DEUX LUTTES DE LIBERATION NATIONALE Alors que le régime de Suharto est confronté à la récession économique ainsi qu'à une montée de l'agitation politique à l'intérieur du pays, 20 000 hommes de troupe de l'armée indonésienne sont engagés contre deux luttes de libération nationale dans des territoires qui ont été incorporés de force par l'Indonésie.
PAPOUASIE OCCIDENTALE
La Papouasie occidentale - officiellement province indonésienne d'Irian Jaya - faisait partie des Indes orientales hollandaises, mais n'a pas été évacuée au moment de la reconnaissance par les Pays-Bas de l'indépendance de l'Indonésie en 1949. La campagne militaire de Sukarno pour « libérer » ce territoire riche en minéraux, campagne renforcée par des pressions américaines, a abouti au transfert du territoire à l'Indonésie en 1963, avec l'aval des Nations-Unies. L'« acte d'auto-détermination » requis par les termes de l'accord autorisant ce transfert fut effectué en 1969, mais est largement considéré comme ayant été une farce électorale.
Depuis, le Mouvement pour la Papouasie libre (OPM) a mené une lutte politique et militaire pour l'indépendance. L'OPM estime que jusqu'à 150 000 personnes ont trouvé la mort au cours de cette lutte. La population de Papouasie occidentale n'est que d'environ 1 million de personnes. Les Papous sont des Mélanésiens du point de vue ethnique et s'identifient à la vague nationaliste qui touche le Pacifique du Sud en ce moment, surtout la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu. Une insurrection avortée dirigée par l'OPM en février 1984 a été suivie par un exode massif de quelque 10 000 réfugiés vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée. La situation des réfugiés a créé de nouvelles possibilités pour l'OPM. Les dirigeants de l'organisation s'emploient maintenant à construire un mouvement de solidarité internationale et à unifier un mouvement indépendantiste jusqu'ici divisé en fractions. L'OPM revendique le soutien de presque 90 % des habitants de Papouasie occidentale. Ce soutien est renforcé par le comportement ouvertement chauvin des forces d'occupation, qui considèrent les Papous comme des « sauvages ». Des attaques de guérilleros contre des postes militaires indonésiens ont eu lieu en octobre 1984. L'Indonésie maintient une force de 6 000 soldats en Papouasie occidentale, y compris 450 membres du Kopasandha, unité paracommando d'élite du type parachutistes.
Une question importante est celle de la politique de l'immigration interne du régime Suharto. Il s'agit d'un programme, financé par la Banque mondiale, d'implantation de paysans indonésiens venus des îles surpeuplées comme Java et Bali, sur des îles moins peuplées. La Papouasie occidentale a reçu quelques 250 000 colons indonésiens, essentiellement dans le cadre de ce programme. Les Papous ont peur de devenir minoritaires dans leur propre pays si cette politique se poursuit.
Bien que cette politique de migration soit habituellement définie comme une tentative de réduire les pressions démographiques, cette explication est contredite par les résultats mêmes du programme, lequel a coûté des millions de roupies d'aide internationale. Dans le dernier plan de développement, Repelita-IV, cette politique est décrite comme un « véhicule pour promouvoir la stabilité et l'intégration nationales ».
La plupart des camps d'émigrants en Papouasie occidentale ont été implantés dans des zones considérées comme étant d'une importance stratégique. Leur rôle est analogue à celui joué par les kibbutzim sionistes composés de soldats-colons en Palestine occupée. Jusqu'ici, dans toute l'Indonésie, quelque 500 000 familles ont été ainsi transplantées. Les autorités ont l'intention d'implanter encore 750 000 à 800 000 familles de plus dans les 5 ans qui viennent. L'idée a été discutée d'étendre la politique de transplantation à Timor oriental, l'autre zone de guerre.
TIMOR ORIENTAL
Dix ans après l'invasion de Timor oriental, nouvellement indépendant, par 30 000 hommes de troupe indonésiens, la guerre fait toujours rage dans cette ancienne colonie portugaise.
Be Front révolutionnaire populaire pour l'independar e de limor-Est (Fretilin). le mouvement qui a dirigé l lutte pour l'indépendance, mène aujourd'hui une guerre de guérilla, surtout dans les zones orientale et centrale. L'Indonésie se trouve obligée d'engager de 16 000 à 18 000 hommes de troupe pour faire face à cette lutte.
De 1977 à 1980, le Fretilin a subi plusieurs revers importants. En essayant de défendre des zones libérées ayant des populations civiles importantes, il s'est vu infliger des défaites dans une série de batailles. En plus, plusieurs dirigeants du Fretilin sont passés du côté des forces d'occupation. Petit à petit, le Fretilin a abandonné la plupart des zones libérées peuplées pour adopter une tactique de guérilla. Ce changement d'orientation a été consolidé à un congrès en 1981. Depuis, le Fretilin a réussi à renforcer ses unités armées et à mettre en place un réseau important de sympathisants et de militants clandestins. On dit que l'organisation a ses agents au plus haut niveau de l'administration pro-indonésienne à Timor oriental.
Des rapports en provenance de l'Eglise catholique dans la capitale, Dili, indiquent que les combats continuent et que des milliers de personnes soupçonnées d'être des partisans du Fretilin se trouvent dans des camps de concentration. Il y a beaucoup de rapports d'atrocités commises par l'armée, y compris des cas de torture et un massacre de 200 villageois, qui aurait eu lieu récemment.
Un cessez-le-feu conclu en 1983 a été rompu par le régime indonésien, qui a juré d'écraser le Fretilin, dont le soutien reste cependant fort dans le pays.
Les Nations-Unies ne reconnaissent pas les prétentions de l'Indonésie sur Timor oriental, considérant toujours le Portugal comme puissance ayant le droit d'administrer le territoire. Mais il y a de nombreuses indications montrant que le gouvernement portugais cherche à modifier cet état de choses et à déblayer le chemin pour la reconnaissance par l'ONU de l'annexion du territoire par l'Indonésie.