VEC un taux d'inflation qui atteint pour l'instant 450 % et un déficit de la balance des paiements qui dépassera cette année les 5 milliards de dollars (plus de
- 47 milliards de francs), Israël est entré dans une profonde crise économique com-
La crise actuelle, qui trouve ses origines dans la désarticulation économique née de la guerre d'Octobre 1973, a été ouvertement reconnue par les dirigeants israéliens, du temps de l'ex-Premier ministre Menahem Begin. Mais même ainsi, les gouvernements du Likoud (parti conservateur) qui se sont succédés au pouvoir, depuis 1977 jusqu'aux dernières élections de juillet 1984, se sont refusés, avant tout pour des raisons électora-
La bourgeoisie israélienne, alarmée par le désastre économique, a fait pression sur ses différentes fractions, afin qu'elles forment un gouvernement d'« unité nationale » qui puisse mener à bien une telle politique économique d'austérité. C'est ainsi que s'est formé un gouvernement de coalition, auquel participent les deux grands partis bourgeois, le Likoud et les travaillistes, qui même s'ils ont des appréciations distinctes sur les moyens d'un assainissement de l'économie, ont pu se mettre d'accord sur la nécesbourgeoisie israélienne a pu gonfler et ac- à-vis de l'impérialisme ne se traduit pas,
Crise économique et
programme d'austérité
me l'Etat sioniste n'en avait jamais connu auparavant. listes, à faire face à la crise avec un programme d'austérité. sité de mesures radicales. Meir WEKSLER
Tout comme les précédents, ce nouveau gouvernement a recouru à l'aide impérialiste, en recherchant une nouvelle négociation et un accroissement de l'aide économique à Israël. Le marché israélien par lui-même ne serait jamais parvenu à faire d'Israël à la fois une puissance régionale au niveau militaire et, en même temps, à maintenir un niveau de vie moyen parmi les masses juives qui soit supérieur à celui de toute la région, s'il n'avait pu compter au départ sur l'appui massif de l'impérialisme anglais et français jusqu'à la fin des années 1960, et principalement nord-américain depuis cette période.
L'AIDE ÉCONOMIQUE IMPÉRIALISTE Cette aide tend à se transformer de prêts en dons, pour pouvoir ainsi subventionner la balance des paiements israélienne. Mais même avec ce moyen, qui démontre I'« estime » que l'impérialisme porte au rôle que joue Israël dans cette zone, ces concessions suffisent à peine à couvrir les anciennes dettes. Ce fut le cas l'an dernier, où les 900 millions de dollars (plus de 8,5 milliards de francs) d'aide civile américaine ont été utilisés pour couvrir des dettes à court terme, en majorité en direction même des Etats-Unis. Selon les chiffres de l'évolution de l'aide économique américaine accordée à Israël, celle-ci représentait, en 1983, le tiers du total de l'aide américaine au niveau mondial et le quart de l'aide militaire (cf. ta-
L'Etat israélien est devenu, dans la dernière décennie, la citadelle chérie de l'impérialisme. C'est sur cette base que la
AIDE MILITAIRE ET CIVILE DES USA
A ISRAEL
(chiffres du ministère de la Défense, en millions de dollars)
Année
Aide militaire Aide civile
1972
300
50
1973
300
50
1974 (1)
2 880
50
1975
300
400
1976 (2)
1 700
700
1977
1 000
735
1978
785
1 000
1979 (3)
3 300
785
1980
1 000
785
1981
1 400
764
1982
1 400
800
1983 (4)
1,700
785
1984
1 400
910
(1) Réapprovisionnement après la guerre d'Octobre 1973.
(2) Retrait du canal de Suez.
(3) Accords de paix avec l'Egypte.
(4) Réapprovisionnement après la guerre du
Liban.
croître son pouvoir militaire, toujours sur cette base qu'elle prétend résoudre, du moins en partie, la crise économique du pays. Mais Washington n'est pas disposé à continuer à verser de l'eau dans un tonneau sans fond. La crise que traverse le capitalisme international rend nécessaire une refonte des relations économiques entre l'impérialisme et Israël.
Les pressions en ce sens, du FMI et de di-
. vers groupes financiers américains, sont claires. L'impérialisme ne sera disposé à continuer à financer l'Etat sioniste que dans la mesure où ce dernier se montrera capable d'assainir son économie en réduisant de façon radicale ses dépenses inté-
La dépendance de l'Etat israélien vis-
Campement d'Arabes bédouins à côté d'une nouvelle colonie israélienne en Cisjordanie. (DR)
comme c'est le cas pour les pays sous-développés, par l'exploitation de ses matières premières, l'utilisation d'une main-d'œuvre bon marché et l'exportation de capitaux, c'est-à-dire une forme de dépendance classique. Dans le cas d'Israël, même si cette relation existe, elle est en rapport direct avec la nécessité de la part de l'impérialisme de maintenir l'Etat sioniste comme un bastion armé au cœur du Moyen-Orient, pour freiner l'avance des luttes anti-impérialistes des masses arabes, et principalement des masses palestiniennes. C'est pour cette raison que la renégociation des relations économiques ne peut se faire en des termes identiques à ceux
A travers son aide militaire à Israël, Washington subventionne de façon indirecte sa propre industrie militaire. Il n'y aura done pas de réduction des prêts destinés à l'achat de matériel militaire, et l'argent continuera coffre-forts israéliens. Mais il n'en sera plus de même pour les prêts civils. Pour ces derniers, la tendance est claire, elle a été annoncée lors de la dernière visite du Premier ministre israélien Shimon Peres aux USA : il y aura des réductions directes. Le plan d'ouverture d'une « zone de libre-échange » entre les deux pays, qui serait supposée faciliter les exportations israéliennes, est en réalité une forme de remboursement d'une partie de la subvention civile américaine. A long terme, ce plan signifierait la destruction d'une partie de l'industrie israélienne, besoin de produits de base importés, car ce plan de « zone de libre-échange » stipule la nécessité de couper les subventions attribuées jusqu'à présent au gouvernement israélien pour les importations de matières premières.
De plus, les conseillers économiques de Ronald Reagan ont exprimé très clairement leur position par rapport à tout plan économique qui serait élaboré par le gouvernement israélien : les USA n'accepde subventionner le déficit budgétaire israélien par un accroissement du déficit de la balance des paiements, ce qui signifierait, en dernière instance, subventionner le déficit par les prêts américains.
Mais Washington comme Jérusalem comprennent que tout programme d'assainissement qui prétend sérieusement réduire le déficit budgétaire doit s'exercer d'abord sur le budget militaire, et l'on touche là à un gros dilemme.
LE BUDGET MILITAIRE D'ISRAEL
La nécessité de s'affronter constamment au monde arabe a amené la bourgeoisie israélienne à s'armer de telle façon que le poids des dépenses militaires, directes et indirectes, représente presque les deux tiers de tout le budget national. Les besoins croissants de l'armée israélienne ont amené la bourgeoisie sioniste à développer de façon incontrôlable l'industrie militaire jusqu'au point où l'économie du pays s'est déformée de façon monstrueuse, l'industrie de guerre étant devenue le centre vital de l'économie israélienne. La majeure partie des prêts et des subsides gouvernementaux sont en relation avec le
Cette situation a créé des intérêts communs entre les différents gouvernements, la bourgeoisie et les hauts officiers de l'armée israélienne, les liant tous à la nécessité commune d'accroître les dépenses militaires afin d'augmenter ainsi leurs bénéfices et de renforcer toute cette machinerie infernale. Quelques exemples suffiront à démontrer le poids du complexe militaire sur la vie économique du pays :
- En 1981, les dépenses militaires atteignaient presque le tiers du Produit intérieur brut (PIB). Mais, même avec ce chiffre astronomique, les dépenses militaires augmenteront de 11 % durant la période qui va de juin 1982 (début de la guerre du Liban) au début de l'année 1983, et de 16% un an plus tard. Selon les calculs « optimistes », le pourcentage des dépenses militaires par rapport au PIB se stabilisera, à la fin de cette année, autour de 40 % (voir tableau ci-dessous).
BUDGET MILITAIRE ISRAELIEN (en % du PIB) Année % 1966 6,9 1967 10,3 1970 13,9 1972 12,3 1975 16,8 1978 14,2 1980 14,6 1982 16,6
Tiré du Livre annuel des statistiques.
- Malgré ces chiffres alarmants, la bourgeoisie israélienne s'est engagée dans des projets militaires gigantesques, comme la construction d'un bombardier, le « Labih », dont le budget initial atteignait 2 milliards de dollars (19 milliards de francs). Malgré la grande envergure de ce projet, il n'est pas sûr que le « Labih » puisse entrer en compétition sur le marché avec les appareils produits par les pays impérialistes. La production en série de ce bombardier ne commencera qu'en
1990, si bien qu'il sera, à cette époque, techniquement et militairement dépassé.
- Le ministère de la Défense utilise directement presque le tiers de la force industrielle du pays et le quart de sa main-d'œuvre industrielle salariée, soit environ 45 000 personnes.
- Mais le capital d'Etat n'est pas le seul à avoir été investi dans l'industrie militaire. Les capitaux privés de la bourgeoisie, comme celui de la Histadrut (principale centrale syndicale), se sont aussi ces dernières l'industrie militaire, notamment dans les produits électroniques et la destinés à l'armée. Le budget militaire a également accéléré la concentration du capital dans le pays, transformant les sociétés « Cur » (appartenant à la Histadrut) et « Clal » (appartenant au groupe financier Insurance Diskont Bank) en deux géants qui, avec l'industrie militaire d'Etat, dominent les secteurs clés de l'économie israélienne.
Tous ces chiffres montrent que même si le gouvernement voulait réduire le budget militaire, cette réduction se traduirait inévitablement par un choc avec les intérêts de la bourgeoisie et de la bureaucratie militaire. Cette situation d'impasse ne peut être surmontée par un autre moyen.
LA CONTRADICTION
DU CAPITAL ISRAELIEN En 1967, l'occupation des territoires de Cisjordanie et de la bande de Gaza avait permis un boom économique en Israël, après plusieurs années de crise. Ce boom était dû à l'ouverture de nouveaux marchés, dans lesquels Israël d'un monopole absolu et y trouvait une réserve de main-d'œuvre bon marché en grande quantité. Cette forme d'« accumulation primitive » du capital sioniste ne peut se répéter. L'occupation du sud du Liban l'a clairement démontré. Bien que les exportations agricoles israéliennes dans cette région aient constamment augmenté, avec pour conséquence la destruction de l'agriculture locale, ce phénomène
ministère que le retrait de nos troupes du ment victorieuse. Depuis 1977, date de n'a pu dépasser le secteur agricole. On peut donc dire que les possibilités économiques que l'Etat sioniste peut tirer de l'occupation des territoires arabes ont été utilisées au maximum.
La déformation structurelle de l'économie israélienne ne peut être « assainie » à travers les formes classiques utilisées au niveau mondial, car, pour cela, le gouvernement devrait lutter ouvertement contre la bureaucratie d'Etat, le haut-commandement de l'armée et les groupes clé de la bourgeoisie. Pour dire les choses autrement, le régime devrait restructurer ses intérêts essentiels en tant que classe et modifier radicalement sa stratégie vis-à-vis conflit arabo-israélien, c'est-à-dire qu'il devrait en dernière instance lutter contre ses propres intérêts de classe dominante. du capital israélien. C'est la raison pour laquelle, lorsque les porte-parole du gouvernement avancent la l'application d'un plan d'austérité, ils se réfèrent en réalité à la nécessité de réductions importantes des dépenses publiques des secteurs où il leur est possible d'effectuer de telles coupes, c'est-à-dire dans le budget civil (éducation, santé, budgets municipaux, construction civile, etc.), le crédit à l'industrie civile et par une offensive contre le niveau de vie des masses.
Mais ce que nous avons affirmé plus haut ne signifie pas qu'il n'existe pas de fractions de la bourgeoisie qui comprennent la nécessité d'une réduction du budget militaire, même partielle, comme partie prenante d'un programme d'austérité. Dans l'un des plus sérieux hebdomadaires d'Israël, Koteret Rashit (Premier Plan), les porte-parole de groupes proches du Parti travailliste ont publié, dans le numéro du 24 octobre 1984, certaines propositions pour réduire le budget militaire. Ils y affirment qu' « il y a aujourd'hui environ 100 000 personnes dans l'armée, soit près de 15 % de la force de travail du pays et 50 % de la force de travail âgée de 18 à 25 ans. Une réduction de 40 % du budget militaire rendrait possible la réduction du service militaire obligatoire de trois ans à deux ans et demi, et même, à plus long terme, à deux ans. Avec une réduction de six mois du service militaire, on pourrait libérer pour le marché du travail près de 15 000 jeunes, et ceci se répercuterait positivement sur l'économie ». Ce que veut dire de façon subtile le rédacteur de ces lignes, c'est que non seulement il y aurait le bénéfice d'une réduction du budget militaire mais, de plus, à long terme, l'entrée de plus de jeunes dans l'armée de réserve du travail ferait pression sur les luttes ouvrières et sur l'état d'esprit des masses. La citation suivante est un exemple significatif : « Le prix annuel du stationnement de l'armée au Liban atteint les 500 millions de dollars (plus de 4,7 milliards de francs, ndlr.), ce qui représente environ 15 % de la somme obtenue par le ministère de la Défense pour les dépenses d'achats faits sur le marché intérieur. (...) La sortie de l'armée du territoire libanais signifierait une grande économie. (...) Néanmoins, on souligne au
0 2/7
Pantois
Liban n'aurait pas une influence positive sur le budget : ce qui serait épargné au Liban devrait être investi pour la réorganisation de l'armée à la frontière nord du pays, notamment face au danger représenté par les forces militaires syriennes en territoire libanais après le retrait d'Israël ». Il est évident que la bureaucratie militaire et gouvernementale trouvent toujours des excuses pour justifier les dépenses militaires et continuer à les aug-
L'OFFENSIVE BOURGEOISE Comme nous le signalions auparavant, le programme d'austérité envisagé par la bourgeoisie, et qui touchera principalement le niveau de vie des masses, ne pourra pas résoudre les problèmes de fond de l'économie israélienne, mais il pourra réduire les « zones grasses » de la société civile.
Concernant ses associés de seconde zone, la bourgeoisie israélienne a ouvert l'offensive contre la couche de petits entrepreneurs qui avaient prospéré à l'ombre du grand capital israélien pendant ces dix dernières années en se concentrant dans les branches périphériques de l'économie : industrie textile et alimentaire construction civile, agriculture privée, compagnies d'assurances, importateurs de biens de consommation, entreprises d'investissements à la bourse de Tel-Aviv, etc. Cette offensive s'est concrétisée par une réduction drastique du crédit bancaire et a eu son apogée avec la chute des actions commerciales à la bourse de Tel-Aviv et la fermeture de cette dernière, en septembre de l'année 1983. Les plus touchés par cette offensive ont été les secteurs productifs, notamment les agriculteurs organisés en « Moshavim » (coopératives agricoles), la crise parvenant à désarticuler l'agriculture et menant à la banqueroute de nombreux « Moshavim » (1).
L'offensive bourgeoise contre le niveau de vie des masses, à travers la réduction du budget civil, a été pour le mo-
09035-50N
Manifestants contre l'implantation de nouvelles colonies en Cisjordanie. (DR) l'arrivée au pouvoir du Likoud, la partie du PIB investie dans la santé et l'éducation a été en diminution constante. De même, en 1983, la construction de logements populaires a diminué de 50% dans la portion d'Israël d'avant la guerre de 1967. Nombreuses sont les municipalités en banqueroute, endettées auprès de banques privées pour des millions de shekels (1 shekel vaut environ 0,17 francs, ndlr.)
des municipalités arabes, comme celle de Nazareth, est encore plus désastreuse, puisque la subvention gouvernementale leur a été réduite de 50 %. Les universités ont été obligées de repousser l'ouverture de l'année scolaire faute de crédits. Elles ont augmenté les droits payés par les étudiants, qui se montent à 1000 dollars (9 500 francs) par an ; les subventions gouvernementales aux produits alimentaires de première nécessité ont été en diminution constante depuis 1978, disparaissant totalement pour certains d'entre eux, comme d'ailleurs les subventions aux transports publics, monopolisés par deux coopératives appartenant à la Histadrut.
En ce qui concerne le salaire réel, l'offensive de la bourgeoisie sioniste s'est accélérée depuis la fin de l'année 1983, à travers une hausse constante des impôts indirects - qui sont, en pourcentage, les plus élevés du monde -, l'inflation astronomique et la réduction de l'indexation de l'échelle mobile des salaires. Cette indexation ne couvrait plus que 80% de l'inflation en novembre dernier. La diminution du salaire réel a atteint les 15 %, entre la fin de 1983 et le début de 1984, et, selon diverses sources, il baissera de 40 à 45 % jusqu'à la fin de l'année 1984.
L'offensive contre les travailleurs a atteint son point le plus haut avec la si-
1. Il est intéressant de noter que le développement et l'apparition d'entreprises parasitaires qui se spécialisaient dans l'importation de biens de consommation et dans la spéculation financière sont un reflet du parasitisme et de la déformation de l'économie israélienne, qui est une économie basée sur des subventions constantes de l'impérialisme.
gnature d'un accord de blocage des salaires et des prix entre le gouvernement, la Histadrut et les entreprises privées, au début du mois de novembre 1984. Cet accord, qui est prévu pour une période de trois mois, jusqu'en février 1985, devrait réduire le salaire brut moyen des salariés de 27,6 %. Il permettra par ailleurs aux entreprises d'indexer les prix de leurs produits au début et à la fin de l'accord. Le gouvernement avait ainsi accordé une augmentation générale des prix, entre 100 et 200 %, la veille même de la signature de l'accord. C'est pour cela que les trois signataires se sont empressés d'affirmer leur désir de reconduire ce traité pour une nouvelle période de trois mois.
Même si les porte-parole du gouvernement ont essayé par tous les moyens de démontrer que ce blocage serait bénéfique pour les salariés en réduisant de façon significative l'inflation, la réalité est très différente. Le processus inflationnisne pourra pas être jugulé tant qu'il réduction des budgets gouvernementaux, notamment du budget militaire. Juste dix jours après la signature de l'accord de blocage des salaires et des prix, le ministère de l'Economie proposait une nouvelle réduction des dépenses, d'un montant de 500 millions de dollars (plus de 4,7 milliards de francs), dont 150 millions (environ 1,5 milliards de francs) devaient être imputés au budget du ministère de la Défense. Mais pour le moment, le commandement de l'armée a affirmé que cette réduction budgétaire était quasiment impossible à effectuer « sans mettre en danger la sécurité de l'Etat et la puissance de Tshahal (armée israélienne, ndlr.) ».
Aux mesures anti-ouvrières que nous venons de mentionner s'ajoute une croissance constante du taux de chômage qui, à la fin de l'année 1984 touchera 100 000 personnes, dont 40% sont concentrées dans les villes frontières du nord du pays. S'y ajouteront encore 15 000 fonctionnaires qui seront licenciés au début de 1985 en conséquence des réductions budgétaires de l'administration et de la vente prévue d'entreprises publiques au secteur privé.
La situation des ouvriers palestiniens dans les territoires occupés est encore plus désespérée. Ce sont eux qui seront les plus touchés par la vague de licenciements, n'étant pas organisés dans la Histadrut et ne bénéficiant pas des assurances sociales. Il faut ajouter à cela que 17 années d'occupation israélienne de la bande de Gaza et de la Cisjordanie ont fini par étrangler la faible industrie locale, en même temps que les confiscations de terres laissaient sans ressources une partie de la population agricole. Le gouvernement, comme la Histadrut, font campagne sur la nécessité de licencier ces ouvriers, afin que leurs emplois soient occupés par des Juifs. Mais dans la réalité, la chose n'est pas si facile. L'ouvrier juif n'est pas disposé à travailler dans des conditions et pour des salaires misérables, comme l'acceptent les ouvriers palestiniens. Le capital israélien tire profit de cette main-d'œuvre arabe bon marché et n'est pas à l'échanger pour des ouvriers juifs organisés et mieux rémunérés.
Dans le contexte de l'offensive gouvernementale, la Histadrut a joué un rôle clé. C'est sa direction qui a insisté, au cours des derniers mois, sur la nécessité de signer un accord de blocage des salaires et des prix, préparant de cette manière le terrain à l'intérieur de la classe ouvrière.
ainsi, son secrétaire général, Israël Keisar, s'est vu dans l'obligation de justifier sa signature apposée au bas des l'accord. Cela lui a valu des critiques grandissantes de la part de ses pairs au sein du comité exécutif de la Histadrut. Les représentants du Likoud dans cette institution ont profité de cette situation pour renforcer leur position comme défenseurs supposés des intérêts de la classe ouvrière, ceci en vue des élections au comité exécutif, qui sont prévues pour
La Histadrut, en vertu de son rôle d'employeur et de propriétaire des plus grands consortiums du pays a affirmé sa « responsabilité » face à la nécessité d'assainir l'économie israélienne, et c'est pour cela que, dans cette situation d'urgence, elle a abandonné le rôle qui était supposé qui a amené plusieurs groupes de travailleurs, en 1983, à rejeter les conventions salariales signées entre la Histadrut et les employeurs, et à menacer de prendre leur indépendance par rapport à la Histadrut.
LA CLASSE OUVRIERE
FACE A LA CRISE Pendant le second gouvernement du Likoud, en 1981, 13 commissions de travailleurs se sont organisées pour négocier de manière indépendante de nouveaux accords salariaux avec le ministère de l'Ecocommissions, comptait des travailleurs de certaines des entreprises les plus importantes du pays: la Compagnie d'électricité, la Compagnie nationale du téléphone, les travailleurs de la télévision, les entreprises de pierre de la Mer morte, les employés de la compagnie nationale d'aviation El Al, les travailleurs des ports, etc. L'organisation du « groupe des 13 » est née du désaccord qui existait avec la Histadrut sur les points à renégo-
Cette organisation, bien que ses dirigeants aient signalé dès le départ qu'ils ne voulaient pas abandonner la Histadrut, avait une dynamique clairement indépendante qui pouvait modifier qualitativement les rapports de forces entre le travail et le capital dans le pays. Les « 13 » ont fait sentir leur force comme formation indépendante de salariés qui pouvait, s'ils l'avaient voulu, paralyser l'économie du pays. C'est pour cette raison que la Histadrut a vu dans les « 13 » un véritable danger pour son hégémonie sur les travailleurs et a essayé par tous les moyens de les détruire, avec l'aide du gouvernement. Pour leur part, les « 13 » ont commis une grosse erreur d'estimation de leur force face à l'ennemi de classe, en refusant d'organiser sous leur drapeau d'autres commissions ouvrières qui voulaient entrer dans leur organisation. D'un côté, ils avaient peur de devenir la direction d'une organisation ouvrière indépendante, de de l'autre, ils voulaient se maintenir comme regroupement exclusif, représentant pouvoir ainsi, selon eux, mieux faire pres-
Le gouvernement, et surtout le ministère de l'Economie, se sont rapidement rendus compte de la nécessité d'en finir avec cette organisation, même s'il fallait en arriver à l'épreuve de force. C'est ainsi que s'est ouverte la campagne du soi-diassainissement de d'aviation El Al. La commission des travailleurs de la compagnie lutta pendant plusieurs mois contre ce plan, qui prévoyait dans ses clauses de dissoudre cette commission. La lutte fut remportée par le gouvernement, notamment parce que les « 13 » ne se solidarisèrent pas avec leurs camarades d'El Al. Les « 13 » n'ayant pas résisté à l'épreuve du feu, cela ce répercuta sur l'organisation, qui finit par se dissoudre. Néanmoins, l'exemple des « 13 » montre jusqu'à quel point le problème crucial pour les travailleurs israéliens demeure la nécessité d'être indépendants en tant que classe, en formant leurs propres organisations. L'absence de syndicats indépendants réduit la possibilité pour les salariés d'accumuler les expériences historiques nécessaires pour faire face à l'offensive gouvernementale. Le manque de traditions de luttes indépendantes et, en general, l'impossibilité organique de réaliser une solidarité au sein de la classe travailleuse, constituent le talon d'Achille de la résistance ouvrière. C'est ce qui expli que que l'accord de blocage des salaires et des prix n'ait pas été contesté de manière déterminée et organisée, même si on sent au sein de la classe ouvrière un mécontentement croissant contre le gramme d'austérité de la bourgeoisie.
Si, d'un point de vue syndical, la situation de la classe ouvrière israélienne est critique, il est évident que du point de vue politique la situation est encore pire. La classe ouvrière continue d'être amarrée aux grands partis de la bourgeoisie sioniste. Cela l'a conduite à une impasse et à une incompréhension fondamentale de ses intérêts de classe. Nous ne devons pas oublier que la classe ouvrière juive, qui représente la majorité de la classe ouvrière israélienne, a été formée dans le processus même de la colonisation sioniste et qu'elle est inéluctablement partie prenante de cette dernière. C'est ce qui l'amène à confondre ses intérêts propres avec ceux de l'Etat sioniste.
Même si tout ce que nous venons de développer insiste sur la tendance naturelle de la lutte ouvrière à être une lutte défensive, cela ne signifie pas pour autant que ce combat est perdu d'avance.
Meir WEKSLER, Tel Aviv, décembre 1984.