Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Imposante mobilisation paysanne

· Inprecor n° 196, 13 mai 1985 · p. 21-24 · 3 617 mots

Mexique Inde et Asie du Sud Femmes Syndicalisme

Imposante mobilisation paysame

A manifestation paysanne qui s'est déroulée à Mexico, le

/dans l'histoire politique mexicaine. Organisée par la

Coordination nationale « Plan de Ayala » (CNPA), la Centrale indépendante des ouvriers agricoles et des paysans (CIOAC) et l'Union générale des ouvriers et paysans de Mexico-Rouge

(UGOCM-Roja), cette mobilisation nationale a culminé par une montée paysanne nationale à Mexico et par une manifestation qui a rassemblé plus de 50 000 personnes le 10 avril dernier. Au même moment se tenaient plus de 70 manifestations régionales paysannes en divers points du territoire mexicain.

D'après les médias, ces diverses initiatives ont mobilisé, à travers tout le pays, environ 1 million de paysans.

Cela représente à plusieurs titres une

Margarito MONTES PARRA

La manifestation du 10 avril a réussi à s'opposer efficacement à l'offensive gouvernementale anti-paysanne qui s'était accélérée dans les jours précédant cette initiative. Le jour même de la mobilisation paysanne, le secrétaire d'Etat à la Réforme agraire a été contraint de publier, sous forme d'une publicité payante dans les journaux communiqué nationaux, un dans lequel il précisait que le mouvement paysan n'avait aucune raison de se mobiliser, qu'il ne s'agissait pas là d'une mobilisation d'authentiques paysans, que les motivations de cette action ne correspondaient nullement à des revendications paysannes mais plutôt aux objectifs électoralistes des partis politiques qui soutenaient cette initiative. L'ampleur de la mobilisation des paysans mexicains a nettement démenti les déclarations gouvernementales suivant lesquelles la manifestation du 10 avril n'était pas vraiment représentative du monde paysan.

LES CARACTÉRISTIQUES

DE LA MOBILISATION DU 10 AVRIL

Il faut aussi signaler que le 10 avril est, au Mexique, une date importante, correspondant un peu à ce que représente le ler mai pour les ouvriers. Le 10 avril

1919, en effet, c'est le jour où a été assassiné Emiliano Zapata, à Chinameca, dans l'Etat de Morelos. Avec cet assassinat s'est clos le cycle de la révolution mexicaine, et le gouvernement a toujours prétendu récupérer le prestige de Zapata pour consolider l'idéologie officielle du régime.

Chaque année, il organisait ainsi des manifestations en hommage à Zapata. Mais, depuis 1979, le régime a perdu la capacité de s'approprier ainsi le prestige du dirigeant de la révolution mexicaine. Dans le passé, c'était le président de la République lui-même qui lui rendait hommage à quinze dernières années. importante victoire cette occasion, mais, au fur et à mesure que s'est développée la CNPA et que cette organisation impulsait une politique pour s'opposer à cette récupération, les cérémonies officielles ont perdu beaucoup de leur impact. Ces dernières années par exemple, les discours n'étaient plus prononcés que par un secrétaire d'Etat et, lors du 10 avril dernier, c'est un sous-secrétaire d'Etat qui le prononça, ce qui montre bien la perte de toute légitimité de cet acte officiel. Au niveau idéologique aussi, la manifestation du 10 avril fut donc un grand succès, dans la mesure où elle ôta au gouvernement toute légitimité de se revendiquer du « zapatisme ».

Un autre aspect de cette mobilisation est son caractère clairement national. Il exprime la confluence d'un mouvement paysan qui se développe simultanément dans différentes régions du pays, mais pas toujours de manière égale. La marche du 10 avril a permis l'expression nationale et simultanée du mécontentement paysan, le même jour et à la même heure. Cela représente un progrès dans le développement du mouvement paysan.

Il faut souligner le rôle de division joué par certaines forces du mouvement paysan clairement manipulées par la presse et par le gouvernement, qui ont essayé de faire croire qu'il existait deux CNPA, présentant l'une comme indépendante, et l'autre comme la CNPA du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale. Cette •manœuvre a été un échec total, car les organisations paysannes qui se sont livrées manœuvre n'ont pas réussi à réunir plus de 3 000 à 4 000 personnes, malgré des moyens très importants, alors que la mobilisation unitaire impulsée par susmentionnées réunissait près d'un million de paysans dans tout le pays. C'est un échec pour le sectarisme au sein du mouvement paysan, ce qui ouvre de nouvelles possibilités pour consolider l'unité de ce mouvement d'une

MEXIQUE pour le mouvement paysan indépendant. D'abord parce que, malgré la répression subie par le mouvement paysan indépendant, qui s'est concrétisée notamment par des dizaines de morts, plus de 130 paysans emprisonnés, des refus systématiques de satisfaire les revendications des mobilisations paysannes, etc., celui-ci s'est considérablement renforcé au cours des

La manifestation du 10 avril est en quelque sorte l'expression de cette lente accumulation de forces, ainsi que du degré d'organisation des structures de lutte paysannes et du niveau d'unité atteint dans le camp des forces paysannes. Elle constitue aussi un véritable événement historique, puisque tout au long de ces dernières années, c'est la première fois qu'un si grand nombre de paysans se mobilisent ainsi.

façon encore plus large.

Du point de vue programmatique, la marche paysanne a exprimé une avancée significative du mouvement. Aux revendications traditionnelles concernant la terre, l'augmentation des prix garantis pour les productions paysannes, le droit à des crédits bon marché, et la libération des prisonniers politiques, le mouvement paysan a ajouté deux axes importants de mobilisation. Il s'agit en premier lieu de l'exigence pour les femmes paysannes de l'égalité des droits d'accès à la propriété de la terre, c'est-à-dire l'intégration des exigences des femmes paysannes dans la mobilisation. C'est là un fait nouveau. En second lieu, les paysans ont réclamé une Loi agraire alternative. Cela fait près d'un an que les militants du PRT avancaient ce mot d'ordre, et c'est aujourd'hui l'un des principaux axes de mobilisation paysanne. Lors du second congrès de la CNPA, qui s'est tenu en novembre dernier, il a été proposé que les paysans formulent eux-mêmes une nouvelle Loi agraire qui ait pour but de rompre avec la légalité bourgeoise dans les campagnes. Il ne doit pas s'agir d'un simple contre-projet de loi destiné à être présenté devant le Parlement, mais d'une initiative qui émane des paysans eux-mêmes. C'est à eux qu'il revient de dire comme ils veulent que soit organisée la campagne, quelles limites doit avoir la propriété privée de la terre, quel type de relations juridiques doit y prévaloir, quelles doivent être les règles de fonctionnement des organisations paysannes, comment doit-on traiter les indigènes, et tout cela pour en arriver à une Loi agraire qui rompe radicalement avec la logique de la législation actuelle.

Aujourd'hui, la législation agraire garantit l'exploitation des campagnes par la ville, l'exploitation des paysans et des ouvriers agricoles par les capitalistes, le contrôle de l'Etat sur les communautés indigènes. La législation actuelle juge l'Indien en espagnol et non pas dans sa langue, elle

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institutionnalise la discrimination de la femme en termes d'accès à la terre, au travail, et de droits de la femme paysanne par rapport à la production et à la famille. Au contraire, la Loi agraire alternative doit être le résultat d'une discussion aui parte de la base des organisations paysannes, car les lois qui régissent actuellement la situation dans les campagnes n'ont pas été élaborées par les pavsans et, de ce fait même, elles ne reflètent pas leurs intérêts. Pour qu'elle acquière sa légitimité aux yeux de larges franges de la paysannerie, cette Loi agraire alternative doit trouver son application concrète immédiate dans les campagnes, au travers des mobilisations paysannes, indépendamment même de sa présentation officielle dans le cadre parlementaire. Sa première légitimité est avant tout celle que lui confèrent les paysans eux-mêmes.

LE ROLE DES COMMUNAUTÉS INDIGENES La présence des communautés indigènes est très importante dans le mouvement paysan. A Chiapas, par exemple, les communautés indigènes Totzil, Toiolabajales, Zeltales, se sont structurées dans l'Organisation paysanne Emiliano Zapata, qui fait partie de la CNPA. A Michoacan, les Indiens Purepechas se sont mobilisés dans une Union des Communeros Emiliano Zapata. A Oaxaca, les indiens Zapotèques, de l'isthme de Tehuantepec, sont organisés au sein de la Coordination ouvrière-paysanne étudiante de l'isthme, laquelle participent aussi des membres du Mouvement d'unification Triqui, qui regroupe les communautés indigènes Triqui.

Il y a donc une série de secteurs paysans indigènes qui ont constitué des organisations propres de représentation et de défense qui participent de façon massive à la mobilisation avec les organisations de défense des paysans. La Coordination révolutionnaire indépendante (CCRI) mobilise par exemple des membres des communautés Nahuatl, de Copalillo et de San Francisco-Acuitlapan. Ces deux communautés sont très proches de la ville de Mexico et luttent pour récupérer leurs terres communales. En général, lors de la manifestation du 10 avril, la plupart des cortèges provenant du sud, du sud-est et du nord du pays appartenaient à des communautés maya, notamment Buay Siacobe. C'est dire s'il y avait une présence très importante de ces communautés indigènes lors de cette mobilisation De fait, on peut dire qu'aujourd'hui les communautés indigènes jouent un rôle de colonne vertébrale dans le mouvement paysan mexicain. Ce sont les secteurs qui ont peut-être le plus progressé, dans le sens de la reconstitution d'organisations paysannes indépendantes en rupture avec les organisations officielles, comme la Confédération nationale paysanne liée au Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) gouvernemental. Ces organisations des communautés paysannes indigènes sont parvenues à se doter de directions autonomes, de méthodes, de formes d'organisation et d'expression de type communautaire et solidaire qui sont très importantes. Leur revendication, c'est d'abord celle de la récupération des anciennes terres communales, c'est ce qui leur est spécifique et qui les distingue du reste du mouvement paysan.

Alors que les autres paysans qui veulent la terre exigent l'expropriation des grands propriétaires fonciers pour répartir la terre entre les paysans, les communautés indigènes partent du fait que leurs terres communales ancestrales sont la propriété des Indiens depuis des temps immémoriaux. Pour justifier leur revendication, ces communautés indigènes produisent des titres communaux extrêmement vieux, datant du 16e ou du 17e siècle. Elles exigent la récupération de ces terres au titre de l'histoire, et de façon légitime. Ces structures communautaires

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paysannes s'expriment au travers de formes d'organisation qui sont très liées aux traditions culturelles des indigènes. Elles communiquent dans leur langue propre, revendiquent cette culture et cette langue et font valoir qu'au sein de la paysannerie, les Indiens forment un secteur non seulement exploité, comme les autres paysans, mais également opprimé. Ils ne sont pas seulement réprimés en tant que paysans qui se mobilisent pour l'accès à la terre, mais également parce qu'ils sont Indiens et soumis, de ce fait, à une autre forme de ségrégation. Ils mènent donc une lutte pour se faire aussi reconnaître en tant que communauté disposant de particularités spécifiques.

Les communautés indiennes ont une conscience chaque jour plus nette de leur identité propre, de l'oppression dont elles sont l'objet de ce fait et de la répression qui leur interdisent de mettre en valeur cette identité. Mais il est intéressant de Mexique une prise de conscience que l'on pourrait qualifier d'« ethniciste ». Il y a certes une prise de conscience ethnique, mais qui ne s'exprime pas comme une démarche séparatiste d'avec le reste du mouvement paysan. Au contraire, les communautés indigènes se présentent aujourd'hui fièrement comme partie prenante de la réorganisation du mouvement paysan indépendant et y participent au même titre que les autres paysans. Dans le mouvement paysan, nous nous sommes programmatique apparaisse clairement l'exigence de l'autonomie des communautés indiennes, de leur organisation interne, de leurs formes de structuration communale et culturelle par rapport à leur terre, à leur langue, à

Après les manifestations du 10 avril 1985, des affrontements très violents se sont produits entre la police de l'Etat de Mexico et la communauté de Santiago Tequisquiac, une communauté qui vit à une heure de route environ de Mexico et qui possède des titres communaux de propriété datant de 1595 sur des terres qui lui ont été volées. Cette communauté

Des femmes indiennes se mobilisent. (DR) avait vu confirmé son droit à la propriété de ces terres par l'armée de Zapata, le 5 décembre 1914. Elle lutte maintenant depuis plus de 65 ans pour ne pas être expulsée de ses terres. Dernièrement, un propriétaire d'origine espagnole s'est approprié 180 hectares appartenant à cette communauté, de très bonnes terres avec une infrastructure d'irrigation, adaptées à l'élevage intensif du bétail. La communauté indigène s'est mobilisée pour récupérer ses terres. La répression policière - 800 policiers armés, un hélicoptère qui envoyait des gaz lacrymogènes - a été très violente. Mais les gens ne sont pas restés passifs face à la violence. Ils y ont répliqué et 13 policiers ont été blessés. Le chef de la police de la ville de Mexico s'est retrouvé dans le coma. Après cette répression, après que la communauté se soit occupée de ses blessés, de ses morts, elle s'est réorganisée pour préparer une marche sur la ville de Mexico. De fait, aujourd'hui, devant le secrétariat d'Etat à la Réforme agraire, il y a un piquet de quelque 500 paysans qui exigent la libération des prisonniers, la prise en charge des blessés par le gouvernement, le châtiment coupables de cette répression et la confirmation de leurs titres de possession des biens communaux. Le gouvernement a été obligé de négocier ces revendications, alors qu'auparavant il niait purement et simplement les droits de ces paysans qu'il a fait réprimer si violemment. La force de ces organisations communautaires, qui sont enracinées dans les traditions est si imposante qu'elles parviennent à contraindre le gouvernement à s'asseoir à la table des négociations, à chercher une solution aux revendications des

DU MOUVEMENT PAYSAN Malgré tout, le mouvement paysan va être confronté à de graves difficultés, tout comme le mouvement ouvrier et populaire. La crise économique frappe de plein fouet le mouvement des masses. En appliquant son plan d'austérité, le gouvernement du PRI a très fortement réprimé le mouvement ouvrier. Il a réprimé le droit de grève, attaqué les contrats collectifs de travail, licencié des dizaines de milliers de travailleurs. Cette offensive a pour but de désarticuler les capacités de résistance du mouvement ouvrier face à la politique d'austérité. Ce dernier a été très durement frappé et n'a pas la capacité de répondre, syndicat par syndicat, entreprise par entreprise, aux attaques du gouvernement. On a assisté à de grandes manifestations de mécontentement, comme le ler Mai de l'an dernier, où près d'un million de travailleurs ont apostrophé le président de la République, l'ont hué et sifflé (1). Mais aucun syndicat pris séparément ne peut riposter efficacement au pouvoir. Des syndicats comme ceux des travailleurs du métro de la ville de Mexico, des employés du téléphone, de l'électricité, ont subi d'importants échecs. En second lieu, les coups ont aussi été très durs pour le mouvement des « colonos », les habitants pauvres de la ville de Mexico, qui ont été violemment réprimés par la police, encerclés, expulsés des terrains qu'ils occupaient. Le gouvernement a essayé de diviser la coordination du mouvement urbain populaire.

Dans ce contexte, au travers de la CNPA et de l'alliance établie avec la CIOAC et l'UGOCM, les trois organisations à l'initiative de la manifestation du 10 avril, le mouvement paysan est le seul secteur de masse capable d'organiser aujourd'hui une mobilisation de dimension

1. Cf. Inprecor numéro 175 du 11 juin 1984

Emiliano Zapata. (DR)

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nationale. Et le gouvernement veut pour cela le désarticuler, lui ôter toute légitimité, en affirmant qu'il ne se fonde pas sur des revendications véritables, et que le seul but recherché est de créer des conflits dans les campagnes. Ce n'est donc pas l'effet du hasard s'il y a eu tant d'assassinats de militants paysans après le 10 avril. Le gouvernement cherche à frapper chaque organisation, séparément au niveau régional, pour leur faire peur, les désorganiser, empêcher qu'elles ne se mobilisent, pour faire de la CNPA une coquille vide, sans base sociale. La marche paysanne du 10 avril est déjà une première réponse à l'offensive gouvernementale. Elle ouvre des possibilités pour de nouvelles formes de coordination, attirant encore d'autres forces paysannes dans une alliance plus solide et plus large.

Mais il faut rester conscients du fait que nous allons probablement assister dans les prochains mois à une offensive gouvernementale identique à celle de l'an dernier, peut-être même plus puissante et vigoureuse encore contre le mouvement paysan. Peut-être même le gouvernement va-t-il cette fois-ci frapper non plus au seul niveau régional, mais sur l'ensemble de la CNPA, au cœur même de ce mouvement. De fait, lors de la vague de répression de Tequisquiac, le gouvernement a essayé de s'en prendre à plusieurs des membres clé de la Coordination nationale « Plan de Ayala » en les accusant d'agressions, d'association illégale, d'atteinte à la propriété. Si ces accusations étaient suivies de procès, cela pourrait mener à des sentences allant de 12 à 40 ans de prison pour ces dirigeants paysans.

Dans le passé, le gouvernement a déjà eu recours à ces moyens contre d'autres dirigeants paysans. Pour prendre le cas de la CIOAC, le camarade Ramon Danzos Palomino, qui est un vieux dirigeant pay san, a été accusé, en 1973, de ces mêmes délits et a fait un an de prison. Le gouvernement voulait ainsi désorganiser le mouvement paysan. De ce point de vue, son échec fut total, car le mouvement s'est réorganisé en dehors de la CIOAC même, et ce qui est aujourd'hui la CNPA s'est renforcé. Mais il ne serait pas étonnant que le gouvernement veuille aujourd'hui toucher la tête même des organisations, pour essayer de les casser, en combinant cette action avec la répression localisée contre le mouvement paysan.

Le mouvement paysan mexicain est en train de devenir un véritable pôle de référence pour les masses populaires de ce pays. Les conditions sont réunies pour susciter une large alternative, démocratique, unitaire des organisations paysannes, préparant une assemblée nationale paysanne, dont l'objectif serait de débattre d'un projet de Loi agraire alternative et d'un plan de lutte pour l'ensemble de la paysannerie. Si cette assemblée nationale paysanne parvient à se tenir dans les mêmes conditions que s'est déroulée la mobilisation du 10 avril dernier, ce sera là un saut qualitatif dans le développement du mouvement paysan dans la voie de la mise en place de formes d'unité et de centralisation encore plus larges.

LOSS

LA ME. DERE

ARDYO

Manifestation paysanne. (DR)

Si la répression peut placer le mouvement paysan indépendant dans une situation très difficile, celui-ci a d'ores et déjà atteint un niveau d'expérience et d'accumulation de forces qui doit lui permettre de continuer la lutte, s'il se trouve confronté à des conditions d'action plus difficiles. Le mouvement paysan mexicain n'est aujourd'hui facilement désorganisable. Même s'il s'abat une répression très dure, il sera en mesure de répondre à ces nouvelles conditions, peut-être par des formes de lutte différentes. Si les mobilisations actuelles parviennent à moditier le rapport des forces au profit du mouvement paysan, il sera alors possible de créer une véritable action de masse dans

Il sera possible de mettre en place une sorte de coordination organique entre les différents regroupements de la paysannerie. Celle-ci ne regroupera peut-être pas d'emblée la majorité de la paysannerie, ce ne sera pas encore la Centrale unique des paysans, mais elle constituera une organisation paysanne de coordination suffisamment importante pour exprimer de façon solide et durable les revendications locales ou partielles des paysans. Ainsi, lors de la marche du 10 avril, pour la première fois, on a fait valoir des revendications spécifiques, comme la demande de l'application des résolutions présidentielles concernant les attributions de terre, car la terre n'a toujours pas été donnée aux paysans, même lorsque des décrets de dotation ont déjà été publiés.

La discussion a pu être engagée avec le gouvernement pour la libération des paysans emprisonnés. Une négociation a démarré, avec différentes instances gouvernementales, qui peut permettre au mouvement paysan de se renforcer. Curieusement, c'est après la marche du 10 avril que les audiences officielles au plus haut niveau ont commencé avec les responsables paysans. Cela ne s'était jamais produit auparavant. Dans la même semaine, la CNPA a été reçue en audience. C'est le gouvernement qui a fait la propo-

TO PEND

TOTALE

ALOYO TITAN

ENRA

sition de recevoir les revendications paysannes, à travers différents organismes d'Etat, le secrétariat à la Réforme agraire, le secrétariat à l'Agriculture, le directeur général de la Banque de crédit rural, le directeur des Assurances de l'agriculture et de l'élevage, etc. C'est dire l'impact de la mobilisation, pour que le gouvernement dans son ensemble se préoccupe ainsi de canaliser le mécontentement paysan en acceptant de recevoir les dirigeants de ces mouvements et d'entendre certaines de leurs revendications spécifiques.

Si la mobilisation parvient à articuler les revendications politiques, économiques et agraires dans un seul cadre, il peut en surgir une expression très forte du mouvement paysan. Il n'y a pas de garantie, bien sûr, que les événements se déroulent ainsi. Tout va dépendre des prochains affrontements, des prochaines réponses du mouvement paysan. Mais cette perspective existe réellement. Il est effectiveconjoncture, avec une politique qui permette de répondre à ce qui se passe, de faire faire d'importants progrès à la mobilisation paysanne. On ne doit pas, de ce point de vue, se satisfaire de la capacité de mobilisation qui existe déjà et il ne faut pas non plus rester passif face aux attaques gouvernementales qui vont certainement se produire à nouveau. Car le régime ne va pas se contenter de négocier avec les paysans.

La réponse du gouvernement mexicain aux revendications des paysans a historiquement toujours comporté un double aspect : répression d'un côté et concessions partielles de l'autre. C'est probablement ce qui va encore se produire : des concessions sur une série de points et la répression sur d'autres. Il faudra donc savoir profiter des concessions pour renforcer la mobilisation paysanne, de manière à se préparer à résister aux différentes formes de répression qui vont s'abattre sur le mouvement paysan.

Margarito MONTES PARRA, Mexico, 28 avril 1985.

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