NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE
ITALIE
Le testament politique d'Alfonso Leonetti Alfonso Leonetti, l'un des fondateurs du mouvement communiste en Italie, est mort le 26 décembre dernier. Né en 1895, il adhéra aux Jeunesses socialistes en 1913. Ensuite, il devint l'un des premiers partisans en Italie de la Troisième Internationale. Il fut rédacteur en chef, à Turin, du quotidien communiste Ordine Nuovo, dont Gramsci était directeur. Il fut élu au comité central du Parti communiste italien au congrès de Lyon de 1926, et ensuite au bureau politique. Il développait des positions qui divergeaient de la ligne ultra-gauche de l'Internationale communiste de la fin des années 1920, et c'est à ce moment-là qu'il est entré en contact avec l'Opposition de gauche internationale. Il organisa, avec Pietro Tresso et d'autres camarades, la Nouvelle opposition italienne (NOI) et fut exclu du parti en 1930. Il fut alors coopté à la direction de l'Opposition de gauche internationale et y participa pendant plusieurs années. Mais, à partir de l'adoption par l'Internationale communiste de la ligne des fronts populaires, Leonetti commença à s'éloigner du mouvement trotskyste. Il a réintégré le PC italien en 1962, en déclarant que sa « conviction de la justesse de la politique du parti » s'était manifestée à l'époque des fronts populaires et qu'en même temps avait « müri sa critique du trotskysme ». Mais, comme le montre son testament politique publié le 26 janvier 1985 dans l'Unità, quotidien du PCI, et que nous reproduisons ci-dessous, Leonetti n'avait finalement rien renié de ses combats antérieurs contre le stalinisme.
« On peut vieillir et finir ses jours de diverses façons, selon la plus ou moins grande perte de lucidité due aux années ou à la décomposition de notre système intellectuel.
« Le vieux Edouard Herriot - maire radical-socialiste de Lyon -, craignant que son ami le cardinal Gerlier ne lui joue un mauvais tour en donnant la bénédiction à un athée s'étant converti à l'article de la mort, écrivit dans son testament qu'il mourrait athée et radical socialiste, quoi qu'il puisse dire ou faire d'autre au moment de mourir.
« Mon ami et camarade Octavio Pastore (1887-1965) mourut en murmurant de façon répétée : "La liberté, c'est le fusil sur l'épaule de l'ouvrier" , maxime de Lénine qu'avec lui nous proclamions sur les places et dans les journaux ouvriers
« D'autres vieux camarades, au contraire, tombant dans les pièges des journalistes charognards, ont effacé un demi-siècle de luttes, de sacrifices, de prison sup porté avec dignité et courage, pour s'abîmer dans l'exaltation de Turati (dirigeant qui, au moment de la scission de 1921 du parti socialiste, conduisait l'aile la plus ouvertement réformiste), c'est-à-dire de la social-démocratie contre Lénine et le tel danger ment et de perte d'esprit critique existant pour chaque homme et à tout âge, moi, Alfonso Leonetti, sain d'esprit et libre de toute pression, je déclare fermement d'être et de demeurer un marxiste révolutionnaire conséquent, c'est-à-dire un léniniste internationaliste ne reniant rien des luttes conduites contre le stalinisme sous le drapeau de Trotsky et de la IVe Internationale, Utopie qui fera de cette société barbare et décomposée la Cité communiste de l'humanité libre.
Fait et écrit avec mon poing à Rome, le 24 février 1982. » JAPON