Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

INDE

Jamais plus de Bhopal !

Inprecor n° 189, 4 février 1985 · p. 20 · 1 017 mots

Inde et Asie du Sud Écologie

Nous publions ci-dessous une déclaration faite par le Mouvement pour un environnement sain, de Bombay, après la mort de plusieurs milliers de personnes (les chiffres officiels parlent de 3000 morts) à Bhopal, dans l'Etat de Madhya Pradesh, à la suite de la fuite de gaz toxique de l'usine d'Union Carbide, le 3 décembre 1984. Le groupe Inquilabi Communist Sangathan (section indienne de la IVe Internationale) est l'une des seize organisations qui forment le Mouvement pour un environne-

Nous avons vu récemment à Bhopal le désastre industriel et écologique le plus grave de toute l'histoire de l'humanité.

En Inde, le processus d'industrialisation s'est déroulé qualité de la technologie utilisée ou des questions de santé, aussi bien sur les lieux de travail que pour la population en général. Les risques qui existent et les accidents qui se produisent dans l'industrie - qu'il s'agisse du textile, de la chimie, des mines, de la pétrochimnie, des chemins de fer, des docks, secteur de production des engrais - sont étouffés et passés sous silence par la presse. Et même quand ces accidents arrivent à la connaissance du public, ni le patronat gouvernement, ni les organisations ouvrières ne s'en occupent. Le temps où l'on accepte passivement les risques indus-

Ce qui s'est passé à Bhopal n'est pas simplement une tragédie, c'est un crime contre l'humanité. Et nous condamnons fermement ceux qui en portent la responsabilité. Cette catastrophe nous montre encore une fois que nous ne pouvons faire confiance ni aux industriels ni au gouvernement pour garantir notre santé et notre sécurité. Nous appelons les citoyens - organisations professionnelles, organisations pour la défense des droits civiques, syndicats ouvriers, groupes de femmes, journalistes - à mettre en avant les revendications suivantes par des manifestations, de la propagande de masse, une campagne de pétitions, des lettres au « courrier des lecteurs » dans la presse, des actions en justice et des démarches en direction des assemblées régionales et du Parlement :

- Création de comités de citoyens. Il faut mettre en place des comités de vigilance de citoyens, lesquels peuvent désigner des experts légaux, médicaux et techniques pour veiller à l'application des mesures indiquées ci-dessous.

- Châtiment des coupables. Toutes les personnes, organisations et agences responsables de cette tragédie doivent être sévèrement châtiés : la direction de la société Union Carbide, le gouvernement central et le gouvernement l'Etat qui ont autorisé l'installation de les organismes de surveillance et de contrôle, y compris l'inspection des

- Rééducation, indemnités et autres formes d'aide aux victimes. Les victimes doivent recevoir des dommages et intérêts qui soient au moins l'équivalent de ce qui leur serait payé dans le pays d'origine d'Union Carbide, c'est-à-dire les Ceux qui ont subi des incapacités de travail doivent être rééduqués et avoir un emploi garanti ensuite. Union Carbide doit payer les frais d'installation de centres de rééducation. Un tribunal spécial doit être créé pour traiter rapidement les dossiers des victimes de la tragédie Bhopal. Un plan de contrôle à long terme de l'état de santé des victimes doit être établi, ainsi que des études épidémiologiques et écologiques, et une attention particulière doit être portée au fait que les femmes peuvent être particulièrement sensibles aux effets toxiques. Les résultats de ces études doivent être publiés par les médias. Toutes les dispositions nécessaires doivent être assurées pour que des soins médicaux soient fournis à ceux qui vont souffrir des effets toxiques dans les pro-

- Droit à l'information. Toutes les informations que possède Union Carbide, surtout par rapport aux détails du processus de fabrication et aux effets immédiats et à long terme, cancérigènes et génétiques du MIC (isocyanate de méUne victime juste avant sa crémation. (DR)

Prin arr thyle) et du chlorure de phosgène, doivent être mises à la disposition du public. Le gouvernement doit intervenir pour obtenir ces informations tout de suite. Tous les rapports médicaux des victimes et les rapports d'autopsie des morts doivent être rendus publies. Toutes les informations sur les processus de production et les données toxicologiques des produits de toutes les usines dangereuses dans les zones voisines doivent être mises à la disposition de la population locale dans une langue qu'elle peut comprendre. Toutes les études entreprises par des institutions telles que le NIOH, le CDI, l'ITRC, le NEERI, etc., doivent être mises à la disposition du public.

- Révision des lois existantes. Les lois existantes concernant la planification des zones industrielles, la santé et la sécurité industrielle et l'environnement doivent être appliquées de façon uniforme dans tout le pays. Un rééxamen et une révision en profondeur de ces lois doivent être entrepris immédiatement et rendus publies. Toutes ces lois doivent être révisées périodiquement. Les lois d'indemnisation actuelles ne protègent pas suffisamment la santé et la sécurité de tous les secteurs de la population. Une loi d'ensemble doit être adoptée, qui couvre toutes les questions d'indemnisation et rende obligatoire pour les sociétés le paiement

- Etudes d'environnement et études sanitaires sur les industries existantes et prévues. Le gouvernement doit financer des comités de citoyens ou d'autres organismes indépendants pour qu'ils puissent entreprendre des études sur l'environnement et la santé dans des usines et des zones industrielles dangereuses. Ces études doivent être disponibles pour le public et des enquêtes doivent être faites périodiquement pour évaluer les effets nocifs. Il faut rendre obligatoire l'avertissement de la population locale bien avant l'installation d'une nouvelle usine potentiellement dangereuse. Des études l'environnement et la santé doivent être entreprises sur les sites proposés et être rendues publiques.

- Droits pour les travailleurs, les syndicats et les comités de citoyens. comités indépendants de travailleurs et de leurs représentants doivent avoir le droit d'enquêter sur les conditions de travail et d'avoir directement recours au tribunal là où c'est nécessaire. Tous les travailleurs employés dans de telles usines doivent disposer du matériel de protection approprié. Tous les travailleurs - qu'ils soient intérimaires, titulaires, badli (travailleurs en déplacement), ou sous contrat - doivent avoir le droit d'arrêter le travail sans perte de salaire, jusqu'à ce que les conditions dangereuses aient disparu.

Peuple, unissez-vous maintenant ! Plus jamais de Bhopal!

Mouvement pour un environnement sain, Bombay, décembre 1984.

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