Inprecor 1974–2004

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Les Verts débattent de leur rapport avec le SPD

· Inprecor n° 189, 4 février 1985 · p. 23-25 · 2 166 mots

Allemagne Écologie Paix et armements

A des Verts, réunie le 3 décembre 1984 tambour, a décide de ne pat preste PRES des débats qui ont duré plus de 5 heures, la deuxième assemblée nationale

-pour le moment, à l'établissement d'une coalition avec le Parti social-démocrate

(SPD). Les groupes locaux et les organisations régionales sont laissées libres de décider de leurs alliances, mais il a été décidé qu'il n'était pas nécessaire de trancher au niveau

Deux résolutions d'orientation furent soumises au vote de l'assemblée, l'une présentée par Rudolf Bahro et Rainer Trampert, au nom de la direction nationale sortante, qui défendait une ligne « d'opposition au système », et une autre, présentée par Joschka Fischer, Otto Schilly et Waltraud Schoppe, tenants de la « realpolitik ».

Lors du débat, ces derniers se sont déclarés d'accord avec la ligne de coopération avec le gouvernement SPD minoritaire appliquée par les Verts au Parlement régional de Hesse, et ont plaidé en faveur d'une politique de réformes écologiques qui serait menée en commun et pas à pas avec les sociaux-démocrates, comme contrepoids à la coalition de droite au pouvoir à Bonn. Les « fondamentalistes » ont par contre souligné le fait que peu de réformes avaient été réalisées en Hesse, prédisant que la voie de la participation gouvernementale aux côtés du SPD mènerait à l'intégration des Verts au système en place. Comme alternative à la politique réformiste des « réalos », ils défendent une présentation plus nette des positions des Verts comme constituant la seule alternative réelle, et ils proposent aussi le renforcement des structures du parti ainsi qu'une collaboration plus étroite avec les mouvements extra-parlementaires. Ils ne donnent cependant pas de réponse sur la façon dont une politique d'opposition radicale au système pourrait s'inscrire en positif dans l'aspiration à l'unité, partagée par les élec-

Quand la résolution proposée par la direction nationale fut mise au vote, elle retirèrent leur propre résolution et soutinrent la résolution finalement adoptée par le congrès comme « résolution de compromis », contradictoirement à la résolution de la direction nationale. S'ils avaient mis au vote leur propre résolution, ils auraient été clairement battus. Ils ont donc profité de l'indécision de nombreux délégués pour avoir

C'est un véritable suicide politique qu'a commis Rudolf Bahro à ce congrès:

Aujourd'hui, il connaît le même destin tragique qu'ont connu de nombreux oppositionnels des pays de l'Est qui, après leur arrivée à l'Ouest, ont été désorientés et ont abouti à des positions religieuses et mystiques. Dans une allocution qui a duré plusieurs compara formellement la montée des Verts à celle des nazis sous la République de

Weimar, et offrit comme perspective politique la vision d'un Etat « avec en son centre

Le congrès a aussi élu une nouvelle direction nationale, dont font maintenant partie, outre Rainert Trampert, la « fondamentaliste » de Francfort Jutta Dithfurth,

Lukas Beckman, Regina Michalik, ainsi que Christa Wolf, qui se tient en dehors des fractions, et l'unique « réalo », Norbert Kostede. L'article ci-dessous tente d'analyser les choix devant lesquels se trouvent les Verts à la veille de ce congrès. Ce texte a été publié dans Was Tun du 6 décembre dernier, organe du Gruppe Internationale Marxisten

Les verts débattent

de leur rapport

avec le SPD

national la question de l'alliance avec le SPD. teurs des Verts et ceux du SPD. obtint d'abord une majorité de 330 voix contre 280. Mais ensuite, les mains les plus libres possible. un dieu/déesse ». La conférence claration, cette comparaison avec les nazis. (GIM), section de la IVe Internationale en RFA. Peter BARTELHEIMER.

Là où ils sont représentés au Parlement (national ou régional), les Verts peuvent-ils accorder un soutien passif aux gouvernements SPD minoritaires - c'est-àdire en ne se servant pas de leurs députés pour les faire tomber -, sans renoncer à leur indépendance politique? C'est la question qui est posée aujourd'hui aux Verts de Hesse, et qui peut l'être demain aux organisations régionales de ce parti en Saxe et en Rhénanie du Nord-Westphalie, aussi bien qu'aux Alternatifs à Berlin-

Bahro attaqua personnellement ses propres partisans « fondamentalistes ».

nationale désavoua immédiatement, dans une dé-

Ouest. Dans ces trois régions, les élections aux parlements régionaux au printemps prochain risquent de produire une situation « à la hessoise ».

Cette question ne concerne pas seulement les militants des Verts. Le Parti libéral-démocratique (FDP) ne peut compter de façon certaine être représenté au Parlement et donc continuer à jouer son rôle de faiseur de majorité de la coalition actuelle, alors que le SPD et les Verts ensemble sont très proches de la majorité absolue. Il s'agit là de la configuration po litique que les sondages donnent pour

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vraisemblable aux élections de 1987 au Bundestag (Parlement national). Les relations entre ces deux partis deviennent donc une question politique centrale.

OPPOSITION DE GAUCHE

ET « NOUVEAU RÉFORMISME »

Un événement d'importance s'était produit aux élections de 1983. Pour la première fois depuis 1953 - date à laquelle le Parti communiste (KPD), lié au régime de Walter Ulbricht en Allemagne de l'Est, fut éliminé du Parlement avant d'être interdit en 1956, dans un climat d'anticommunisme —, un parti à gauche du SPD est parvenu à se constituer comme opposition parlementaire et à affronter les sociaux-démocrates sur leur propre terrain, celui de la politique parlementaire, avec portées par de larges mouvements sociaux et qui remettent en cause le système actuel (2). Il est vrai que les Verts n'ont pas réussi à disputer au SPD, parti ouvrier traditionnel, son hégémonie dans les entreprises et les syndicats. Pourtant, ils représentent, depuis longtemps maintenant, plus que la fraction simplement la plus active et la plus critique de la société ne écologique ou pacifiste. Leur politique a une influence croissante dans les débats sur toute une série de questions controversées à l'intérieur du SPD et des syndinombreux militants et électeurs des Verts sont très ouverts à la discussion portant sur des réponses radicales à apporter à la crise écologique, économique et sociale. Ils sont de plus en plus prêts à remettre en cause les rapports dominants capitalistes et impérialistes. Mais ils attendent en même temps une politique qui produise, ici et maintenant, des changements politiques concrets. Aujourd'hui, les Verts peuvent évoluer dans l'un des deux sens suivants. D'une part, ils peuvent prendre la voie d'un « nouveau réformisme », dont se font également l'écho des membres de la gauche du SPD, comme Peter von Oertzen, et devenir ainsi des « mini-partenaires » du SPD. Des milliers d'élus dans les communes et les régions, le poids croissant de la fraction Verte au Bundestag, ainsi que les pressions pour y collaborer avec le SPD, tout cela favorise une évolution dans ce sens.

Cependant, la poursuite de la discussion et la clarification programmatique sur la base de conceptions anticapitalistes restent possibles. Les Verts partisans de la « realpolitik » ne donnent qu'en apparence une réponse à l'exigence d'une politique qui puisse constamment contraindre le SPD à une action unitaire. Interpellés par des sociaux-démocrates perspicaces, comme Oskar Lafontaine et Gerhard Schroeder de Sarre et de Basse-Saxe, sur la « prise de responsabilités », ils se sont prononcés pour une alliance parlementaire stable avec le SPD, et même pour la participation des Verts au gouvernement. C'est le cas par exemple d'Otto Schilly et de Waltraud Schoppe, membres de la fraction des Verts au Bundestag, qui voient déjà les Verts comme

L'arrivée des députés Verts au Bundestag, mars 1983. (DR) le « parti des réformes », et qui présentent une résolution dans ce sens à l'assemblée nationale de Hambourg. De même, Joschka Fischer, qui veut continuer d'appliquer le « concept de tolérance » hessois (c'est-à-dire « tolérer » l'existence d'un gouvernement SPD minoritaire), conclut surtout de l'échec de celui-ci que les Verts devraient désormais exercer des influences personnelles sur le gouvernement régional SPD. Contre cette orientation, les « éco-socialistes » et les « fondamentalistes utopistes » ont conclu une alliance national des Verts. Aux dépens de la clarté n'a qu'un seul objectif : rejeter comme destructrices gouvernementales qu'une attitude tolérante envers les gouvernements SPD. Entre ces deux positions se situe la majorité des Verts, qui veut poursuivre la voie de la « tolérance », mais qui est incertaine et divisée sur le comment et le

Les électeurs du SPD, comme ceux des Verts, attendent des deux partis qu'ils se servent de leur majorité parlementaire contre la droite. Si les Verts refusent de répondre à cette exigence d'unité « rouge-verte », cela profitera autant aux partis de la coalition actuellement au pouvoir qu'au courant droitier du SPD et aux dirigeants syndicaux favorables à la collaboration de classes. La tête de liste du SPD à Berlin-Ouest, Hans Apel, et le secrétaire du Syndicat de la chimie (AG-Chemie), Hermann Rappe, ne se sont-ils pas déjà mis en campagne pour une collaboration au parlement, ou même pour une « grande coalition » avec le Parti démocratechrétien/chrétien-social (CDU-CSU)? Dans l'intérêt de toutes les forces sociales qui s'opposent au gouvernement actuel, les Verts doivent annoncer clairement qu'ils sont prêts à tolérer des gouvernements sociaux-démocrates minoritaires dans les régions et au Bundestag.

Autant la position de rejet défendue par les adversaires de la politique de tolé rance paralyserait les Verts, autant il faut prendre au sérieux leur objectif central : il ne faut pas attendre du SPD, quel que soit le succès électoral des Verts, une politique fondamentalement différente de celle déjà menée par ce parti quand il était au pouvoir auparavant, politique qui comprenait les interdictions professionnelles (Berufsverbote), le programme de centrales nucléaires, le démantèlement de l'Etat social, le stationnement des missiles, c'est-à-dire une politique au service de la bourgeoisie. Et aussi longtemps qu'il en sera ainsi, les Verts ne peuvent pas prendre de responsabilité pour une telle politique en participant au gouvernement aux côtés des sociaux-démocrates. cette responsabilité ne commence avec l'acceptation de postes ministériels. Elle commence avec l'approbation d'un budget social-démocrate qui, comme en Hesse, et malgré quelques concessions aux revendications des Verts, contient tous les éléments typiques d'une politique au service du capital: dépenses sociales insuffisantes, cadeaux aux patrons, subventions aux forces de l'ordre, etc.

DES « REVENDICATIONS

TRANSITOIRES » Le problème central de la politique de tolérance n'est cependant pas de renoncer une fois pour toutes à cette coresponsabilité, mais d'expliquer sans cesse

2. A ces élections, les Verts ont obtenu plus de 2 millions de voix, franchissant ainsi la barre antidémocratique de 5 % des suffrages nécessaires pour accéder au Parlement, où ils comptent actuellement 27 députés.

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aux forces critiques du SPD et à la masse de ses électeurs les raisons concrètes de ce refus aujourd'hui. La condition de cette politique est d'avancer un programme de revendications claires et compréhensibles, qui expriment aussi bien les intérêts des syndicalistes que ceux du mouvement pacifiste, du mouvement des femmes et des immigrés. Il ne s'agit pas du tout d'établir le catalogue le plus exhaustif possible d'objectifs à atteindre, mais de formuler des revendications qui puissent faire aujourd'hui l'objet de mobilisations extra-parlementaires et, en même temps, qui représentent un « passage vers autre logique de développement », autrement dit des revendications transitoires (en gros, un programme radical de dépollution, le retrait des nouveaux missiles US, l'introduction immédiate de la semaine de 35 heures, un programme de nationalisations lié à une conception de la production alternative). Et il ne s'agit pas non plus d'une liste de points qui servirait de base de négociations avec le SPD, négociations qui devraient forcément soit échouer, soit déboucher sur des compromis pourris. Il s'agit beaucoup plus d'une confrontation permanente avec le gouvernement SPD « toléré ». En s'appuyant sur des mobilisations, il faut sans cesse exiger la satisfaction de telle ou telle re-

Tolérer un gouvernement SPD minoritaire ne signifie donc en aucun cas conclure une trêve avec lui. Il est certain qu'il ne pourra attendre de soutien que contre la droite. Pour des postes budgétaires et des lois qui servent les intérêts du Capital, il devra porter seul la responsabilité. En plus, il faut si possible le contraindre à chercher le soutien des forces bourgeoises, pour de telles mesures, de façon que soient clairs pour tout le monde quels intérêts de classe il défend. La force explosive d'une telle politique, à la fois radicale et réaliste, pourrait être énorme Elle pourrait, dans le SPD comme dans les syndicats, pousser les défenseurs de la « grande coalition » à un conflit aigu avec les forces critiques qui, sur de nombreuses questions prises une par une, montreraient de plus en plus ouvertement une sympathie politique pour les revendica-

Une telle orientation exige cependant une clarification préalable des questions fondamentales chez les Verts : le rôle du SPD comme parti ouvrier bourgeois, la liaison entre l'intervention au Bundestag et les luttes extra-parlementaires, le contenu d'un programme d'action écologiste et socialiste. Cette clarification ne sera ni rapide ni facile. Il en va de la responsabilité de tous ceux qui rejettent le « nouveau réformisme » de la faire avancer.

Peter BARTELHEIMER,

Was Tun, Francfort, 6 décembre 1984. ABONNEZ-VOUS A « INPRECOR » !

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