ELON les termes d'un accord signé entre les gouvernements britannique et chi-
, nois, le 26 septembre 1984, la souveraineté chinoise sur la colonie britannique de
Hong-Kong sera restaurée au ler juillet 1997. A partir de cette date, Hong-Kong deviendra une région administrative spéciale de la République populaire de Chine.
Dans une annexe a cet accord, le gouvernement chinois s'engage a ce que « le systeme socialiste et des orientations socialistes ne seront pas mis en œuvre (à Hong-Kong) (...)
et que l'ancien système et mode de vie capitalistes demeureront inchangés pendant 50 ans ». Nous reproduisons ci-dessous le texte d'une déclaration commune adoptée par trois organisations marxistes-révolutionnaires à Hong-Kong, qui donne leur point de
Déclaration des
marxistes-révolutionnaires
vue sur l'accord sino-britannique et sur l'avenir de la colonie. DOCUMENT
L'October Review, la Ligue marxiste révolutionnaire et le mensuel Nouvelles du combat présentent la déclaration suivante sur le projet commun de Déclaration et les annexes concernant l'avenir de Hong-Kong, faits par le gouvernement de la République populaire de Chine et le gouvernement britannique.
1) La décision du gouvernement de recouvrer sa souveraineté sur Hong-Kong est d'une signification progressiste du point de vue historique. 140 années de domination coloniale britannique vont s'achever définitivement. Ainsi, le recouvrement par la Chine de sa souveraineté sur Hong-Kong doit être affirmée et soutenue par tout le peuple chinois (y compris le peuple de Hong-Kong) (1).
2) Le peuple chinois a toujours considéré qu'Hong-Kong faisait partie du territoire chinois. Les trois traités iniques que la Grande-Bretagne avait imposés à la cour des Qing doivent être inconditionnellement abrogés (2). Les impérialistes britanniques et leur régime colonial doivent se retirer inconditionnellement de Hong-Kong. Néanmoins, le gouvernement chinois est d'accord avec l'impérialisme britannique pour ne recouvrer sa souveraineté effective qu'au ler juillet 1997. Ce n'est pas seulement là une reconnaissance du traité qui établissait la prise des Nouveaux Territoires, mais c'est aussi, en pratique, la reconnaissance de la légalité de la domination britannique sur Hong-Kong, domination basée sur ces traités. C'est là une erreur politique grave.
3) De fait, ce n'est pas de son plein gré que l'impérialisme britannique rend Hong-Kong. Dans l'introduction du Livre blanc publié par l'impérialisme britannique, celui-ci admet qu'il avait essayé de persuader le gouvernement chinois d'admettre la continuation de son occupation de Hong-Kong. Quand cette tentative a échoué, les Britanniques, sous prétexte de « maintenir la stabilité et la prospérité de Hong-Kong » et au moyen de négocia-
HONG KONG tions secrètes, ont tenté de se donner les moyens pour intervenir dans les affaires intérieures de Hong-Kong, après que la Chine ait repris sa souveraineté. La stratégie des impérialistes britanniques est d'obtenir que le gouvernement chinois
Men détail dans la déclaration sur la politique qui pourra étendre l'influence britannique et ses intérêts économiques. Les impérialistes britanniques exigent, en plus, que le gouvernement chinois signe « un accord inlégalement contraignant », afin qu'il s'engage vis-à-vis des Britanniques sur la mise en pratique de cette politique.
4) Le gouvernement britannique est base légale pour s'immiscer dans les affaires intérieures de Hong-Kong et de maintenir certains privilèges économiques, après qu'il soit obligé de restituer la souveraineté sur Hong-Kong. Dans le même temps, le gouvernement britannique menace le peuple de Hong-Kong en disant que « l'alternative à l'acceptation du présent accord, c'est pas d'accord du tout ». Il demande au peuple de HongKong d'accepter l'accord « comme un tout ». Les impérialistes britanniques sont en train d'utiliser la peur du peuple de Hong-Kong vis-à-vis de la domination bureaucratique du Parti communiste chinois, pour qu'il accepte un accord international donnant légalement le droit aux Britanniques d'intervenir dans les affaires intérieures chinoises.
5) Le 18 août, nous avons envoyé un mémorandum au Conseil d'Etat de la République populaire de Chine, via l'agence de presse Chine Nouvelle de Hong-Kong, dans lequel nous demandions au gouvernement chinois de rester ferme sur le principe de l'indépendance et de la souveraineté, et où nous exigions du gouvernement chinois qu'il refuse de signer avec l'impérialisme britannique tout accord qui concernerait les affaires intérieures de Hong-Kong, après que la souveraineté chinoise sur la colonie ait été rétablie. Dans ce mémorandum, nous avions souligné solennellement que le gouvernement chinois devait mobiliser les forces des masses de Hong-Kong et devait aider
Les gratte-ciels de Hong Kong. (DR) le peuple de Hong-Kong à convoquer des élections générales pour une Assemblée générale de Hong-Kong, munie des pleins pouvoirs, qui en finira avec la domination coloniale et constituera un gouvernement démocratique de Hong-Kong du peuple de Hong-Kong lui-même.
6) Maintenant, le gouvernement chinois expose en détail dans la Déclaration commune (en fait un accord international) et ses annexes, sa politique vis-à-vis de Hong-Kong après le recouvrement de la souveraineté. Le gouvernement chinois déclare, plus loin, qu'il promulguera une Loi fondamentale pour Hong-Kong basée sur ce qui est contenu dans la déclaration commune et ses annexes. Nous pensons qu'il s'agit là non seulement d'une violation de la souveraineté du pays, mais également que cela prive le peuple de Hong-Kong du droit
1.98 % des 5 millions d'habitants de la colonie sont des Chinois, d'un point de vue ethnique.
2. Les trois traités sont ceux de Nanking (1842) et de Pékin (1860), par lesquels la Grande-Bretagne a reçu l'ile de Hong-Kong et la zone de Kowloon, et l'accord de 1898, par lequel la Chine fut obligée d'accorder aux Britanniques un bail de 99 ans sur les Nouveaux Territoires. C'est cet accord qui expire en 1997.
La signature de l'accord, le 26 septembre 1984 à Pékin. ((DR) de décider démocratiquement du futur système social et de la politique de HongKong. C'est pourquoi nous déclarons solennellement que :
La) La politique chinoise vis-à-vis de Hong-Kong, après la reprise de la souveraineté, est entièrement du domaine des affaires intérieures chinoises. Il ne doit pas y avoir d'interventions des impérialistes britanniques. Ceux-ci doivent se retirer inconditionnellement de Hong-Kong.
Mb) Le peuple chinois possède une pleine autonomie vis-à-vis de toute intervention des pays étrangers et du plein droit, aujourd'hui comme dans le futur, pour décider des affaires intérieures de la Chine. Sur la question de Hong-Kong, le peuple de Hong-Kong possède le droit démocratique de décider de la politique à suivre. Le peuple chinois rejette absolument l'inclusion faite dans le traité international par le gouvernement chinois sur la politique de Hong-Kong, inclusion qui donne aux Britanniques le droit d'intervenir dans les affaires intérieures chinoises.
7) Depuis que s'exerce la longue domination de l'impérialisme britannique sur Hong-Kong, les capitalistes britanniques occupent des positions de monopole dans d'importants secteurs économiques de Hong-Kong, comme ceux des finances, du trafic aérien, de l'électricité, des communications et des transports publics, et dominent toutes les fonctions économiques vitales de Hong-Kong. Ainsi, l'accord passé par le gouvernement chinois, qui garantit que le système économique et social en vigueur à Hong-Kong, demeurera inchangé pendant 63 ans, et sa concrétisation politique pour assurer que les « intérêts économiques (du Royaume uni et d'autres pays) seront dûment considérés » favorisera le maintien des privilèges économiques des pays impérialistes. Le résultat, c'est que malgré la souveraineté chinoise sur Hong-Kong, ce dernier restera ouvert, avec l'approbation du gouvernement chinois, au pillage économique de la part des pays impérialistes. Ces derniers pourront également utiliser leur supériorité économique pour influencer les affaires intérieures de Hong-Kong
8) Sous la domination britannique, le peuple de Hong-Kong a subi une longue oppression. Les libertés politiques du peuple ont été supprimées et il a été privé de ses droits démocratiques élémentaires. La langue et la culture autochtones ont été soumis à une discrimination. Le droit à l'éducation pour les étudiants est sérieusement limité. Les actions de masse des travailleurs, des habitants et des jeunes qui voulaient défendre leurs droits ont souvent été réprimés. Maintenant, le gouvernement chinois utilise le prétexte du « maintien de la stabilité et de la prospérité » pour apporter fréquemment son soutien à ce régime colonial illégal et répressif. Nous considérons que la politique erronée du gouvernement chinois viole gravement la dignité et les intérêts du peuple chinois (peuple de Hong-Kong inclus).
9) Sous la protection du régime colonial britannique, les entreprises monopolistes capitalistes ont réalisé d'importants profits en s'appuyant sur le système d'imposition très bas et la politique du laisser-faire qui existe en ce qui concerne les devises étrangères et la finance. En revanche, les services sociaux et publics sont notoirement insuffisants. L'emploi et le niveau de vie des travailleurs ne sont pas garantis, le fossé entre les riches et les pauvres s'élargit. Ainsi, la pérennité du système capitaliste signifie de fait la défense des monopoles et de l'exploitation par les intérêts établis. Pour les travailleurs, qui constituent la grande majorité de la population, la politique du gouvernement chinois consistant à défendre les capitalistes, rendra plus difficile leur lutte contre l'oppression et l'exploitation.
10) Nous considérons que le recouvrement de la souveraineté sur HongKong par le gouvernement chinois doit viser à aider le peuple travailleur de Hong Kong à obtenir sa libération. Ainsi, le me temps où il recouvre sa souveraineté sur Hong-Kong, devrait aider le peuple de Hong-Kong élections générales pour une Assemblée générale de Hong-Kong, pour que le peuple de Hong-Kong ait le droit de décider de la manière dont il entend recouvrer sa souveraineté et mettre en œuvre divers changements sociaux. Dans ce sens, l'aide du peuple chinois et la mobilisation des masses de Hong-Kong contraindraient les impérialistes inconditionnellement de Hong-Kong. Et le peuple de Hong-Kong pourrait ainsi se doter d'un gouvernement populaire, démocratique, qui déciderait du système politique, économique et Hong-Kong et des relations avec le
11) Le gouvernement chinois a refusé d'adopter cette politique correcte que nous venons de décrire. C'est là le produit de la domination bureaucratique et de la dictature du parti unique, le Parti communiste chinois. La domination bureaucratique a constitué un obstacle sérieux pour la construction d'une Chine socialiste et pour la libération des masses de Hong-Kong. Le PCC craint qu'une mobilisation du peuple de Hong-Kong pour recouvrer sa souveraineté conduirait très probablement celui-ci sur la voie qui exigerait la libération de classe et un gouvernement démocratique. Et le PCC craint encore plus qu'une mobilisation indépendante, autonome du peuple de HongKong stimule la lutte du peuple chinois combat pour la démocratie socialiste et pour se débarrasser de la domination bureaucratique du PCC.
12) Afin d'apaiser les craintes et le scepticisme du peuple de Hong-Kong vis-àvis de la domination bureaucratique du PCC, le gouvernement chinois est obligé de concéder et de « promettre » une autonomie limitée pour Hong-Kong. Depuis les événements de Tien An Men jusqu'au Mouvement démocratique en Chine (3), et jusqu'à la politique récente du PCC visant à des réajustements économiques et à une amélioration limitée du niveau de vie du peuple, tout montre qu'on ne peut
3. Le 5 avril 1976, sur la place Tien An Men à Pékin, un rassemblement de gens venus honorer la mémoire de Chou-en-lai, mort janvier de cette année, se transforma en une manifestation de masse d'environ 100 000 personnes, contre le régime maoiste et fut violemment réprimée. Le Mouvement démocratique a fleuri pendant le Printemps de Pékin, en 1978-1979, quand le régime post-maoïste toléra l'expression publique des critiques du régime, pour réprimer plus tard les contestataires.
arrêter la force des masses. Le peuple de Hong-Kong doit se saisir de l'opportunité pour se mobiliser et lutter pour se gouverner démocratiquement.
13) La démocratisation politique du pays tout entier est la précondition indispensable pour l'unification d'une nation. A l'heure actuelle, le Congrès national du peuple (Parlement chinois, ndlr.) n'est pas le produit d'élections générales. C'est uniquement un instrument de domination de la bureaucratie privilégiée. Il ne peut représenter les désirs et la volonté peuple chinois (y compris du peuple de Hong-Kong). C'est seulement Congrès national du peuple démocratiquement élu, et par l'exercice de la démocratie socialiste et d'un système reposant sur le peuple comme maître du pays, qu'on peut asseoir fermement les bases de l'unification d'une nation.
Ainsi, nous appelons le peuple de Chine (y compris Hong-Kong) à :
La) S'opposer à tous les articles de la déclaration commune sino-britannique et ses annexes qui violent le principe de la souveraineté et vont à l'encontre des intérêts du peuple de Chine (y compris Hong-Kong).
Mb) Exiger que le gouvernement chinois aide le peuple de Hong-Kong a convoquer des élections générales pour une Assemblée générale qui ait les pleins pouvoirs, à recouvrer sa souveraineté le plus vite possible et à se gouverner démocratiquement.
Gc) Contraindre le gouvernement chinois à mettre en œuvre des changements démocratiques radicaux, à abolir la dictature du parti unique et les privilèges bureaucratiques, à mettre en œuvre la démocratie socialiste et la légalité socialiste, à rendre le gouvernement au peuple.
Nous appelons également le peuple de Hong-Kong à :
La) Organiser et prendre l'initiative de convoquer des élections générales pour une Assemblée générale de Hong-Kong, dotée des pleins pouvoirs, et d'en finir avec la domination coloniale, à mettre en place son propre gouvernement démocra-
Mb) Commencer à discuter activement le projet de Loi fondamentale, pour la promulgation de la Loi fondamentale par le peuple de Hong-Kong, et instaurer le gouvernement démocratique de Hong-Kong par le peuple de HongKong lui-même.
Gc) Etre étroitement concerné par les développements économiques, politiques et sociaux du continent, joindre ses forces à celles du peuple chinois et lutter ensemble pour l'exercice de la démocratie socialiste en Chine.
October Review, Ligue marxiste révolutionnaire, Mensuel Nouvelles du combat, Hong-Kong, le 12 octobre 1984.