AUSTRALE
VEC l'apparition du Parti pour le désarmement nucléaire
A NDP) au cours de la campagne pour les elections généra.
• les du ler décembre 1984, une force nouvelle et radicale a fait irruption sur la scène politique australienne.Le NDP est parti de rien, il y a trois mois, pour remporter un siège au Sénat. Mais ce qui est plus significatif que le nombre de sièges, limité par une barre élevée et antidémocratique qu'il faut franchir (1), c'est le nombre massif des voix obtenues par le NDP, environ 750 000, ce qui représente entre 7 et 8 % de l'électorat. Le programme du NDP est clair et sans ambiguités : fermeture de toutes les bases militaires étrangères, c'est-à-dire US, en
Australie ; interdiction du stationnement d'armes nucléaires en
Jim McILROY
Conformes à l'attente de tout le monde, les élections ont été remportées par le
Parti travailliste australien (ALP) du Premier ministre sortant Bob Hawke. Cependant, une confusion dans le système de transfert de voix ajoutée à un retournement de l'opinion en fin de campagne vers la coalition formée par le Parti libéral et le Parti national, a fait que les travaillistes ont perdu 6 sièges, pour se trouver avec une majorité d'environ 16 sièges à la Chambre des représentants qui comprend 148 membres.
Ce retournement contre le gouvernement a surpris la plupart des observateurs, et en premier lieu les dirigeants de l'ALP qui, pendant les 18 mois qu'ils ont été au pouvoir avant les élections, avaient poursuivi une orientation très droitière dans l'espoir d'imposer leur parti comme le principal moins jusqu'à la fin de la décennie. Avant les élections, les sondages prédisaient un mouvement vers le Parti travailliste allant jusqu'à 5 % des voix, alors qu'on a assisté, au contraire, à un mouvement de 1,7 % des voix vers les principaux partis de droite. Ce résultat a eu pour conséquence de ternir l'image d'« invincibilité » de Hawke, dont le charisme personnel cultivé par les médias au service des capitalistes, avait constitué le moyen central par lequel l'appareil droitier de l'ALP espérait remporter les élections.
A l'image de la plupart des autres partis travaillistes ou sociaux-démocrates basés sur les syndicats dans d'autres pays, l'ALP a une direction pro-capitaliste qui subordonne les intérêts de la masse des travailleurs qui soutient le parti à ceux de la bourgeoisie, en accordant quelques réformes de temps en temps pour réduire la pression qu'exercent les travailleurs à travers leurs syndicats. Mais, sous l'action de Hawke, ancien président du Conseil des syndicats australiens (ACTU), l'ALP
La percée du Parti
tion de l'uranium. Peter Garret. (DR) s'est éloigné de la base du parti pour se lier ouvertement à la bourgeoisie, plus que n'importe quel autre gouvernement travailliste ne l'avait fait depuis le début des années 1930. La conséquence de cette évolution a été que presque tous les journaux bourgeois se sont prononcés pour la réélection de Hawke, phénomène absolument sans précédent dans la vie politique australienne.
Néanmoins, Hawke n'a pas obtenu le raz-de-marée attendu. Le résultat a redonné confiance aux libéraux, qui s'attendaient à une défaite d'une ampleur
Australie, ainsi que la circulation de ces armes dans les eaux et l'espace aérien du pays; arrêt de l'extraction et de l'exporta-
Le succès du NDP, y compris grâce à l'énorme publicité due à son candidat le mieux connu, le chanteur de rock Peter
Garret, du groupe très populaire Midnight Oil, a bouleversé la vie politique australienne comme on ne l'avait plus vu depuis l'époque de la guerre du Vietnam. Des milliers de jeunes ont été attirés vers l'action politique par la campagne du NDP. Son impact sur une campagne électorale jusque-là sans intérêt fut extraordinaire. Maintenant, il s'agit d'en analyser les implications à long terme pour la lutte des classes en Australie.
sans précédent. Leur dirigeant,
Andrew
Peacock, surnommé le « kid à la lampe solaire » ou « Andrew Gucci » à cause de son mode de vie de playboy international, a même bénéficié d'un sursis à sa mort politique, sort habituel des dirigeants de son parti coupables d'avoir perdu les élections.
La coalition entre les partis libéral et national, qui représente une alliance entre les milieux d'affaires des villes et les grands propriétaires ruraux, s'était présentée sur une plate-forme incluant certaines réductions d'impôts; la privatisation d'entreprises publiques, par exemple la compagnie aérienne TAA; le remplacement du système centralisé de négociation des salaires à travers la Commission d'arbitrage par des contrats entreprise par entreprise, comme cela se fait aux Etats-Unis ;
des attaques contre le droit des aborigènes à la terre ; la destruction effective du nouveau service de santé publique créé par l'ALP; des lois antisyndicales renforcées ; des réductions des salaires des jeunes ; une augmentation des dépenses militaires.
Ce programme, qui constitue un mélange à l'australienne du reaganisme et du thatcherisme, est probablement considéré comme prématuré par la plupart des représentants de la bourgeosie. La politique de Hawke, celle du « consensus national », est toujours largement dominante.
Mais des nuées d'orage commencent à planer sur le projet travailliste, qui préconise des années de collaboration entre le
1. Le système électoral en Australie est basé sur le vote préférentiel. Les électeurs votent pour tous les candidats dans un ordre de préférence. Pour ce qui concerne la Chambre des représentants, on vote par circonscription, et il faut qu'un candidat rassemble 50 % des suffrages, en comptabilisant d'abord les premières préférences, ensuite les deuxièmes, etc. Pour le
Sénat, on vote pour des listes dans chaque Etat, et une liste obtient un élu pour chaque 12,5 % des suffrages obtenus, avec le même système de transfert de voix.
cistes que par les sociétés minières. Le tes, selon Percy, le NDP s'appuyait sur mouvement ouvrier et les capitalistes sur le front intérieur, aussi bien que le soutien aux préparatifs de guerre de l'administration Reagan sur le plan interna-
L'irruption du NDP sur la scène a mis en lumière les graves problèmes qui menacent le projet de Hawke. Suite à des débats qui ont duré des années sur la question de l'extraction de l'uranium ainsi que sur la présence des bases de télécommunications US, il existe le sentiment très répandu que l'uranium australien (estimé à 25 % des réserves accessibles du monde) doit rester dans le sous-sol du pays, et que les bases, qui représentent un élément clé du réseau de guerre américain, doivent être fermées. Le mouvement de la paix mobilisa au moins 200 000 personnes le 15 avril 1984, dans une série de rassemblements énormes dans toutes les grandes
Le mouvement anti-uranium bénéficie d'appuis importants, aussi bien dans les syndicats que dans le Parti travailliste. Au moment de son arrivée au pouvoir, à la suite des élections de mars 1983, l'ALP s'était engagé à arrêter l'ouverture de nouvelles mines et à fermer progressivement celles qui existaient déjà. Au congrès national de l'ALP de juillet 1984, cette politique fut brutalement renversée par une alliance de la droite et du centre du parti contre la gauche. Le congrès fut largement dominé par l'appareil centrai du parti et par les directions centrales des syndicats. Pour beaucoup de militants et d'électeurs travaillistes, cette décision, vel'orientation très droitière qu'avait suivi le gouvernement Hawke depuis mars 1983, constitua la goutte qui fit déborder le vase. C'est à partir de ce mécontentement dû aux trahisons de la direction de l'ALP qu'est né le Parti pour le désarmement nucléaire.
Depuis ses débuts en tant que petit regroupement dans la capitale fédérale, Canberra, le NDP a rapidement créé des sections dans toutes les capitales d'Etats et dans une série de villes de province, y compris dans les bastions travaillistes de Newcastle et de Wollongong, centres de sidérurgique. Au cours d'un meeting à Newcastle, avec Peter Garret, qui attira 2 000 personnes, il y eut 600 adhésions au nouveau parti. Juste avant les élections, un sondage indiquait que 23 % des électeurs de 18 à 23 ans avaient l'intention de voter pour le NDP dans les élections pour le Sénat. Cela représentait presque la moitié des suffrages potentiels
Bien que le NDP ait été la force alternative à la gauche du Parti travailliste qui ait connu le plus grand succes dans ces élections, il ne fut pas le seul à avoir eu un impact. Dans les élections à la Chambre des représentants, la nouvelle Alliance des Verts, inspirée par les Verts allemands, a reporté presque 6 % des suffrages à Sydney. Dans la circonscription de Kingsford-Smith, la candidate aborigène Helen Boyle a obtenu un score proche de 4%. Sa campagne était centrée sur le droit des Aborigènes à la terre, un droit actuellement menacé aussi bien par les ragouvernement Hawke a perdu le soutien des Aborigènes parce qu'il n'a pas tenu ses promesses à leur garantir un véritable contrôle sur leurs propres terres.
Des candidats situés à la gauche de l'ALP et se réclamant du socialisme ont aussi fait de bonnes campagnes dans un certain nombre de circonscriptions. Le Parti socialiste des travailleurs (SWP), section australienne de la IVe Internationale, a présenté 9 candidats dans le pays, qui ont obtenu entre 1 et 5 % des voix. La campagne du SWP a fait apparaître un intérêt certain pour les idées révolutionnaires. En plus de leur propre campagne, nos camarades ont accordé une importance spécifique au soutien au NDP et à d'autres mouvements progressistes. Dans l'Etat d'Australie du Sud, une nouvelle formation, la Campagne unie pour la paix et le socialisme (UCPS), créée pour participer aux élections, était une alliance entre le SWP, le Parti communiste australien, le Parti socialiste australien et d'autres organisations de gauche (2). Elle a
June liste pour le Sénat en Australie du Sud, ce qui a permis la première campagne de la gauche unie dans l'histoire récente de l'Australie. C'est là un reflet de la large discussion actuellement en cours au australienne sur les perspectives d'action SWP, commentant les résultats dans le numéro du 5 décembre de l'hebdomadaire du parti, Direct Action, a déclaré que le résultat des élections représentait « une victoire énorme pour le NDP, (...) qui a franchi la barrière (du système électoral antidémocratique, ndlr.) Il pourrait devenir une force de la gauche réellement viable, une force qui ne pourrait être achetée comme l'ont été les Démocrates australiens. » (3) A la différence des Démocra-
Rassemblement de masse du mouvement de la paix, en Australie, le 15 avril 1984. (DR) d'anciens partisans de l'ALP qui « ressentaient le besoin de créer un nouveau parti, à la suite du tournant à droite effectué au congrès national de l'ALP. Toute la dynamique du NDP est différente de celle des Démocrates. C'est une menace pour l'establishment. C'est pour cela que les partis de cet establishment transfèrent leurs voix vers les Démocrates et non vers le NDP. La réussite du NDP face à tous ces obstacles constitue un tournant important de la vie politique australienne. Maintenant, il faut affronter les tâches de consolidation et de création d'un parti national viable, sur des bases démocratiques, avec une vraie autonomie locale et disposant de la capacité de prendre des initiatives à ce niveau. »
Le succès du NDP fut un coup dur pour le gouvernement Hawke sur un front, mais celui-ci risque de se trouver confronté à d'autres défis. Des syndicalissur la question des salaires et sur d'autres questions sociales. La pièce maîtresse de la stratégie économique du gouvernement travailliste depuis les élections de mars 1983 a été l'accord sur les prix et les salaires conclu entre l'ACTU et l'ALP, accord qui est pour l'essentiel destiné à limiter les augmentations de salaires. Cet accord a été l'élément principal qui a permis à la bureaucratie syndicale de freiner les luttes ouvrières depuis 18 mois. Les statistiques
2. Le Parti communiste australien est sur des positions politiques semblables aux courants eurocommunistes ailleurs. Le Parti socialiste australien, d'orientation pro-soviétique, est né d'une scission du PCA en 1971.
3. Les Démocrates australiens constituent parti né d'une scission du Parti libéral en 1977. Ils se sont fait une certaine image progressiste, surtout autour des questions écologiques, mais sans rompre avec leurs origines politiques bourgeoises.
montrent que la courbe des grèves est à son niveau le plus bas depuis 15 ans.
Depuis un an, les salaires ont été effectivement gelés, à travers un système d'indexation contrôlé par la Commission d'arbitrage, de manière à empêcher qu'il y ait des revendications salariales dehors du cadre des négociations officielnational tous mois, un système qui est truqué par la manipulation de l'indice des prix à la consommation destinée à sous-estimer les augmentations réelles des prix. Certains syndicats, y compris la puissante Fédération des travailleurs de la construction, ainsi que le plus petit Syndicat des travailleurs de l'alimentation, se sont mobilisés malgré ce système et ont été confrontés aux attaques non seulement des patrons, mais aussi du gouvernement tral'ACTU et d'autres syndicats. Ces syndicats ont été menacés de perdre leur enregistrement légal, ce qui aurait impliqué, en fait, de perdre leur droit de représenter leurs adhérents.
Il est à noter que le gouvernement travailliste de Hawke a pu s'attaquer aux syndicats plus facilement que le gouvernement libéral-national précédent, justement à cause de la « relation privilégiée » entre l'ALP et les syndicats. On peut également observer des manifestations de combativité dans d'autres syndicats, no-f tamment ceux du secteur public. De tels développements pourraient créer des pro-; blèmes en 1985, pour la négociation de l'accord salarial et pour le gouvernement.
Tout cela survient dans un contexte de difficultés économiques qui s'annoncent pour l'année qui vient. Pour 1984, les travaillistes ont pu se vanter, comme autant d'indices de la réussite de leur programme de redressement capitaliste, d'une croissance économique record, d'un taux d'inflation en baisse, d'une réduction supplémentaire du nombre de chômeurs, et d'un haut niveau de bénéfices pour les entreprises. Mais des statistiques récentes montrent une baisse de la production industrielle, et d'autres indices industriels gnes de stagnation de l'économie américaine, les perspectives pour l'économie australienne sont sombres.
La combinaison de problèmes économiques, un regain de la combativité syndicale et la montée du sentiment antiguerre parmi la jeunesse mettent sérieusement en question la stratégie économique du gouvernement travailliste, celle de stabiliser le capitalisme australien par le biais d'une politique de collaboration de classes pratiquée sur une période étendue. Le défi devant lequel se trouvent la gauche et le mouvement ouvrier est celui de savoir unifier les diverses forces radicalisées par la crise en un mouvement capable de poser une alternative crédible à la politique pro-bourgeoise du travaillisme.
Jim MeILROY, Sydney, le 20 décembre 1984.