Inprecor 1974–2004

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PORTUGAL

Le PCP - l'exception à la règle ?

· Inprecor n° 187, 7 janvier 1985 · p. 22-25 · 4 494 mots

Portugal Syndicalisme URSS et Russie

L mussolinienne qui a fait école au Portugal. Cest la quest installe le siege du Parl 'HOTEL Victoria, dans le centre de Lisbonne, est un vieil édifice d'architecture communiste portugais (PCP). Cette image des années 1940 va comme un gant à un parti qui parvient, non sans peine, à soutenir toutes les positions de l'URSS, à une époque où les autres partis communistes cherchent à s'en démarquer, sans qu'ils cessent pour autant de perdre du terrain. Le PCP, lui, n'a pas hésité, conformément à sa ligne d'appui inconditionnel dès la première heure à Jaruzelski, à organiser un meeting d'amitié PCP-POUP dans une de ses régions-phare. Le Portugal est un pays qui revendique vigoureusement son originalité historique. Le PCP a pris la tête de cette revendication, dont l'expression la plus récente aurait été « la voie portugaise vers le socialisme », en 1974-1975. Mais l'originalité la plus intéressante est peut-être le Parti lui-mê-

L'une des raisons généralement avancées pour expliquer le déclin des partis communistes d'Europe occidentale et leur prise de distance envers l'URSS tient au fait que le modèle de socialisme soviétique a perdu son pouvoir d'attraction pour une classe ouvrière qui, malgré la crise du capitalisme, conserverait un niveau de vie supérieur à celui de la moyenne de la population soviétique, sans les inconvénients de la répression bureaucratique. Mais les salaires portugais sont les plus bas d'Europe, le salaire mensuel minimum étant d'environ 800 francs français. L'inflation a atteint un taux de 33 % en

1983, alors que le salaire n'augmentait que de 18 %. Le nombre des chômeurs dépasse les 750 000 dans un pays de 10 millions d'habitants, et les allocations dérisoires ne concernent qu'un chômeur sur dix. On connaît maintenant le cas de 150 000 travailleurs qui continuent à travailler pour préserver leur emploi, alors qu'ils ne touchent plus de salaire depuis de nombreux mois. La situation des services de santé ou d'assistance sociale, du logement, de l'aide à la vieillesse et, plus récemment, de l'éducation, s'est considérablement dégradée. Et, bien que le travailleur portugais puisse se sentir plus proche de ses cousins émigrés en France ou en Allemagne, T'URSS ne lui paraît pas aussi répugnante qu'on le prétend. Nous verrons si cela suffit à expliquer la situa-

PORTUGAL me, un parti des années 1940 en 1984.

tion exceptionnelle du PC portugais dans le mouvement ouvrier européen.

Nuno PINHEIRO

Pour comprendre la situation actuelle du PCP, il est indispensable de revenir sur l'histoire mouvementée et mal connue du mouvement ouvrier portugais et de ses organisations. Malgré le caractère tardif de

Lisbonne, mars 1975. Grand meeting du PCP avec Alvaro Cunhal. (DR)

Le PCP - l'exception à la règle ?

l'industrialisation portugaise et l'existence d'une classe ouvrière peu nombreuse et dispersée dans de petits ateliers, les efforts d'organisation de la classe ouvrière commencent des le milieu du 19e siècle, culminant dans la formation du Parti socialiste (section de la Ire Internationale)

en 1975. Malgré l'existence de ce parti, la majorité de la classe ouvrière allait se retrouver, à la fin du siècle, à la remorque du radicalisme républicain bourgeois qui devait renverser la monarchie en 1910. Le PS ne devint jamais plus qu'un petit groupe intellectuel sans influence ni racines dans la classe ouvrière. Cette situation se maintint jusqu'à la disparition du PS, dans les années 1930. Avec un PS paralysé et compromis du côté de la république bourgeoise, les anarchistes purent devenir le grand courant prolétarien de la période située entre 1910 et 1923, durant laquelle la classe ouvrière s'organisa, gagna en conscience et affirma son indépendance.

LES DÉBUTS DU PCP Les militants ouvriers les plus avancés se trouvant dans les rangs anarchistes, c'est de là que devait naître le PCP. Ainsi, en 1919, se constitua la Fédération maximaliste portugaise (FMP), qui regroupait autour du journal Bandeira Vermelha (Drapeau rouge) des militants dont le dénominateur commun était leur sympathie pour la révolution russe, et pour lesquels « être bolcheviks (...) ne renier les idéaux libertaires » (Bandeira Vermelha, 3 septembre 1919). La dictature du prolétariat était acceptée comme inévitable, mais la nécessité du parti révolutionnaire n'était pas toujours bien comprise. Ayant perdu nombre des fondateurs de la FMP, le PCP fut formé en 1921. Ses positions politiques étaient encore passablement confuses. Ainsi, il n'acceptait toujours pas le centralisme démocratique. Sa perspective politique était celle de la révolution immédiate, allant considérer qu'avec les manifestations de Lisbonne, en 1924, la révolution de février venait d'avoir lieu ... En véle Portugal n'était pas seulement le plus éloigné géographiquement de la Russie, mais aussi le plus éloigné de la possibilité d'une révolution. Les militants se démoralisèrent et abandonnèrent le parti. Les premières années du PCP vont être marquées par de graves crises internes qui, en l'absence d'une vie interne démocratique conduisirent à l'intervention de l'Internationale communiste. Cette intervention, si elle va contribuer à une clarification politique, notamment à partir de 1924, va aussi se traduire par une extinction croissante du parti, qui collabora en 1925 à un front électoral avec le Parti républicain, sans parvenir pour autant à obtenir un seul député. Le bilan de cette période se solda par le fait que le parti, d'un millier de membres en 1921 probablement exagéré) duit à 500 unités en 1924 et à 70 militants peu après le coup d'Etat militaire de 1926 (1) et avant même d'avoir été touché par la répression. Il ne comptait plus que 30 membres en 1929.

1. Suite à ce coup d'Etat de la part des militaires de droite, le Parlement et les partis politiques furent dissous et la presse censurée. Antonio Oliveira de Salazar, nommé ministre des Finances en 1928, devint Premier ministre en 1931 et établit une dictature qui devait durer jusqu'à la révolution de 1974.

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Du coup d'Etat de 1926, qui se déroula pratiquement sans résistance ouvrière, jusqu'à sa « réorganisation » en 1929, le parti continua à décliner, sans autre perspective que l'espoir d'un coup d'Etat républicain. La réorganisation s'appuya sur le syndicat de l'arsenal de la marine et sur une délégation qui avait visité Moscou à l'occasion du 10e anniversaire de la révolution d'Octobre. Parmi cette délégation se trouvait Bento Gonçalves, jeune travailleur de l'arsenal, qui n'était pas encore membre du parti, mais qui allait se retrouver, deux ans plus tard, en 1929, secrétaire général. La continuité historique du parti était donc très faible et son orientation politique allait changer aussi, au rythme des changements de l'Internationale communiste. Le PCP entra alors

« troisième période » (2). l'absence, ou presque, de social démocratie, l'organe du PCP, O Proletario, accusait les anarchistes de social-fascisme ! La période de 1926 à 1934 fut celle du renforcement du régime, mais aussi le moment où le PCP construira ses possibilités d'avenir, principalement parce que les anarchistes et les républicains se contentaient d'espérer en un « contre-coup »

Le 18 janvier 1934, une grève générégime, qui prétendait en finir avec les syndicats indépendants qui avaient jusqu'alors maintenu une existence semi-légale. Le PCP et les anarchistes collaborèrent dans cette grève. Malgré sa défaite, elle constitua l'un des épisodes déterminants de la résistance à la dictature. A partir de ces événements, et compte tenu d'un durcissement de la répression, les disparurent presqu'entièrement et le travail du PCP se trouva contraint à une plus grande Cette période fut pour lui celle du virage, de la « troisième période » à celle du front populaire (3). On trouvait alors dans sa littérature des expressions telles que « classe contre classe » et « front unique à la base », ou encore « révolution démocratique populaire », tandis qu'en pratique le parti conciliait le « front unique au sommet » et la recherche d'alliances avec la bourgeoisie libérale, avec l'organisation d'un soviet à Marinha Grande, petite localité ouvrière du centre du pays ... Mais à partir de l'organisation de la « Ligue contre la guerre et le fascisme », en 1934, le PCP s'enfonça, en 1935, dans la ligne des fronts populaires, marquée par l'organisation d'une de fronts dirigés surtout vers la petite bourgeoisie. Avec l'emprisonnement de la direction, en 1935, s'ouvrit une période de confusion organisationnelle telle que sont apparus deux PC, deux Avante (organe central), et que les relations avec l'URSS furent coupées. Cette situation se clarifia lors d'une nouvelle réorganisation, en 1941, confirmée par le 3e congrès du parti en 1943, qui mit en place la direction qui, pour l'essentiel, se trouve encore à la tête du PCP aujourd'hui. Du parti de 1929, et à plus forte raison de 1921, il ne restait pratiquement plus rien.

Les années de guerre furent fondamentales pour le renforcement du parti, tant pour sa participation ouvrières que pour l'organisation du Mouvement d'unité nationale (MUNAF) et du Mouvement d'unité démocratique (MUD), fronts antifascistes avec des secteurs bourgeois libéraux. Demeurant la seule opposition au régime après la guerre, et face aux tentatives toujours infructueuses de réorganisation du PS, le Parti communiste parvint à se renforcer, malgré la 1950. Cunhal passa pratiquement toutes les années 1950 en prison. Au début des

1960 commencèrent les guerres coloniales. Le PCP s'opposa à la désertion, qui prenait des proportions croissantes et exprimait une radicalisation de la

La désorientation de ses militants, qui était la conséquence de cette ligne, s'accentua avec l'apparition de nouveaux pôles de référence. Tout d'abord la

La rupture sino-soviétique pour effet de provoquer la première scission, maoïste, dans le PCP. Ensuite, il y eut l'impact des révolutions algérienne et cubaine, qui donnèrent naissance à des courants défendant la lutte armée. Finalement, il y eut l'influence de mai 1968

Ce fut donc durant cette période que se sont formées les organisations d'extrême gauche, le A 'CP s'efforça de contrer en créant lui-même l'Action révolutionnaire armée (ARA) et en prenant l'initiative d'actions de sabotage anticoloniales. maladie et le nouveau dictateur, Marcelo Caetano, promit une libéralisation à laquelle crurent des secteurs d'opposition. Malgré la totale désillusion résultant de cette perspective, les travailleurs obtinrent des conquêtes importantes, en particulier avec l'élection de certaines directions syndicales d'opposition qui furent, en 1971, à l'origine de l'Intersyndicale (confédération syndicale dirigée par le PCP, aujourd'hui largement majoritaire). Dans la dernière période de la dictature se développè rent une radicalisation de la classe ouvrière et de la jeunesse qui touchèrent jusqu'aux jeunes officiers qui, plus tard, seront à l'initiative du renversement du

LA REVOLUTION DE 1974

Malgré l'échec d'une tentative de coup d'Etat à peine un mois auparavant, le PCP ne croyait pas à la possibilité du renversement du régime par les militaires, lorsque survint le coup d'Etat des jeunes officiers, le 25 avril 1974 (4). Dans un communiqué publié quelques jours avant la révolution du 25 avril, il disait : « Toutes les illusions quant à un renversement facile de la dictature fasciste ne rapprochent pas, mais retardent plutôt son renversement, et écartent de nombreux Portugais de la lutte. » (Documents politiques du comité central, 1965-1974). De fait, le parti n'était pas préparé pour la nouvelle situation et sa perspective n'allait pas au-dela du renversement de la dictature. Du point de vue organisationnel, il comptait au maximum 5 000 militants et près de 100 permanents, concentrés pour l'essentiel à Lisbonne et dans l'Alentejo (région agricole du Sud). Sa direction était formée par une vingtaine de membres élus par le comité central en 1965, tous permanents, beaucoup d'entre eux étant en prison ou en exil, à l'image d'Alvaro Cunhal lui-même, le premier secrétaire du Parti, qui rentra au pays le 30 avril 1974. Le retour de Cunhal fut présenté comme une réédition de l'arrivée de Lénine à Petrograd en avril 1917. Le prestige du PCP était sans aucun doute grand. Cela peut se vérifier par le tirage du premier Avante légal, 500 000 exemplaires, ce qui doit constituer un record absolu pour la presse portugaise, mais qui devait redescendre à 100 000 exemplaires en 1975, puis à 85 000 en 1976, pour se situer à 40 000 aujourd'hui.

La tactique du PCP aux premiers temps de la révolution avait pour princi pal objectif de placer le plus grand nombre de ses militants aux points clefs de sait vite les objectifs limités de la stratégie du PCP de la « révolution démocratique nationale ». Non habituées à la discipline, à la modération et à la responsabilité propres aux partis réformistes, les masses estimaient que tout était possible, et les appels à la modération ne passèrent pas. Le PCP participa aux premiers gouvernements. En plus d'avoir obtenu le ministère du Travail, il bénéficia de la nomination de Cunhal au rang de ministre sans portefeuille, au même titre que Mario Soares, dirigeant d'un PS constitué moins d'un an auparavant, sans aucune implantation ouvrière et qui comptait à peine 200 militants, et que Sa Carneiro, pour le Parti populaire démocratique (PPD) alors en formation. Le PCP voyait là la confirmation de l'alliance des couches anti-monopolistes dans la révolution démocratique nationale : la classe ouvrière (PCP), la petite bourgeoisie (PS) et la

(PPD), propres termes ! Ne croyant pas à la possibilité d'établir un régime démocratique bourgeois, son objectif était un « régime démocratique d'une alliance des classes mentionnées ci-dessus, qui rendrait possible une transition pacifique au socialisme.

Deux choses allaient perturber le parti à cette époque. D'une part, l'énorme affluence de militants — le parti passa de moins de 5 000 militants au début de la révolution à 15 000 en juillet, à 50 000

2. Entre 1928 et 1934, la ligne ultra-gauche de l'Internationale communiste (IC), dite de la « troisième période », impliquait notamment une attitude ultra-sectaire envers les partis sociaux-démocrates, qui furent dénoncés comme social-fascistes.

3. A partir de 1934, et surtout du 7e congrès de l'IC en 1935, les partis communistes adoptèrent la ligne du « front populaire », qui préconisait les alliances avec des forces bourgeoises « démocratiques » contre le fascisme.

4. Sur le processus révolutionnaire au Portugal, en 1974-1975, voir l'article de Francisco Louça, paru dans Inprecor numéro 172 du 30

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en septembre, à plus de 100 000 en mai, à 115 000 en septembre, et à 200 000 aujourd'hui. L'appareil se méfiait de ces nouveaux militants. Bien que Cunhal ait prétendu dans ses rapports au 7e et au 8e congrès (1974 et 1976) qu'il ne fallait pas faire la différence entre ceux qui étaient entrés au parti avant ou après 1974, le fait est que le congrès d'octobre 1974 n'élisit même pas une nouvelle direction, reconduisant simplement celle élue en ... 1965, n'y ajoutant que quelques membres cooptés. D'autre part, le mouvement de masse tendait à dépasser les barrières imposées. Au moment de son congrès d'octobre 1974, le PCP ne l'avait pas encore apparaître certaines originalités du processus en cours : contrôle ouvrier, strucd'auto-organisation telles que les comités de travailleurs, occupations de terres. Rien de cela ne transpira dans les documents du congrès. L'accent fut mis sur le renforcement de l'« Etat démocratique », qui serait obtenu par « le placement à des postes clefs de personnes ayant la totale confiance des forces démocratiques » (rapport de Cunhal au 7e congrès). Le PCP ne vit dans les occupations de terres et la multiplication des commissions de travailleurs ou d'habitants, qu'une possibilité supplémentaire de faire pression sur l'appareil d'Etat, et c'est ainsi qu'en février 1975, il favorisa la constitution d'une première assemblée populaire à Almada. Mais cette assemblée sera réduite à n'être qu'un organe para-partidaire, à la manière stalinienne caractéristique.

Dans la situation de cette époque, il faut prendre en compte la question militaire. L'alliance du peuple et du Mouvement des forces armées (MFA) devint, pour le PCP, l'expression de l'alliance des « couches anti-monopolistes ». Une fois de plus, les clivages sociaux s'approfondirent, surtout à partir de la tentative de coup d'Etat de la droite, du 11 mars 1975. Coincé entre, d'un côté, sa condition de parti de gouvernement et, de l'autre côté, l'accélération de la mobilisation de masse, le PCP se trouvait dans une situation difficile. Il voulait l'élément moteur du processus, alors qu'il faisait en même temps de son mieux pour le dévier et limiter ses objectifs, au nom d'alliances de classe inexistantes et de la conquête de postes stratégiques dans l'appareil d'Etat. Après le 11 mars et la rupture des alliances susceptibles de limiter la révolution, le PCP et le PS se désignèrent mutuellement comme l'ennemi principal. Les conflits s'aiguisaient dans les forces armées, tandis que les organes potentiels de double pouvoir se généralisaient, bien que leur centralisation restât très limitée. Comme nous l'avons vu, le PCP participait à certains de ces organes, ou même les impulsait. Dans les organisations d'extrême gauche apparurent alors des illusions sur la possibilité « d'obliger » le PCP à devenir révolutionnaire. Au même moment il y eut, d'après le rapport de Cunhal au Se congrès (1976), des secteurs du parti qui défendaient une alliance avec les « gauchistes ». En août 1975 se forma le Front d'unité révolutionnaire (FUR), qui

Portugal, avril 1975. L'usine métallurgique Mague. (DR) regroupa, outre le PCP, le Mouvement démocratique populaire (MDP) contrôlé par le PCP, le Mouvement de la gauche socialiste (MES), le Parti révolutionnaire du prolétariat (PRP), le Front socialiste populaire (FSP), la Ligue d'unité et d'action révolutionnaire (LUAR), et la Ligue communiste internationaliste, section portugaise de la IVe Internationale. Quelques jours plus tard, le PCP quitta le FUR pour rechercher une alliance avec les militaires modérés proches du Parti socialiste.

L'organisation autonome des masses était déjà en train de dépasser les limites tolérables aux yeux du PCP. Les organes de « pouvoir populaire » commençaient à percevoir qu'ils pouvaient constituer bien autre chose que des groupes de pression. On commença à parler d'une Assemblée nationale populaire, qui serait un organe

DA MAIS FONCA

décisif d'un futur pouvoir d'Etat.L e mouvement autonome des soldats devint un facteur de regroupement et dissipait les illusions encore portées par le MFA, drainant dans ses propres manifestations de larges couches de travailleurs, y compris du Parti socialiste. La situation pré-révolutionnaire commença à réunir conditions pour se transformer en situation révolutionnaire.

Ces possibilités furent coupées net par le coup d'Etat du 25 novembre 1975 (5).

5. Coup d'Etat opéré par une coalition de forces de droite et du centre dans les forces armées, dont le véritable responsable fut le futur Président Ramalho Eanes. Ce coup d'Etat a rétabli l'autorité de l'Etat bourgeois et préparé la voie vers l'instauration d'un régime parlementaire. Voir l'article de Francisco Louça déjà cité.

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Pour le PCP, cet événement signifiait un certain recul dans les positions conquises, mais il écartait en même temps le danger « gauchiste », grâce, notamment, à la destruction des organisations autonomes de soldats. La position du PCP face à ce coup d'Etat a fait l'objet de bien des controverses. La droite et le PS l'ont accusé d'avoir essayé de prendre le pouvoir. Pourtant, le fait est que le PCP ne mobilisa même pas ses militants en riposte au coup. Les confessions, comme c'est souvent le cas, sont apparues plus tard. Ainsi, dans son rapport au 8e congrès, en 1976, Cunhal a reconnu que paraissait pour le parti: « La tendance, qui s'est confirmée lors de la stabilisation démocratique (et dont la permanence de membres du PCP au gouvernement après le 25 novembre constituait un indice), contrariait les plans de la réaction. » Pour « renforcer l'Etat démocratique », la stabilité était toujours préférable à l'instabilité et, désormais, il valait mieux penser à ne pas perdre trop de positions dans l'appareil d'Etat, ce qui s'est pourtant produit peu à peu. Pour tenter de conserver ses positions, « le PCP eut la lucidité d'analyse, la sérénité de comportement et le courage nécessaire pour lutter contre la méfiance mutuelle, pour prôner le rapprochement de secteurs qui s'étaient affrontés, pour défendre toutes les formes de coopération possibles entre le peuple et les forces armées » (Rapport de Cunhal au 8e congrès). Ces appels du PCP ne rencontrèrent pourtant pas un grand écho. Il conserva ses portefeuilles ministériels, mais beaucoup de ses militants étaient « épurés » de leurs postes de travail, tandis que la « gauche militaire », celle du MFA, perdit presque toutes ses positions. La bourgeoisie allait désormais pouvoir se passer des loyaux services des staliniens.

L'extrême gau che croyait en la possibilité d'une révolution socialiste. Le FSP année de la révolution. » Mais Cunhal et son parti n'envisagèrent jamais d'en arriver là. C'est pourquoi son rapport disait que la révolution portugaise n'était pas terminée et ne serait pas terminée aussi longtemps que la démocratie ne serait pas définitivement consolidée. La duplicité continuait : il s'agissait non seulement de défendre le régime, mais le terme de « révolution » figurait encore dans le rapport, pour satisfaire et tromper les masses.

LE PCP DEPUIS 1976 La stabilisation allait marquer deux points. En avril 1976, fut approuvé une Constitution qui reflétait les contradictions de l'année précédente, une Constitution qui fut et qui continue d'être, malgré la perte de la plupart des conquêtes de 1975, l'un des principaux chevaux de bataille du PCP, qui montre ainsi son visage de parti de la stabilité et de l'ordre démocratique. Le même mois, aux élections à l'Assemblée de la République (Parlement), le PCP vit ses suffrages passer de 12,5 % à 14,6 %, gagnant 20 000 voix dans le district ouvrier de Setubal, et aug fraction parlementaire, qui passa de 30 à 40 députés. Le second pas dans la stabilisation allait être franchi en juin de la même année, avec l'élection à la présidence de la République de Ramalho Eanes, le général qui avait dirigé les opérations militaires du 25 novembre. Le PCP présenta à ces élections l'un de ses dirigeants, Octavio Pato, qui, sur une ligne de non-confrontation à Eanes, perdit presque la moitié des suffrages du PCP au profit du major Otelo de Carvalho, héros du 25 avril, soutenu par plusieurs organisations de la gauche révolutionnaire.

Dans les thèses officielles du PCP, l'« alliance peuple-MFA » était toujours présentée comme le moteur de la révolution, mais le parti se retrouvait de plus en plus à la remorque de l'appareil d'Etat et, après la formation du gouvernement socialiste, en 1976, dirigé par Mario Soares, de plus en plus déporté du côté d'Eanes en personne. De 1976 à aujourd'hui, le soutien à la Constitution et à Eanes, en particulier à l'occasion de sa réélection en 1980, ont été les traits dominants de la politique du parti. Le mouvement syndical, dont l'importance était des plus modestes avant le 25 avril, resta le parent pauvre dans les moments les plus chauds de la période révolutionnaire. Sa construction véritable va s'opérer surtout au -tour de la résistance à l'offensive anti-ouvrière déclenchée à partir de 1976. Identifié à cette lutte et aux conquêtes de la révolution, le PCP continua à croître 200 000 militants et près de 20% des voix. Son sectarisme envers un PS qui a lancé maintes attaques contre les travailleurs, est l'une des causes de sa croissance. Pourtant, en l'absence de claires perspectives d'action de la part des directions syndicales, pour la plupart liées au PCP, et lasse de servir de force de pression sans débouchés, la résistance ouvrière a peu à peu commencé à refluer, surtout après les deux grèves générales de 1982, qui n'ont pu connaître qu'un succès limité, parce que les directions syndicales dominées par le PCP ont refusé d'appeler à l'unité d'action avec les autres syndicats liés au PS. Depuis lors, le mouvement syndical est resté relativement paralysé et le PCP a connu une certaine stagnation.

Si ces données vont peser sur l'avenir du PCP, plus importantes encore seront les questions politiques qui se poseront inévitablement dans les prochaines années. Le discours du PCP a eu comme constante une référence au passé, dans lequel se combinent l'antifascisme et la péconquêtes d'avril et empêcher le retour du fascisme. Tout cela se reflète dans la stratégie de « révolution démocratique nationale ». Mais cette ligne perd de son actualité, de sa crédibilité, et sa force d'agitation va en s'affaiblissant. La ligne de conquête de positions de force dans l'appareil d'Etat se révèle également de plus en plus vaine. C'était pourtant la raison fondamentale du soutien chaque fois plus ouvert à Eanes, et même au parti « eaniste », qui a connu, depuis 1978, plusieurs tentatives de mise en forme, sous divers aspects, et qui présentera sans aucun doute une candidature aux élections présidentielles de 1985. Eanes ne pouvant légalement postuler à un troisième mandat, on assiste à une lutte à l'intérieur de ce courant dans la perspective du choix du candidat. Avec l'«eanisme », le PCP joue une carte risquée. Les syndicats qu'il contrôle perdent force et prestige. Le parti est isolé et, pour beaucoup de ses militants, la question de son utilité ce d'influencer le courant « eaniste », en candidature de madame Pintasilgo, qui fut pendant trois mois Premier ministre, en 1979, et représente la gauche « eaniste » sans cesser d'être une candidate de la bourgeoisie. Non seulement le PCP préférerait un candidat militaire, mais encore il redoute l'impact dans ses rangs du style populiste de Pintasilgo. Quoi qu'il en soit, le PCP a peu de chances de peser réellement dans les choix. Déjà en 1980, il avait apporté ses voix à Eanes sans rien recevoir en échange, et il en ira probablement de même en 1985. Les « eanistes » n'ont aucune raison d'acheter les voix du PCP s'ils peuvent les obtenir gratis.

L'année prochaine, outre l'élection présidentielle, il y aura des élections municipales. Depuis le 25 novembre 1975, le « municipalisme » a été l'une principales des illusions quant à une possible conquête graduelle de l'appareil d'Etat, à la lumière des multiples succès du PCP en la matière. Mais le jeu électoral risque d'être doublement modifié pour les prochaines élections, d'une part, par l'apparition d'un parti « eaniste », qui pourrait prendre des voix au PCP et, d'autre part, par la constitution d'une coalition PS PSD (Parti social-démocrate, formation bourgeoise qui forme actuellement la coalition gouvernementale avec le PS) qui pourrait devancer le PCP dans bien des municipalités. Ces deux facteurs pourconcourir à un substantiel de la base municipale du PCP.

Le PCP a de plus en plus de mal à remplir les principales fonctions d'un parti réformiste. Il n'est pas en position de dialogue avec le pouvoir. Sa bureaucratie syndicale est de moins en moins efficace. Toute l'offensive en direction de l'« eanisvise à rompre cet isolement. Avec ou sans portraits de Staline — qu'il n'a jamais utilisés dans ses campagnes publiques -, plus ou moins lié à l'URSS, traitant les eurocommunistes de traîtres, le PCP devra se transformer en parti réformiste de plus en plus inséré dans l'Etat bourgeois, et la vieille direction de l'époque de Staline et Molotov devra s'ouvrir au dialogue. Le PCP a déjà joué un rôle décisif pour sauver le régime bourgeois, et même si la bourgeoisie lui tourne aujourd'hui le dos avec ingratitude, elle peut avoir à nouveau besoin de ses services : sa marge de manœuvre est d'ores et déjà étroite, et elle risque de l'être plus encore après les prochaines élections.

Nuno PINHEIRO, Almada, le 29 novembre 1984.

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