ESPAGNE Comme dans les autres pays capitalistes en situation de crise ouverte, le gouvernement espagnol cherche à imposer une politique d'austérité aux travailleurs. Il la justifie dans les mêmes termes que les autres gouvernements bourgeois (la "situation insoutenable de l'économie espagnole"), en y ajoutant la gravité exceptionnelle de la crise du capitalisme espagnol par rapport à celle des autres pays impérialistes. Le capitalisme espagnol traverse en effet des moments fort difficiles, ce qui se manifeste notamment par une inflation qui s'accélère de manière ininterrompue, par un déficit insoutenable de la balance des paiements, par un chômage exorbitant et par une forte chute de l'accumulation. De même que dans les autres pays capitalistes en crise, l'analyse de la bourgeoisie désigne comme cause générale de la situation le renchérissement des prix des matières premières, avant tout la hausse drastique du prix du pétrole, qui aurait donné lieu à un "transfert de ressources" et à un "appauvrissement du pays non encore assimilé" , et comme cause immédiate l'incidence insupportable de l'accroissement des salaires, même si la bourgeoisie s'exprime à ce propos de manière plutôt suave, pour ne "pas froisser la susceptibilité des travailleurs". L'analyse inclut les circonstances particulières de la situation politique espagnole, mais ne va pas au-delà de ces formules vagues. Elle oublie d'insérer la crise de l'économie espagnole dans le contexte de la crise généralisée de l'économie impérialiste, ou, quand elle en tient compte, ces considérations ne touchent généralement qu'aux symptômes et non aux causes profondes de la crise. Elle oublie les caractéristiques structurelles particulières du capitalisme espagnol, qui sont le produit de toute son évolution passée. Elle oublie enfin l'essor actuel de la lutte de classe, qui a pour cause objective la surexploitation de la classe ouvrière au cours des années de la dictature. Il lui convient évidemment de ne pas mentionner la lutte de classe, vu que le gouvernement recherche la collaboration de tous pour "sauver l'économie nationale en ces moments difficiles" , mettant l'accent sur le "sens des responsabilités de tous les membres de la collectivité". Il est vrai qu'on ajoute toujours en codicile une menace voilée : "car de cela dépend la consolidation de la démocratie.
340803 J. ALBARRACIN & P. MONTES Le dernier cycle du capitalisme espagnol et sa situation présente Avant d'analyser les projets économiques du gouvernement Suarez, il convient de décrire, ne fût-ce que schématiquement, le dernier cycle du capitalisme espagnol, ainsi que la situation précise dans laquelle il se trouve aujourd'hui. Cela peut se résumer de la manière suivante : a) Une phase d'essor qui s'étend du printemps 1971 au printemps 73. S'appuyant sur le développement de toute l'économie impérialiste internationale, le capitalisme espagnol connaît un accroissement intense de la production et de l'accumulation des capitaux. Le Produit national brut augmente en 1972 et en 1973 à des taux supérieurs à 8%. L'accumulation brute augmente à un taux supérieur à 15 %. b) Une phase de surproduction et de prolongation artificielle de l'essor qui s'étend du printemps de 1973 à celui de 1974. L'activité économique continue à croître à un rythme acceptable, bien que la crise de surproduction se manifeste déjà. Cette prolongation artificielle de la croissance est surtout due à la politique économique du gouvernement, qui cherche à retarder les séquelles dépressives de la crise de l'économie impérialiste internationale, afin de ne pas exacerber la lutte de classes. En 1974, le Produit national brut croît encore au rythme de 5%. c) Une phase de récession et de stagnation, qui s'étend entre le printemps de 1974 et les premiers mois de 1976. La production industrielle tombe de 10% entre avril 1974 et avril 1975. d) Une phase de reprise hésitante et d'absence d'accumulation, pendant l'année 1976 et les premiers mois de 1977. L'impulsion à l'activité économique est venue avant tout de la reprise dans certains pays impérialistes. Mais elle n'a pas été accompagnée d'une reprise du processus d'accumulation des capitaux. L'indice de la production industrielle a augmenté de 16,5% entre mars 1976 et mars 1977. Mais le taux de croissance des investissements en capital fixe fut négatif en
1975 (-2,4%) et en 1976 (- 1,5 %). On s'attend à un autre chiffre négatif en 1977. Les derniers mois (depuis le printemps 1977) sont marqués par un affaiblissement de l'activité. Les résultats de la production industrielle et du PNB en 1977 seront bien inférieurs aux prévisions optimistes du début de l'année. Les problèmes les plus graves auxquels le capitalisme espagnol doit faire face sont les suivants: - L'inflation. Tout au long du cycle que nous venons de décrire, que ce soit dans la phase d'expansion ou dans celle de contraction, la hausse des prix n'a fait que s'accentuer. L'indice du coût de la vie a augmenté ainsi : 1972 1973 1974 1975 1976 Premier semestre 1977 7,3 % 14,3 % 17,9% 14,1% 19,8% 13,2% (rythme annuel de 28, 1%) On craint d'ailleurs que la situation n'empire encore dans les mois à venir, puisque les répercussions en cascade de la dernière dévaluation de la peseta ont commencé à se produire. - Le chômage. On estime que le nombre de chômeurs a dépassé le plafond du million, pour une population active de quelque 13,4 millions de personnes. Cela représente un taux de chômage de 7,5%. Durant la phase d'essor, l'armée de réserve industrielle s'était pratiquement réduite à zéro, en tenant compte du fait que l'émigration vers les pays capitalistes européens avait fonctionné comme une soupape de sécurité. Mais dès le début de la crise, le chômage s'est mis à monter en flèche, surtout alimenté par le retour des émigrés, l'incorporation pour des raisons d'âge d'une population supplémentaire cherchant du travail et l'incorporation dans le chômage de couches petites-bourgeoises qui, vu l'aggravation de lasituation économique, étaient obligées de travailler chez autrui. A présent, le chômage est sans doute en train de s'accroître considérablement comme résultat des expédients appliqués par les entreprises en crise. - Le déficit de la balance des paiements. A partir de 1974, la balance en compte courant révèle un déficit, malgré la crise interne et la dévaluation de la peseta. Ce déficit s'élève à 3,2 milliards de dollars en 1974, à 3,5 milliards de dollars en 1975 et à 4,3 milliards de dollars en 1976. Ce dernier chiffre représente 4,2% du PNB, pourcentage non égalé dans un quelconque pays impérialiste en situation déficitaire. Pour couvrir ces déficits, il a fallu réduire les réserves de change, accroître considérablement les crédits de l'impérialisme international à la bourgeoisie espagnole, jusqu'au point où il devient de plus en plus difficile d'obtenir de nouveaux crédits (il s'est produit de ce fait un changement radical dans la structure de la balance des capitaux, les investissements étrangers directs en entreprises, etc. ayant diminué, alors que les crédits représentent à présent la majeure partie des entrées de capitaux étrangers), établir une position débitrice du capitalisme espagnol par rapport à l'impérialisme international, les dettes en devises étrangères de la Banque d'Espagne étant supérieure au volume total des réserves de change.
- Une situation très précaire des entreprises capitalistes. A la chute du taux de profit provoquée par la crise de surproduction s'est jointe la combativité du mouvement ouvrier qui a réussi à se défendre efficacement des effets de l'inflation, malgré le chômage massif et la durée de la crise. La faible reprise qui s'est produite n'a pas suffi pour améliorer de manière appréciable la situation des entreprises. Ceci explique la faiblesse de l'accumulation. Il faut tenir compte du fait que la crise a atteint de manière fort inégale l'ensemble des capitalistes, et que les grandes entreprises en sortent de manière plus solvables que les entreprises petites et moyennes. La politique économique de la bourgeoisie dans la crise Avant d'exposer le dernier plan élaboré par la bourgeoisie pour faire face à la crise, qui, outre qu'il est le plus élaboré théoriquement, est né dans de meilleures circonstances politiques, car il émane d'un gouvernement plus "démocratique" , il faut mettre en lumière les caractéristiques de la politique économique de la bourgeoisie espagnole au cours des dernières années et les résultats qu'elle a obtenu. Un fait capital se dégage des trois dernières années : la bourgeoisie n'a pas été capable d'imposer à la classe ouvrière une politique qui aurait servi à surmonter la crise, en termes capitalistes. Cette conclusion est clairement confirmée par le fait qu'à partir de novembre 1974 (jusqu'à cette date, la bourgeoisie fit semblant de ne pas voir la crise), 7 programmes écono. miques, pas moins, se sont succédés qui ont tous échoué. La raison dernière de ces échecs, c'est la combativité ouvrière, bien qu'on puisse y ajouter d'autres causes plus superficielles. On ne pouvait compter totalement sur l'appui des partis ouvriers réformistes qui dépendaient d'une certaine mobilisation ouvrière pour s'implanter dans le jeu politique. Les gouvernements successifs avaient un caractère "transitoire" qui les empêcha d'esquisser une politique à long terme. La proximité des élections ne favorisa guère des mesures dures contre les travailleurs, etc. La succession de tous ces plans, avec lesquels la bourgeoisie a cherché à faire face à la crise, en confirme par ailleurs la gravité et la complexité. L'ensemble des mesures adoptées dans cette série de plans économiques peuvent être regroupées sous trois rubriques : favoriser les profits capitalistes; compenser partiellement pour les travailleurs les effets graves de la crise; améliorer la situation compétitive du capitalisme espagnol dans la concurrence interimpérialiste. Dans la première catégorie on peut placer le blocage des salaires, la légalisation de la liberté de licencier et les hausses des prix, antérieurement bloqués, de beaucoup de produits, c'est-à-dire l'amortissement des conséquences du renchérissement de l'énergie sous forme de réduction de la consommation des masses. Les données dont nous disposons indiquent cependant que, dans l'ensemble, les travailleurs se sont défendus de manière afficace en ce qui concerne le pouvoir d'achat
de leurs salaires, bien qu'avec beaucoup de disparités selon les régions, secteurs et entreprises. Mais la légalisation des licenciements libres a causé un accroissement sensible du chômage. Dans la deuxième catégorie de mesures (celles qui devaient servir de compensation pour les travailleurs), il faut remarquer qu'il n'y en a point qui soient passées du papier sur lequel elles étaient inscrites dans les faits. Les projets d'investissements publics pour résorber partiellement le chômage ne se sont pas réalisés. La réforme fiscale a été sans substance. Le contrôle des prix a toujours été débordé. Les améliorations sociales ont été inexistantes. Quant à la dernière catégorie de mesures, il faut y placer la dévaluation de la peseta et la hausse des tarifs douaniers. Le plan d'urgence du gouvernement "Le gouvernement poursuit l'objectif de placer l'économie espagnole dans une voie de croissance stable et durable, et il est convaincu que pour y arriver, il faut un processus d'ajustement coûteux et continu qui permette de surmonter les deux déséquilibres fondamentaux : l'inflation et le déficit extérieur. Si ceux-ci ne sont pas corrigés, il serait impossible de dégager la voie de l'avenir économique." Ce paragraphe de la déclaration d'intention du gouvernement contient les caractéristiques les plus importantes de son projet pour sortir le capitalisme espagnol de la crise dans laquelle il se trouve immergé, caractéristiques qui ont été par la suite confirmées par le plan d'urgence que le gouvernement a envoyé aux Cortès, récemment élues et par les diverses mesures qu'il a prises. En premier lieu, le gouvernement prétend résoudre les problèmes de la bourgeoisie, l'inflation et le déficit extérieur, en oubliant complètement ceux qui affectent les travailleurs tel le chômage qui se trouvera encore aggravé par les résultats des mesures gouvernementales. En second lieu, le gouvernement prétend réaliser ces objectifs grâce à une politique d'austérité qui se cache derrière l'euphémisme : "processus d'ajustement coûteux et continu" . Enfin, le gouvernement n'a nullement l'intention de s'attaquer aux problèmes qui affectent quotidiennement les travailleurs comme lasanté, l'éducation etc., remettant leur solution à des temps meilleurs (lorsque l'économie sera de nouveau mise sur l'orbite d'une "croissance stable et durable"?). En d'autres termes : le gouvernement entend résoudre la crise économique du capitalisme espagnol aux frais des travailleurs. Tout semble indiquer qu'il n'y parviendra pas. L'analyse que fait le gouvernement de la situation pourrait être résumée ainsi. La crise a aggravé trois problèmes : le déficit de la balance des paiements, l'inflation et le chôma•ge. Le déficit de la balance des paiements trouve ses origines dans la hausse du prix du pétrole, qui appauvrit le pays en l'obligeant d'exporter davantage pour importer une même
3404983 quantité de pétrole (le professeur Fuentes Quintana, lors d'une récente intervention devant la télévision, a même parlé d'un "appauvrissement brutal" . Il a donné l'exemple d'une famille qui, sans obtenir davantage pour ce qu'elle vend, doit payer tous ses achats 25 % plus cher). L'incidence de l'inflation sur le déficit extérieur, c'est qu'elle rend les ventes à l'étranger plus chères et donc plus difficiles. L'inflation, de son côté, aurait des origines assez complexes, mais dont seraient, en dernière analyse, responsables les travailleurs. L'augmentation continue de la consommation au-delà de ce qui arrive avec la production depuis le début de la crise signifie que "nous vivons au-dessus de nos moyens" maintenant un volume de dépenses excessif et provoquant la hausse des prix. Ensuite, "la hausse débordante des salaires", qui s'exprimerait par le relèvement de la part des salaires dans le revenu national de 51% en 1973 à 57% en 1976, a provoqué une baisse de "l'excédent de l'exploitation" et une hausse des prix. Cette baisse de "l'excédent de l'exploitation" aurait été la cause déterminante de la chute des investissements et, par conséquent, de l'accroissement du chômage. On le voit, ce sont les travailleurs qui seraient responsables de tous les maux en ayant lutté pour des salaires trop élevés, et en consommant trop. L'objectif prioritaire devrait donc être celui de combattre l'inflation au moyen d'un plan d'austérité qui rétablisse les profits capitalistes au niveau nécessaire pour alimenter la croissance. En réalité, les choses ne sont pas si simples. Commençons par la balance des paiements. Le gouvernement réduit l'incidence de la crise internationale de l'économie capitaliste à la hausse du prix du pétrole. Mais il oublie l'exacerbation de la concurrence interimpérialiste, le manque de compétitivité du capitalisme espagnol pour des raisons structurelles, etc. Il veut nous faire croire que le pays aurait perdu du jour au lendemain 25% de ses revenus, ce qui justifierait l'inévitabilité d'une étape d'austérité qui réclame la collaboration des travailleurs. De fait, le déficit de la balance des paiements entre 1973 et 1974, c'est-à-dire avant et après la hausse des prix du pétrole, n'augmenta que de 4% du PNB, ce qui rend le chiffre de "perte de 25% des revenus" totalement fantaisiste. En outre, les travailleurs ont déjà payé un prix pour cette baisse du revenu national. Alors que leur consommation s'est accrue annuellement de 6% entre 1965 et 1974, elle n'augmenta plus que de moins de 3% dans les années postérieures, donc à un rythme moindre que le PNB. En fait, leur consommation occupe déjà aujourd'hui une part réduite et non accrue du PNB. Des erreurs analogues se retrouvent dans l'explication officielle de l'inflation. La rubrique "excédent de l'exploitation" dans la comptabilité nationale, dont la chute agite le gouvernement, n'inclut pas seulement les bénéfices des entreprises mais encore les revenus des classes non salariées, comme les petits paysans et commerçants, les professions libérales, etc. Il s'agit donc en bonne partie de revenus du travail non salarié. Or, ce sont justement ces revenus qui ont été les plus touchés par la crise; tous les indices le confirment.
Sans aucun doute, les bénéfices capitalistes ont été également frappés par la crise économique, mais pas dans la même mesure que la part des salaires dans le revenu national semble l'indiquer. En outre, cette chute des revenus capitalistes a pour cause fondamentale la crise économique capitaliste elle-même. Si le PNB avait augmenté depuis 1974 au rythme de 6% par an en moyenne (soit moins qu'il ne le fit dans les années précédentes), la part des salaires serait restée à 51% (ajoutons qu'à la légère augmentation de la part des salaires dans le revenu national correspond également une augmentation de la part des salariés dans la population active !). On ne peut parler de "débordement des salaires" quand les travailleurs n'ont fait que se défendre contre l'inflation. On ne peut pas non plus affirmer que "nous vivons au-dessus de nos moyens" quand les taux d'accroissement de la consommation se sont réduits de plus de la moitié par rapport au passé. Le point central du plan gouvernemental, c'est le blocage des salaires. En échange, le gouvernement offre une réforme fiscale minime, totalement inutile pour les travailleurs. Comme tous les autres plans du même genre, il y a également des mesures pour corriger le déficit de la balance des paiements, avant tout une nouvelle dévaluation de la peseta, et d'importantes restrictions de crédit qui déterminent un véritable plan de stabilisation. La politique d'austérité fondée sur une réduction drastique des salaires réels La lutte contre l'inflation se fonde sur la réduction des salaires réels que le gouvernement entend négocier avec les centrales syndicales par l'intermédiaire des partis ouvriers réformistes (pacte de la Moncloa). C'est à la fois le point le plus délicat et le plus important du plan. De sa réalisation dépend la remontée immédiate des profits capitalistes. Les deux branches des ciseaux sont le coût de la vie et les salaires nominaux. Commençons par le coût de la vie. Le gouvernement a mis en marche une politique qui tend à accélérer le rythme de l'inflation. Selon lui, le niveau de consommation des masses doit s'ajuster à l'appauvrissement de l'économie espagnole par suite de la hausse des prix du pétrole. La dévaluation de la peseta de 20% entraîne un impact inflationniste d'au moins 5 %. Elle déclenchera des hausses de prix en cascade que le récent décret sur le contrôle des prix ne peut ni ne veut arrêter. De plus, l'obligation de provoquer la réduction des importations de produits énergétiques et autres, entraîne des augmentations de prix de beaucoup de produits, et ce à des taux élevés, comme c'est le cas de l'essence, des produits dérivés du pétrole (notamment les produits plastiques), du café, de l'huile de soja, etc., qui ont tous une incidence importante sur la consommation des masses laborieuses. Ces augmentations de prix qui sont souvent provoquées directement par des mesures gouvernementales (accroissement des impôts indirects, comme ce fut le cas du prix de l'essence) ont entraîné une forte accélération du processus de l'inflation durant l'été 1977.
L'autre branche des ciseaux, c'est "la modération dans l'augmentation des revenus salariaux" . Dans les négociations avec les centrales syndicales, le ministère du Travail a lancé un ballon d'essai fortement contesté par les centrales, dans la mesure où il ne laisse la place à aucune marge de manoeuvre. Il a offert des augmentations (égales pour tous) "linéaires" de 50 000 pesetas par an (3000 FF, 600$ US) ce qui correspondrait, selon lui, à une augmentation de la masse salariale de 17 %. Les plans du gouvernement limitent ces augmentations de la masse salariale au taux d'inflation programmé qui est bien inférieur au taux d'inflation effectif. Au cours des trois derners mois de l'année 1976, le salaire moyen dans l'industrie était de 28 158 pesetas par mois (1 700 FF, 240 $US). Il s'agit du salaire brut, avant déduction d'impôts et de cotisations des travailleurs à la sécurité sociale. Partant de l'hypothèse que les salaires ne se sont pas élevés depuis décembre 1976, la proposition du gouvernement n'implique donc, pour les travailleurs de l'industrie, qu'une augmentation de 14,8 % du salaire nominal brut et non de 17 %. C'est tout à fait inacceptable, car le coût sans doute augmenté de 30 % entre décembre 1976 et décembre 1977. Une augmentation de 50000 pesetas par an, c'est-à-dire 14 augmentations mensuelles de 3571 pesetas, brutes, conserveraient le pouvoir d'achat seulement des très bas salaires, inférieurs à 11 900 pesetas, que ne touchent que 4,7% des salariés! Catégories de salari és selon le montant des salaires (au 4e trimestre de 1976). Salaires mensuels % de l'ensemble des salariés (en pesetas) par catégorie cumulatifs jusqu'à 8000 2,6% 2,6% de 8000 à 10.000 2,1% 4,7% de 10 001 a 15 000 13,3% 18,0% de 15.001 à 20 000 17,5% 35,5% de 20 001 a 25 000 15,9% 51,4% de 25 001 a 30 000 14,0% 65,4% de 30 001 à 40 000 18,1% 83,5% de 40.001 à 60 000 12,5% 96,0% plus de 60 000 4,0% 100,0% . Source : Institut n ational des statistiques ; "Enquête sur les salaires". - Les revenus mensuels incluent la rémunération effectivement perçue par les travailleurs, excluant les allocations familiales et les avantages en nature, Les cotisations patronales à la Sécurité sociale ne sont pas inclues. Les statistiques se rapportent aux salariés de l'industrie, de la construction, du commerce, des banques et des assurances. L'application de cette réduction des salaires réels impliquerait incontestablement une forte hausse des profits capitalistes. En 1976, les travailleurs ont touché au total 3865 milliards de pesetas de salaires, ce qui représente 56, 2% du PNB. Si l'on s'en tient à l'augmentation "linéaire" de 50 000 pesetas pour les 8,9 millions de salariés au travail, la masse salariale atteindrait en 1977, 4309 milliards de pesetas. Si le taux d'inflation s'établit à 30% et la croissance du PNB en termes réels à 3%, la part des salaires dans le PNB tomberait d'un seul
coup de 56,2% à 47, 1%, c'est-à-dire une chute de dix point en l'espace d'un an ! Pour que la part des salaires dans le PNB reste intacte, toujours dans l'hypothèse d'un taux d'inflation de 30% et d'une croissance réelle de 3%, il faudrait une augmentation "'linéaire" de 142000 pesetas par an. On voit combien la proposition du gouvernement est éloignée de ce chiffre, et combien elle s'efforce de stimuler la hausse des profits aux frais des travailleurs. La pseudo-réforme fiscale La nouveauté réelle du plan gouvernemental réside cette fois-ci dans une réforme fiscale offerte aux syndicats en échange du blocage des salaires. Cette réforme fiscale est absolument insuffisante et ne peut être considérée comme une véritable contrepartie par les travailleurs. Avec cette réforme fiscale, le gouvernement déclare vouloir obtenir une augmentation des ressources de l'Etat en vue d'accroître les allocations de chômage et les dépenses publiques nécessaires pour résorber le chômage et obtenir une marge de manœuvre dans les négociations avec les syndicats, démontrant que "la justice sociale s'introduit par la voie fiscale et non par des hausses de salaires". Ses effets pratiques seraient d'obtenir une part majeure de rentrées fiscales supplémentaires aux frais des classes moyennes, en ne pesant que modérément sur le grand capital. En outre, sous la forme sous laquelle elle se concrétise, la réforme fiscale provoque des hausses de prix de biens de consommation. La "récupération globale" est d'ailleurs dérisoire, puisque son bilan global s'établit aux environs de 20 milliards de pesetas de rentrées fiscales supplémentaires, soit 2% à peine du volume total des dépenses publiques. Il faut souligner que les dépenses publiques représentent 25% du PBN, chiffre insignifiant si on le compare aux 40 % en France et 50% aux Pays-Bas, par exemple. 2% d'augmentation des rentrées de l'Etat, cela n'est donc que 0,5% du PNB. Mais l'étroitesse de cette "récupération" est encore aggravée par l'aspect très arriéré du système fiscal espagnol. De manière croissante, les rentrées fiscales proviennent de ponctions sur les revenus des masses laborieuses, tant impôts sur les salaires (en 1969, ceux-ci rapportèrent 23% du total des rentrées de l'Etat; ce pourcentage est déjà estimé à 40% en 1976!), qu'impôts sur les biens consommés par les travailleurs, par le truchement des impôts indirects, y compris "l'impôt de luxe" qui taxe fortement des biens de consommation courants. L'arriération du système fiscal espagnol se manifeste également du côté des dépenses de l'Etat, comme le prouve par exemple le fait qu'en 1975, selon les données de la comptabilité nationale, 19% des dépenses de l'Etat furent absorbées par les ce caire plure bien antindre de milliards de pesetas, bien plus que le rapport total de l'impôtsur les sociétés ! Si l'on voulait réellement obtenir les ressources pour constituer un fonds d'allocation de chômage digne de ce terme, il suffirait de supprimer ces subventions, et on n'aurait nul besoin d'une mini-réforme fiscale comme le gouvernement l'affirme abusivement.
Cette pseudo-réforme consiste entre autres en une série de mesures qui risquent de s'avérer inopérantes jointes à d'autres qui prétendent accroître la ponction fiscale sur les revenus moyens et élevés, même si c'est d'une façon modérée. Passons sur l'introduction du concept de délit fiscal et sur le droit d'investigation des comptes bancaires attribué aux autorités fiscales. Ces mesures sont entourées de tant de garanties pour les capitalistes que ceux-ci n'ont nulle raison de s'inquiéter, même s'ils ont poussé en public des cris d'indignation outrée. Le moratoire sur les nouvelles déclarations pour les impôts les revenus et les sociétés, pour 1976, va, de même, s'avérer inopérant. Le taux d'imposition plus fort sur les revenus les plus élevés, dans le cadre des revenus des personnes, s'avérera d'une signification marginale : ce sont justement ces revenus des directeurs et chefs d'entreprise qui sont en général non-déclarés ou falsifiés dans les déclarations transmises au ministère des Finances. Finalement, on a introduit un impôt sur le patrimoine (sur le capital), mais il sera de moins de 1% et il n'augmentera que de manière imperceptible l'ensemble des rentrées fiscales. Simultanément, cependant, le gouvernement a accru les impôts indirects pour augmenter ses rentrées immédiates, et ce malgré toutes les promesses solennelles qui affirmèrent le contraire. Dans le cas de l'essence, le montant de l'impôt indirect est égal à celui du prix accru du pétrole brut. Il y eut également de fortes augmentations de l'impôt indirect sur le café, l'huile de soja, etc. Dans la confusion de ces hausses provoquées par la dévaluation, ou l'accompagnant, même le prix de la farine fut augmenté alors que la dévaluation de la peseta ne l'affecte en rien. On le voit, le gouvernement n'a rien à offrir aux travailleurs en échange du blocage des salaires et de l'accroissement du chômage. Dévaluation : les travailleurs paient pour les profits capitalistes Le gouvernement promet d'effacer le déficit de la balance des paiements au moyen de la réduction du taux d'inflation et de la dévaluation de la peseta. A ce propos, ni l'ampleur de la dévaluation ni le moment où elle fut décidée ne sem-. blent justifiés. Une augmentation de 25% du taux de change du dollar, c'est beaucoup, quand la différence entre l'augmentation des prix intérieurs et des prix internationaux depuis la dernière dévaluation de Villar Mir de 1976 ne justifie qu'une modification du taux de change de 14%, et quand le volume des exportations et du tourisme est déjà en voie d'amélioration. Bien que la peseta fût surévaluée, dans la mesure où la balance en compte courant révéla un déficit croissant, la réduction de l'activité économique en Espagne et la légère expansion du commerce mondial en 1976 provoquèrent déjà certains ajus" tements que la dévaluation elle-même ne pourrait considérablement amplifier, comme le démontre d'ailleurs l'expérience des deux dévaluations antérieures, celle de 1967 et celle de 1976. Il ne faut point non plus oublier que vers la fin de 1973, à la veille de la hausse des prix du pétrole, la peseta était
cotée à 57 pour un dollar, alors qu'elle est cotée aujourd'hui à 84, c'est-à-dire une dévaluation de 47%, pourcentage qui est sans rapport avec la différence réelle du taux d'inflation interne et international. La question peut donc se poser : pourquoi la bourgeoisie a-telle opté en faveur d'un taux de dévaluation si élevé ? En premier lieu, elle espère toujours une forte reprise de l'activité économique sous l'impulsion d'un véritable essor des exportations, qui épongerait le déficit de la balance des paiements. Un taux de dévaluation élevé provoquant un abaissement prononcé des prix à l'exportation est censé pouvoir stimuler rapidement les ventes à l'étranger. Il faut se rappeler que depuis le début de la crise économique, nous avons assisté à toute une série de dévaluations en cascade dans le cadre international; la peseta ne pouvait faire moins dans ce domaine. Mais ce qui explique dans l'immédiat l'ampleur et le moment de la dévaluation (au mois de juillet 1977, quand le gros des touristes arrive en Espagne, dont les dépenses se trouvèrent ainsi réduites de 25 %sans que leur volume ne s'accroisse considérablement), ce fut la spéculation qui se déclencha contre la peseta depuis le début de la campagne électorale et qui, selon le Gouverneur de la Banque d'Espagne, provoqua une perte de devises d'une valeur d'un milliard de dollars en l'espace de six semaines. La bourgeoisie espagnole n'aime pas perdre ses réserves de change. En un peu plus de six semaines, elle récupéra ce qu'elle avait précédemment perdu, grâce à la dévaluation. De ce fait, les spéculateurs capitalistes ont réalisé d'énormes profits grâce à la dévaluation. La note a été réglée par les travailleurs qui payent la dévaluation sous forme de l'augmentation du coût de la vie. Un plan de stabilisation? Dans l'ensemble du plan d'austérité que nous sommes en train d'analyser, la mesure classique de tous les plans de ce type ne pouvait faire défaut : les restrictions de crédit. Le gouvernement parle de "réduire petit à petit l'expansion monétaire sans provoquer de tensions" . Mais ce qui se cache réellement derrière cet euphémisme, c'est la forte contraction de la masse monétaire. Les effets de ce genre de mesures sur l'activité économique sont généralement fort rapides. Mais elles entraînent par la suite des effets plus coûteux et plus difficiles à neutraliser. La bourgeoisie espagnole est cependant convaincue que sans restrictions monétaires, il est impossible d'arriver à décélérer l'inflation, et n'oublions pas que cette décélération reste un de ses objectifs fondamentaux. Les effets immédiats des restrictions de crédits sont doubles. En premier lieu, la réduction des crédits et la discrimination avec laquelle les banques les accordent en faveur du grand capital évidemment acculent la petite et la moyenne bourgeoisie dans une impasse réellement grave, alors que sa situation est déjà sérieusement détériorée par suite de la crise économique. Il est certain que beaucoup de petits commerçants et artisans ne pourront pas supporter les conséquences de ces mesures, que les expédients de crise augmenteront, qu'il y aura banqueroute et licenciements en chaîne et que le chômage s'accroîtra considérablement. En second lieu, l'importance fondamentale d'un plan de stabilisation consiste en ceci qu'il place les entreprises dans une situation financière difficile devant les négociations pour le renouvellement des conventions collectives. Il leur devient ainsi fort difficile de concéder d'importantes augmentations de salaires nominaux. L' accroissement du chômage et les difficultés accrues au cours de la négociation pour les conventions collectives sont donc les deux répercussions les plus importantes des restrictions de crédit. Dans la situation présente de l'économie espagnole, caractérisée par un niveau d'activité fort bas, les conséquences du plan de stabilisation ne pourront qu'accentuer le jeu des facteurs de dépression, et créer des obstacles supplémentaires pour une reprise des investissements. On peut en conclure sans risque de se tromper que la caractéristique fondamentale de l'économie espagnole dans les mois à venir sera la dépression. Le chômage augmente Selon les chiffres résultant de l'enquête sur la population active de l'Institut national de la statistique, le chômage officiellement enregistré fin 1976 frappa 850 000 personnes, dont seules 300000 touchèrent des allocations de chômage. Et encore s'agit-il d'une allocation rachitique et absolument insuffisante ! En fait, depuis 1973, on enregistre une chute du taux d'activité de la population en âge de travailler. Si ce taux était aujourd'hui le même qu'en 1973, le chômage enregistré serait de 1,1 million de personnes. La différence est représentée par cette fraction de la population en âge de travailler qui n'est jamais apparue (ou qui s'en est retirée) sur le "marché du travail", par suite de la crise économique. Cette situation va encore s'aggraver vu la structure d'âge de la population espagnole. D'ici 1980, il faudrait créer 300 000 postes de travail supplémentaires par an pour maintenir le taux d'activité actuel des classes d'âge en état de travailler, et ce, simplement pour que le taux de chômage n'augmente plus, sans même chercher à le résorber. On peut donc prévoir que dans les mois à venir, le chiffre actuel du chômage va s'augmenter de celui des jeunes arrivant à l'âge de travailler, et de celui des victimes des dernières mesures économiques du gouvernement. On évalue en tout cas l'augmentation du chômage à près de 300 000 unités, d'après les sources gouvernementales, pour l'année 1978. Aucune solution de ce problème angoissant n'a été sérieusement prise en considération par le plan du gouvernement. En fait, quand le ministre Camunas lût la déclaration gouvernementa-
le, on avait eu l'impression qu'il s'était trompé, et qu'il avait oublié de lire le passage sur la lutte contre le chômage. On s'aperçut par la suite qu'il ne s'agissait pas d'une erreur. Les gouvernements bourgeois - et le gouvernement espagnol ne fut pas le dernier à le faire - avaient tout simplement éliminé le maintien du plein emploi de leurs programmes économiques. Cela ne signifie évidemment pas que le gouvernement ne fasse rien dans le domaine de l'emploi. Il attribue de généreuses exemptions d'impôts aux capitalistes qui créent de nouveaux emplois. Il élabore un plan de dépenses publiques pour augmenter l'emploi. Il projette une modeste amélioration des allocations de chômage. Tout cela n'aura guère d'effets appréciables. Les exemptions d'impôts ne sont que des faveurs accordées aux capitalistes. Les deux autres mesures se voient en fait bloquées parce que la prétendue réforme fiscale n'apportera pas de ressources suffisantes. La part de ces dépenses que le gouvernement compte financer par la dette publique (20 milliards de pesetas) va se heurter à des difficultés sur le marché financier, puisque on cherche simultanément à libéraliser ce marché et à appliquer des mesures de restrictions du crédit. Une politique de dépenses publiques créatrices d'emplois supplémentaires serait, en définitive, en contradiction avec toute la philosophie fondamentale du plan d'austérité que le gouvernement cherche à mettre en place. Elle ne se réalisera donc pas. L'austérité : aussi à gauche En conclusion, le plan du gouvernement cherche à rétablir le taux de profit capitaliste aux frais d'un accroissement brutal du chômage et d'une réduction drastique des salaires réels. En échange, il offre une réforme fiscale de pacotille qui ne produira pas les ressources nécessaires dont dépend la survivance même du plan, ainsi que des concessions sur le terrain syndical (retour des biens de l'ancien syndicat aux travailleurs), ainsi que la législation sur les conseils d'entreprise). Ceci afin de faciliter la tâche des directions syndicales pour faire preuve de "sens des responsabilités" pour "sauver le bateau qui risque de faire naufrage et dans lequel nous sommes embarqués tous ensemble". Que peut-on espérer comme résultat de l'application de ce plan ? La crise économique s'aggravera tout d'abord par suite du plan de stabilisation, dans un contexte d'économie impérialiste internationale nullement favorable. Par conséquent, la crise des entreprises et le chômage s'aggraveront de même, dans des proportions extrêmement alarmantes. Ensuite, la situation ne permettra pas un blocage total des salaires tel que le gouvernement le projette. Elle incitera simplement les directions syndicales à plus de "flexibilité" dans le domaine des négociations secteur par secteur, ou entreprise par entreprise. Voilà tout ce qu'espère obtenir la bourgeoisie pour le moment. Enfin, l'inflation s'accélérera irrémédiablement en une première étape, et les travailleurs courront le risque que leurs salaires nominaux augmentent moins vite que le coût de la vie. La situation politique du gouvernement se détériorera, dans la mesure où il ne réussit pas à sortir la bourgeoisie de la crise mais l'aggravera même dans un premier temps. Cela est déjà révélé par la crise au sein du gouvernement et du parti gouvernemental qu'ébruite couramment la grande presse. Le président du Congrès, membre éminent de l'UCD (Union du centre démocratique, le parti gouvernemental), réclame un gouvernement de concentration qui contribuerait à résoudre les problèmes difficiles. La bourgeoisie commence à prendre en considération l'entrée du PSOE dans le gouvernement. La bourgeoisie espagnole, pas plus que ses sœurs européennes, ne peut envisager d'autre issue fondamentale à la crise, d'autre voie pour appliquer efficacement l'austérité. Si l'austérité bourgeoise s'avère inapplicable, on passera à l'austérité de gauche", pour que la crise et l'austérité soient gérées par les partis aujourd'hui hégémoniques au sein de la classe ouvrière. Mais même sous gestion "de gauche", l'austérité sera et restera l'austérité, c'est-à-dire une attaque contre les intérêts immédiats des travailleurs et, si elle devait être couronnée de succès, une source de démoralisation, de démobilisation et de division de la classe ouvrière, c'est-à-dire un instrument pour modifier les rapports de force en faveur de la bourgeoisie. Le capitalisme espagnol est en train de faire la démonstration très crue de son caractère irrationnel et exploiteur. L' "austérité de gauche" n'est pas "la seule solution de rechange" devant "l'austérité de Suarez" . Au moment où la crise des entreprises se généralise, la solution de rechange qui correspond aux intérêts des travailleurs est celle qui consiste à passer aux revendications de contrôle ouvrier, à réclamer la nationalisation des entreprises en crise, à organiser le combat pour les revendications transitoires et pour un gouvernement PS OE-PCE. СОЛВАТЕ Reorganizacion de is Fuerzas de Orden Publico EL ESTADO POLICIACO CONTINUA Haton