Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

QUEBEC

Manifestation contre le sommet Reagan-Mulroney

Inprecor n° 195, 29 avril 1985 · p. 25 · 814 mots

États-Unis Irlande Écologie

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

QUEBEC

5000 manifestants contre le sommet Reagan-Mulroney Aux cris de « Yankees, go home ! », « Reagan assassin ! » et « Reagan-Mulroney, pas d'accord ! », 5 000 manifestants venus de toute la province ont convergé sur la ville de Québec, le 17 mars dernier, pour marquer leur opposition au « sommet irlandais » entre le Premier ministre canadien, Brian Mulroney et le président américain, Ronald Reagan (le 17 mars est le jour de la Saint-Patrick, patron de l'Irlande, et les deux dirigeants ont des ascendants irlandais). La volonté de s'opposer à la guerre impulsée par les Américains en Amérique centrale constitua l'un des thèmes centraux de la manifestation, laquelle était composée dans sa grande majorité de jeunes. On pouvait y voir, en plus, des banderoles exigeant le retrait des troupes britanniques d'Irlande du Nord et des troupes américaines des Philippines, d'autres s'opposant au système d'apartheid en Afrique du Sud, et d'autres encore protestant contre la présence de Reagan

Un thème également largement repris était celui de l'opposition aux préparatifs de guerre nucléaire des gouvernements US et canadien, centré à la fois contre les es« guerre des étoiles » et contre les plans moderniser le réseau radar implanté dans le Nord canadien. Le groupe écologiste Greenpeace souligna le fait que le sommet n'abordait pas le problème des pluies acides, qui détruisent les forêts des pays industrialisés et empoisonnent leurs lacs. Il lança un ballon de 10 mètres de diamètre demandant à Reagan: « Où sont les poissons? » La manifestation était organisée par la Coalition pour la paix, la justice et la liberté, une alliance des syndicats, des organisations de jeunes et de femmes, des comités de centrale, ainsi que divers groupes pacifistes, écologistes et de gauche. La plate-forde la coalition explique que « le gouvernement américain est le principal leader de l'offensive antisyndicale et antisociale que mènent les patrons et leurs gouvernements à travers le monde, à la faveur de la crise. (...) Nous sommes solidaires avec le peuple américain, les travailleuses et les travailleurs, les jeunes, les femmes et les minorités ethniques qui luttent contre les politiques "reaganiennes" et leurs effets. (...) Nous nous solidarisons aussi avec les jeunes du Nicaragua qui luttent pour défendre leur pays et leur révolution sociale et démocratique contre l'agression américaine. »

Le sommet a marqué un renforcement de la collaboration étroite qui existe entre les gouvernements canadien et US dans le cadre de leur offensive militariste. Parmi les points d'accord il faut relever :

- une augmentation des effectifs canadiens qui font partie des forces de l'OTAN en Europe ;

— le soutien et la participation du Canada au programme de recherche US sur la « guerre des étoiles » ;

- un traité américano-canadien pour moderniser et renforcer la ligne DEW, c'est-à-dire le réseau radar implanté dans le nord du Canada;

— la réaffirmation de la part de Mulroney que le Canada n'était pas neutre, mais étroitement allié à l'impérialisme

Le gouvernement conservateur canadien a consciemment choisi la ville de Québec pour accueillir ce sommet et pour lui donner le maximum de publicité. Le ministre canadien des Affaires étrangères, Joe Clark, expliquait que cela servirait à rassurer les milieux d'affaires et leur prouver que le Québec était désormais un endroit où il était possible d'investir de manière stable et sûre, et qu'il n'y avait plus de danger que la province se sépare droits nationaux du Québec a connu une série de coups durs de la part du gouvernement. En amendant la Constitution du Canada de façon unilatérale, en 1982, ce dernier a privé le gouvernement du Québec de son droit de véto sur des changements constitutionnels futurs, affaiblissant ainsi sa capacité de protéger et de promouvoir la langue française comme moyen d'éducation publique. Se pliant aux pressions impérialistes, la direction du Parti québecois (PQ) au pouvoir dans la province de Québec, a récemment décidé de mettre de côté la revendication de l'indépendance du Québec.

Les autorités canadiennes et les médias ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour donner l'impression que les Québecois accueillaient bien la visite de Reagan et en étaient honorés. Des artistes québecois, des ministres du PQ, ainsi que des dirigeants syndicaux comme Louis Laberge, de la Fédération des travailleurs du Québec, forte de 400 000 adhérents, étaient invités aux cérémonies officielles. Malgré tous ces efforts pour décourager toute forme de protestation, le nombre de manifestants était le double de ce qui avait été prévu par les organisateurs. Les questions posées et l'opposition manifestée au Parlement canadien par le Nouveau parti démocratique (NDP, social-démocrate) et, dans une moindre mesure, par le Parti libéral, sur le renforcement des liens militaires entre le Canadada et les EtatsUnis, surtout en ce qui concerne l'armement nucléaire, constitue une autre expression du malaise largement ressenti au Canada par rapport aux politiques militaristes convergentes des deux gouvernements.

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