Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Puissance et contradictions du PCI

· Inprecor n° 187, 7 janvier 1985 · p. 12-17 · 6 155 mots

Italie Syndicalisme

'ROIS faits au moins font de 1984 une année importante dans l'histoire récente du Parti communiste italien (PCI) : d'une part, la nécessité dans laquelle il s'est trouvé, l'hiver dernier, de se mesurer avec l'extraordinaire mouvement de lutte déclenché par les conseils d'usine contre le décret gouvernemental sur l'échelle mobile ;

d'autre part, la mort d'Enrico Berlinguer, secrétaire général du PCI, qui avait dirigé et orienté le parti pendant l'une des décennies les plus complexes et difficiles de son histoire ; et, enfin, les résultats des élections européennes du mois de juin dernier, qui ont marqué pour le PCI un véritable triomphe, en le consacrant premier parti du

Puissance et contradictions du PCI

Elettra DEIANA

L'année 1984 a aussi été pour le PCI l'année du virage à gauche. Au cours de la dernière période, il a en effet opté pour une politique d'opposition beaucoup plus nette et radicale que par le passé. Cela a été le cas, en particulier, lors de la bataille d'obstruction menée au Parlement par le PCI contre le décret du gouvernement Craxi relatif à l'échelle mobile (1) et, ensuite, avec l'initiative référendaire (2) pour la récupération des quatre points d'indexation perdus apres la conversion du décret en loi. Il s'agit sans l'ombre d'un doute de choix très différents de ceux auxquels le PCI avait habitué ses militants et l'opinion publique depuis quel ques années, tout d'abord avec la politique d'unité nationale, de 1976 à 1979 et, ensuite, avec la longue phase d'opposition « constructive » aux différents gouvernements.

LE RETOUR

A L'OPPOSITION ACTIVE

L'obstructionnisme parlementaire, tomdepuis des décennies (la dernière grande bataille obstructionniste du PCI remonte désormais à l'année 1953) et le référendum pour le rattrapage des points d'indexation perdus, sont des initiatives qui contrastent avec le respect fétichiste des institutions bourgeoises, la souveraineté du Parlement, la pleine observation des règles de la démocratie formelle affichés jusqu'alors par le PCI. Le recours au référendum, en particulier - pratiqué en d'autres occasions par le Parti radical ou par Démocratie prolétarienne (DP) ou, sur d'autres terrains, par des secteurs de droite -, a toujours été quand il n'a pas été ouvertement dénoncé comme un instrument de corruption et d'utilisation abusive et outrancière de la « bataille politique démocratique ».

Les accusations qu'adressent aujourd'hui au PCI, la Confindustria (3), le gouvernement et l'aile la plus modérée du mouvement syndical, sont de même nature, et ce n'est pas par hasard. Aujourd'hui, quelque chose semble se rompre sérieusement dans la ligne d'étroite collaboration de classe pratiquée par le PCI depuis des années. Il n'est pas étonnant que ces reproches, destinés à rappeler à l'ordre le PCI, évoquent l'éventuel désordre institutionnel et la confusion sociale et politique que le recours au référendum pourrait entraîner. Ce sont là les arguments qui étaient habituellement utilisés par le PCI à l'égard de ses militants et, plus généralement, des travailleurs, pour leur faire avaler les pires choix de sa politique. Mais le PCI n'avait pas d'autre possibilité. Après de longues et épuisantes négociations, commencées il y a des mois avec les trois confédérations syndicales pour parvenir à définir certaines restrictions au système d'échelle mobile, le gouvernement, au mois de février dernier, s'est trouvé devant la décision de la CGIL (principale confédération syndicale dans l'industrie, proche du PCI, mais comprenant également des militants socialistes et d'extrême gauche) de rompre les négociations. La présidence du Conseil, socialiste, en accord avec tous les partis présents dans le gouvernement (4), décidait alors de procéder d'autorité à la publication du décret qui enlevait huit points d'indexation pour l'année 1984. Avec cette initiative, le gouvernement Craxi tentait d'atteindre objectifs. Il voulait frapper l'échelle mobile, pour répondre aux vœux du patronat italien, très engagé sur ce front depuis trois ou quatre ans ; instaurer un nouveau mode de relations avec le mouvement syndical, pour dé-

1. Ce décret, adopté en février 1984, limite à 60 % le rattrapage des salaires par rapport à l'inflation pour l'année 1984. En outre, il avait un effet rétroactif. En conséquence, les quatre points d'indexation dûs pour le dernier trimestre de 1983 ont été supprimés. Cf. Inprecor numéro 170, 2 avril 1984, Elettra Deiana, « Les réactions ouvrières au nouveau plan d'austéri-

2. La Constitution italienne prévoit le droit pour les citoyens de proposer un référendum pour abroger une loi votée par le Parle-

3. L'organisation du patronat italien, équivalent du CNPF français.

4. L'actuel gouvernement italien, présidé par le socialiste Bettino Craxi, regroupe cinq partis : la Démocratie chrétienne (DC), le Parti socialiste (PSI), le Parti social-démocrate (PSDI), le Parti républicain (PRI) et le Partli libéral

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gouvernement en échange du sacrifice manifestées d'importantes contradictions montrer que l'on pouvait mettre un terme à la longue période de médiations exténuantes, de négociations, de vétos croisés qui caractérisent depuis des années les relations entre les partenaires sociaux. Il voulait enfin marginaliser l'opposition de gauche, et en premier lieu le PCI.

La réaction du Parti communiste a donc été, en premier lieu, une riposte au projet politique qui se cachait derrière le décret Craxi. Elle a montré qu'en dépit des désirs du gouvernement et de la Confindustria, le PCI disposait dans le pays d'une très grande capacité organisationnelle et d'un tout aussi grand appui social. Mais il y a plus. La riposte du PCI n'aurait pas été si radicale, tout au moins dans sa forme, si les préoccupations du groupe dirigeant communiste de sauvegarder son rôle et le prestige de son propre parti n'avaient été renforcés, comme ce fut le cas, par une pression forte et décidée de la base. Cette initiative est partie des conseils d'usine, des secteurs plus classistes de l'appareil de la CGIL, des militants ouvriers du Parti communiste et de milliers de délégués d'usine non disposés à laisser passer le coup de force du gouvernement. Le décret Craxi a suscité un réflexe de lutte et de mobilisation dans tout le pays. Ce mouvement a précédé et influencé positivement la bataille parlementaire du PCI.

L'EPREUVE DU MOUVEMENT

DES CONSEILS Il faut ici rappeler rapidement certains faits, pour bien saisir la portée du premier des trois éléments de conjoncture signalés dans l'introduction. Il s'agit de la nécessité dans laquelle s'est trouvé le PCI de se mesurer avec un mouvement de masse de grande ampleur, mouvement caractérisé par une forte tendance à l'auto-organisation.

A l'automne 1983, des négociations centrales étaient entamées entre syndicats, Confindustria et gouvernement, pour arriver à un accord sur l'échelle mobile. Dans l'esprit du gouvernement et du patronat, il s'agissait simplement d'attaquer encore une fois le mécanisme des indexations, en échange de promesses sur l'emploi et la fiscalité (un accord très négatif, appelé accord Scotti, du nom du ministre du Travail d'alors, avait déjà été signé par les partenaires sociaux un an auparavant). Ainsi, selon les plans de Craxi et de la Confindustria, la route était ouverte pour un effondrement définitif de ce qui restait de l'accord de 1975 sur l'échelle mobile (5). C'est cela qui allait se jouer au cours des mois suivants en

La CISL (confédération syndicale liée à la Démocrate-chrétienne) et l'UIL (confédération syndicale liée au Parti social-démocrate et au Parti socialiste) se déclarèrent tout de suite disposées à la liquidation de l'échelle mobile. La CGIL, représentée elle aussi à la table des négociations, tout en donnant des signes de disponibilité, durcissait petit à petit sa position et s'obstinait à réclamer des contreparties substantielles et plus sûres au

Anner AUBE ME-REPORTER ETOR Enrico Berlinguer. (DR) d'une partie de l'échelle mobile. Finalement, vers la mi-février, la CGIL se retirait des négociations, en protestant contre l'attitude du gouvernement, mais sans donner de consignes précises aux travailleurs. Les parties en présence n'arrivaient à conclure aucun accord. En effet, en vertu du Pacte fédératif, qui unit depuis dix ans la CGIL, la CISL et l'UIL, aucun accord n'est valable s'il n'est pas signé par les trois confédérations. La CISL et l'UIL n'étaient pas prêtes à prendre la responsabilité de signer un accord séparé d'une telle ampleur avec le gouvernement. Cependant, le gouvernement, avec leur aval explicite, édictait d'autorité le décret mentionné ci-dessus, appelé Saint-Valentin, d'après le jour (le 14 février 1984) où il fut rendu public.

L'initiative du gouvernement provoqua un choc sans précédent dans le mouvement syndical italien : la crise profonde qui traversait depuis longtemps la Fédération unitaire montra en cette occasion sa profondeur et son irréversibilité. Depuis ce jour, les secteurs les plus modérés de la coalition syndicale et, dans leur ensemble, les directions de la CISL et de l'UIL, ont un alibi formidable pour démontrer que la route de la voie unitaire est désormais impraticable et qu'il faut agir chacun pour soi.

La décision prise par la majorité de la CISL de se retirer des négociations créa un profond désaccord, pas encore surmonté, entre la composante communiste, qui fut la principale promotrice de cette décision, et la composante socialiste, qui appuie au contraire totalement la li-

L'ensemble de ces événements a créé un vide de l'initiative syndicale, dont ont profité les conseils d'usine. Dans ces conditions, les choix et les comportements politiques des cadres ouvriers et syndicaux du PCI ont eu un poids décisif. Ils ont pesé dans l'appareil de la CGIL et, en dehors de celui-ci, dans les structures syndicales de base et parmi les travailleurs et, bien sûr, sur le PCI.

Dans l'appareil de la CGIL se sont de diverses natures : d'une part, la crainte qu'on sorte du conflit avec le gouvernement avec un important affaiblissement du rôle du syndicat (déjà entamé ces dernières années) et, surtout, avec la marginalisation politique de la CGIL ; d'autre part, la forte pression des cadres intermédiaires les plus directement en contact avec la base, ou de tradition de gauche.

Des secteurs à forte tradition de lutte, en particulier des sections importantes de la FIOM (le syndicat de la métallurgie de la CGIL), ont joué un rôle essentiel pour empêcher le secrétariat national de signer l'accord sur l'échelle mobile avec le gouvernement. La peur de l'approfondissement des tensions avec sa propre base ouvrière a d'autant plus opéré sur la direction de la CGIL que la longue phase de négociations entre les partenaires sociaux à Rome a vu croître dans toutes les plus grandes villes d'Italie un mouvement d'auto-organisation des délégués et des travailleurs les plus combatifs, à travers l'instrument des assemblées auto-convoquées (assemblées horizontales des conseils d'usine convoquées au niveau des villes, des régions et nationalement, en dehors des mécanismes institutionnels du syndicat, sur l'initiative d'usine ou d'un conseil d'usine important).

Au cours du mouvement, il y a eu deux assemblées nationales des conseils d'usine, et une coordination nationale restreinte a fonctionné pendant quelques mois, de janvier à avril. Les militants du PCI ont joué un rôle décisif dans la prise d'initiatives, le soutien orgnisationnel, la défense politique, tant dans la pratique de l'« autoconvocation » que dans les grèves déclenchées à travers ce canal. L'existence de préoccupations tactiques, d'orientation, d'options différenciées parmi les cadres ouvriers du PCI ont ainsi été mises en évidence. Les uns voyaient à travers l'auto-organisation des conseils un passage obligé pour « changer » le syndicat, pour redonner un espace à l'action de la base. Les autres, au contraire, craignaient l'excessive autonomie des conseils. D'accord avec les intentions de la direction de la CGIL, ils voyaient le mouvement des conseils seulement comme un expédient tactique nécessaire pour affronter la situation de vide qui suivit la crise de la Fédération unitaire et pour surmonter le plus vite possible les contradictions internes à la CGIL, entre communistes et socialistes.

Sur d'autres terrains, mais avec des objectifs convergents, la direction de la CGIL et le PCI se sont trouvés d'accord sur la nécessité de chevaucher le mouvement, pour en devenir l'unique expression au niveau syndical, politique et institutionnel, afin de relancer ainsi leur propre initiative et renforcer leur propre rôle, mis en danger par la manœuvre du gouvernement. Il s'agissait en même temps, et steme di eccle mobile en sedan et e nifiant le système d'indexation pour toutes le catégories de travailleurs.

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c'est ce qui se passa à terme, mouvement, de le priver des possibilités d'autonomie et d'auto-organisation qui s'amorçaient, et d'empêcher une dynamique sociale et politique incontrôlables. La reprise à leur compte, plutôt formelle, des objectifs du mouvement (retrait du décret, place centrale de l'emploi) par la CGIL et le PCI, a été la façon la plus efficace de contrôler le mouvement et de lui ôter toute légitimité aux yeux des travailleurs, dans la mesure où ils supplantaient les organes (les conseils) auxquels il incombe traditionnellement l'initiative des mobilisations de masse.

Il reste le fait que le PCI a dû se mesurer avec un phénomène social et politique de grande ampleur, qui mettait en jeu, devant des millions de travailleurs, sa crédibilité comme parti d'opposition, comme force majoritaire de la gauche. La force, la détermination, les potentialités du mouvement étaient manifestement puissantes. Par ailleurs, les difficultés de la CGIL à donner une réponse satisfaisante qui englobe et neutralise les potentialités du mouvement sans créer la possibilité de déchirements ultérieurs, étaient tout aussi grandes. Le PCI a donc dû s'impliquer directement dans la bataille et mettre tout son poids et son prestige dans la balance. A lire la presse du PCI des derniers mois, on croirait qu'un souffle « mouvementiste » et conseilliste le tra-

Mais il s'agissait simplement figure de circonstance. Dans la réalité, le fait d'avoir jeté dans la bataille tout son poids politique et organisationnel a permis au PCI d'enlever des mains des conseils et des délégués l'initiative politique, et de retirer toute légitimité à leurs actes. La bataille ne se jouait plus seulement sur le terrain de l'auto-organisation, de la coordination des conseils, de la grève à une échelle limitée. Il s'agissait maintenant de faire venir à Rome, le 24 mars 1984, un million de personnes, chose que seuls les puissants appareils du PCI et de la CGIL pouvaient faire, et de défier le gouvernement sur le terrain parlementaire. Ainsi, la provocation antiouvrière du gouvernement fut en partie annulée, puisqu'il fut démontré politiquement qu'une opposition au gouvernement, et de gauche, existait et comptait dans ce pays. Les travailleurs perdirent tout de même moins que prévu grâce aux grandes manœuvres du PCI. En effet, après que le ler décret fut battu Parlement grâce à l'obstructionnisme du PCI, le gouvernement en présenta un autre — et cette fois le PCI renonça à la lutte dure - qui, en limitant le blocage de l'indexation à un semestre ne volait aux travailleurs que quatre points au lieu des huit initialement prévus.

Le PCI a donc joué un grand coup. Il a donné la preuve d'une très grande souplesse tactique dans son rapport avec le mouvement de masse. Il a réussi à imposer un comportement assez homogène à l'ensemble de son groupe dirigeant face à un choix - celui de l'obstructionnisme — qui risquait de provoquer des rup tures irrémédiables en son sein. Le secrériat national du PCI, en particulier au travers de Berlinguer, a suivi pas à pas l'action des groupes parlementaires pour contrôler que la tactique obstructionniste soit effectivement appliquée. On sait que de nombreux députés et sénateurs communistes n'étaient pas favorables à ce choix. Mais le fait que la bataille ait été menée unanimement a permis de renforcer la crédibilité du groupe dirigeant auprès de ses propres militants, de l'électorat de gauche et, plus généralement, de l'opinion publique.

La vague d'émotion suscitée par la mort de Berlinguer, survenue quelques semaines après la grande manifestation de masse du 24 mars 1984 contre le décret, et en pleine campagne pour les élections européennes, a donné au PCI une autre occasion exceptionnelle de s'affirmer, en contribuant, dans ce climat de reprise des activités du parti, au grand succès électoral du 17 juin.

Mais les points marqués à son avantage entre l'hiver et l'été de cette année n'ont certes pas permis de résoudre les problèmes du PCI. Au contraire, dans un certain sens, ils rendent plus difficile la recherche d'une réelle solution.

DU COMPROMIS HISTORIQUE

A L'OPPOSITION : UN PARCOURS DIFFICILE Trois éléments fondamentaux se combinent dans les choix politiques du PCI.

- La stratégie réformiste, qui accepte le cadre du système capitaliste, aussi bien sur le plan des mécanismes économiques, des rapports sociaux que des dispositifs politico-institutionnels. Cette stratégie est objectivement entrée, depuis longtemps, dans une crise profonde à la suite des effets dévastateurs de la crise économique et des politiques d'austérité adopgouvernements bourgeois. La virulence de la crise du régime et du pouvoir démocrate-chrétien provoque en outre, par vagues successives, l'émergence de la prétendue question morale (6). Mais le PCI ne remet évidemment pas en cause le régime capitaliste : il se contente d'y adapter, à des niveaux toujours plus bas et mystificateurs, les exi-

Get les espoirs des masses labo- De fortes tensions existent à l'intérieur de la base militante du parti. Le PCI jouit apparemment d'une bonne santé, surtout si on le regarde à travers le prisme électoral. Malgré quelques fléchissements et régressions au cours des dernières années, il témoigne d'une substantielle stabilité. C'est d'autant plus vrai si l'on confronte ses scores à ceux fortement en baisse des autres PC européens. Mais ce maintien électoral, ce prestige politique, cette marge de manœuvre encore importante dans ses rapports avec les masses s'accompagnent de fortes tensions internes, de différenciations politiques réelles, de pressions divergentes qui éclatent bruyamment en diverses occasions, comme ce fut le cas cette année face au mouve-

Cela oblige le PCI à des réajustements tactiques, comme lors du mouvement sur l'échelle mobile, et on pourra encore le vérifier dans le futur, en d'autres occasions.

- Le PCI a tiré un bilan négatif de l'expérience d'unité nationale et de l'hypothèse plus globale du compromis historique. L'échec de cette expérience et le manque de réelle perspective alternative à proposer aux masses ouvrières et à son électorat a contraint le PCI au rôle plutôt risqué, à moyen et à long terme, de « congélateur » d'énormes énergies. Cette situation est déjà porteuse, aujourd'hui, nombreux problèmes et contradictions. Cela est un élément essentiel pour comprendre les choix actuels du PCI.

Ce parti est bien conscient que la voie de l'alliance organique avec la DC n'est plus praticable. Les luttes des années précédentes et la cristallisation sur le PCI des espoirs de changement de larges couches sociales (non seulement prolétariennes mais aussi petites-bourgeoises) se sont traduites en succès électoraux pour ce parti lors des élections locales de 1975 et des législatives de 1976. C'est alors que le PCI a choisi de mettre en pratique la stratégie de compromis historique élaborée quelques années plus tôt. Il s'est trouvé de cette manière partie prenante d'une majorité d'unité nationale,qui soutenait un gouvernement démocrate-chrétien, au lendemain des législatives de 1976. Ces élections avaient assuré au PCI un succès extraordinaire (tous les partis bourgeois et, en premier lieu la DC, connaissaient alors

La gravité de la crise économique qui commençait, ces années-là, à se profiler nettement, la force des mobilisations de masse, la « leçon » chilienne, avaient convaincu le PCI qu'il ne suffisait plus de dévier le mouvement de masse : il fallait absolument le stopper net. Au cours de ces années, le PCI a pu se donner l'illusion d'avancer sans dommage sur ce terrain. Le projet communiste connut alors quelques points forts : en Italie, les succès électoraux ; à l'extérieur, le prestige acquis par son groupe dirigeant, et en particulier par son secrétaire général Enrico Berlinguer avec les théories eurocommunistes et la prétendue troisième voie. Mais la crise le

Aux législatives de 1979 et aux élections locales de l'année suivante, le PCI a sérieusement couru le risque de s'engager irrémédiablement dans la voie du déclin. Le groupe dirigeant avait déjà tiré depuis quelques temps les leçons de la « désaffection » de ses militants et des masses populaires face à la stratégie de l'unité nationale. La sortie du PCI de la majorité nationale remonte en l'automne 1978.

échéances régulières, après quelques gros scandales, le PCI relance une campagne sur la « question morale », dont l'objectif est de montrer que tous les maux dont souffre l'Italie sont dûs à l'absence d'honnêteté de ses dirigeants bourgeois, mais en évitant bien de souligner que ceux-ci ne sont que le sous-produit d'un régime basé sur l'exploitation et le profit.

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LE BILAN NÉGATIF

DE L'UNION NATIONALE Ce fut une sortie empirique, dictée principalement par la préoccupation de ne pas rendre encore plus difficiles les rapports avec de larges franges de travailleurs. C'est ce qui ressort explicitement des thèses du 15e congrès du PCI (1979). Celles-ci soulignent en effet avec insistance les difficultés rencontrées avec les syndicats et la FGCI (fédération des jeunesses communistes). Elles disent clairement que le parti rencontra de sérieuses difficultés « à maintenir et consolider en permanence et à chaque phase de la lutte les rapports avec les diverses couches de la population laborieuse ». Cependant, la rectification de l'orientation et la présentation de l'unité nationale comme cause première de la faillite de la politique du PCI et de ses reculs électoraux n'ont pas été immédiats.

Les thèses du 15e congrès parlent de difficultés et de tensions entre les travailleurs et le PCI mais en taisent les causes. Il faudra encore plus d'un an et demi pour que le PCI abandonne clairement la stratégie du compromis historique. Enrico Berlinguer, le grand théoricien de cette stratégie, à également présidé à son enterrement. Il l'a fait dans une célèbre interview accordée au quotidien La Repubblica, le 28 juin 1980, dans laquelle il déclarait : « Après les législatives de 1979, nous risquions une défaite qui pouvait nous mettre à genoux. Pas tant à cause de la perte de voix, qui pourtant fut importante, que par cet autre fait : pendant les gouvernements d'unité nationale, nous avions perdu le rapport direct et constant avec les masses. Je peux vous certifier que nous ne referons plus une expérience de

A la fin de l'année 1980, un document officiel de la direction du parti systématise la rectification. Il y est dit : « La DC montre qu'elle est incapable de mener à bien l'assainissement moral de l'Etat. (...) Il revient objectivement au PCI d'être la force promotrice et la garantie d'un gouvernement qui exprime et recueille les meilleures énergies de la démocratie italienne et rassemble des hommes compétents et honnêtes à l'intérieur des différents partis, mais aussi en dehors de ceux-ci. » C'est ainsi que s'ouvre la phase de l' « alternative démocratique » : une hypothèse stratégico-tactique différente du compromis historique, dans le cadre plus général de la stratégie de collaboration de classe pratiquée par le PCI. La perspective, précisera Berlinguer à plusieurs occasions, est celle d'un gouvernement interclassiste des « honnêtes gens », un gouvernement qui peut également regrouper des gens qui ne sont pas de gauche mais qui, cependant, restent fidèles à la Constitution de la République.

Cette rupture avec l'hypothèse stratégique d'un rapport privilégié avec la DC a été suivi, à plusieurs reprises, d'autocritiques plus ou moins nettes sur les années d'unité nationale. Ceci est certainement un symptôme de l'important malaise suscité par cette politique dans le parti. Il ne

COMUNSA TAJANO

USTO BATELIA

CARB

s'agit cependant ni d'une rupture linéaire ni du début d'une bataille de fond pour définir les conditions objectives de l'affirmation d'une alternative à la DC, même dans les formes interclassistes prévues par

Le retour à l'opposition a signifié, certes, une radicalisation partielle de la politique du PCI par rapport aux différents gouvernements qui se sont succédés ces années-là. Certains accents ouvriéristes de Berlinguer lors de périodes de forte tension de classe, comme ce fut le cas en automne 1980 avec le conflit à la Fiat, sont le fruit de cette tentative de colmater les dechirures provoquees par les années d'unité nationale dans les rapports du PCI avec de larges franges de travailleurs. Dans le même temps, l'attitude

PSI est devenue que, surtout par rapport à l'affirmation de la ligne du nouveau secrétariat présidé par Bettino Craxi, et après le retour de ce parti dans la sphère gouvernemen-

Mais le durcissement du PCI face au gouvernement s'est limité aux discours de pure forme. La substance de la ligne d'austérité, théorisée par Berlinguer pendant la périonationale, n'a pas été remise en question par la suite. Les travailleurs ont été menés, avec une obstination tenace, dans la voie sans issue des « sacrifices en échange d'emplois et de la relance de la production ». Au nom de cette ligne, le PCI a avalisé, justifié, fait avaler les pires plans anti-ouvriers mis au point par les politiques d'austérité des différents gouà la Fiat, en automne 1980, a énormément pesé sur l'ensemble des travailleurs turinois et a eu des conséquences néfastes sur tout le mouCette défaite a été rendue possible parce que le PCI, tout en ayant dépensé beaucoup de salive en faveur des ouvriers en lutte n'a rien fait, en réalité, dans le syndicat, à l'échelle nationale ou au Parlement pour bloquer l'attaque du PDG de la Fiat, Agnelli, contre ces travailleurs.

milan Cortège du PCI, le ler mai. (DR) Au contraire, il a utilisé tout son prestige et toute sa force pour faire accepter un accord infâme (la mise à la Cassa Integrazione (7) de 23 000 travailleurs qui n'ont pas réintégré l'usine depuis lors). Cet accord a provoqué la colère d'un des principaux bastions ouvriers du pays.

Le même discours vaut pour l'échelle mobile que le patronat et le gouvernement ont pris pour cible depuis 1980 et que les travailleurs défendent depuis longtemps avec tenacité. Le PCI a contribué de façon déterminante, sur le plan idéologique et sur le plan concret, à faire tomber le « tabou » de l'échelle mobile, désarmant ainsi les travailleurs et favorisant les attaques de l'adversaire.

En ce qui concerne la question du gouvernement et la perspective de l'alternative, le PCI s'est limité à une propagande générale sans aucun mordant politique. C'est seulement en quelques occasions particulièrement explosives que l'alternative a paru prendre le profil d'une réelle bataille politique. Rappelons par exemple l'emphase du PCI dans la dénonciation des maux de la gestion démocrate-chrétienne du pouvoir, face aux désastres provoqués par le terrible tremblement de terre qui toucha les populations méridionales en automne 1980. A cette occasion, le PCI fut forcé de dire que « plus rien ne serait jamais comme avant » et que la question morale imposait une bataille de fond pour l'alternative. En d'autres occasions, la question morale (l'enchevêtrement des scandales et de l'inefficacité du régime qui caractérisent de façon marquée la gestion du pouvoir bourgeois en Italie) a contraint le PCI à assumer des positions plus dures sur la question de la lutte contre le gouvernement et pour l'alternative. Mais jusqu'à cette année, il s'agissait seulement de coups de sonde pour maintenir éveillée l'attention de l'opinion publique sur sa propre existence.

7. « Cassa Integrazione » : caisse d'indemnisation des travailleurs en chômage technique.

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L'APPROFONDISSEMENT DE LA CRISE ET LA FAILLITE DU PROJET CRAXI :

UNE NOUVELLE OCCASION POUR L'ALTERNATIVE DU PCI Au cours de l'année dernière et en particulier des derniers mois, la thématique de l'alternative semble au contraire avoir repris une place de premier plan dans la propagande du parti et dans ses débats internes. Cet élément, ajouté au cadre général décrit au début de cet article, permet de mieux comprendre les problèmes actuels du parti et la dynamique qu'ils peuvent prendre. Plusieurs éléments concourent à cela. Les résultats électoraux n'ont pas uniquement consacré le PCI premier parti du pays, clairement la faillite du projet Craxi. Il n'existe pas aujourd'hui, en Italie, la possibilité de construire un Parti socialiste fort, qui ait la fonction d'élément rééquilibrant entre le PCI et la DC (c'était là l'hypothèse de Craxi), un PSI qui se base sur le soi-disant pôle laïque (PLI, PRI, PSDI) et gouverne en isolant l'opposition de gauche. La stagnation électorale du parti de Craxi en même temps que la réorganisation progressive de la DC, montre la fragilité de cette hypothèse de gouvernement. La question communiste persiste comme élément structurel des rapports de

En même temps, on assiste à l'approfondissement de la crise du régime, à la multiplication des poussées centrifuges dans le bloc social sur lequel s'est construit, ces dernières décennies, le pouvoir democrate-chretien. D'un coté, les scandales du régime, la corruption, les compli cités ; de l'autre, la nécessité pour le capitalisme d'attaquer des secteurs moyens et petits bourgeois, outre les classes populaires, pour relancer les processus d'accumu-

Le conflit qui se déroule ces derniers temps au sujet de la proposition fiscale du gouvernement (présentée par un ministre républicain) qui tente d'introduire certaines mesures très limitées de contrôle des revenus des commerçants démontre sans équivoques possibles la profondeur et la qualité de la crise latente du régime. La nécessité dans laquelle se trouve le grand capital de pénaliser certains secteurs des classes moyennes, qui constituent traditionnellement des citadelles démocrates-chrétiennes, ouvre d'énormes contradictions, non seulement au sein du gouvernement, mais aussi au sein des blocs sociaux traditionnels. Si la DC se montrait incapable de défendre les privilèges de certains secteurs qu'elle a elle-même créés et alimentés pendant des décennies, des conséquences électorales négatives seront inévitables. Et ce n'est pas un hasard si le gouvernement Craxi s'est constamment trouvé, ces dernières semaines, au bord du précipice, à cause de la question fiscale. Des intérêts contradictoires se sont opposés, tels que la volonté de rationalisation capitaliste de la part du PRI et le conservatisme clientélaire de la DC. Dans le même temps, le bloc social sur lequel s'appuie la DC se polarise sur des positions extrémistes avec, comme conséquen-

Ciorgio Amendola

Run dirigente comunista mbattente dell antifasciemo un cranes ne Simone Veil prend la parole aux obsèques du dirigeant du PCI, Giorgio Amendola, 1980. (DR) ce, l'ébranlement des équilibres actuels.

La grève des commerçants contre la proposition fiscale, le 29 octobre dernier, le ton belliqueux de leurs déclarations contre le gouvernement et les syndicats qui, évidemment, soutiennent avec une remarquable cécité politique les mesures du ministre républicain, indiquent la dynamique possible de rupture des équilibres sociaux, comme on ne l'a jamais vu par le passé. En même temps, la question morale ébranle encore une fois le gouvernement et les équilibres politiques plus généraux. La dernière illustration en a été l'« affaire Andreotti », personnage clé de la DC impliqué toujours plus lourdement dans les pires scandales du régime (loge maçonnique P2, maffia, etc.) (8)

Dans ce cadre, le PCI feint de croire et de faire croire aux travailleurs que sa proposition d'alternative peut constituer le pivot de nouvelles alliances politiques, de nouveaux blocs sociaux, et représenter une issue positive. Il suffit pour cela de les explications particulièrement abondantes fournies par les dirigeants du PCI ces derniers mois, et confirmées par le nouveau secrétaire général Natta, dans une interview au quotidien La Repubblica, le 29 septembre 1984. Le PCI espère une alliance avec les partis « laïcs » anti-démocrates chrétiens. Une telle alliance devrait être supportée, sur le plan social, par le « bloc des producteurs », c'est-à-dire par l'alliance entre des entrepreneurs « sains » et la classe ouvrière. Le bloc des producteurs, vieux thème du PCI, est aujourd'hui avec détriment de l'évidence des faits, parce que le PCI est obligé, plus que jamais, par l'approfondissement de la crise, de définir des hypothèses politiques précises. Mais les propositions du PCI sont invalidées par leur faiblesse et leurs contradictions internes. La première est qu'il n'est pas possible de concilier le tournant à gauche du PCI et la nouvelle relance de l'alternative. Or, tant le tournant que la relance de l'alternative ont tous deux leur origine dans l'accentuation de la crise du système, mais ils répondent à des exigences du parti qui sont antagonistes : d'un côté, celle de ne pas se séparer des masses, de l'autre, celle de maintenir son rôle intact dans les rapports avec la bourgeoisie.

LES CONTRADICTIONS

DE L'ALTERNATIVE DÉMOCRATIQUE

Le PCI ne peut pas se servir des mobilisations de masse pour faire marcher l'alliance entre les producteurs car, en réalité, c'est la guerre entre eux, aujourd'hui latente, mais qui peut éclater à n'importe quel moment. Maintenir réellement ses propres engagements à l'égard de la classe ouvrière signifierait seulement offrir un canal à travers lequel les antagonismes de classe exploseraient avec virulence, comme ce fut le cas l'hiver dernier. Cela, le PCI ne le veut pas. Ce n'est pas un hasard si, depuis la rentrée de septembre, le parti, pour éviter de nouveaux contrecoups sociaux, a avalisé un document de la direction de la CGIL qui liquide de fait l'échelle mobile. Ce document laisse de côté la question du référendum pour le rattrapage des quatre points d'indexation et continue à rester substantiellement passif face aux processus qui avancent à grand pas et qui menacent des milliers et des milliers d'emplois un peu par-

Cela ne signifie évidemment pas que si un mouvement important devait partir de la base, comme ce fut le cas l'année dernière avec les conseils d'usine, le PCI n'essaierait pas encore d'en prendre la tête. Cela veut simplement dire qu'un choix semblable n'est pas conforme à la stratégie de l'alternative démocratique quelle le PCI doit se mesurer et pour laquelle le groupe dirigeant du parti doit faire des propositions plus précises que par le passé. Une autre faiblesse subsiste : l'illusion, du reste vieille de plusieurs dizaid'années, de séparer, en Italie, rente et profit, de pouvoir frapper la spéculation, le parasitisme, la maffia, la camorra (maffia napolitaine), les forces occultes des appareils d'Etat liés à la DC, en flattant les forces « saines » du capitalisme et en prônant précisément l'alliance entre ces forces et le mouvement ouvrier. Cette perspective n'a aucune base objective, structurelle ou politique. L'enchevêtrement entre la rente et le profit est en fait l'un des éléments constitutifs du capitalisme italien. De plus, le patronat, dans l'hypothèse du PCI, devrait renoncer au seul intrument de direction dont il dispose, la DC, en s'en remettant

8. Suspecté d'avoir aidé le banquier « maffioso » Sindona à quitter l'Italie pour échapper aux poursuites lancées contre lui après une faillite retentissante, Andreotti a dû se défendre devant le Parlement et a réussi encore une fois à s'en tirer, alors que plusieurs groupes parlementaires exigeaient qu'il démissionne de son poste de ministre des Affaires étrangères.

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au Parti communiste. C'est absolument impossible aujourd'hui. Le projet d'un pôle laïc socialiste ayant échoué, la bourgeoisie italienne est obligée de conserver sa confiance à la DC.

Il y a une autre considération à faire : la lutte anti-démocrate chrétienne, que le PCI serait obligé de mener pour donner corps à sa perspective d'alternative, concentrerait en un premier temps tous les mécontentements et les espoirs de la classe ouvrière et deviendrait donc très vraisemblablement un vecteur d'opposition sociale et de déséquilibre politique difficile à contrôler, non seulement du point de vue des travailleurs, mais aussi des forces mêmes qui se réfèrent à la DC. La grève des commerçants du 29 octobre dernier, est seulement un petit indice de ce qui se passerait en Italie si la DC se trouvait vraiment dans l'œil du cyclone. Et s'il est une chose que le PCI craint par dessus tout, et qu'il fera tout pour conjurer, c'est précisément la rupture des équilibres existants.

L'héritage du nouveau secrétaire général du PCI n'est pas facile à gérer. Natta le gère en se plaçant dans la ligne de la continuité avec Berlinguer, en légitimant d'un côté la nouvelle hypothèse stratégique de l'alternative démocratique et, de l'autre, en cherchant à maintenir ouvert le dialogue direct avec la classe ouvrière. Cette grande adresse que Berlinguer avait plus d'une occasion est certainement un des ingrédients essentiels du PCI. Mais les problèmes demeurent et sont destinés à se multiplier.

A l'intérieur du mouvement syndical, le choix du PCI de se placer à gauche, face au décret Craxi a, certes, évité des ruptures et des oppositions de vaste portée, mais n'a pas résorbé le processus de différenciation politique qui caractérise désormais l'action des cadres ouvriers et syndicaux communistes, dans les usines et dans les locaux syndicaux. La discipline de parti dans le syndicat compte désormais pour peu ou pour rien. Votes et positions contradictoires sont aujourd'hui une constante. De plus, le PCI, à l'occasion du grand mouvement des conseils, a dû se poser comme interlocuteur direct des travailleurs, par dessus la tête d'un syndicat en crise qui ne pouvait plus jouer son rôle de canalisateur des poussées de la base. Il a ainsi dû apporter lui-même, par la bataille au Parlement, la solution du problème, et il sera toujours plus amené à le faire à l'avenir, du fait de l'aggravation de la crise sociale et politique, du maintien structurel de la crise économique, et du rôle prépondérant que jouent, dans cette situation, les forces politiques par rapport aux forces syndicales. Ainsi, des tensions et des contradictions toujours plus fortes risquent de s'accumuler sur le parti, dans un cadre où l'attentisme, l'immobilisme, la politique de « congélation » qui fut la sienne après la fin de heurtera à l'acuité des problèmes politiques, institutionnels et du pouvoir.

Milan, le 10 décembre 1984.

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