'ADMINISTRATION Reagan redouble ses efforts pour étrangler la révolution nicaraguayenne. Elle utilise tous
/les moyens : campagne de propagande mensongere, boycott économique, pressions diplomatiques orchestrées internationalement, attaques militaires par « contras » interposés (1). Dans cette Sainte-Alliance de fait contre un peuple qui lutte pour décider souverainement de son avenir, les bourgeoisies européennes ne manquent pas, malgré des différences, d'apporter leur contribution. Elles distribuent des diplômes de
« démocrates » aux porte-parole les plus présentables de la contre-révolution armée, tel Arturo Cruz, ancien membre de la
Junte de gouvernement de reconstruction nationale (JGRN).
Elles bloquent des crédits vitaux pour le développement du pays. Ainsi, l'Espagne du social-démocrate Felipe Gonzales vient de suspendre une ligne de crédit de 7,1 millions de dollars (71 millions de francs français) (2). Même le Mexique et le
Venezuela n'hésitent pas à faire pression sur les sandinistes en coupant les livraisons de pétrole. De plus, les pressions sur le
Mexique pour avaliser le Plan Reagan sont très fortes. Et la
Banque interaméricaine de développement (BID) gèle, pression des Etats-Unis, un prêt de 54,8 millions de dollars pour des projets agricoles (Financial Times, 10 avril 1985).
Cette conjuration internationale, le terme n'est point trop
Parmi les maîtres de l'intoxication véreuse et prétendument antitotalitaire, désignés pour cette besogne par leur fidélité aux « valeurs de l'Occident », il faut relever les signataires d'un appel publié dans le quotidien français le
Monde, du 21 mars 1985 (4). Ils y implorent le Congrès américain d'accepter la proposition du locataire de la
Maison-Blanche de verser officiellement
14 millions de dollars aux « contras ».
Cette obole devrait permettre de sauver
« l'avenir de la démocratie» et de lutter
« contre la dictature d'un parti totalitaire,
UN FAUX TOTALITAIRE
EN CACHE UN VRAI
Ce conglomérat d'« intellectuels », parmi lesquels se retrouvent d'ex-chantres de Mao et de Staline, a le culot
- ou le ridicule - de réclamer un accroissement de l'intervention des Etats-
Unis pour « sauver la démocratie ». Les marines des Etats-Unis sont déjà intervenus quatre fois dans l'histoire du Nicaragua, chaque fois pour assurer le pouvoir de l'impérialisme et d'un dictateur féal; un « fils de p ..., mais le nôtre », comme l'avouait, faussement sincère, F.
Roosevelt, parlant du premier
Somoza, père du dictateur renversé en 1979. Ces mandarins, démagogues d'une « démocratie » réservée à une élite auto-élue, ont-ils déjà vu une seule
La révolution sandiniste
militaire de plus grande envergure. fois dans le passé les Etats-Unis intervenir en Amérique latine pour renverser une dictature qui opprimait le peuple ?
De plus, qui sont ces contras qui Voici comment les jugent des membres d'une Commission d'enquête du Congrès américain : « Lors de témoignages devant le House Select Committee on Intelligence ( Comité spécial du Congrès sur la politique de renseignement), des membres du Congrès et d'autres sources ont fait savoir que des représentants officiels de la CIA et d'autres personnes avaient présenté des preuves que les rebelles, appuyés par les Etats-Unis (les contras) violaient, torturaient et tuaient des civils, y compris des enfants... Les rapports comportaient des données sur des groupes de civils, y compris des enfants et des femmes, qui avaient été brûlés, démembrés, aveuglés, et dont la tête avait été coupée. » International
Tribune, 28 décembre 1985). R. J. McCartney, correspondant du Washington Post, se trouvait obligé d'émettre le jugement suivant, après une enquête sur le terrain : « De plus, ils (les contras) risquent de s'aliéner la population paysanne (...) avec leurs pratiques de pillage des paysans et de tueries des combattants blessés. » International Herald Tribune, 11 décembre 1984).
Voilà le vrai visage des rédempteurs de la démocratie que nos pourfendeurs du totalitarisme veulent voir appuyés par celui - Reagan - qui, dans les années 1960, demandait que le Vietnam soit raemphatique, traduit l'effroi de l'impérialisme — partagé par les bourgeoisies au pouvoir en Amérique latine - de l'attrait de la révolution nicaraguayenne sur les masses exploitées et opprimées du continent sud-américain. En effet, la « révolution populaire sandiniste affirme dans sa pratique une alternative démocratique pour la construction du socialisme » (3). Elle convoque ainsi l'espoir à l'échelle internationale, une espérance qui menace l'impérialisme. Pour cette même raisc
Unis et leurs acolytes visent à étrangler ce peuple et sa révolution. Ils n'hésitent devant aucun moyen pour dépeindre le régime comme « totalitaire ». Mieux, Ils tont tout, tinancierement et militairement, pour contraindre le pouvoir sandiniste à des mesures d'autodéfense. Leur but est alors de présenter ces mesures comme la « preuve » d'un cours « totalitaire ». Ils cherchent de la sorte à créer de meilleures conditions politiques, avant tout aux Etats-Unis, pour justifier une intervention
Souligner les traits essentiels de la « démocratie populaire » sandiniste ne relève pas seulement du besoin de comprendre la simultanéité entre transformation sociale et démocratisation effective de la société au Nicaragua, mais aussi de l'exigence de riposter à la campagne mensongère dont les médias se font avec complaisance les haut-parleurs.
sé par les bombes et « aplani comme un parc de stationnement ». On peut se demander quelle est la « démocratie » que défendent ceux qui voient dans les contras et l'effort militaire accru des Etats-
Unis la garantie des « libertés ». Pourtant, un fait saute aux yeux de tous les
« hommes probes », catégorie qui raréfie dans l'intelligentsia parisienne :
« Dans les deux premières années de la révolution, mis à part le chaos initial
— minime si on le compare au début d'autres révolutions — il n'y eut ni répression ni morts ni non plus attaques aux frontières. Il y eut un climat généralisé de paix malgré la lutte idéologique naturelle qui engagea un processus de changements profonds. La guerre est venue en décembre 1981, quand le gouvernement nord-américain décida d'appuyer en secret, à travers la CIA, les gardes somozistes concentrées au Honduras. A partir de ce moment-là, la paix au Nicaragua s'est éloignée à mesure que s'imposait, au pays et à son armée, une guerre que le gouvernement révolutionnaire
1. Sur la situation au Nicaragua face aux menaces de l'impérialisme US, voir notamment le dossier « Nicaragua » dans Inprecor numéro 182 du 22 octobre 1984
2. Latin American Newsletters, Weekly
Report, 29 mars 1985.
3. José Luis Coraggio (membre du comité de rédaction de Pensamiento Propio),
« Revolucion y
Democracia en Nicaragua ».
Cuadernos de Pensamiento Propio, Managua,
INIES, p. 5.
4. Pour le texte de cet appel, voir Inprecor numéro 194 du 15 avril 1985.
et le peuple ne veulent pas. » (5)
Et, malgré cette guerre contre-révolutionnaire à la lisière du pays, malgré les attentats (contre les hôpitaux, les ecoles, les cooperatives), les sandinistes ont élargi les droits des masses. Leur armée garantit la formation et la consolidation d'un pouvoir populaire. Voilà la véritable agression contre l'impérialisme et contre ceux qui, vivant des prébendes du médias-circus, pensent que rien ne peut changer et, surtout, que rien ne doit changer dans ce monde. Ils peuvent certes se revendiquer d'une tradition, celle de l'Assemblée nationale française, de mai 1791, où la majorité des députés, sous la houlette de Barnave, dirigeant de la droite bourgeoise, contre pierre, pensaient étaient ceux de l'homme blanc et de lui seul. Ainsi pouvaient-ils sur l'« état des esclaves » : « L'Assemblée nationale a déclaré qu'elle ne délibérerait pas sur l'état des personnes non libres. (...) Un changement de condition serait contraire au bien gé-
LES MASSES PRENNENT LE POUVOIR « Nous pouvons affirmer qu'au Nicaragua le programme socialiste a été toujours inséparable de la construction d'une démocratie substantielle. » (6) Ce mariage entre une profonde transformation politique, sociale et économique - qui, au niveau de ces deux derniers aspects, est un processus sur le long ter-
Get un approfondissement de la démocratie directe à tous les niveaux, ne peut être saisi sans mettre en relief à la fois le processus qui a conduit à la victoire de juillet 1979 et la nature du pouvoir qui se construit depuis lors. d'abord, le renversement de Somoza impliquait une intégration des masses à une lutte prolongée, couronnée par des insurrections populaires et une offensive militaire conduite par le FSLN. Sous l'impulsion des sandinistes et à partir des besoins du combat, les paysans, les couches paupérisées des villes, la jeunesse scolarisée, les femmes se sont dotées d'organisations de masse. Réunies dès 1978 dans le MPU (Mouvement Peuple uni), elles ont assuré, sous l'hégémonie politique du FSLN, leur incorporation politique au combat contre la dic-
Cette participation populaire à tous les aspects de l'assaut contre une dictature installée par les Etats-Unis dans les années 1930 a débouché, une fois la victoire acquise, sur un pouvoir des travailleurs. Ainsi, Bayardo Arce, l'un des neuf commandants de la révolution, indiquait en 1980 : « Nous affirmons catégoriquement que les classes laborieuses de notre pays sont conscientes qu'au travers du triomphe sandiniste elles ont pris le pouvoir. Ce sont les ouvriers et les paysans qui sont au pouvoir. Ils sont conscients que leurs objectifs, aujourd'hui, consistent à améliorer, affiner, perfectionner leurs instruments de pouvoir. » (7) Carlos Nunez Tellez, autre commandant de la révolution, soulignait en avril 1980 le rôle décisif des organisations de masse, car « l'Etat révolutionnaire que l'on commence à créer doit être avant tout un instrument au service de la révolution » (8).
Dès le début, pour le FSLN, une dialectique concrète s'engageait entre, conquis pour élargir la participation des masses et leurs droits démocratiques et sociaux (réforme agraire, alimentation, alphabétisation, santé, droit d'organisation syndicale, droit de réunion, etc.) et, de l'autre, leur constitution en un sujet direct de la transformation de la société, au plan économique, social, politique et culturel. « Pour le Front sandiniste, la démocratie ne se mesure pas uniquement sur le terrain politique et ne se réduit pas seulement à la participation du peuple dans des élections. Démocratie (...) signifie participation du peuple dans les affaires politiques, économiques, sociales et culturelles. Plus le peuple interviendra dans ces domaines, plus cela sera démocratique. » (9) Evidemment, dans un pays marqué par des décennies d'exploitation impérialiste et d'oppression, la conquête et la consolidation de la souveraineté, 'autodétermination et l'indépendance nationale effective représentent une précondition pour mener à bien ce processus et pour faire des paysans et travailleurs les acteurs directs et conscients de leur propre histoire. Le commandant de la révolution Victor Tirado Lopez, après avoir exposé tous les obstacles élevés par la crise économique internationale, par le legs de la dictature et par l'agression militaire, souligne que « pour notre pays, la révolution signifie que (...) nous, en dernière instance, décidons (sur la façon d'utiliser les ressources naturelles ou d'établir de échanges economiques avec d'autres pays) » (10).Ce combat pour la souveraineté — qui prend aujourd'hui la massive contre les attaques des contras et de l'impérialisme - forge aussi la entremêle l'émergence d'une nation constituée avec celle de son pouvoir populaire. C'est, entre autres, pour cette raison que les contras et leurs représentants politiques disposent d'une audience politique des plus restreintes, et cela malgré les difficultés économiques gigantesques que traverse la révolution. A juste titre, Daniel Ortega pouvait dire, après les élections de novembre 1984, qu'au-delà des différences politiques que le FSLN avait avec une grande partie de ceux qui n'avaient pas voté pour les sandinistes (33%), il y avait, dans le seul fait de participer aux élections, un « vote en faveur de la souveraineté » (11).
Cette force de la mobilisation antiimpérialiste ne peut effacer à elle seule concrets qui traversent ce « corps electoral » qui, en votant, s'est prononcé contre l'intervention américaine. Elle ne peut gommer les stigmates sociaux laissés par une guerre civile terrible, par des décennies de dictature (52 % d'analphabètes en 1979, 200 enfants sur mille qui mourraient en bas âge, etc.), par les effets d'une strangulation économique appliquée cyniquement par Washington. Mais elle représente un atout considérable et même décisif pour le FSLN.
LES ORGANISATIONS DE MASSE
Pour faciliter l'exposition, nous délimiterons cinq aspects du « pouvoir populaire » dans cette période de construction d'un nouveau Nicaragua, encerclé par l'impérialisme. La « démocratie sandiniste » repose d'abord sur les organisations de masse. Elles ont pour fonction de défendre les intérêts de divers secteurs du peuple, d'unifier ces couches populaires, de donner au citoyen nicaraguayen, pour la première fois, la possibilité pratique de faire valoir collectivement et individuellement ses droits au plan social, économique et politique. L'intégration dans ces organisations de masse est volontaire. Elles participent done directement du renforcement conscient du nouvel Etat ouvrier. Leur développement est l'une des caractéristiques de la révolution. On y trouve, entre autres, la Centrale sandiniste des travailleurs (CST) et l'Association des travailleurs de la campagne (ATC), organisations syndicales qui réunissent aujourd'hui environ 75% de la population salariée urbaine et rurale (12). S'y adjoint l'Union nationale des agriculteurs et éleveurs (UNAG), qui regroupe les petits et moyens paysans, et même de gros agriculteurs qui acceptent de produire dans le cadre des priorités fixées par la révolution (13). En outre, les femmes peuvent adhérer à l'Association des femmes nicaraguayennes « Luisa Amanda Espinoza » (AMNLAE), la jeunesse à la Juventud Sandinista - 19 Juillet. Enfin, dans le prolongement de la création des instruments d'auto-organisation de lutte contre la dictature (les Comités de défense civile - CDC), la population peut s'intégrer aux Comités de défense sandiniste (CDS), dont les tâches d'ad-
5. «Nous voulons la paix», lettre des Communautés chrétiennes du Nicaragua aux hommes et femmes du monde entier œuvrant pour la paix, dossier de la Cimade-Information, Paris, novembre 1984.
6. José Luis Coraggio, op. cit., p. 5. 7. Bayardo Arce, « El papel de las fuerzas motrices antes y despues del triunfo », Serie Orientacion Sandinista, numéro 6, Managua, 1980, p. 29.
8. Carlos Nunez Tellez, « El papel de las organizaciones de masa en el proceso revolucionario ». Serie Orientacion Sandinista, numéro 3, Managua, 1980.
9. Barricada, organe du FSLN, 24 août 1980, « Comunicado oficial de la Direccion nacional del FSLN sobre el proceso electoral. »
10. Victor Tirado Lopez, « La respuesta a la crisis es la revolucion », brochure CST, Managua, 1982.
11. Pensamiento Propio, numéro 19, Managua, décembre 1984, p. 8.
12. Carlos M. Vilas, « Democracia popular y participacion obrera en la revolucion sandinista », Est. Social Centroamericano, numéro 35, 1983, p. 103
13. Voir l'interview de Daniel Nunez, président de l'UNAG dans Inprecor numéro 190 du 18 février 1985.
ministration locale sont multiples.
Cette activité dans les organisations de masse — où la défense des droits collectifs amplifie les droits individuels — introduit une rupture radicale avec une histoire où les travailleurs étaient taillables et corvéables à merci, atomisés par la répression, dépossédés des droits les plus élémentaires. A travers la participation à ces organisations, il y a l'accession pour ce peuple à la dignité, d'autant plus que le FSLN respecte l'autonomie de ces organisations. Elle ne sont point des courroies de transmission. « La plupart des plus exigeantes critiques faites à l'Etat et au FSLN proviennent de la sandiniste et de l'Association des travailleurs de la terre. » (14) Déjà en 1981, la direction du FSLN soulignait : « Les organisations de masse (...) disposent des moyens suffisants pour faire opposition quand ces organisations se rigidifient, ceci depuis la critique interne, la critique publique, l'utilisation de tous les moyens de communication jusqu'à la mobilisation pour exiger les mesures capables de garantir que leurs revendications soient prises en compte. » (15) C'est dans cette optique que le droit de grève, qui avait été suspendu face à la conjonction des difficultés extrêmes de la reconstruction et de grèves (certaines impulsées par des syndicats liés à l'AFL-CIO américaine), a été rétabli en décembre 1981 par le Conseil
Cette autonomie implique de même que diverses positions - organisées entre autres sous la forme de partis — puissent s'exprimer, comme d'ailleurs peuvent s'organiser et s'exprimer diverses centrales syndicales, , dont certaines sont réunies dans la Coordinadora Sindical Nicaragüense (CSN), organisme dans lequel les débats sont très ouverts et qui préfipossible processus d'unification syndicale (16). Dans ces organisations de masse, le FSLN se bat pour gagner l'hégémonie politique à partir de la « pédagogie sociale », de sa pratique et de son programme, de la force de conviction et de la qualité humaine et militante de ceux qui se réclament le plus di-
Certains, dans les rangs de la socialdémocratie, prétendent que le jeu est truqué, car le FSLN dispose du contrôle de l'essentiel de l'appareil d'Etat et de l'armée. Cette critique provient certes d'un courant dont l'expérience de contrôle des appareils bureaucratiques syndicaux est riche, mais elle passe a coté d'un probleme. Le poids et les responsabilités du FSLN au niveau du gouvernement l'identifient aussi avec toutes les difficultés auxquelles doivent s'affronter les travailleurs. Les sociaux-démocrates en savent quelque chose ! En France ou en Espagne, lorsqu'ils prennent la tête de la politique d'austérité, ils font l'expérience du discrédit et du lourd tribut électoral et syndical à payer. Or, le FSLN, malgré tous ces obstacles, et sans user de la répression, non seulement a conservé son audience, mais il l'a renforcée. Voilà la meilleure illustration que son hégémonie repose sur une légitimation issue de la lutte contre Somoza et l'impérialisme et de son identification avec la conquête de la dignité, au sens le plus large, par les masses.
50% de la population nicaraguayenne a moins de 15 ans. (DR)
Assurément, ces organisations de masse connaissent des disfonctionnements, des hauts et des bas. Carlos Nunez rappelait quelques-unes des limites à leur développement : le manque de cadres; le niveau culturel et technique insuffisant; les difficultés à dépasser, surtout dans un pays essentiellement agricole, les intérêts locaux les plus immédiats pour intégrer au niveau de la conscience de masse des perspectives plus générales et à moyen terme ; les efforts et sacrifices exigés par la reconstruction ; les tendances toujours existantes à la bureaucratisation et à la prévarication situation de pénurie de biens de première nécessité ; la tension entre les sacrifices gigantesques fournis par les masses laborieuses (guerre civile, effort de production et nouvelle guerre d'agression) et les résultats immédiats au plan matériel, malgré les progrès effectués (17)
Quels que soient les déphasages entre la réalité quotidienne et les lignes de force de la conception d'ensemble, sur ce point, du FSLN, ces leviers d'intervention à disposition des travailleurs pour intervenir dans diverses sphères de la société offrent des garde-fous contre des dérapages autoritaristes, contre une concentration de pouvoir exclusive au •sommet, et donc contre un coup porté à l'activité des masses, tout ceci pouvant
14. « Nous voulons la paix », op. cit.
15. Barricada, 2 juillet 1981.
16. Voir à ce propos le discours de Victor Tirado Lopez devant l'assemblée des ouvriers de la construction à Managua, le 12 octobre 1982, dans la brochure citée ci-dessus (note 10).
17. Carlos Nunez Tellez, op. cit., p. 13.
se terminer par une catastrophe, comme
Ice que reconnaît Coraggio : « Dans ce sens, et face à l'éventualité d'une invasion nord-américaine, il n'y a pas la posibilité au Nicaragua que se répète la tragédie de Grenade, donné la force et l'autorité qu'ont déjà conquis les organisations de masse et leur articulation avec le projet révolutionnaire. » (18)
l'expérience historique le prouve : le degré de conscience, bilisation, de démocratie et la participation directe des masses est une assurance contre les effets désagrégateurs d'une misère entretenue par la politique d'encerclement impérialiste. Mais cette assurance n'est pas « tous risques ». Perdre de vue le contexte économique, social, militaire dans lequel s'effectue la construction du « pouvoir populaire » au Nicaragua, au nom d'une appréhension a-historique, a-sociale, « a-classiste » de la démocratie, revient à ignorer, d'une part, les conséquences de décennies d'exploitation et d'oppression, par l'impérialisme, d'un peuple réduit au silence durant des siècles. D'autre part, c'est proposer comme « modèle » celui d'une démocratie où l'individu isolé/citoyen libre n'est que le reflet institutionnel du prétendu rapport « libre » et « égalitaire » entre le propriétaire libre des moyens de production et l'ouvrier « libre » de se faire licencier, de voir baisser son sociale par la « prévoyance individuelle ». Ce modèle-là, les Nicaraguayens l'ont déjà expérimenté, dans sa substance si ce n'est dans sa forme sous Somoza. Ils ont dit « Non merci ! »
HÉGÉMONIE ET PLURALISME
Le FSLN hégémonise le processus révolutionnaire, c'est-à-dire qu'il dispose d'une autorité politique et morale sur l'essentiel du peuple laborieux. ascendance ne repose pas sur le monopole institutionnel d'un parti, d'une seule force politique. Hégémonie, ici, signifie précisément le contraire de parti unique ! Elle a été gagnée dans le cours de la lutte anti-impérialiste et antidictatoriale. Le FSLN a été capable, au cours de 18 ans, et de façon accélérée depuis 1977-1978, de représenter et de concrétiser l'antisomozisme. Il a graduellement ôté toute autorité politique effective à la bourgeoisie antisomoziste qui voulait maintenir le même système socio-économique, mais sans Somoza. Pour cela, elle recherchait médiation américaine afin de résoudre la « crise » aux moindres frais, c'est-à-dire en garantissant ses
Ainsi, le FSLN a su créer une sorte de « consensus » national d'une partie dominante du peuple. Une fois la colonne vertébrale du pouvoir somoziste — la garde nationale - détruite, il a approfondi les tâches démocratiques et anti-impérialistes en renforçant l'organisation des masses. La réforme agraire est une clé de voûte de cette mutation. Les sandinistes ont contraint la « bourgeoisie d'opposition » à se démasquer à chaque fois sur des questions relevant, à l'évidence, des intérêts des masses et de lindépendance nationale. les Robelo et les Cruz ont révélé leur absence de projet démocratique national en déposant leur avenir dans les mains des contras et de Washington. Le FSLN, dans la foulée des mesures démocratiques et anti-impérialistes, à un rythme correspondant aux posibilités objectives comme aux progrés de la conscience et de l'organisation des masses, a initié le début de la résolution de certaines tâ-
Il manifestera aussi sa capacité à inclure progressivement dans le processus révolutionnaire des secteurs sociaux qui n'avaient pas été en pointe dans le combat contre la dictature, que ce soit au sein de la paysannerie ou même de la classe ouvrière, réduite, de Ma-
Son hégémonie trouve donc sa source et sa force dans cette stratégie qui fait que « Sandino et le sandinisme sont le symbole de notre nationalité, l'étendard du plus grand ralliement pour la victoire du nouveau projet national. (...) Et ainsi, dans ce processus de prise de conscience historique et nationale, FSLN est toujours - comme il l'a été l'avant-garde qui cherche à comprendre le peuple et qui le conduit tout en se laissant interpeller par lui » (19).
Ce type d'hégémonie suppose de fait le pluralisme. Comme le souligne José Luis Coraggio: « Le peuple nicaraguayen a opté pour un système pluraliste, formé de partis politiques qui se concurrencent pour le pouvoir au travers d'une consultation électorale. Il a reconnu l'orientation révolutionnaire du FSLN, qui implique l'approfondissement et le développement des transformations sociales, politiques et économiques de la société nicaraguayenne et le rejet de la prépondérance ne. » (20) Cette hégémonie sans cesse reconquise, consolidée par le FSLN au travers de sa capacité de répondre aux besoins des masses, de sa supériorité sur ce terrain — comme sur celui des idées — par rapport aux autres forces politiques.
Carlos Nunez indiquait, en novembre 1984, que « l'hégémonie sandiniste sera assurée, dans la mesure où les représentants de la liste Unité nationale du Front sandiniste seront capables de faire avancer, d'une part, un projet de Constitution politique en accord avec la réalité de notre pays (...) qui saura incorporer les conceptions révolutionnaires les plus profondes, qui reflètera que le pouvoir se trouve dans les mains du peuple et, d'autre part, les conceptions juridiques les plus modernes, comme les idées les plus avancées des forces représentées » (21).
Cette combinaison nécessaire entre pluralisme et hégémonie trouve un soubassement idéologique et culturel dans l'alliance particulière qui s'est forgée dans la révolution nicaraguayenne. Elle est mise en relief par un cadre du FSLN, Gallardo : entente entre « trois grands courants historiques de l'humanité. (...) Le nationalisme, avant tout le nationalisme populaire représenté par les luttes traditionnelles du peuple nicaraguayen et plus spécialement par l'héritage programmatique anti-impérialiste et populaire reçu de Sandino. (...) Le christianisme, représenté dans la religiosité et la culture populaire majoritaire du peuple du Nicaragua et dans la participation combattante au processus révolutionnaire d'un nombre important de chrétiens, aussi bien dans la guerre insurrectionnelle que dans le processus de consolidation de la révolution. (...) Le marxisme et les expériences révolutionnaires d'autres peuples intégrés par le Front sandiniste sur le chemin de son combat contre la dictature » (22).
Cependant, les agressions croissantes des forces contre-révolutionnaires et impérialistes peuvent contraindre le FSLN à prendre des mesures de restriction dans le domaine de la liberté d'organisation et d'action de certaines forces d'opposition, au-delà de la riposte militaire déjà effectuée. Daniel Ortega, commandant de la révolution et président du Nicaragua, affirmait, le 13 novembre 1984 : « Le Front sandiniste va faire tous les efforts pour maintenir le pluralisme, mais, en dernière instance, cette sera déterminée par la politique agressive des Etats-Unis. Si on assiste à des bombardements ou s'il y a intervention, nous nous verrons contraints d'instaurer un état de guerre et, logiquement, cela affectera les efforts que nous faisons pour établir définitivement une démocratie au Nicaragua. » (23).
Conformément à toute l'histoire, la responsabilité de la limitation d'une série de droits repose donc d'abord sur l'impérialisme, qui considère gion comme intégrée dans les frontières mêmes de son empire. Mais, ces restrictions nécessaires viseront ceux qui refusent que la majorité du peuple devienne un sujet politique indépendant, qui, parfois au nom de la démocratie, seront prêts à applaudir des deux mains les tentatives de briser par la guerre la combativité des masses laborieuses et, au besoin, à collaborer à de telles tenta-
Ensuite, il faut bien saisir que la stratégie des sandinistes, dans ce domaine du pluralisme et de la « démocratie populaire », n'est pas dictée par de strictes considérations tactiques et diplomatiques découlant des impératifs du combat contre l'impérialisme. Le FSLN comprend certes que le développement de cette « démocratie populaire » est un instrument de lutte qui rend politique-
18. José Luis Coraggio, op. cit., p. 25.
19. « Nous voulons la paix », op. cit., p. 15.
20. José Luis Coraggio, « Elecciones : interrogantes y desafios », in Pensamiento Propio, Managua, décembre 1984.
21. Carlos Nunez, cité dans Pensamiento Propio, Managua, décembre 1984, p. 9.
22. Gallardo, « Nicaragua sandiniste devant la crise internationale », 1985, p. 38.
23. Daniel Ortega, cité dans Pensamiento Propio, Managua, décembre 1984, p. 10.
Wal
ment plus difficile pour les Etats-Unis, au plan intérieur et international, l'organisation d'une intervention. Mais, il fait aussi l'expérience que sa force réside avant tout dans sa capacité de dégager un gigantesque consensus politique populaire contre les options de Reagan et ses alliés intérieurs. Dans ce sens, le couple hégémonie-pluralisme est une assurance pour la défense de la révolution aussi au plan militaire. Sans même parler de la garantie que cela représente contre toutes les déformations bureaucratiques qui guettent - comme l'explique le FSLN lui-même - une révoltuion assiégée et exangue.
En réalité, l'examen du cours de la révolution indique que, malgré l'accentuation des attaques économiques et militaires, les droits démocratiques, y compris dans leur expression juridique, ont sans cesse été élargis, depuis le « Statut fondamental » de juillet 1979 jusqu'aux élections de novembre 1984 et la « Loi sur les nationalités » (Miskitos), en pas-
Deux jeunes Nicaraguayennes. (DR) sant par le « Statut sur les droits et les garanties des Nicaraguayens » d'août 1979 et par la « Loi sur les partis politiques » d'août 1983, sans mentionner toutes les conquêtes sociales essentielles.
La presse internationale a beaucoup parlé de la censure du quotidien d'opposition La Prensa. Elle n'a pas fait le même vacarme autour de la liquidation de toute presse ayant des velléités d'indépendance au Salvador, ce qui s'ajoute aux quelque 50 000 meurtres commis par les escadrons de la mort liés de fait à la hiérarchie militaire. Elle ne s'est pas efforcée d'expliquer que la censure de La Prensa — quotidien aidé en sous-main par l'impérialisme - • SUF nouvelles d'ordre militaire et sur celles liées aux opérations d'accaparement de biens de consommation et de spéculation. Elle a quasiment fait le silence sur la levée presque totale de cette censure durant toute la campagne électorale. Elle fait l'impasse sur ce détail : les pages censurées circulent sans problème à Managua, sous forme de photocopies ; elles sont reçues par les officines diplomatiques. Et, surtout, elle manifeste une amnésie étrange face à sa propre histoire. En effet, dans un pays « démocratique » comme la Suisse, dès le début de la Seconde Guerre mondiale, une censure très systématique a été déployée contre la gauche. Pourtant, ce pays était loin d'être attaqué. Mieux, il avait tout simplement passé un accord avec le régime nazi pour échanger la libre utilisation par ce dernier des voies de communication contre la « paix », contre des commandes d'armement pour ses industries, ainsi que contre l'afflux de capitaux dans ses banques. Et il est inutile de s'appesantir sur le silence imposé plus d'une fois à la presse, en France, durant la guerre d'Algérie.
LA DEFENSE MILITAIRE
DE LA RÉVOLUTION Dès le 19 juillet 1979, la place géostratégique de la révolution nicaraguayenne - dans « l'arrière-cour » des EtatsUnis — mettait à l'ordre du jour la question de sa défense militaire, appuyée et conditionnée par tous ses autres mécanismes de sauvegarde et d'approfondis-
L'armée populaire sandiniste (EPS) est le fruit du combat contre la dictature. « Ce sont des ouvriers et des paysans - 50 % d'analphabètes dans l'armée -qui détiennent les armes pour défendre leurs intérêts de classe », expliquait Bayardo Arce, au début 1980. Il continuait ainsi : « Ce sont les ouuriers et les paysans qui detiennent cet instrument principal du pouvoir qu'est l'armée et la force armée, non seulement à cause des principes qui guident nos forces armées, mais aussi à cause de la composition de classe de nos frères de l'Armée populaire sandiniste (EPS), de la Police nationale sandiniste (PNS) et des forces de sécurité de l'Etat. » (24) Ce pouvoir militaire du nouvel Etat est donc « en même temps qu'une armée nationale, une armée d'une nation née dans le cours d'une lutte anti-impérialiste et populaire. Ce n'est pas une armée de parti, mais une armée qui reconnaît le contenu politique - et en définitive de clas-
- du projet de la nation qu'impulse la révolution sandiniste » (25).
Parallèlement à l'armée professionnelle, le FSLN a rapidement mis sur pied - dès 1980 — des milices populaires. Elles rendent possible l'accession des couches populaires aux forces armées et se complètent avec le système de service militaire. Ces milices permettent aussi l'intégration des travailleurs, des paysans, des étudiants, des membres des professions libérales, sur une base volontaire, à la défense de la révolution. Et les mesures d'autodéfense contre ceux qui combattent en pratique les intérêts populaires peuvent donc être pri-
24. Bayardo Arce, op. cit., p. 30
25. Carlos M. Vilas, La revolucion sandinista, Editions Legasa, Buenos-Aires, 1984, p. 202
SM é 90T seriotaid La démocratie, c'est aussi le peuple en armes. (DR) ses, si nécessaire, aussi bien par les organisations de masse que par cette institution populaire que sont les milices. Elles expriment au plus haut point la non-séparation de l'armée et du peuple. Un exemple que les défenseurs attitrés de la « démocratie » occidentale auront de la peine à trouver dans le continent latino-américain. En outre, les tâches mêmes de l'armée (EPS) — au niveau de la production, de l'aide apportée aux paysans, outre les devoirs harassants de la lutte contre la contra - indiquent qu'elle est en substance un instrument pour la survie et le développement du pays, en faveur des exploités.
Les Communautés chrétiennes de base explicitent une gageure à laquelle doit faire face l'EPS : « Un autre défi, à plus long terme, est lié à la démocratisation de l'armée. Il est clair qu'une armée professionnelle aura une place importante au Nicaragua pendant longtemps. "Toutes les armes au peuple" est une consigne qui exprime aujourd'hui un chemin de démocratisation de la défense nationale, tout à fait valable. (...) Pour poursuivre cet idéal de la démocratisation, les officiers de cette nouvelle armée devraient également être désignés et "responsabilisés" devant le peuple, travers des processus qui affirment la prédominance politique des classes populaires. Nous ne préconisons pas l'élection des officiers par la troupe, mais l'existence de mécanismes d'une surveillance populaire, sur l'armée aussi, pour qu'elle soit une institution contrôlée par le peuple et non une institution qui contrôle le peuple. » (26)
Certainement, le défi de la mise en échec des plans des contras et de l'impérialisme est plus urgent et plus immé diat. Cependant, la question posée et la suggestion faite dans le texte cité peuvent être ignorées pour l'avenir de la révolution. Plus généralement, elles ne peuvent être effacées de la réflexion de ceux pour qui la lutte sans quartier pour la prise du pouvoir par les travailleurs ouvre la voie à un projet dont le succès réside, en grande partie, dans l'interpé nétration entre socialisme et démocratie. (27)
DÉMOCRATIE SANDINISTE ET ÉLECTIONS Ayant oublié que durant la Commune de Paris, de 1871, des élections au suffrage universei eurent lieu, plus d'un socialiste révolutionnaire et d'un marxiste ont été déconcertés par les élections de novembre 1984 au Nicaragua. En effet, les sandinistes ont engagé la difficile entreprise - et pas seulement sous un angle tactique — de soumettre à l'approbation des masses populaires leur programme révolutionnaire, comme son application sous l'hégémonie du « parti d'avant-garde », le FSLN. Une approbation recherchée jusque dans le « secret » de l'isoloir, et non pas seulement dans les organisations de masse, où sont souvent plus aisément reconnus le dévouement et la probité de ses militants. La « démocratie sandiniste » ne se réduit pas, loin de là, aux élections. Mais elle n'exclut pas ces dernières. Comme le slogan de 1980, « Le peuple a déjà fait son choix », l'indiquait, les premières élections se firent en juillet 1979, par le biais de l'insurrection populaire de masse. D'aucuns oublient cette légitimité révolutionnaire qui est, y compris, un acquis des révolutions bourgeoises.
Ensuite, le FSLN était conscient des connotations acquises par les élections dans l'histoire du Nicaragua où ré gnait la terreur, le clientélisme et la corruption; où les élections avaient pour seul but de donner un autre masque au même dictateur ; où la misère et l'analphabétisme vidaient de tout son sens ce droit formel démocratique (droit qui, même en Europe, comme droit universel, n'a été conquis que grâce à des grèves générales ouvrières, ce que plus d'un plumitif « démocratique » passe sous silence)
Le FSLN, dès juillet 1979, s'est engagé à tenir des élections. Mais, correctement, il a priorisé la réponse aux aspects sociaux des droits démocratiques. Dans ce sens, la « démocratie sandiniste » met en premier lieu l'accent sur la satisfaction des besoins élémentaires des masses (alphabétisation, santé, éducation, emploi, etc.), sur leur participation
26. « Nous voulons la paix », op. cit., p. 22
27. Voir à ce sujet la résolution adoptée par la IVe Internationale, dont le projet est publié dans le numéro spécial d'Inprecor consacré au 11e Congrès mondial, novembre 1979.
directe au pouvoir par le biais des organisations de masse, sur la défense populaire du nouvel Etat, sur tous les droits inscrits dans les divers statuts et lois. Tout ceci sert à « démocratiser » réellement les conditions pour la tenue d'élections qui, pour beaucoup de Nicaraguayens, ne seront pas seulement les premières élections libres, mais tout simplement les premières.
Le FSLN intègre donc les élections dans son projet. Il les a utilisées comme une deuxième campagne d'alphabétisation politique, éduquant à cette occasion des milliers de militants, dialoguant intensément avec les travailleurs, les paysans, la population. Il s'est refusé d'exclure à priori aucun courant idéologique national. Mais il a refusé les chantages et les conditions mises par ceux qui - comme la Coordination dé. mocratique nationale d'Arturo Cruz — voyaient dans les élections l'occasion d'ouvrir une « négociation » ayant pour but de « délégitimer » un scrutin et de donner une légitimité politique à ces créatures des Etats-Unis que sont les contras, dont le noyau est composé d'anciens membres de la tristement célèbre garde nationale de Somoza.
En introduisant les élections dans le mécanisme d'institutionnalisation du nouveau pouvoir, en officialisant une opposition au FSLN, ce dernier à choisi de poser toute une série de problèmes qui sont, en partie, nouveaux dans le cadre de la transition au socialisme, si l'on se réfère aux expériences passées. Partiellement, ces mécanismes vont agir comme une contrainte permanente. En effet, il appartiendra au FSLN d'éviter des votes de sanction contre le projet révolutionnaire, votes qui pourraient représenter une réponse biaisée de certains secteurs populaires à des erreurs du pouvoir, à des déformations bureaucratiques, à un affaiblissement des liens avec
EDEN
TRNO PASARM
les masses.
En fait, c'est dans l'approfondissement de la démocratisation sociale de la société - qui implique entre autres que la crise économique ne puisse pas être mise à profit par le secteur privé pour affaiblir les travailleurs, ce qui nécessitera de nouvelles incursions dans ce réduit des forces bourgeoises — comme dans l'affinement des mécanismes de participation directe au pouvoir, que se trouvent les garanties les plus solides, au plan politique, pour la consolidation d'une hégémonie du FSLN, même consacrée par des élections « classiques ». Or, ces élections ont été tenues en novembre 1984 en pleine situation de guerre, ce que certains amnésiques intéressés ont vite gommé de leurs écrits. (28)
INSTITUTIONS ETATIQUES
ET ORGANISATION DES MASSES
Dans un avenir proche — si l'agression impérialiste laisse un espace suffisant -, l'une des questions importantes qui va se poser, aussi bien dans les organisations de masse qu'au sein de l'Assemblée nationale élue, sera celle de l'articulation entre les institutions que va se donner le « Nouveau Nicaragua » et les instruments dont dispose le peuple. En abordant cette questoin, il faut toujours avoir à l'esprit que ce pays est sorti de 45 ans de dictature et d'une guerre civile, dont les blessures n'étaient pas encore cicatrisées alors qu'une nouvelle guerre commençait ! En tait, « la revolution sandiniste doit prendre en charge la création de l'Etat non seulement comme Etat issu d'un projet populaire et antiimpérialiste, mais aussi dans le sens plus élémentaire d'un Etat moderne : depuis une armée nationale jusqu'à un réseau moderne de communication ; depuis un système judiciaire jusqu'au système éducatif. » (29) Les murs dénoncent les traîtres Pastora et Robelo. (DR)
MISTER ROBELD™
AIME
L'Etat de Somoza se superposait quasi totalement à la garde nationale, sorte de garde prétorienne, et à des institutions qui servaient plus les intérêts du clan Somoza que la classe dominante dans son ensemble, si ce n'est au plan de la répression contre les masses populaires. C'est d'ailleurs l'existence de cet Etat anachronique — par rapport au développement économique relatif du Nicaragua sous l'impulsion du Marché commun centro-américain - qui a fourni un des éléments impulsant l'opposition de secteurs bourgeois à Somoza. Donc, pour le FSLN, la tâche est des plus complexes. Il doit à la fois construire les éléments essentiels d'un appareil d'Etat apte à la conduite de tâches impératives et élémentaires pour une que les masses - poussées normalement à avancer des revendications matérielles souvent difficiles à satisfaire - puissent influer directement sur et dans ces insti-
En outre, dans l'édification de cet Etat, le FSLN rencontre non seulement l'opposition des contras, de l'impérialisme et de leurs alliés politiques, mais aussi celle du seul appareil centralisé qui existait, avec une base populaire, sous Somoza, celui de l'Eglise. Cet appareil, comme la hiérarchie qui le dirige, ne peuvent accepter ni la transformation sociale et culturelle du pays, ni la consolidation d'un nouvel Etat qui n'est plus prêt à laisser l'espace, dans la société civile, à la machine bureaucratique ecclésiastique. Il y a là un moteur de la politique contre-révolutionnaire des sommets de l'Eglise qui canalise une grande partie de l'opposition politique au nouveau pouvoir.
La possibilité pour les organisations de masse d'intervenir dans le processus d'institutionnalisation repose d'abord sur leur autonomie face à ces institutions. Carlos Nunez met en relief le danger qu'une idée fasse son chemin parmi des fractions populaires, à partir des disfonctionnements mêmes de l'appareil d'Etat et des « déviations bureaucratiques », celle de « la conception que l'Etat ne les (les masses) représente pas. (...) Nous devons donc tenir compte que, dans une certaine mesure, les organisations de masse quelquefois se comportent comme des instruments paraétatiques, parce qu'elles ne trouvent pas dans les organismes d'Etat la réceptivité, le dynamisme et l'agilité pour résoudre des problèmes ». Il en tire la conclusion qu'« (elles) doivent être aussi des instruments capables d'exprimer avec autonomie les revendications de secteurs sociaux qu'elles représentent, et donc elles devront recourir aux moyens les plus courants comme les plus inhabituels » (30).
28. Voir sur cette question le numéro de Pensamiento Propio, octobre-novembre 1984.
29. Carlos M. Vilas, « La revolucion sandinista », op. cit., p. 364.
30. Carlos Nunez Telles, op. cit., p. 15 et suiv.
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9T8JAE 9428TL Des miliciens sur leurs gardes face aux attaques des contras. (DR)
La participation des masses à la conduite de l'Etat est un droit qu'elles ont conquis dans leur lutte. Il ne s'agit pas d'une concession faite par le nouveau régime aux travailleurs, aux pay sans, aux masses urbaines paupérisées. C'est un droit fondamental et fonctionnel à toute transition au socialisme. Une forme de cette participation directe réside dans la discussion de divers programmes de santé, d'éducation par les utilisateurs organisés et les travailleurs de ces secteurs. L'une des plus importantes se situe au niveau de la gestion économique. C'est ici que le labyrinthe de l'apprentissage de la gestion directe est le plus tortueux, que les inerties - au niveau de l'agriculture comme à celui d'une industrie rachitique - se font le plus sentir, que les handicaps techniques et culturels s'expriment avec force, que les méfiances des techniciens face à une dynamique d'autogestion se révèlent plus nettement. Ce serait un sujet d'étude à lui seul. Sur ce terrain, les sandinistes rencontrent de gros problèmes, d'autant plus qu'ils ne peuvent résorber le «secteur informel » (petits vendeurs, etc.). Leur force, c'est de reconnaître et de discuter ces questions. Voilà une autre dimension de la « démocratie sandiniste ».
3008 по Enfin, le fonctionnement même de l'appareil d'Etat n'est pas neutre. « Travailler aujourd'hui dans l'Etat exige une dose non négligeable de renoncements » (31), étant donné les bas salaires. Le secteur privé ne manque pas de tenter d'attirer, avec des offres salariales plus alléchantes, des techniciens. Il vise par là à affaiblir le fonctionnement administratif du nouveau régime. Mais, malgré l'abnégation de très nombreux « fonctionnaires », le problème du contrôle sur les employés de l'Etat reste entier. Il est, lui aussi, posé publiquement : « En ce qui concerne la relation entre gouvernement et parti, il s'agit de mettre au point les mécanismes au moyen desquels les fonctionnaires du gouvernement verront leurs responsabilités passées à l'examen du peuple et les moyens pour que la logique gouvernementale ne se confonde pas avec la logique des organisations partisanes. » (32)
ensemble de questions sous-tendre toutes les discussions sur la nouvelle Constitution et sur la nature du parti d'avant-garde à consolider. Entre autres, devra être précisé, dans le cadre du pouvoir dévolu à l'institution législative, le pouvoir décisionnaire particulier des organisations de masse, dans les domaines qui les concernent ou dans la gestion économique. C'est l'un points nodaux de l'institutionnalisation à venir.
Le FSLN a plusieurs fois expliqué qu'il avait su tirer les leçons essentielles des expériences passées et tenir compte au plus haut point du cadre particulier dans lequel se déroule la révolution. Il a échappé au double piège du modèle abstrait et de la sous-estimation des questions de fond de la transition au socialisme. En dernière instance, le modèle qui fera ses preuves par excellence sera celui qui correspondra aux besoins du peuple et que ce dernier défendra avec acharnement face à la multiplication des atteintes de toutes sortes contre sa révolution.
Pour nous, la solidarité avec cette révolution qui traduit les progrès accomplis dans l'histoire consciente des révolutions socialistes, participe à la fois du devoir de chaque militant anti-impérialiste, mais aussi de la nécessité de l'effort déterminé pour tirer les leçons d'une expérience qui devient le patrimoine des travailleurs du monde entier.
Charles-André UDRY, 10 avril 1985.
31. « Nous voulons la paix », op. cit., p. 16.
32. idem.