Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LUXEMBOURG

Les fonds des mineurs britanniques détournés

Inprecor n° 192, 18 mars 1985 · p. 24-25 · 1 072 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme Allemagne

Les fonds des mineurs britanniques détournés Pour parvenir à briser la grève des mineurs, le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher n'a ménagé ni les moyens financiers ni les pressions et les chantages. Déjà en septembre 1984, un tribunal britannique avait déclaré illégale la grève des mineurs, et ceci sur la base de nouvelles lois antisyndicales créées à cet effet. Le 10 octobre 1984, le tribunal avait condamné le Syndicat national des mineurs (NUM) à une amende s'élevant à la somme de 200 000 livres sterling (2,2 millions de francs). Devant légitime du NUM de payer cette amende, un tribunal britannique décida la mise sous séquestre des biens que le NUM avait préféré transférer sur des comptes ban-

La majeure partie de ces fonds (54 millions de francs) a été placée auprès de l'institut financier Nobis Finanz International au Luxembourg, et le reste (33 millions de francs) à Dublin et en Suisse. La société Price Waterhouse et Cie fut chargée de la mise sous séquestre. Son repré-

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sentant envoyé au Luxembourg pour confisquer les fonds du NUM n'a pas obtenu gain de cause. Un tribunal luxembourgeois chargé de l'affaire décida que seulement 200 000 livres pourraient être bloqués sur les comptes du NUM au Luxembourg, le reste (50 millions de francs) restant à la libre disposition du syndicat.

Tout de suite après l'annonce de l'intention du gouvernement britannique de confisquer les fonds du NUM, une virulente campagne de protestation fut impulsée au Luxembourg. section de jeunes du Syndicat des cheminots et le Mouvement de libération des femmes (MLF) organisèrent, le 17 décembre, un piquet de protestation devant l'ambassade britannique au Luxembourg. La Confédération des syndicats libres du Luxembourg (CGT) publia un communiqué de protestation exigeant que seul le NUM ait le droit de disposer de ses fonds, qui étaient le produit de cotisations syn-

A l'initiative des militants du Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section luxembourgeoise de la IVe Internationale, un appel était lancé au gouvernement luxembourgeois (une coalition formée par le Parti socialiste et le Parti chrétien-social, de droite) et à son ministre de la Justice (un socialiste, président du PS) pour s'opposer à toute complicité de ce dernier avec les manœuvres de Margaret Thatcher et pour exiger que seuls les représentants du NUM aient le droit de prélever leurs fonds sur ce compte. Cet appel fut lancé officiellement le 12 janvier dans tous les quotidiens de gauche par une trentaine de personnalités, à savoir des députés du PS, du PC et des Verts, les présidents et les dirigeants des trois grandes centrales syndicales (syndicat libre, syndicat chrétien et Syndicat des cheminots), du PSR, du

Suite à cet appel, l'institut financier concerné a dû reporter son intention de remettre les fonds syndicaux au mandataire britannique, M. Michael Arnolds. Répondant à une question parlementaire d'un député communiste, le ministre de la Trésorerie et des Affaires étrangères, Jacques F. Poos (socialiste) déclara que le gouvernement luxembourgeois avait demandé à l'institut financier concerné de ne pas délivrer les fonds syndicaux du NUM, parce que les décisions de la justice britannique ne seraient pas exécutoires sur le territoire luxembourgeois et qu'une décision de la justice luxembourgeoise devrait déterminer l'ayant fonds, soit le NUM soit le représentant de la justice britannique.

C'est alors, malgré les protestations, la recommandation gouvernement luxembourgeois et la décision de la justice luxembourgeoise, que les financiers de la Nobis Finanz International ont quand même remis la totalité des fonds déposés au Luxembourg au mandataire de la justice britannique, sauf les 200 000 livres sterlings bloquées par décision de la justice luxembourgeoise.

Cet acte scandaleux a immédiatement provoqué une vive réaction et une vague de protestations au Luxembourg. partient légitimement?

Les trois centrales syndicales ont protesté « énergiquement contre cette mesure, qui bafoue les droits syndicaux élémentaires, (...) qui s'inscrit dans le cadre de la politique agressive du gouvernement conservateur en Grande-Bretagne et fait partie intégrante des tentatives répétées des forces conservatrices en Europe de s'attaquer de plus en plus ouvertement aux droits et libertés syndicaux. » Les syndicats « font appel à toutes les organisations politidémocratiques pour qu'elles se mobilisent en commun pour que les mineurs du NUM récupèrent les fonds qui leur appartiennent ». De même, 300 personnalités et militants des diverses organisations syndicales et politiques de toute la gauche luxembourgeoise protestèrent contre le fait que la justice britannique ait pu s'imposer en territoire luxembourgeois et violer des libertés syndicales élémentaires. Les signataires de cet appel « demandent également que tout soit fait afin que l'argent soit intégralement et dans les plus brefs délais restitué au NUM, qui en a un besoin urgent en ces moments difficiles ».

Dans une prise de position suite à cet appel, le gouvernement luxembourgeois, par la voix de son ministre de la Trésorerie, déclina toute responsabilité et toute complicité dans cette affaire et affirma que les fonds du NUM avaient été débloqués contre la volonté du gouvernement et de la justice luxembourgeois (aucun jugement ne l'avait ordonné) par la société-mêre de l'institut financier en question, à savoir une banque ouest-allemande. Pour contourner la justice luxembourgeoise, les fonds avaient été payés à partir de l'Allemagne de l'Ouest par la Banque de crédit industriel de Dusseldort, qui est une co-propriété des plus puissants industriels et banquiers allemands. D'ailleurs, cette banque est tellement inquiète de l'issue de cette affaire qu'elle a contracté, en collaboration avec le mandataire britannique, une assurance auprès de la Lloyds à Lon-

Il est urgent que toutes les organisations du mouvement ouvrier en Europe protestent avec véhémence contre cette attaque inadmissible contre le droit syndical de pouvoir disposer librement des fonds syndicaux. Contre ce coup de force du grand capital international, solidaire pour mettre à genoux l'un des syndicats les plus combatifs d'Europe, il faut opposer la solidarité internationale de la classe ouvrière et de ses organisations syndicales et politiques pour sauvegarder les droits syndicaux élémentaires.

D'ailleurs, dans cette scandaleuse affaire, beaucoup de questions sont demeurées sans réponse. La banque-mère ouest-allemande a-t-elle agi illégalement ? Avec quel argent le mandataire britannique ou la banque allemande ont-ils payé l'assurance auprès de la Lloyds? Le ministre de la Trésorerie du Luxembourg affirme formellement que la somme déposée par le NUM reste disponible aupres de l'institut financier au Luxembourg; de quel droit la banque refuse-t-elle au NUM l'accès et la libre disposition de ce qui lui ap-

Tout doit être donc fait pour que les fonds syndicaux soient intégralement restitués au NUM, qui en est le légitime propriétaire.

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