ARGENTINE Après plus d'un an et demi de mise en cuvre du plan économique, la junte militaire, la bourgeoisie et le capitalisme argentin se débattent dans la crise la plus grave de leur histoire. Le plan de "redressement et d'assainissement" du ministre de l'économie, Martinez de Hoz, est un échec complet; cela provoque le désarroi et l'angoisse parmi les classes dominantes face à leurs vaines tentatives de trouver une issue à la situation actuelle. Toutes les statistiques et tous les indices économiques indiquent une tendance au déclin dont le renversement apparaît difficile à court terme. L'inflation, véritable enjeu central de la bataille stratégique du gouvernement en matière monétaire, s'élève à 350% pour les 18 mois écoulés, et connaît une croissance continue. Pour le mois d'août, elle atteint le chiffre effarant de 11,3%. Elle s'élève à 170,4% pour les douze mois écoulés d'août 76 à août 77. Elle redescend et se "stabilise" en septembre à 8, 3%; le taux d'inflation cumulé pour les neuf premiers mois de l'année 1977 s'élève ainsi à 97,9%. L'inflation atteindrait donc un taux annuel supérieur à 150%, contrairement aux affirmations du ministère de l'Economie qui l'estimait entre 80 et 100% pour la même période. En octobre, comme pour "compenser" l'augmentation de la masse salariale qui a permis aux entreprises privées de distribuer des primes allant de 15 à 40%, les transports, les services publics et tous les articles du panier de la ménagère ont augmenté, de même que les combustibles et les loyers (de 40%). Entre temps, le gouvernement a fixé le salaire minimum à 30000 pesos (1$ US = 500 pesos), et les fonctionnaires devront attendre fin novembre pour toucher une misérable augmentation de 15% qui a été absorbée et même dépassée de 5% en moins de deux mois par la hausse du coût de la vie. Mais le problème ne s'arrête pas là en ce qui concerne les déséquilibres de l'Etat. Il y a plus. De janvier à septembre, le salaire réel des agents de la Fonction publique a baissé de 35%: Il ne pouvait en être autrement : le président du FMI en personne, lors d'une réunion avec Martinez de Hoz, a affirmé que "la réalisation du plan économique était plus stricte que ce qu'indiquait le
Roberto RODRIGUEZ FMI lui-même". Cela donne une idée des extrémités auxquelles on est arrivé. Dans ce cadre, les principaux bénéficiaires de cette politique, les grands monopoles, affermissent leur domination. Dans une enquête couvrant 250 grandes entreprises, 35% d'entre elles ont jugé "mauvaise" leur situation générale en juillet, contre seulement 20% au mois d'août. Si cette tendance se maintenait, au mois d'août de l'année prochaine Un des accords passés avec le FMI stipule que le déficit budgétaire ne devra pas excéder 3% de la PIB pour l'année en cours; toutefois, cet objectif paraît extrêmement difficile à réaliser. Au 31 août, ce déficit atteignit en effet la somme de 540 millions de pesos, qui dépasse déjà le chiffre prévu par le ministère de l' Economie pour toute l'année (contentons-nous de signaler que l'état de la balance des paiements n'a pas été donné, contrairement à l'habitude pour les deux derniers mois). Cela veut dire que pour respecter les normes fixées, on dispose d'ici la fin de l'année, grâce à un réajustement budgétaire, de 50 milliards de pesos seulement, alors qu'on en a dépensé 70 milliards pour le seul mois d'août. Le fait qu'en septembre le solde ait été positif de 2,247 milliards de pesos ne résoud en rien le problème. Comme on voit, malgré l'émission de nouveaux titres pour couvrir la dette extérieure et intérieure (des titres ont ainsi été écoulés sur le marché allemand pour un montant de 100 millions de marks au taux d'intérêts record de 7,5%) et malgré l'alourdissement des impôts (le fisc a recouvré 216 milliards et 946,2 millions de pesos en septembre, soit 9 milliards et 168,7 millions de plus qu'en août) qui provoque le mécontentement des secteurs de l'agriculture et de l'élevage eux-mêmes, cet objectif est impossible à atteindre. En outre, la hausse des salaires des fonctionnaires, le paiement de leur prime de fin d'année, auxquels il faut ajouter les ordres de paiement non honorés (leur montant devait atteindre 180 milliards de pesos en 1977, selon les prévisions et il atteignait déjà 163 milliards en juillet), sont autant de désastres qui remettent en cause la réussite du plan économique et la confiance des investisseurs
étrangers. Si on ajoute à cet exercice budgétaire désastreux, le solde prévu par les entreprises publiques à la fin de l'année (déficit de l'ordre de 55 milliards de pesos, du même ordre que le déficit budgétaire), on constate que l'économie argentine embourbée dans le marais de sa propre impuissance s'effondre d'heure en heure. Jusqu'a présent, le gouvernement s'est contenté de recourir à la planche à billets pour couvrir ses nombreuses dépenses ; et il continuera à le faire. Cela augmente de jour en jour la masse monétaire en circulation, et nourrit logiquement l'inflation. La chute constante du peso va conduire à une nouvelle division du peso par un facteur cent ou mille. Cela veut dire que si la première option, la plus probable, est retenue, 1 dollar US vaudra 5 pesos argentins alors qu'il en vaut actuellement 500. En présentant, il y a 18 mois, son plan économique, le gouvernement lui donnait comme objectif central la lutte contre l'inflation : il n'a pourtant obtenu aucun résultat positif, ni dans ce domaine, ni dans aucun autre. Son plan, celui des grands monopoles internationaux et des secteurs agricoles exportateurs, se préoccupe peu du taux d'inflation tant qu'il ne menace pas leurs intérêts. Dans la ligne de ce programme et des accords passés avec l'impérialisme, on assiste à une mainmise ouverte sur l'économie. On importe des produits de toutes sortes, vu les facilités douanières accordées par le gouvernement; la loi antidumping reste toujours en discussion et on craint pour la fin de l'année des importations massives d'articles ménagers, d'appareils élec triques, de certains produits industriels et d'automobiles dans un avenir proche. On viendra ainsi définitivement à bout d'une production locale déjà mal en point. On en est même arrivé à imposer du lait en poudre au "pays des vaches" comme on appelle l'Argentine. Le ministère de l'Economie entend importer tout produit un tant soit peu industriel et n'exporter que des matières premières. Les fonctionnaires concernés ont fait savoir eux-mêmes qu'un objectif optimiste, au vu des importations croissantes, serait de trouver un équilibre entre elles et les exportations. S'ils n'exportent pas les produits agricoles et le bétail, c'est parce que la fièvre aphteuse et le Marché commun l'interdisent. De cette façon, l'industrie locale court à l'effondrement. Son incapacité chronique à faire concurrence à la production étrangère lui interdit d'être "efficiente". comme le voudrait Martinez de Hoz; elle tend lentement mais sûrement à disparaître, avec les conséquences que cela implique en matière de chômage. L'ensemble du secteur voit sa rentabilité chuter de jour en jour. Avec la disparition des coopératives, suite à l'adoption de la sinistre loi dite des "entités financières" crédit dont elles constituaient la principale source, est devenu très cher. Les banques officielles orientent leur politique de crédit vers les grandes entreprises étrangères, et l'inflation produit un phénomène continu de décapitalisation. L'ensemble de ces facteurs, auxquels il faut ajouter les restrictions apportées aux crédits à l'exportation, en invoquant précisément des raisons anti-inflationnistes, et l'abrogation du régime d'aide aux exportations par préfinancement et postfinancement, place le secteur dans une conjoncture difficile où il se voit largement concurrencé en qualité et en prix par les produits d'importation. Il souffre de décapitalisation du fait de l'inflation. Sur le marché intérieur, le faible pouvoir d'achat de la population et la concurrence des monopoles lui interdisent d'écouler sa production; il en va d'ailleurs de même sur le marché extérieur. Autant dire qu'il se trouve ligoté et prêt à être dévoré. Selon certaines rumeurs, on en viendrait à fixer un contingent par secteur; certains ne pourraient plus bénéficier du préfinancement, le remboursement de plusieurs produits serait supprimé, le taux d'intérêt sur certaines marchandises serait relevé et les exportations industrielles subiraient alors un brutal contrecoup. Malgré tout, la moyenne et la grande industrie - unies maintenant par un intérêt commun -, s'efforcent de survivre ou d'augmenter leur capacité de production : c'est ainsi que s'est créé le Foro Empresario de Defensa de las Exportaciones Industriales (Association des entreprises pour la défense des exportations industrielles). Cet organisme, qui comprend notamment la FIAT, General Motors et Mercedes Benz, vise à promouvoir les exportations de produits manufacturés face au refus officiel d'encourager ces activités. La récession touche tous les secteurs Dans ce cadre, la récession joue un rôle évident; contrairement à l'optimisme des pronostics officiels, elle s'annonce durable. Le mois d'août a connu un nouveau record de faillites, avec le passif le plus élevé depuis 1970. Les ventes continuent à baisser, de même que le salaire réel qui a chuté de 57% (base 100 en 1973). La rentabilité des entreprises est continuellement affaiblie et aucune solution n'est en vue pour le moment. Pratiquement, tous les secteurs industriels se heurtent à la faiblesse de la demande. Un secteur important comme celui de l'industrie du papier a réduit sa production de 8,4% sur les huit premiers mois de l'année, par rapport à la même période de l'an dernier, et il est difficile d'envisager une relance à court terme. Le secteur automobile a certes connu une amélioration sensible de sa production, mais les ventes sont à nouveau en baisse car les concessionnaires spéculent en gonflant les stocks pour tirer le meilleur profit d'une prochaine augmentation des prix. En outre, vu la situation actuelle des revenus, la vente des voitures de petite catégorie a baissé de 12%. On note seulement une augmentation de la demande en véhicules de charge et de transports, en provenance du secteur de l'agriculture et de l'élevage du fait de sa propre croissance.
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Dans le secteur de l'alimentation, le faible taux d'activité et la faible rentabilité, combinés à la chute du salaire réel, ont provoqué une contraction de la production de 6% par rapport à l'année dernière. L'industrie textile qui connaît également une forte surcapacité de production (40%) se ressent de la chute du pouvoir d'achat de la population tout comme les autres secteurs qui produisent des biens de consommation durables. En outre, la hausse du prix des matières premières, le renforcement de la pression fiscale et les dépenses financières réduisent considérablement ses profits. Le secteur de la construction connaît une chute terrible de son activité, la hausse continue des coûts, l'absence de financement et la faiblesse de la demande entravent les possibilités de relance. Dans d'autres branches comme l'électronique, les appareils ménagers, la chimie, la pétrochimie, la cellulose, le papier, la construction ferroviaire et navale, les machines-outils, la récession atteint des niveaux qui sans être alarmants sont préoccupants; en effet, la chute de la demande sur le marché intérieur, les entraves à l'exportation et la baisse des tarifs douaniers créeront à terme une situation délicate. Par ailleurs, diverses chambres patronales de ces secteurs ont annoncé que si les ventes ne s'amélioraient pas, elles seraient contraintes de réduire leurs effectifs. Là encore, seul le secteur des machines agricoles connaît une expansion soutenue. Les grands propriétaires fonciers qui sont les principaux bénéficiaires de la crise ont quelques difficultés à maintenir leurs profits. Il faut insister sur le fait que l'indépendance du secteur agricole est largement fictive. En effet, face à son incapacité à affronter la concurrence sur le marché international,. il doit obligatoirement déverser le gros de sa production sur le marché intérieur; pour ce faire et afin de préserver sa rentabilité, il en vient à augmenter le prix de ses produits ce qui provoque un refus d'achat logique de la grande maiorité de la population. Tout projet de relance économique sectorielle est irréaliste, et tant que l'économie ne connaîtra pas une relance dans son ensemble, il ne sera pas possible de s'engager dans la nouvelle phase de croissance souhaitée. On voit donc comment "l'élément moteur" de la relance économique s'avère incapable de jouer ce rôle. L'agriculture n'est pas épargnée La viande, principal produit d'exportation, ne trouve pas de débouchés; le Marché commun en a constitué d'importantes réserves et a instauré de sévères barrières à l'importation. Les principaux pays consommateurs disposent de ressources suffisantes du fait de leur propre production. Seule l'URSS en achète des quantités relativement importantes à l'Argentine. Face à cette impossibilité d'exporter les excédents, les producteurs augmentent leurs prix sur le marché intérieur, participant ainsi à la hausse du coût de la vie. Et la consommation de viande a chuté de 50% le mois dernier. La production agricole, qui se trouvait dans une situation exceptionnelle encore récemment (récolte record de mats et de blé en 1976), connaît à son tour une baisse nette. Si on ajoute la pression fiscale qui s'exerce aussi sur ce secteur, même si elle a des effets moins asphyxiants que dans certaines branches industrielles, on peut constater la validité de nos pronostics qui affirmaient que le secteur agriculture-élevage avait atteint un niveau d'expansion tel qu'il ne pourrait pas continuer son essor, indépendamment de celui d'autres secteurs de l'économie. Caractériser l'année 1977 comme une "année agricole exceptionnelle" ne correspond pas à la réalité; le mécontentement de certains organismes agricoles en témoigne, comme on peut le constater avec les critiques incessantes de la politique économique que font la Federacion Agraria Argentina (Fédération agraire argentine), la Confederation Rural Argentina (Confédération rurale argentine), les coopératives agricoles, etc. La récolte actuelle de mais et de sorgho est rendue difficile parce que les coûts croissants, la pression fiscale élevée et la politique officielle toujours aussi floue en matière de prix ont fait diminuer la superficie ensemencée. La surface ensemencée en blé, principale céréale cultivée du pays, a diminué de 35,34% en un an. Dans son ensemble, la superficie ensemencée a diminué de 6% pour la même période. Cette chute de la production nationale est liée à la baisse des prix de ces produits sur le marché mondial: vu le niveau élevé des coûts internes, de nombreux propriétaires sont enclins à réduire les surfaces ensemencées pour ne pas risquer de devoir vendre la récolte à bas prix. De ce fait les investissements dans le secteur agriculture-élevage, les seuls à s'être maintenus l'année dernière, commencent à décliner et leur relance paraît difficile. L'état du secteur est même plus grave si on considère les perspectives prochaines et la politique du gouvernement pour l'avenir. La transformation probable de la Corporacion Argentina de Productores (Corporation argentine des producteurs de viande) en une société à capital la livrerait aux grands capitaux dont les liens sont connus publiquement. De même, la mainmise de groupes monopolistiques sur les silos et les bâtiments de stockage du grain qui sont construits actuellement place certains producteurs dans une situation angoissante. Il ne fait donc aucun doute que la crise économique est générale : il n'y a pas d' "ilots" qui échapperaient à la débâcle. La situation s'aggravera encore dans les prochains mois et l'économie se verra bientôt livrée à l'impérialisme. On parle déjà de rendre au secteur privé cent entreprises d'Etat importantes. Voilà comment on fait fuir les investissements productifs, on décourage les exportations et on aggrave la misère des secteurs les plus larges de la population.
La spéculation financière est le seul secteur où le capital moyen ou grand essaie d'obtenir par ses investissements des profits faciles et sûrs. Ce n'est pas pour rien qu'ont été lancés des bons du Trésor à échéance de sept jours seulement! Le taux d'intérêt mensuel atteint 9% et le marché financier offre de multiples occasions. Avec l'aggravation de la crise, le gouvernement a renoncé à affirmer que 1977 serait l'année de la relance économique : il recule cette farce à l'année prochaine. Mais il ne peut pas y avoir de relance car il s'agit de la crise du capitalisme dépendant argentin. La relance des luttes ouvrières Cette situation économique a agi comme détonateur de nombreuses mobilisations ouvrières. Nous approchons lentement du fond de la crise économico-sociale : soit les travailleurs forces, engageront des batailles défensives, pour pourvoir, ensuite, en finir avec la dictature. Pour les seuls mois d'août et septembre, on a compté près de 200 000 ouvriers en grève dans tout le pays (ce chiffre inclut les actes de sabotage de la production, les actions "bras croisés", les débrayages et d'autres formes de lutte qu'ont choisies les travailleurs). En octobre, cette vague de conflits, loin de décroître, s'est encore amplifiée. Les luttes touchent Peugeot, Chrysler, Mercedes Benz, Lozadur, Renault (Cordoba) et de nombreuses autres entreprises de moindre importance. Ce n'est pas par hasard que le ministre du Travail, Liendo, vu la physionomie que prenaient les événements, a précipité une tournée dans la zone littorale, de Zarate à Santa Fé, où se déroulaient divers conflits. Il n'en a rien obtenu malgré la mutiplications des discussions avec les bureaucrates et les militaires nommés par l'Etat à la direction des syndicats en conflit. Cela met à jour le rôle nouveau que joue la bureaucratie syndicale dans ses rapports avec les travailleurs, le patronat et l'Etat. Ainsi, dans des situations trop critiques ou dans celles où l'ampleur et les caractéristiques du conflit interdisent le recours à la répression, le gouvernement reconnaît "cette caste" La dictature entend ainsi utiliser les bureaucrates comme "force de réserve"; ne pas les faire monter en première ligne; ne pas les soumettre à la pression quotidienne de la base et à la perte d'autorité qui s'ensuit; les maintenir dans l'isolement et ne les laisser agir que lorsque leur action devient absolument nécessaire. Par ailleurs, le gouvernement est parfaitement conscient que la reconnaissance de toute bureaucratie syndicale ouvrirait la porte à la mobilisation du mouvement ouvrier qui pourrait utiliser certaines "ouvertures légales" pour impulser ses luttes et ses revendications. Cela met également à nu le comportement misérable de la bureaucratie qui après avoir "rompu tout rapport" avec la junte militaire et s'est tournée vers la base pour consolider ses propres positions et pouvoir négocier dans de meilleures conditions avec les militaires, s'agenouille à nouveau devant les maîtres de l'heure et leur livre sans hésitation les luttes des travailleurs. La "commission des 25" qui doit son nom à ce qu'elle regroupe 25 syndicats, joue le rôle d'une centrale unique bureaucratique; lors des derniers conflits, elle a tenu une place importante; s'ils n'obtiennent pas leur reconnaissance légale par le gouvernement, ce qui leur permettrait de gérer à leur profit les biens financiers et les cuvres sociales des syndicats, et la fin de la nomination de militaires à la direction de certains syndicats, les bureaucrates qui dirigent cette commission se préparent à engager avec d'autres syndicats un plan de lutte centré sur la question des salaires, de la libération des bureaucrates emprisonnés et du rétablissement du fonctionnement régulier des syndicats. S'ils n'ont pas encore engagé une telle action, c'est que la situation générale n'est guère propice et que leurs forces sont insuffisantes. Dissensions au sein de la junte Tout cela a conduit le ministre du Travail à jouer un rôle de médiateur auprès de la bureaucratie; il se déclare publiquement partisan de la "manière douce" et simule un affrontement avec le ministère de l'Economie, à la tête duquel se trouve le personnage probablement le plus détesté du pays. Ces conflits entre les deux ministères peuvent être le produit de la lutte intestine qui secoue la junte militaire, mais le principal objectif du ministre du Travail dans cette affaire vise à apparaître "sur la gauche" du ministre de l'Economie et à chercher un relatif consensus dans certains secteurs par le jeu des rapports qu'il entretient avec la bureaucratie. Une telle politique ne doit recevoir aucun appui ni agrèment, contrairement à ce que prétendent le PC et d'autres traîtres réformistes : elle ne peut qu'être dénoncée. Ou faut-il prétendre que le ministre du Travail, Liendo, n'a signé qu'à regret le décret-loi 21400 (la loi dite de "sécurité industrielle" qui laisse toute liberté de licenciement au patron en cas de conflit) ou qu'il a hésité -à repousser d'un an le rétablissement du fonctionnement normal des syndicats qu'il avait pourtant à plusieurs reprises promis pour cette année ? Cette politique et la répression par l'armée dans les u: nes, constituent l'option "progressiste" que proposent de soutenir le PC et certains secteurs bourgeois éclairés qui se prétendent aujourd'hui démocrates. Comme nous l'avons dit, cette volonté du ministre du Travail d'apparaître souple et ouvert correspond non seulement à ses compromis avec la bureaucratie mais aussi aux affrontements entre militaires. Ce n'est pas par hasard que Liendo a déclaré que le montant du budget mensuel d'un ménage pour une famille-type atteint 60 000 pesos (120 $ US), alors qu'un décret postérieur du ministère de l'Economie a porté le salaire minimum à 30000 pesos. Liendo proposerait-il le relèvement bimensuel des salaires en fonction de la hausse du coût de la vie pour des raisons humanitaires? L'application du plan économique a suscité diverses critiques de nombreux secteurs sociaux; la politique de rentabilisation mise en œuvre par Martinez de Hoz a plongé l'industrie locale et les salariés dans une situation insupportable. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que ces secteurs se dressent contre le plan économique, pour des motifs et par des moyens variés. Toutefois, nous insistons, l'économie ne connaîtra pas de changements d'orientation tant que la junte militaire se maintiendra au pouvoir.