Un résultat électoral qui satisfait Washington ti national grenadien de Blaize. Autre 1983) aux élections de 1976. Il avait en-
ES élections qui se sont déroulées à Grenade, le 3 dé-
L cembre
1984 ont donné un résultat satisfaisant pour
• l'administration Reagan. Le Nouveau parti national (NNP)
d'Herbert Blaize à obtenu 23 984 voix (59 % des suffrages) et a remporté 14 des 15 sièges au Parlement. Le Parti travailliste unifié de Grenade (GULP), qui est toujours sous le contrôle étroit de l'ancien dictateur Eric Gairy, avec 14 677 voix (39% des suffrages) a remporté un siège. Le Mouvement patriotique
Maurice Bishop (MBPM), bien qu'il ait connu un renforcement de son audience vers la fin de la campagne électorale, n'a remporté aucun siège et n'a obtenu que 2 022 voix (5 % des suffrages exprimés dans les 13 circonscriptions où il s'est présenté (1). Après l'annonce des résultats, Ronald Reagan a déclaré que c'était « la première fois qu'un gouvernement marxiste- léniniste avait été remplacé par un gouvernement qui tirait son autorité d'élections libres ».
Pour obtenir le résultat désiré le gouvernement américain n'avait rien laissé au hasard. La consultation eut lieu en présence de 300 soldats américains, toujours là un an après l'inva-
Steve ROBERTS
L'impérialisme américain n'a pas lésiné les moyens matériels afin sur d'assurer la victoire du NNP. L'Institut républicain national des affaires étrangères, organisme lié au Parti républicain aux
Etats-Unis,
20 000 dollars envoya
(190 000 francs) à une organisation qui s'appelle le Groupe de conscientisation civique de Grenade. Cet argent fut utilisé pour imprimer des brochures, des autocollants, des affiches et d'autre matériel de propagande dans le but d'assurer une large participation aux élections, le souci principal du NNP étant qu'il y aurait un taux d'abstention élevé. Une autre organisation américaine, l'Institut pour le syndicalisme libre, qui est soutenue par l'AFL-
CIO (confédération syndicale très droitière), donna plus que 80 000 dollars
(760 000 francs) à ce qu'elle appelait « le mouvement syndical central » à Grenade, afin d'« encourager le débat sur l'avenir du pays ». L'argent fut envoyé par le biais de l'Institut américain pour le développement syndical (AIFLD), organisation qui est largement perçue comme une couverture pour les interventions de l'Agence centrale de renseignements (CIA) dans le mouvement syndical international.
Le
NNP reçut une aide encore plus directe de la part de Morton C. Blackwell, ancien membre de l'équipe responsable des camélectorales de
Reagan et « expagnes pert » dans la mobilisation du vote des jeunes. Blackwell mit en place une « équipe financée par des sources privées » pour aider le nouveau parti.
Le NNP fut créé en août 1984 par la fusion entre le Mouvement démocratique grenadien de Francis Alexis, le Parti troupes étrangères. démocratique de George Brizan, et le Parcomposante de la nouvelle organisation, le Parti travailliste démocrate-chrétien de Winston Whyte, scissionna peu après et obtint aux élections le score dérisoire de 105 voix. Parmi les dirigeants du nouveau parti, Alexis s'était fait tristement connaître en proposant ses services aux Américains comme Premier ministre, 24 heures après l'invasion. A cette époque, il était lié à un regroupement opposé au gouvernement de Bishop basé en Barbade, et qui avait des liens étroits aux EtatsUnis. Quant à Brizan, il avait participé à l'Alliance populaire, regroupement oppositionnel qui comprenait aussi le New Jewel Movement (NJM, parti qui a dirigé le
GRENADE sion du 25 octobre 1983 et renforcés pour l'occasion par une force de 500 soldats jamaïcains et barbadiens. Kendrick Radix, l'un des principaux dirigeants du MBPM et ancien ministre de l'Industrie dans le Gouvernement révolutionnaire provisoire dirigé par Maurice Bishop, a protesté contre les tracasseries subies par des journalistes qui manifestaient des sympathies pour le MBPM, l'interception du courrier et les écoutes téléphoniques dont ont été victimes les militants de ce parti. Beaucoup de ces activités sont dirigées par le nouveau chef de la police grenadienne, le Barbadien Mervyn Holder. D'autres protestations contre le comportement du personnel barbadien des services de sécurité ont été exprimées par Roy Chasteau, qui était responsable du déroulement des élections avant d'être licencié par le gouverneur général de l'ile, Sir Paul Scoon.
Chasteau a aussi accusé les autorités d'avoir fait imprimer en secret des bulletins de vote supplémentaires et a protesté contre le fait que le ramassage des urnes était confié aux
Une partie de la foule lors du meeting du MBPM, le 19 octobre 1984. (DR)
'processus révolutionnaire de 1979 à suite collaboré avec le Gouvernement révolutionnaire provisoire après la révolution de mars 1979, mais soutint l'invaaujoursion américaine et se prononce d'hui pour le maintien des troupes US à
Grenade.
Le parti de Blaize constitua, dans les années 1950 et 1960, l'opposition principale à Gairy. La dernière fois où il forma un gouvernement, ce fut en
1967. A cette époque, il représentait les
1. Pour le contexte de ces élections et l'attitude du MBPM, voir l'article de Laurent Beaulieu et l'interview de Kendrick Radix dans Inprecor numéro 184 du 19 novembre 1984.
intérêts de la vieille « plantocratie » (propriétaires de plantations) et des secteurs de la bourgeoisie d'affaires opposés à Gairy. C'est essentiellement cette dernière catégorie que représente la coalition qu'il dirige aujourd'hui, le poids des propriétaires fonciers ayant beaucoup diminué depuis. Le gouvernement qu'il a constitué est à l'image de ceux qui sont au pouvoir dans la plupart des autres pays des Antilles orientales, comme l'a laissé prévoir la présence de trois représentants de ces gouvernements au moment de la création du parti, Tom Adams de Barbade, James Mitchell de St. Vincent, et John Compton de Ste. Lucie. Tous les trois étaient décidés à s'assurer que Gairy ne réussisse pas sa rentrée politique et ne reprenne pas la direction du gouvernement, car ils étaient convaincus que sa gestion du pays avant 1979 avait largement facilité la prise du pouvoir par le NJM.
Pour des raisons analogues, Gairy dut faire face à l'opposition des autorités américaines elles-mêmes, qui laissèrent comprendre que si l'ancien dictateur remportait les élections, un projet d'aide d'une valeur de 57 millions de dollars serait suspendu. Un capitaliste américain qui avait déjà commencé ses activités sur l'ile menaça même de fermer son entreprise. Tout cela se passa malgré les louanges prodiguées au gouvernement américain par Gairy et malgré sa promesse de donner le nom « Ronald Reagan » au nouvel aéroport international. Mais Gairy alla trop loin en prétendant que Reagan lui-même avait appelé les Grenadiens à voter pour son parti, ce qui provoqua un démenti immédiat et indigné de la part des représentants US dans l'île. Maintenant, Gairy a fait démissionner le seul député de son parti et risque de se présenter en personne à l'élection partielle qui soit s'ensuivre.
Apparemment, le MBPM espérait gagner plus de voix que les 5 % qu'il obtint. Il protesta contre le fait que les listes électorales furent closes avant qu'ils eussent décidé leur participation au scrutin, et leur demande de réouverture des listes fut rejetée. De nombreux partisans du MBPM furent donc effectivement exclus du scrutin, auquel ne participèrent finalement que 48000 des 110 000 habitants de l'ile, soit 15 000 de moins que lors des dernières élections en 1976. Cependant, on ne peut pas expliquer le mauvais résultat du MBPM uniquement par les magouilles électorales des impérialistes US et de leurs fantoches locaux. L'explication fondamentale se trouve dans le renversement sanglant et désastreux du Gouvernement révolutionnaire provisoire lors du coup d'Etat militaire de Bernard Coard C'est ce coup d'Etat qui entraîna l'exécution de Maurice Bishop et de ses principaux partisans au sein du NJM et la répression meurtrière contre l'insurrection de masse provoquée par le coup, ce qui ouvrit les portes à l'invasion US de l'île. D'après les partisans du MBPM, l'attitude de la masse de la population par rapport à Coard et à son groupe se caractérisa par une haine sans bornes. C'est dans ce cadre qu'il faut considérer l'approbation par la majorité de Grenadiens de l'invasion, qu'ils vécurent comme une libération de la violente répression menée par le Conseil militaire révolutionnaire de Coard.
Les nouvelles autorités veulent se servir du prochain procès de Coard pour essayer de discréditer tous les anciens membres du NJM. C'est pourquoi certains partisans du MBPM ont exigé que les « coardistes » soient jugés devant un tribunal populaire du peuple grenadien. Le procès a déjà été reporté, et Blaize a annoncé que son nouveau gouvernement réprimera la gauche grenadienne. Le rôle du procès pourrait donc être de justifier cette répression. Néanmoins, les voix obtenues par le MBPM montrent que les acquis de la révolution demeurent une réalité pour une avant-garde à Grenade, même si elle est très minoritaire. Cela s'était déjà vérifié lors du meeting organisé à l'occasion du premier anniversaire de l'assassinat de Bishop, le 19 octobre 1984, qui connut une importante participation, et lors du rassemblement électoral du 18 novembre 1984, auquel assistèrent 2 000 personnes, selon les organisateurs.
Nombre d'anciens partisans de Bishop ont voté pour le NNP pour empêcher que Gairy ne revienne au pouvoir. Etant donné tous les obstacles dressés devant eux et face au souvenir amer du coup d'Etat de Coard qui avait provoqué l'effondrement de la révolution, de l'intérieur, il est significatif qu'autant de Grenadiens aient exprimé leur soutien à la plate-forme du MBPM. D'ailleurs, ce soutien ne se limite pas à mettre une croix sur un bulletin de vote. La résistance active de la part des syndicalistes aux tentatives de liquider les acquis sociaux de la ré volution constituent un obstacle supplémentaire à la réalisation du programme de « normalisation » de Blaize. Mais personne ne se fait d'illusions sur le fait que le processus de reconstruction d'un mouvement révolutionnaire à Grenade sera long et difficile.
La défaite de la révolution et le rétablissement de l'ordre social bourgeois représente aussi un revers grave pour les mouvements révolutionnaires dans toute la région. Cependant, les réactions à cette défaite, de la part de certains représentants de ces mouvements, sont apparues comme étant en contradiction avec le programme et la trajectoire des partisans de Maurice Bishop à Grenade. L'année 1984 a vu plusieurs conférences régionales se tenir, dont le but était de tirer un bilan de la révolution et de sa défaite (2).
La première de ces conférences se tint sur l'île de Marie-Galante, dans les Antilles françaises. Parmi les participants, il y avait le Mouvement de libération caraibe d'Antigua, le Parti travailliste unifié de Dominique, ainsi que plusieurs organisations des pays francophones de la Caraibe, parmi lesquelles le Groupe révolution socialiste, section antillaise de la IVe Internationale. George Louison, ancien dirigeant du NJM, assista également à cette recontre. Cette réunion, organisée afin de commémorer la vie et l'action de Maurice Bishop, adopta une déclaration comprenant une dénonciation de
Coard et de sa fraction et approuvant la position de Cuba pendant la crise, position résumée par la déclaration de Fidel Castro faite le lendemain de l'invasion (3).
Une attitude inverse caractérisa la conférence organisée en mars 1984 à Georgetown, en Guyane, sous l'égide de Cheddi Jagan, dirigeant historique du Parti populaire progressiste de ce pays. Cette réunion rassembla des représentants des mouvements « révolutionnaires et communistes » de la région, parmi lesquels le Parti communiste cubain, les partis communistes de Guadeloupe et de Martinique, le Parti ouvrier de la Jamaïque (WPJ), le Mouvement ouvrier révolutionnaire de Ste. Lucie, le Mouvement de libération dominicain de la Dominique, le Mouvement populaire uni de St. Vincent, le Mouvement du 18 février et le Mouvement populaire du peuple de Trinidad et le Mouvement de libération nationale de la Barbade. D'après le compte-rendu de cette conférence publié dans le numéro d'octobre 1984 d'Antilla, revue de gauche publiée à la Martinique, tous les partis présents provenant des pays de la Caraibe anglophone exprimèrent leur soutien au Conseil militaire révolutionnaire Coard. Selon la même source, Trevor Munroe, principal dirigeant du WPJ proche collaborateur de Coard pendant les derniers jours de la révolution grenadienne, lancèrent l'accusation laquelle le Parti communiste cubain avait ouvert la porte à l'invasion US en critiquant le coup d'Etat de Coard et Austin (4).
En juin 1984, le Parti communiste cubain organisa une rencontre qui rassemblait presque tous les groupes qui avaient été représentés à ces deux conférences avec, en plus, la participation du FSLN du Nicaragua, du FMLN du Salvador, du Parti unifié des communistes haitien, du Parti ouvrier de Guyane, du Parti de l'avant-garde nationaliste et socialiste des Bahamas, et d'une délégation de représentants de plusieurs organisations de gauche de la République dominicaine. Toujours d'après le compte-rendu publié par Antilla, le communiqué final de cette « première réunion consultative des organisations anti-impérialistes de la Caraïbe et de l'Amérique centrale » montre qu'il y a eu un accord pour dénoncer la politique interventionniste de Washington et pour appeler à l'unité la plus large possible. Le texte officiel publié après la réunion a aussi confirmé la haute estime pour Maurice Bishop entretenue par la plupart des organisations présentes. « Mais, a signalé la revue, cette unanimité apparente ne pouvait pas masquer les divergences profondes qui s'étaient manifestées par le
2. Pour le bilan tiré par le Secrétariat unifié de la IVe Internationale, voir la résolution publiée dans Inprecor numéro 175 du 11 juin 1984.
3. Cf. Inprecor numéro 161 du 21 novembre 1983
4. La position du WPJ sur les événements à Grenade se trouve dans le document publié dans Inprecor numéro 169 du 19 mars 1984.
Les dirigeants du MBPM écoutent l'hymne national au début du meeting du 19 octobre 1984. (DR)
passé. Donc, quand Trevor Munroe, secré- bilité. Bien sûr, nous avions tort là-destaire général du WPJ, a profité de l'occasion pour relancer l'accusation de "petit bourgeois" à l'encontre de Maurice Bishop, ses attaques provoquèrent une réaction de colère qu'on peut facilement comprendre de la part de plusieurs participants, et notamment de Kendrick Radix. »
Munroe développa cette même ligne, qui se base sur l'hypothèse d'une lutte des classes à l'intérieur du NJM, au cours d'une série de meetings tenus depuis la défaite de la révolution. Il accusa notamment Bishop d'avoir fait preuve de mollesse, et cela parce que le dirigeant grenadien se serait apparemment opposé à la décision du Gouvernement révolutionnaire provisoire de fermer le journal bourgeois Torchlight. Dans le même genre, d'autres propos critiques à l'encontre de Bishop déclarèrent que sa proposition d'accélérer les travaux de la Commission constitutionnelle créée par le gouvernement révolutionnaire, et donc d'avancer la date des élections à Grenade, était un symptôme d'« opportunisme de droite » et de capitulation devant la pression de la
Les partisans de Bishop rejetèrent fermement ces accusations d'« opportunisme ». A cette conférence de la Havane, Kendrick Radix déclara : « Munroe parle d'une lutte des classes (pour justifier la bataille au sein du NJM, ndlr.), mais il
Use demander quelle classe profite de cette folie. Qui a bénéficié des actions entreprises par des types tellement enivrés d'idéologie, tellement constipés par l'idéologie qu'ils n'étaient même pas capables de voir que la conséquence en serait la destruction de notre révolution. »
Pourtant, les partisans de Bishop sont eux aussi critiques par rapport aux erreurs collectives faites pendant la période de la révolution. Par exemple, George Louison posa le problème dans les termes suivants, dans la revue américaine National Geographic : « Si nous étions allés devant les masses avec nos divergences internes, cela aurait nui à notre image et à notre crédisus. (...) (Mais) les élections ne donnent pas de garantie de gouvernement ouvert. On y va et on s'engage dans la corruption et les calomnies. Des élections génèrent le tribalisme politique et la violence. »
De telles déclarations de la part de partisans de Bishop s'insèrent dans un débat plus général. Celui-ci ne part pas seulement du bilan de la défaite de la révolution grenadienne, mais aussi de l'expérience positive du Nicaragua. Les sandinistes ont surtout démontré que le pluralisme politique n'est pas contradictoire avec le développement d'organisations de masse ou d'organes de pouvoir populaire. Au contraire, le processus électoral au Nicaragua a renforcé la démocratie ouvrière dans la mesure où il a été extrêmement éducatif. Ces considérations étaient peut-être encore plus applicables à Grenade, étant donné le niveau plus bas de mobilisation des masses avant la révolution de mars 1979. Il en va de même pour ce qui concerne la liberté de la presse. Le type de débat engagé entre la Prensa, le journal bourgeois au Nicaragua, et la presse pro-sandiniste, a également contribué à la politisaà l'éducation des masses plutôt qu'à la retarder. La façon dont le FSLN a traité cette question est à mettre en opposition avec la décision du NJM de fermer Torchlight.
L'encouragement du pluralisme en dehors du parti est évidemment lié à la question de la démocratie interne. L'abde normes de fonctionnement démocratique au sein du NJM a été fortement soulignée par Don Rojas, ancien secrétaire de presse de Maurice Bishop, dans une interview parue dans le numéro d'Antilla déjà cité. En réponse à une question sur l'état des rapports au sein du parti et sur la manière dont Coard avait conquis sa position dominante, Rojas déclara : « Les rapports entre la direction et la base du parti se réduisaient pour l'essentiel à des rapports entre des dirigeants et des dirigés. La direction donnait des directives qui étaient appliquées par les militants sans débat ni contestation. La base n'était pas capable de faire pression sur la direction à cause de l'absence de structures de démocratie interne dans le parti, qui auraient pu permettre un dialogue démocratique du sommet jusqu'à la base. Quant au comité central, il est resté tel qu'il était avant la révolution. Pour beaucoup d'entre nous, cette absence d'un congrès constitua une erreur fondamentale. L'autorité du parti ne fut jamais établie. Le comité central devint l'autorité suprême. Mais il n'était pas responsable devant la base. Il en était coupé. En fait, le fonctionnement des organisations de masse était plus démocratique que celui du parti. Dans ce contexte, on peut comprendre le poids de la fraction de Bernard Coard. Elle constituait la majorité du comité central élu avant la révolution et qui ne fut pas modifié par la suite. »
Il est vrai que ces jugements ont été émis par des partisans de Bishop à la lumière de l'expérience. On trouve très peu d'exemples de ce type de débats dans les compte-rendus des réunions du comité central du NJM au cours de la révolution. Néanmoins, ce fut dans la nécessité de renouveler les liens entre la direction et les
Bishop vit la précondition pour résoudre les problèmes rencontrés par la révolution durant sa quatrième année. C'est contre cette perspective que les partisans de Coard développèrent leur propre modèle du parti, basé sur l'efficacité administrative, avec comme colonne vertébrale les jeunes officiers de l'état-major de l'Armée révolutionnaire du peu-
La sensibilité de Bishop quant à la nécessité du contact permanent avec les masses ne constituait nullement un symptôme de faiblesse face à l'impérialisme. Au contraire, si les liens entre les masses et le gouvernement sont étroits et si les masses ont conscience que la révolution leur a apporté un développement massif des droits démocratiques dans toutes les sphères, la probabilité que ces masses défendront la révolution sera plus grande. Plus un gouvernement impose son autorité aux masses, comme l'a fait le Conseil militaire révolutionnaire de Coard après le renversement de Maurice Bishop, plus facile sera le renversement d'un tel régime par l'impérialisme. C'est précisément à cause de l'effondrement de la démocratie ouvrière à Grenade que les impérialistes ont été capables de renverser ce gouvernement « marxiste-léniniste », pour reprendre l'expression de Reagan.
A Grenade, les défenseurs de la tradition de Bishop, les défenseurs de mémoire du plus grand révolutionaire qu'ait produit la Caraibe depuis de l'esclavage, tenant confrontés à une nouvelle période de répression et de harcèlement de la part du gouvernement de Blaize. Aujourd'hui, l'assimilation des leçons que nous apprend la révolution grenadienne va de pair avec la défense acharnée des droits démocratiques de tout le peuple grenadien, aussi bien qu'avec le soutien à la lutte engagée par le MBPM.
Steve ROBERTS, 7 janvier 1985.