l'unification, en 1920, d'un certain nombre de petits groupes propagandistes.
Aujourd'hui, il traverse sa crise la plus profonde depuis 1956, date où il perdit en moins d'un an presque le tiers de ses 35 000 membres. Un an exactement après son 38e congrès, tenu en novembre 1983, que son secrétaire national, Gordon McLennan avait qualifié de « succès éclatant et prometteur », la situation de lutte fractionnelle au sein du parti le mène au bord de la rupture. D'un côté, il y a les eurocommunistes, qui contrôlent maintenant le comité exécutif (CE, équivalent du comité central), l'appareil et la revue théorique du parti, Marxism Today. De l'autre côté leur font face les fondamentalistes, d'orientation pro-soviétique, groupés autour de Tony Chater et du quotidien du parti, le Morning Star (Etoile du matin), dont il est le rédacteur en chef. Cette crise s'inscrit dans celle, plus générale, des partis communistes européens, tout en
Sur bien des points, ce parti a été un précurseur vis-à-vis des autres PC européens. Alors que dans les années 1970 ces derniers franchissaient une étape dans le pro-
1945 qu'apparurent les premières tentatives pour « angliciser » le CPGB, lesquelles furent consignées dans la première version de son programme, « La voie britannique de l'Etat bourgeois, aux soviets ou à la dictature du prolétariat. Il proposait à la place de transformer « la démocratie capitaliste en une véritable démocratie populaire, de transformer le Parlement, produit de la lutte historique en Grande-Bretagne pour la démocratie, en un instrument de la volonté de la grande majorité de son peuple ». Ainsi, dans les débats actuels au sein du CPGB, les eurocommunistes ont assurément l'histoire pour eux. Les changements pour lesquels ils se battent représentent une extension logique de la pratique aussi bien que dernières années. Mick ARCHER
Le 38e congrès a mis en évidence la profondeur de la crise politique et organisationnelle du CPGB. Le nombre d'adhérents du parti est tombé de 18 458 en 1981 à 15 691 en 1983. Cependant, même ce chiffre prête à confusion. que les cotisations sont de 60 pence par mois (environ 6 francs), seulement 8 270 membres ont payé leurs cotisations en 1982. En ce qui concerne les Jeunesses communistes (YCL), le nombre d'adhérents est passé de 1 000 en 1981 à 623 en 1983. Aux élections législatives de 1979, le parti avait obtenu 16 858 voix dans 38 circonscriptions (444 voix par circonscription en moyenne), alors qu'en 1983, il n'obtenait plus que 11 598 voix pour 35 circonscriptions (soit 331 voix par circonscription). Quant à l'implantation du parti sur les lieux de travail, comme le faisait remarquer la résolution sur letravail syndical, « nous avons perdu beaucoup de sections d'entreprise à cause des licenciede leur pratique réformiste, ce fut dès en 1951. Approuvé personnellement par Stadocument abandonnait toute référence à la révolution, à la destruction du programme du parti au cours des 25 ments et des fermetures d'usines ». En effet, selon le rapport de la commission des mandats, seulement 34 sections d'entreprise avaient envoyé des délégués au congrès. Enfin, la diffusion du Morning Star s'est réduite à environ 30 000 exemplaires, dont au moins la moitié est vendue à l'étranger, essentiellement dans les pays
La seule exception à cette tendance est la revue mensuelle Marxism
Today, dont les ventes ont passé de 4 500 exemplaires en 1979 à 10 500 en 1983.
A l'occasion du débat autour de la principale résolution sur l'activité d'amendements présentés par les fondamentalistes, sur les alliances, la politique électorale, le socialisme existant (autre manière de désigner l'Union soviétique et les pays de l'Est) et sur Marxism Today furent rejetés, ce qui eut pour résultat l'adoption de la résolution avec seulement deux délégués votant contre. Mais il y a eu un vote beaucoup plus révélateur : le
CE proposait une résolution sur le réta-
blissement de bonnes relations entre le parti et la société d'édition du quotidien (le PPPS). Celle-ci fut adoptée par 155 voix contre 92, donnant ainsi 62 % des votes aux eurocommunistes contre 37% aux fondamentalistes. Il faut expliquer la signification de ce vote. Le PPPS est une entreprise coopérative dont les milliers d'actionnaires sont des militants et des sympathisants du CPGB. Il n'y a aucun lien officiel entre cette société et le parti, ce qui n'a jamais empêché ce dernier, jusqu'à l'apparition de la situation fractionnelle actuelle, d'exercer un contrôle étroit sur le Morning Star, grâce à la discipline de ses militants. Pour essayer de reprendre le contrôle de son quotidien de l'emprise des fondamentalistes, la direction eurocommuniste se trouve obligée de mener une bataille publique, comme nous allons le voir, à travers les assemblées générales des actionnaires du PPS qui élisent les responsables du journal. Enfin, au moment de l'élection du nouveau CE, les deux principaux dirigeants des fondamentalistes, Tony Chater et Mick Costello, furent rayés de la liste par la commission des candidatures et ne
LA CRISE S'AGGRAVE Dans la période suivant ce 38e congrès, la lutte fractionnelle s'intensifia dans le CPGB. L'enjeu principal en devint alors la bataille pour le contrôle du Morning Star. La direction du CE décida que le rédacteur en chei et son adjoint, Tony démissionner pour être remplacés par des membres soutenant la ligne majoritaire. C'était, selon elle, un point essentiel, car rédaction a « la responsabilité de faire en sorte que le journal diffuse et défende la politique du Parti communiste ». Mais les fondamentalistes s'obstinèrent à maintenir leurs positions. Le 14 février 1984, le Morning Star publiait un texte de Tony Chater, dans lequel ceallait même jusqu'à déclarer : « Tout le mouvement ouvrier se doit de remercier le Parti communiste pour avoir qu'il fallait créer le PPPS et journal à la société d'édition, afin d'en faire une arme quotidienne dans la lutte pour le socialisme. » La direction du PPPS refusa alors de rencontrer le CE afin de discuter du contenu de sa résolution. A la place, elle se hâta d'achever ses projets de réorganisation du journal, en installant une nouvelle presse qui coûtait 650 000 livres (6,7 millions de francs), en lançant une campagne de vente d'actions constituant un réseau d'associations de lecteurs. Ainsi ne fut-il pas surprenant que le CE, réuni en mars 1984, déclare : « L'amélioration des rapports entre le parti et le PPPS implique des changements dans la composition du comité de rédaction. » La scène était prête pour l'affrontement qui se produisit à l'occasion des assemblées générales annuelles du PPPS, de juin 1984 (1). Les membres qui conservaient un certain sens de l'humour qualifièrent la lutte entre le
PPPS et le CE de « guerre des étoiles » (en référence au titre même du journal,: ndlr.) Le CE, par contre, ne riait pas. En avril, il publia la première d'une série d'accusations détaillées prétendant que la rédaction du Morning Star censurait la publication des lettres favorables au CE dans les colonnes du journal. En mai, le CE fit un nouveau rapport sur le journal, élabora une résolution pour les assemblées annuelles du PPPS, et appuya cinq candidatures pour l'élection de la direction de société. Le contenu essentiel de la résolution consistait à proposer de relever Tony Chater et David Whitfield de leurs fonctions actuelles ou de toute responsabilité similaire au Morning Star.
Les assemblées générales annuelles du PPPS furent un désastre complet. On y déclara que la résolution du CE était non conforme à l'ordre du jour, laissant ainsi aux membres soutenant le CE la tâche de se battre pour son inclusion à l'ordre du jour de chacune des assemblées. A Glasgow, ce furent des bagarres et des coups qui mirent fin à l'assemblée à laquelle assistaient 600 personnes. Dans un article de Focus, publication mensuelle du CPGB s'adressant aux militants, une militante se plaignait d'avoir assisté à des bagarres et à des huées scandaleuses à la réunion de Wembley qui, à sa connaissance, « fut l'assemblée la moins tumultueuse » de toutes. En juillet, le CE revint sur la question et décida de faire campagne pour la tenue d'assemblées générales extraordinaires pour résoudre les points contestés. Les partisans du CE réussirent à rassembler les 1 000 signatures nécessaires, et dans le numéro de novembre de Focus, ils donnèrent une liste détaillée des cas où le Morning Star aurait été coupable « de supprimer ou de retarder la publication de déclarations du Parti communiste, de refuser le droit de réponse, et de manipuler les colonnes du courrier des lecteurs ». La réponse du comité de direction du PPPS fut de refuser de convoquer les assemblées générales extraordinaires et de conseiller à ses partisans de boycotter toutes les réunions convoquées par les partisans du CE. Malgré cela, les assemblées générales ont quand même eu lieu. Le résultat du vote donna une majorité écrasante aux quatre résolutions présentées par le CE, sans doute à cause du boycott des fondamentalistes. La résolution proposant la nomination de membres du CE aux postes de rédacteurs en chef et adjoint fut adoptée par 1 272 voix contre 33, sans que cette résolution ne passe dans les faits.
Les difficultés du CPGB pendant pas pris fin. Dans les 12 mois qui ont suivi le 38e congrès, il y a eu une baisse continuelle du nombre d'adhérents du parti et de la YCL, ainsi qu'une baisse de la diffusion du Morning du CE pour le contrôle du quotidien est loin d'être gagnée. Pendant ce temps, la bataille fractionnelle s'est étendue aux congrès régionaux du parti. Le 26 novembre 1984, le Morning Star rapportait que le congrès londonien des 24 et 25 novembre avait été ajourné après cinq heures de délibération, quand le secrétaire général du parti, l'eurocommuniste Gordon McLennan, quitta la salle suivi par ses partisans. Cet incident survint à la suite de la décision du CE selon laquelle le congrès ne devait pas élire une nouvelle direction régionale, car les élections de deux délégués des sections londoniennes « avaient été truquées ».
Les fondamentalistes n'étaient évidemment pas prêts à accepter cette décision sans au moins montrer leur opposition. Le Morning Star fit état de l'affaire sous le titre : « Les communistes londoniens demandent la restauration de leurs droits démocratiques ». Au lieu de cela, et selon le quotidien bourgeois The Guardian, du 3 décembre, le CE « censura 150 délégués, suspendit 22 membres de la direction londonienne, y compris 3 membres du CE, et licencia 3 permanents de la région de Londres ». La balle est maintenant dans le camp du CE. Il doit se réunir en janvier 1985 pour discuter de la situation. Déjà au CE de novembre, Martin Jacques, figure de proue de l'aile eurocommuniste, a expliqué, dans son rapport intitulé « La situation politique et le congrès du Parti travailliste ", qu'une croissance significative de l'influence du CPGB « dépendait de la défaite des positions sectaires au sein du parti et de la création d'une nouvelle unité - jusque-là jamais vue - basée sur la ligne de la voie britannique vers le socialisme ». Il semble donc que 1985 va être une année décisive pour l'issue de la lutte fractionnelle, avec la possibilité de la tenue de nouvelles assemblées générales extraordinaires du PPPS, en plus de ses assemblées générales annuelles ordinaires de juin et le prochain congrès du parti, prévu pour novembre 1985.
LES EUROCOMMUNISTES
ET LA GAUCHE TRAVAILLISTE
Le rapport de Martin Jacques précisait en outre les prochaines étapes de l'activité publique du parti. Il est particulièrement intéressant de noter l'attention croissante que prêtent les eurocommunistes aux développements dans la gauche du Parti travailliste. L'émergence de l'eurocommunisme coincide avec la croissance de la gauche du Parti travailliste à l'époque du gouvernement travailliste de 1974-1979. Pour une grande partie, les débats qui ont traversé le CPB ces dernières années rejoignent ceux qui ont lieu dans la gauche travailliste : comment combattre la politique de Thatcher ? faut-il réformer le système électoral dans le sens de la proportionnelle? quelles lecons faut-il tirer des défaites électorales de 1979 et de 1983 du Parti travailliste?
Ces défaites ont eu un profond retentissement sur des secteurs de la gauche travailliste. Il s'en est suivi une convergence politique entre les arguments du CPGB et ces secteurs, qui se matérialisa par des
1. A cause du nombre élevé des actionnaires du PPPS, il n'y a pas qu'une seule assemblée générale nationale de la société mais sept, qui se déroulent à Londres et dans plusieurs villes de province.
Heffer, ont publiquement critiqué les ana- grène opportuniste » qui, selon eux, cadébats publics organisés en commun avec eux sur les causes des défaites électorales du Parti travailliste. En fait, le CPGB se rapproche de plus en plus de ce qu'il appelle la « gauche large », c'est-à-dire la gauche modérée dans le Parti travailliste, alors qu'il qualifie de « gauche dure » des personnalités comme Tony Benn et Ken Livingstone et des journaux comme le Militant et Socialist Action. Martin Jacques a eu recours à cette distinction dans son rapport de novembre 1984. Après avoir félicité Ken Livingstone qui, « contrairement à Tony Benn reconnaît que l'actuel gouvernement conservateur est différent de celui de l'après-guerre (c'est-à-dire beaucoup plus à droite, ndlr) », il se pencha alors sur la situation de la gauche large et de l'influence du CPGB. Nous verrons d'ailleurs que quand Jacques parle du rôle de son propre parti, il le réduit à celui d'un point d'appui à cette gauche large. « Une des choses qui m'a fortement frappé au congrès du Parti travailliste, c'est le rôle joué par le parti (le CPGB, ndlr.) sur bien des points dans le contexte actuel. Tout d'abord négativement, c'est-à-dire par la faiblesse, voire par la quasi absence d'une intervention de la gauche large dans les multiples initiatives et débats qui se déroulent en marge de tout congrès travailliste, et qui sont toujours importants, pour contrecarrer le gauchisme idéologico-moral (de la gauche dure, ndlr.) mentionné plus haut, et, d'autre part, pour contrecarrer la droite. La gauche large du Parti travailliste reste très faible et essentiellement pragmatique, au d'élaborer une stratégie fondée sur des bases théoriques. Il est évident que ce qui manque à ces débats, c'est une perspecticommuniste! " Et pour conclure, ajoute : «Il nous faut trouver plus de points de convergence politique et d'intervention commune avec le Parti travailliste. » Ce projet, qui vise évidemment la gauche large, est une tentative de construction d'une alliance des forces à l'intérieur comme à l'extérieur du Parti travailliste autour des positions politiques des eurocommunistes. Ceci est facilité par le fait que de nombreux militants ont quitté le CPGB ces derniers temps, sous l'impact de la croissance de la gauche travailliste, et ont rejoint le Parti travailliste en s'associant clairement à la gauche large. Cela pose d'ailleurs un nouveau problème au CPGB: comment mettre en œuvre cette perspective, sans que ses propres militants ne tirent la conclusion que la mellleure façon de faire pénétrer les idées communistes dans les débats houleux qui secouent le Parti travailliste n'est pas de quitter le CPGB en crise et d'adhérer individuellement au Parti travailliste ?
Mais la croissance de la gauche travailliste n'a pas pour seul effet de constituer un puissant pôle d'attraction alternatif pour les militants du CPGB. Elle affecte aussi les débats politiques au sein de ce dernier parti. Cela est clairement apparu à l'époque des discussions sur les défaites électorales du Parti travailliste, lorsque des dirigeants de la gauche du Parti, tels que Tony Benn, Ken Livingstone et Eric lyses des eurocommunistes. Dans un article sur un récent week-end de débats organisé par Marxism Today, le Morning Star du 5 novembre 1984 citait allègrement un passage du discours de dans lequel il parlait « pessimisme de certains commentateurs du mouvement ouvrier aux lendemains de la défaite électorale de 1983 » et critiquait « certains secteurs du CPGB » qui, selon lui, « s'alignaient avec la droite tra-
Aujourd'hui, la crise du CPGB s'accentue. Chez certains militants, cela se traduit par un réexamen des positions classiques de Marx et Lénine qu'ils ont déjà commencé à aborder implicitement dans les débats. Cela apparaît très clairement dans les publications de deux courants beaucoup plus petits du CPGB, le « Straight Left » et « The Leninists », qui chacun un journal. Ces « camarades » ne machent pas leurs mots. li semble que « Straight Left » existe depuis environ 5 ans. Ils critiquent vivement la politique électorale du CPGB car, selon eux, « appeler à choisir entre deux candidats ouvriers (aux élections législatives, ndlr.), sans que soit résolue auparavant la question du Parti travailliste, sème la confusion chez nos partisans ». Pour eux, Marxism Today est « une revue à qui on a permis de semer la confusion au sein du mouvement ouvrier sur les grandes questions à l'ordre du jour ». Ce groupe a la nostalgie des anciens temps staliniens d'avant 1956, ceux des dirigeants historiques tels que les Pollitt, Dutt et Gallacher, avant que la direction du parti commence à s'avancer lentement mais sûrement dans la voie de l'opportu-
« Straight Left » renvoie les eurocommunistes et les fondamentalistes dos-à-dos. Au 38e congrès, ce courant a ouvertement mené campagne au sein du parti en faisant circuler une brochure défendant ces positions et en appelant à soutenir une « liste politique alternative » pour les élections du CE. Comme le dit pour nous à fouiner dans les intrigues de la clique actuelle de St-John Street (le local du CPGB, ndlr.), aucun avenir à essayer de refaire la même omelette. » Pour avoir rompu la discipline du parti, 4 des organisateurs de cette opération furent exclus du CPGB, y compris Charlie Woods, qui avait 83 ans et avait adhéré au parti
Le groupe des «Leninists» est une formation plus récente. Contrairement à « Straight Left », il considère que la crise actuelle du CPGB s'inscrit dans la crise mondiale du mouvement communiste international et qu'il « est indéniable que le centrisme de notre parti, à partir germes du cancer droitier opportuniste qui semblait prêt à l'affaiblir irrémédiablement dans les années 1950, jusqu'à ce que l'eurocommunisme arrive triomphalement pour entraîner notre parti vers sa liquidation ». Les « Leninists » sont déterminés à se débarrasser de « cette ganractérise le réformisme des eurocommule suivisme de la fraction Chatervis-à-vis de la bureaucratie syndicale, et la « travaillistophilie » de
Left». Aussi, préconisentils la nécessité de recruter au parti « sur une base léniniste ». Bien que pro-soviétiques, les « Leninists » font une distinction entre l'URSS et le PCUS et ont une meilleure compréhension du concept de bureaucratie ouvrière. En particulier, ils ont clairement rompu avec le chauvinisme national du CPB à propos de l'Irlande, où l'évolution du Sinn Fein provisoire, le dialogue naissant entre ce dernier et une partie de la gauche travailliste, et le soutien électoral croissant pour les candidats du Sinn Fein, exercent une forte pression sur le CPGB et son homologue irlandais. Cependant, en mai de cette année, ce fut au tour de ce courant de passer sous les projecteurs du CE, et il fut décidé « que les membres du parti ne devaient ni vendre ni contribuer à la vente du Leninist, que les revues du parti ne devaient pas en faire la publicité, ni les librairies du parti le stocker ».
L'une des leçons les plus frappantes de la crise actuelle du CPGB est, bien sûr, l'importance que prend la question de la démocratie interne. Il est ironique constater que quand les eurocommunistes invoquent le centralisme démocratique contre les minoritaires, ils se basent sur les procédures disciplinaires établies par la commission sur la démocratie interne du parti élaborées pour le congrès de 1979, commission qui fut présidée par Mick Costello. Mais la forme particulière de démocratie interne qui est appliquée au sein du CPGB ne fait aucune place pour des tendances ou des fractions basées sur des plate-formes politiques claires. Aucudisposition n'existe pour régler la circulation des plate-formes ou des résolutions opposées à celles de la direction, aucune disposition n'existe pour permettre la représentation des minorités dans les du parti. Il n'est donc pas surprenant que quand des divergences apparaissent, elles prennent la forme que nous avons vu. Mais ce problème aussi commence à être soulevé dans le parti. Dans le numéro de mars 1984 de Focus, Nigel Kelsey a expliqué que la situation actuelle du parti montrait que « les regles et les pratiques du parti ne sont pas à la hauteur de ce genre de situation. (...) En l'absence de plate-formes publiques, des groupes deviennent des fractions secrètes. (...) Le caractère "politique" des divergences entre l'EC et le PPPS est escamoté et ces divergences sont marquées par des conflits personnels et des argumentations qui ont caractérisé les déclarations faites avant le congrès et qui n'ont été rendues • publiques qu'après des mois de désaccords "secrets"». Il reste à voir si le CPGB en tant que tel sera capable de tirer des conclusions similaires. Mais, à juger par les événements récents, il lui reste peu de temps pour le faire.
Mick ARCHER, Birmingham, le 10 décembre 1984.