te 77 après la publication d'un texte de ses porte-parole intitulé « Le droit à l'histoire », que nous avons reproduit au début de ce dossier. Le texte de Petr de la Charte 77
La contribution de Petr Uhl Uhl a été publié dans Infoch d'octobre 1984.
Après la publication du document numéro 16/84 de la Charte 77, je ne peux pas faire autrement que de me distancier de deux documents que vous avez publié « Lettre de la Charte au mouvement pour la paix britannique » et le numéro 11/84, « Le droit à l'histoire »). Je me réfère ici au document préliminaire de la Charte 77 du ler janvier 1977, à d'autres documents de la Charte et à la pratique que nous avons suivie jusqu'à présent, se-
One cherche pas à créer une plate-forme commune idéologique ou politique, ne serait-ce que parce qu'elle constitue une communauté d'individus d'opinions diverses, politiques, religieuses ou athées différentes. Egalement parce que la fonction de la Charte réside dans la défense des droits de Thomme, pour lesquels l'on peut et l'on partir des positions politiques, idéologiques et religieuses les plus
La différence des opinions a toujours été une réalité reconnue dans la Charte, et les porte-parole ont toujours scrupuleusement veillé à ce que les documents de la Charte expriment le consensus général, ou au moins à ce qu'ils ne soient pas en opposition trop flagrante avec lui. C'est aussi la raison pour laquelle la pratique de la publication de certains documents de la Charte comme éléments de discussion
Respecter le pluralisme
s'insère dans cette problématique. Ce procédé permet de publier comme documents de la Charte des textes qui, pour certains aspects ne représentent l'opinion que d'une partie des signataires. Ce procédé, que nous devions à mon avis utiliser pour la publication du texte « Le droit à l'histoire », ne pouvait pas être utilisé pour la publication de la lettre des porte-parole au mouvement pour la paix britan-
C'est pourquoi je m'étonne que dans ce texte, où vous dites avec raison que « nous sommes liés dans nos actes par le consensus général », vous affirmiez en même temps que « nous sommes profondément convaincus que ces structures - c'est-à-dire les structures démocratiques classiques - représentent une base indispensable dont la falsification ou la négation a toujours apporté un mal plus grand ». Le fait que votre profonde conviction ne puisse être partagée par aucune autre personne qui apprécie même partiellement l'apport historique des révolutions sociales et politiques (car c'est bien de qu'il s'agit, quand vous parlez de « négation des structures démocratiques classiques ? »), sans qu'elle soit pour autant marxiste révolutionnaire ou même seulement de coloration réformiste, cela est clair comme le jour.
Une telle attaque polémique malicieuse contre les révolutions aurait échappé à l'attention si le président Reagan n'avait pas, au cours de sa tournée européenne du début juin, cité un autre propos de la même lettre, qui explique : « C'est pourquoi, pour le moins certains d'entre nous, donnent la préférence aux risques, même importants, d'une attitude de fermeté (il faut comprendre ici l'attitude de l'administration Reagan, P.U.) face à la certitude des suites funestes de la politique d' "appeasement" » (r'ist-à-dire la politique de concessions fa ce militaire soviétique de la me ne maniere que 45 ans auparavant face à l'expansion nazie, P.U.)
Je n'affirme évidemment pas que les porte-parole soient responsables que Reagan ait cité notre document. Cela fait des années que les personnes les plus diverses nous citent. Cependant, c'est la première fois qu'une telle autorité le fait, en soutien à une politique d'après moi réactionnaire et dangereuse pour l'humanité. Par leur formulation, les porte-parole de la Charte ont rendu cette citation plus aisée. Vous comprendrez certainement que pour les signataires de la Charte 77 qui condamnent l'escalade de la course aux armements et qui jugent en même temps que la responsabilité en incombe aussi au gouvernement américain actuel, la partie du document numéro 9/84, de laquelle on pouvait déduire le soutien à « l'attitude de fermeté du gouvernement américain », était désagréable. Il y a beaucoup de signataires qui l'ont ressenti de la sorte. Leur nombre n'est d'ailleurs pas tellement important, à partir du moment où il s'en trouve un seul qui réclame que la Charte ne crée pas sa propre plate-forme politique et qu'elle ne s'oriente pas vers une idéologie unique. Je protesterais donc de la même façon si je me sentais proche de l'orientation politique que vous faites valoir ex-cathedra dans la Charte par de telles affirmations. C'est pourquoi j'ai le droit de me manifester lorsqu'il s'agit d'une orientation exactement contraire à celle qui m'a amené à la défense active des droits de l'homme, et qui, depuis des années, en fait depuis toujours, motive mes actes et mes positions. De façon générale, on peut qualifier mon orientation comme une opposition active au système de production capitaliste et à toutes ses expressions et consé-
Manifestation à Paris pour la libération de Petr Uhl. (DR) l'homme, la diversité de leurs convictions, loin d'être un obstacle, représentait un stimulant favorable pour le travail commun.
Le document numéro 11 de la Charte - « Le droit à l'histoire » - a éveillé en moi la crainte sérieuse que la Charte ne soit utilisée abusivement comme une tribune religieuse, où plus exactement comme une tribune catholique. Autrement, comment dois-je comprendre l'affirmation : « Parce que nous sommes au sens fort du terme les héritiers de la culture chrétienne — que nous nous en réclamions ou que nous la condamnions verbalement -, et parce que le monde actuel dans son ensemble est formé de façon déterminante par cette culture, nous ne pouvons plus agir autrement qu'historiquement et par l'intermédiaire de l'histoire ». L'affirmation même selon laquelle la « culture chrétienne » est liée à la compréhension historique du monde est une affirmation sujette à caution. On pourrait plutôt dire que l'historiographie antique avait un niveau supérieur à l'histoire événementielle du moyen-âge chrétien, que son esprit critique fut ressuscité par le combat réformiste contre la papauté, que ce sont seulement les Encyclopédistes qui, dans un combat contre l'Eglise et son idéologie, ont les premiers élaboré l'historiographie en tant que science, en respectant avant tout le principe de l'évolution historique de la société. Et, encore au 20e siècle, cette historiographie génétique doit témoigner des durs combats contre ceux qui, dans leurs menées contre tout progressisme, s'efforcent souvent de protéger la religion, pas seulement la religion catholique et ies églises.
Non seulement la contre-vérité que la vision historique de la réalité soit l'héritage de la culture chrétienne est inacceptable, mais non moins acceptable est l'affirmation selon laquelle tous les signataires de la Charte - car vous avez signé ce document en leur nom - se réclament ou condamnent verbalement la « culture chrétienne ». Certainement peu d'entre nous se réclament de la « culture chrétienne » ; cependant, seul un idiot ou la recrue athée ardente qu'était l'auteur de ces lignes il y a 25 ans, pourraient la condamner. Mes réflexions sur la de l'adverbe « verbalement » derrière le verbe « condamner » me mènent à soupçonner l'auteur de ces propos vivre dans une tour d'ivoire et de n'avoir rien compris à rien ...
Je ne pense pas non plus que le monde soit formé de façon décisive par la « culture chrétienne ». En effet, toute no-
Best le résultat d'influences et de courants étant eux-mêmes le produit de l'héritage du judaïsme, de l'antiquité et de l'hellénisme, mais aussi de l'Europe barbare, et quel orgueil que d'en faire une culture chrétienne ! Pendant de nombreux siècles et jusqu'au siècle dernier, alors que les Eglises chrétiennes perdaient leurs positions politiques et économiques importantes dans la plupart des pays, et alors que leur action idéologique était freinée par la montée de la pensée laïque, la plupart des conflits se déroulaient sur le terrain de l'Eglise et dans le combat contre elle : la Renaissance et Thumanisme, la Réforme, plus tard la philosophie des Lumières et les nombreux processus de libération nationale furent, de phénomènes culturels, la scène et même parfois la conséquence de ces conflits. Dans la plupart de ces combats, aussi bien que la « culture chrétienne », on peut distinguer les efforts d'émancipation par rapport à l'Eglise catholique, et même souvent par rapport à la chrétienté. Cela vaut indiscutablement pour la grande offensive - qui n'a pas encore pris fin et qui a été réhaussée à un nouveau niveau au 20e siècle par l'essor des sciences naturelles et sociales ainsi que par les innombrables avancées émancipatrices de la pratique sociale — annonçant la lutte contre la pauvreté, la maladie, l'absence de conscience, la peur, l'inégalité, l'humiliation et l'exploitation, en un mot, la lutte pour la libération de
C'est mon point de vue personnel. Jamais je ne me permettrait de l'attribuer à quelqu'un d'autre. Je dois cependant me faire entendre si vous m'attribuez un point de vue qui m'est totalement étranger et que vous abusez des documents de la Charte pour faire de la propagande religieuse. L'esprit de tout le document est de caractère catholique au sens intolérant du mot : vous parlez de Jean Népomucène comme d'un saint, vous portez un regard peu amène sur le hussitisme, vous affirmez que « l'histoire sans les hommes et sans un Dieu ne peut naturellement avoir de sens ». Presque chaque phrase soulève des objections de ma part.
On sait que le document « Le droit à l'histoire » a provoqué une série d'échos négatifs parmi les signataires de la Charte 77. Pour autant que je sache, huit signataires ont signalé par écrit leurs objections. Quatre historiens, Milos Hajek, Hana Mejorova, Jaroslav Opal et Milan Otahal vous ont envoyé leurs objections en juin de cette année. Il est vrai qu'après quatre mois, vous venez de les publier (sans indiquer la date à laquelle ces remarques ont été écrites) mais, avec leur accord, vous avez abandonné les passages qui exprimaient leur désaccord avec le fait que vous ayez publié le texte « Le droit à l'histoire » comme un texte de la Charte suivi des signatures des porte-parole, et non pas comme un point de vue d'auteurs publié par la Charte, c'est-à-dire avec les signatures des porte-parole sous un préambule auquel aurait été ajouté ce
Quatre historiens ont exprimé d'autres notes critiques, et ce n'est qu'à partir de leur texte que je me suis aperçu avec étonnement que le document « Le droit à l'histoire » n'avait pas circulé ni été annoté avant publication. Ensuite, j'ai appris que l'absence d'annotations était relativement fréquente. La qualité des documents en souffre. La dernière raison pour la rédaction de cette lettre a été le fait que non seulement dans le préambule du nouveau document numéro 16/24 vous affirmiez, en contradiction avec la réalité, que dans sa majorité « le public laïc et semi-laïc a réagi favorablement » (à votre document), mais qu'en plus, vous ne reconnaissiez pas que par la publication et surtout par la manière dont cette publication s'est faite, vous ayez agi à l'encontre du document préliminaire de la Charte 77 et contre les usages de la Charte, bien que l'on ait attiré votre attention, verbalement et par écrit (voir ma lettre non publiée du 10 octobre) ; le facteur décisif a été pour moi le fait qu'après vous être accordés avec ces quatre historiens, vous ayez supprimé toute critique à votre
Il ne s'agit donc plus uniquement du fait que le président Reagan abuse des citations des documents de la Charte 77 pour soutenir l'impérialisme américain. Il ne s'agit pas non plus de ce que les documents de la Charte soient rédigés comme une œuvre de propagation d'une idéologie minoritaire, même à l'intérieur de la Charte ; il s'agit de l'échange libre d'opinions et il s'agit de règles démocratiques élémentaires, comme, par exemple, la pratique traditionnelle dans la Charte de consulter les opinions de différentes perpour la préparation des documents, le droit à la critique et le devoir des porte-parole de réagir aux critiques des signataires. Dans un certain sens, il s'agit de l'ensemble, car la Charte 77 représente un îlot de liberté dans l'empire de la non-liberté, et nous avons tous le devoir de surveiller cette liberté difficilement acquise.
Petr UHL, Infoch, octobre 1984.