U moment où le gouvernement du chancelier social-chré-
A tien Helmut Kohi se frouve à michemin de la legislature
- commencée en 1983, ont eu lieu des élections aux parlements régionaux de Sarre et de Berlin-Ouest, ainsi que des élections municipales en Hesse. Les résultats montrent que le remplacement, en 1987, du gouvernement de droite par un gouvernement social-démocrate possible si, d'ici là, une alternative politique crédible peut être construite. Néanmoins, à première vue, ces résultats sont contradictoires. Le SPD obtient la majorité absolue en Sarre, le
Parti libéral-démocratique (FDP) entre au parlement, alors que les Verts en restent exclus (1). A Berlin, le SPD fait son plus bas score de l'histoire de la RFA, l'Union démocrate-chrétienne (CDU) y reste le parti dominant et peut former un gouvernement bourgeois stable avec l'appui du FDP, les résultats des listes alternatives (10,6 % des suffrages) sont largement en-dessous de leurs propres prévisions, lesquelles tournaient autour de 13 %. En Hesse, les résultats légitiment la réalisation de l'alliance rouge-verte, qui profite au SPD plus qu'aux Verts (2).
La CDU subit des pertes massives et le FDP, avec 4 % des suffrages, se trouve souvent exclu des conseils municipaux. Mais si on considère globalement ces votes régionaux, notamment pour les Verts et le SPD, le tableau retrouve une certaine unité. Pris ensemble, les partis bourgeois sont les perdants de cette consultation (ils perdent 200 000 voix). Pour les deux vainqueurs, le SPD et les Verts, ces élections marquent un
Angela KLEIN
Ce n'est aujourd'hui un secret pour personne que la chute du gouvernement
Schmidt, à l'automne 1982, fut directement provoquée par l'intervention de la
Fédération de l'industrie allemande (organisation patronale). Aux yeux du patronat, le nouveau gouvernement, composé uniquement des partis de droite, devait en premier lieu créer les conditions pour face à l'approfondissement de la crise économique, puisse être mise politique de confrontation avec au moins une partie des syndicats. Il s'agissait, comme l'écrivit le Frankfurter de formuler
«changement de climat », une « perspective d'ensemble convaincante à moyen terme . Ses tâches immédiates devaient être l'installation des missiles à moyenne portée en RFA ; l'assainissement du budget, autrement dit la répartition des dépenses publiques au détriment des salariés pour financer le « risque à l'investissement privé » ; la suppression des derniers restes du passage au pouvoir de la coalition socialo-libérale, comme le droit limité à l'avortement ; la fin du blocage des investissements dans l'industrie nucléaire, blocage qui avait été instauré que, dans les années mouvement antinucléaire avait de fait des constructions des
Le SPD et les Verts
à l'heure des choix
(SPD) soutenu par les Verts reste qui leur était devenue chère, tions de centrales nucléaires.
D'un SPD renvoyé à l'opposition, la bourgeoisie espérait qu'il puisse assimiler en son sein le « potentiel de contestation » issu de la gauche de ses propres rangs.
L'afflux vers les Verts devait ainsi être stoppé et la domination des partis de la bourgeoisie redevenir stable. En fait, le gouvernement de Bonn n'a pas rempli son objectif de classe. Il peut faire état d'une série de succès. En premier lieu, il a réussi à imposer le stationnement des missiles et la réduction de la dette publique, c'est-àdire la réduction des prestations sociales, en particulier celles touchant les chômeurs, les retraités et les mères salariées.
Le chômage est passé de 1,84 millions de personnes en 1982 à 2,6 millions en février 1985, et ceci malgré deux ans de relance économique. En retour, il existe, dans la deuxième puissance impérialiste du monde, une nouvelle pauvreté. Seulement 35 % des chômeurs inscrits perçoivent une allocation-chômage, et 26 % d'entre eux ne reçoivent plus que l'aide sociale. La moitié de la réduction des crédits prévue pour le budget 1985 se fait sur le dos des chômeurs; l'allocation- chômage devient inférieure à 900 DM
(2750 francs). A ces succès du gouvernement s'oppose le fait que, dans la lutte pour la semaine de 35 heures (3), la ligne dure du patronat - « la réduction des
RFA
Partout où le SPD a mené la bataille électorale sur les thè mes de la sécurité de l'emploi et de la protection de l'environnement et où il a eu une attitude ouverte vis-à-vis des Verts
(Sarre, Hesse), il est sorti vainqueur. Là où il s'est orienté vers une collaboration avec la CDU, comme à Berlin, il a perdu.
Quant aux Verts, ils vont devoir rapidement enterrer une idée celle qu'ils étaient l'« unique parti d'opposition du pays ». Les électeurs n'affluent plus naturellement vers eux. Le thème de la protection de l'environnement ne sultit plus a les démarquer du SPD sur le tond. l est clair que les électeurs veulent un programme de réformes écologiques et économiques. Tant que le SPD se fait le vecteur de ce programme, comme en Sarre, c'est sur lui que se concentrent les espérances de pouvoir le réaliser. Avec leurs seules forces, les Verts ne peuvent remplir ce rôle. Les électeurs votent pour eux en grande partie comme correctif de gauche au SPD
Mais là où le SPD tourne le dos à ces aspirations, avec un programme droitier, les électeurs déçus font marche arrière, se tournant vers la CDU, qui jouit toujours, d'après les sondages, de la confiance d'une majorité d'électeurs sur le thème d'une politique économique efficace. Quant aux Verts, ils risquent d'affronter une difficile crise interne qui ne toucherait pas seulement à leurs rapports tactiques avec le SPD, mais plus fondamentalement à toute leur orientation programmatique ainsi qu'à leurs rapports avec l'Etat bourgeois. En effet, toutes les ambiguités et les faiblesses des Verts sont mises en évidence quand le SPD réussit à opérer un tournant à gauche.
heures de travail est tabou », - n'a pu être maintenue et que la tentative d'affaiblis sement de la combativité syndicale, en refusant aux travailleurs lock-outés le paiement de l'allocation de chômage technique, a été repoussée par les tribunaux pendant et après la lutte. Le gouvernement n'a pas encore osé s'attaquer au paragraphe 218 de la Constitution sur le délai de l'avortement. De même, il a dû accepter des compromis sur le renforcement des lois anti-immigrés.
Mais le plus important, c'est que son calcul politique n'a pas abouti. La situation politique en RFA n'est toujours pas stabilisée. A l'automne 1982, le FDP s'est divisé et est sorti d'une série de parlements régionaux. C'est cela qui a permis, pour la première fois en Hesse, la consti-
1. Le système électoral en RFA est basé sur la représentation proportionnelle, avec une barre de 5 % qu'il faut franchir pour entrer au
Bundestag et dans les parlements régionaux, dans les conseils municipaux.
années, chaque arriveraient à franchir cette barre pour obtenir
2. Au sujet des rapports entre le SPD et les
Verts, voir l'article de Peter Bartelheimer dans
Inprecor numéro 189 du 4 février 1985
3. Au sujet de la grève des 35 heures, voir les deux articles de Peter Bartelheimer, « La bataille des 35 heures », dans Inprecor numéro
174 du 28 mai 1984, et « Le bilan de la lutte pour les 35 heures », dans Inprecor numéro
tution d'une majorité sur la base d'une alliance rouge-verte. Immédiatement après les élections au Bundestag (Parlement fédéral) de 1983, a commencé une vague de mobilisations de masse qui a duré plus de deux ans. Les mobilisations pacifistes ont atteint un tel niveau qu'à l'automne 1983, 1,2 millions de personnes manifestèrent contre le stationnement des missiles. L'année suivante, 500 000 travailleuses et travailleurs ont pris part à la lutte pour la semaine de 35 heures, qui s'est transformée pendant un moment en une lutte contre le gouvernement.
Ces mobilisations de masse ont proconsidérable en peu de temps. Le SPD n'y a pas participé et n'en a tiré non plus aucun bénéfice. Encore à l'automne 1982, il avait réussi — malgré la déception largement répandue par - à mobiliser les travailleurs et les travailleuses contre le renversement du gouvernement Schmidt par la droite, qui fut effectué grâce au retournement d'alliance opéré par le FDP. Le 23 octobre de cette année-là, 500 000 personnes répondirent à l'appel de la DGB (Confédération des syndicats allemands) à une manifestation qui, à l'origine, était dirigée contre les plans d'austérité du gouvernement Schmidt, mais qui fut alors réorientée contre la « trahison » du FDP. Mais, déjà aux élections du Bundestag de mars 1983, le SPD perdait un nombre important de voix ouvrières au profit de la CDU, car il se refusait aussi bien à prendre position clairement contre l'installation des missiles qu'à s'engager sans ambiguité pour la revendication de nombreux syndicalistes pour les 35 heures par semaine sans diminution de salaire. En plus, il refusa de faire des missiles un thème de sa campagne électorale. Il était constamment à la traîne des mobilisations, adaptant ses revendications à celles des syndicats et des mouvements de masse, pendant que ceux-ci avaient déjà organisé de puissantes mobilisations sans le SPD. Dans ces conditions, il ne pouvait pas capter le « potentiel de contestation ». D'élections régionales en élections régionales, les Verts gagnèrent des voix pendant que le SPD stagnait et que les partis de droite reculaient. La phrase de Willy Brandt au soir des élections du 6 mars 1983 - « Il y a une majorité en face de la CDU et du FDP » - s'est entretemps transformée pour la bourgeoisie en un spectre d'une alliance rouge-verte, qu'elle craint pour les élections de 1987 au Bundestag.
LE SPD DANS L'OPPOSITION Ces deux dernières années, le SPD a tenté de se maintenir à flot sur une ligne d'absence de profil politique. Le mécontentement provoqué par le « coup de la droite » a facilité pour la direction du parti le blocage de la discussion nécessaire sur les erreurs qui ont conduit à la perte du pouvoir gouvernemental. La critique du gouvernement se borne à dire que ce dernier sape la politique de détente sur le plan international et qu'il n'est pas plus efficace sur le plan économique, malgré sa politique anti-sociale. La discussion politique d'ensemble face à la crise économique et écologique est évitée dans la commission programmatique, où une certaine marge de manœuvre est offerte à des personnalités de la gauche du parti, comme Eppler et Von Oertzen. Les rap ports du SPD avec les Verts montrent avant tout le souci de supprimer cette concurrence de gauche, par l'emploi de diverses méthodes. La droite du parti, qui louche vers une « grande coalition » avec la CDU, use de la démagogie réactionnaire selon laquelle les Verts menaceraient les emplois des travailleurs pour défendre l'environnement, voudraient renverser l'Etat bourgeois et seraient des incompé tents politiques. La gauche du parti, Oskar Lafontaine (dirigeant du SPD en Sarre) en tête, emploie la tactique de l'embrassade : collaboration avec les Verts, oui, mais seulement s'ils sont prêts à prendre des responsabilités, y compris gouvernementales. Tous ces détours tactiques ne peuvent cependant masquer le fait que le SPD ne constitue pas pour le moment une alternative crédible.
Les organisations régionales du parti suivent des orientations en partie contradictoires. Le ministre-président de la région de Hesse, Börner, qui se situe à la droite du parti, a conclu une alliance avec les Verts dans un cadre uniquement tactique. Pour cela, il approuve l'élargissement du droit d'asile et la création de plusieurs postes budgétaires pour des entreprises alternatives, pour des équipesociaux, pour des centres de formation et pour des maisons de femmes. Deux mois plus tard, l'alliance éclatait avec l'acceptation par le SPD de l'agrandissement d'une usine de traitement de l'uranium. Après les élections municipales, Börner revint à la même tactique, en faisant aux Verts une proposition de coalition. A Berlin, Hans Apel, un autre représentant de la droite du parti et ancien ministre de la Défense de Schmidt, a basé sa campagne électorale sur un programme très droitier et antiVerts, favorable à l'OTAN et à la neutralité à l'égard d'un gouvernement minoritaire CDU et contre un accord avec la liste Alternative (appellation des Verts à Berlin-Ouest).
En Rhénanie du Nord-Westphalie, où se dérouleront en mai de cette année des élections régionales, le ministre-président social-démocrate Rau mise sur un programme de modernisation capitaliste appuyé par une aide de l'Etat. Avec 1 milliard de DM de subventions par an, on devrait faire de la Ruhr une nouvelle Silicon Valley (région des Etats-Unis consacrée aux technologies électroniques de pointe), aux dépens de la sidérurgie et de la métallurgie, qui constituent actuellement l'armature industrielle de cette région et dont l'« assainissement » - par exemple par le projet de fusion des sociétés Thyssen et Krupp en un trust géant, Rheinstahl AG - doit se faire au prix de licenciements massifs. Rau ne veut pas entendre parler de la plus récente revendication de l'IG Metall, celle de la nationalisation de la métallurgie. Il a écarté d'un revers de dans ce numéro).
la main les conditions posées par les Verts à un soutien à son gouvernement. Ces derniers exigeaient qu'il renonce à l'énergie atomique et à la construction d'un surgénérateur et d'un réacteur nucléaire à haute température, exigences que Rau a qualifiées d'inacceptables. En même temps, le SPD bavarois est à la tête des mobilisations contre la centrale de traitement de combustible nucléaire qui doit être construite dans la forêt bavaroise.
Dans ce contexte, Oskar Lafontaine s'est présenté en Sarre avec un programme qui cherche à donner une réponse politique cohérente et globale aux deux questions qui, d'après les sondages, préoccupent aujourd'hui la majorité de la population, celles du chômage et de la protection de l'environnement. On peut caractériser ce programme comme un « keynésianisme écologique » (4). Il prévoit, pour la Sarre, un programme de subventions publiques pour des investissements qui permettraient des économies d'énergie. Il propose la nationalisation du trust Arbed Saarstahl, le plus important employeur de la Sarre, qui menace depuis des années de fermer. L'assainissement financier de l'Arbed, chroniquement endetté, devrait être pris en charge par le gouvernement fédéral. Lafontaine veut comme Rau, d'avenir avec l'aide ment, celles qui produisent en protégeant l'environnement, pas celles qui le détruisent avec de nouvelles techniques qui servent la rationalisation capitaliste. Ce programme ne remet pas en cause le système capitaliste. Ce qui en résulterait, ce serait une austérité de gauche à la sauce écologique : « Je n'ai pas promis, pendant la campagne électorale, que le chômage diminuerait, a déclaré Oskar Lafontaine. En Sarre, les données économiques et financières sont si mauvaises que je ne peux rien promettre. (...) Les sociaux-démocrates ne se sont jamais non plus interdits, quand cela se posait, de supprimer des emplois pour des raisons économiques impératives. Seules les conditions de ces suppressions nous importent. Nous sommes contre les licenciements massifs et favorables à des plans sociaux audacieux. » (Interview publié par Der Spiegel du 18 mars 1985.) D'autre part, il a renforcé son image de réformateur cherchant la discussion avec les Verts et en nommant ministre de l'Environnement un animateur du mouvement pacifiste, Jo Leinen. Lui-même s'est beaucoup avancé, il y a deux ans, en demandant la sortie de la RFA de l'OTAN
Cette ligne est aujourd'hui visiblement capable d'emporter une majorité. Elle s'appuie sur les mouvements paci-
4. John Maynard Keynes (1883-1946) était un économiste anglais, auteur notamment de l'ouvrage Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, et qui préconisait l'intervention permanente de l'Etat bourgeois dans l'économie, afin, notamment, d'éviter les crises. Ses idées ont été très influentes pendant la longue période d'expansion capitaliste après la Seconde Guerre mondiale. Il a été l'architecte du nouveau système monétaire international mis en place après la conférence de Bretton Woods en 1944 (voir l'article de Winfried Wolf
fistes et écologiques comme sur les directions des syndicats les plus progressistes, qui ont mené en 1984 la lutte pour la semaine des 35 heures. La gauche du parti se fait ainsi une nouvelle image. Pourtant, il ne faut pas escompter que cette ligne pourra, d'ici 1987, rassembler une majorité au sein du SPD. La droite du parti se bat contre l'alliance avec les Verts. D'autre part, il ne faut pas non plus attendre que la gauche mène à l'intérieur du parti une lutte ouverte pour défendre ses positions.
LES VERTS ET LA QUESTION DU GOUVERNEMENT Les Verts sont issus des mobilisations de masse des années 1970 comme expression politique du refus de la politique gouvernementale des sociaux-démocrates. Le SPD, vu comme le parti de la modernisation capitaliste, fut longtemps leur pire ennemi. Il représentait le symbole de l'intégration du mouvement ouvrier dans le système capitaliste, étant également le point d'appui - avec la crise des rapports de production « socialistes » dans les pays d'Europe de l'Est - à la thèse que la source de tous les maux se trouve non pas dans la domination de classe mais tout simplement dans l'industrialisation. Après la prise du gouvernement par les partis de droite, il y a eu au sein des Verts un débat ouvert sur la question de savoir où il fallait rechercher ses alliés, dans les rangs du SPD ou dans ceux de la CDU.
BILDU
La confusion idéologique et politique qui résulte du refus de partir de la société ouest-allemande comme une société de classe ne peut masquer que c'est avant tout parmi la jeunesse et de larges couches de salariés que se trouve la base sociale des Verts. C'est qu'ils soient capables de reprendre des revendications progressistes des syndicats, comme celle de la semaine de 35 heures et de la nationalisation des industries clés, bien qu'ils soient à l'extérieur du mouvement ouvrier organisé et montrent vraiment peu de compréhension pour le travail dans les entreprises et dans les syndicats. Et leur soutien reste souvent verbal ou se limite à des initiatives parlementaires, comme par exemple la dernière initiative législative des Verts pour l'interdiction des lock-outs. Au-delà de ces faiblesses, ils se retrouvent pourtant, sur la plupart des questions politiques, à la gauche du SPD, qu'il s'agisse de la protection de l'environnement qui s'oppose à un système économique basé sur le profit, du refus de l'OTAN, du droit des femmes de choisir leur maternité, de l'égalité matérielle et juridique totale pour les immigrés, de la solidarité internationale avec les luttes de libération des peuples opprimés du tiers-monde, ou de la mobilisation contre les forces réactionnaires et fascistes en RFA
Les Verts ne sont plus, depuis longtemps, le parti d'un seul thème. Leur soutien sans restriction aux luttes de masse de ces deux dernières années — à l'inverse du SPD -, leur ont donné l'image d'un eine BOMBEN
Manifestation antiguerre en RFA. (DR) parti situé sans ambiguïté à la gauche de ce parti. Cette évolution a aussi amené à de nouveaux rapports avec les travailleurs de l'industrie et avec les syndicats. Les élections municipales en Rhénanie du NordWestphalie, en octobre 1984, ont marqué un tournant. Les Verts sont parvenus à faire une telle percée que non seulement ils ont pris 250 000 voix au SPD, mais ont également obtenu de hauts scores dans les circonscriptions ouvrières. Les syndicats les plus mobilisés commencent à réfléchir sur leurs rapports Verts. Tout récemment, au cours d'une réunion du comité directeur du Syndicat de la métallurgie (IG-Metall) consacrée à la question des salaires, Hans Janssen, responsable de la politique salariale de ce syndicat, s'est prononcé de la façon suivante sur le thème « Les Verts et les syndicats » : « Malgré les problèmes et les incertitudes d'une collaboration avec un parti contestataire et hétérogène, les syndicats ont intérêt, et pas seulement à long terme, à éviter cette propagande transparente qui veut en faire un repoussoir, qui cherche par tous les moyens à placer les Verts hors du jeu politique. » Dans le phénomène des travailleurs •qui votent pour les Verts, Janssen voit un « glissement à l'intérieur de la force de travail vers les secteurs qui ne sont pas directement liés à la production », vers « le type d'ouvrier de l'année 2020. (...) Ces jeunes gens veulent apporter une réponse aux visions apocalyptiques suscitées par le surarmement, la crise de l'environnement et de la croissance économique, la misère
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›hört eingesperrt •
Manifestation des Verts pour l'interdiction des lock-outs. (DR) et l'explosion démographique des pays du tiers-monde ». Hans Janssen, comme Oskar Lafontaine, mise sur la récupération des Verts par la social-démocratie : « Les Verts ont reçu mandat, de leurs électeurs, pour imposer ici et maintenant des changements politiques qui ne sont possibles qu'avec le SPD.» En même temps, des militants syndicaux combatifs cherchent le soutien des Verts à leurs initiatives, jusqu'ici en vain. Les Verts n'ont pas de liens organiques avec le mouvement ouvrier ni avec les mouvements sociaux de masse. Ils ne structurent ni ne dirigent ces mouvements. Tout au plus, ils en représentent les intérêts au Parlement. Ils n'ont pas non plus la conception de changer fondamentalement la société, par le developpement des luttes de classe. En vérité, ils sont trop occupés d'eux-mêmes et avant tout de leur rôle au Parlement pour avoir une analyse quelconque sur la façon d'atteindre leurs buts.
Pourtant, ce n'en est pas moins à eux et non aux socialistes que revient aujourd'hui la direction idéologique de la gauche. Leur façon d'expliquer la crise capitaliste par la crise de confiance dans le progrès et dans l'idéologie de la croissance est reprise par des forces progressistes dans les syndicats et dans le SPD. Le même Hans Janssen cherche à jeter des ponts entre l'écologie et l'économie en écrivant : « L'exploitation destructrice de la nature et le rejet des frais économiques sur la collectivité signifie, à long terme, l'économie constante de travail, destructrice de l'emploi. Sans une politique de protection de l'emploi préventive et active, la lutte contre le chômage ne sera pas non plus possible. » C'est le même point de vue que défend Lafontaine, et qui se rapproche le plus de l'aile « réaliste » des Verts.
LES PERSPECTIVES POUR 1987
Paradoxalement, c'est justement le succès politique sur le plan électoral qui aiguise les discussions au sein des Verts et qui pousse ces derniers à clarifier leurs croit si chat d de des Verts, les place sous une double pression. D'un côté, ils sont obligés de chercher l'unité avec le SPD contre la droite. D'un autre côté, ils essaient de ne pas sacrifier leur identité de parti à la gauche du SPD refuse l'unité, les Verts peuvent se permettre de poser des conditions élevées pour leur soutien à un éventuel Premier ministre social-démocrate. Tant que le SPD n'est pas prêt à abandonner les positions de la droite du parti sur la question centrale de l'écologie, il est facile pour les Verts de se retrancher derrière cette question pour s'écarter du SPD au moment crucial. Mais les élections en Sarre monUn député des Verts au Bundestag. (DR)
trent que les Verts ne feront réellement leurs preuves que confrontés à la gauche du SPD. Il n'est pas possible de dépasser celle-ci uniquement avec le thème de l'écologie, mais bien avec un programme socialiste. D'autre part, la pression pour l'unité contre les partis de droite provoque le renforcement de ceux qui, parmi les Verts, misent sur une alliance avec le SPD et se déclarent d'ores et déjà prêts à participer à un gouvernement de coalition. La logique de cette position mène à long terme à l'intégration des Verts dans le SPD. Plus grandes sont les possibilités d'une alliance rouge-verte en 1987, plus le test de la solidité des Verts sera important. Cependant, il n'y aujourd'hui aucun courant des Verts qui ait en main le point de départ pour une solution à ces questions. Ce qui est en débat, outre les décisions tactiques sur des combinaisons parlementaires, c'est quelle stratégie mettre en œuvre pour stopper l'aggravation de l'offensive bourgeoise déjà annoncée et qui prévoit notamment la suppression des restrictions sur les licenciements, la diminution des emplois à temps complet à la faveur de la « flexibilité du temps de travail », le renforcement des lois contre les immigrés.
Nous risquons d'assister à une de regroupements politiques à l'intérieur et à l'extérieur des Verts avant qu'en sorte un courant lutte des classes capable d'attirer l'avant-garde ouvrière. Les marxistes révolutionnaires en RFA ont toutes les raisons de s'insérer dans ce débat. Une politique de front unique doit comprendre, dans la perspective des élections de 1987, un appel à un gouvernement du SPD soutenu par les Verts et qui sera confronté aux revendications et aux mobilisations des mouvements de masse et des syndicats.
Angela KLEIN, Francfort, le 3 avril 1985.