Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AUTRICHE

Pour une OGB qui se porte au premier rang des luttes écologiques

· Inprecor n° 198, 10 juin 1985 · p. 25 · 890 mots

Écologie Syndicalisme

Nous publions ci-dessous un texte des Syndicalistes contre le barrage de Hainburg

Les questions écologiques prennent une importance croissante. Il ne se passe pas un jour sans qu'il y ait une alerte sur un problème d'environnement. Les forêts qui meurent, les fleuves qui crèvent, des étendues maritimes biologiquement mortes, ce sont là les conséquences d'une exploitation sauvage et sans retenue de la nature. Seveso, Harrisburg, Bhopal, l'alerte au smog dans la Ruhr ne sont que le sommet d'un iceberg d'irresponsabilités écologiques.

Déjà en 1978, la sensibilisation accrue sur les problèmes d'environnement avait abouti au vote contre la centrale de Zwentendorf. Une majorité se prononça contre l'énergie nucléaire, coûteuse, dangereuse, et qui constitue une impasse en matière de politique énergétique. Au lieu de se saisir de ce référendum pour changer ses conceptions, la direction de l'OGB (principale confédération syndicale autrichienne, ndlr.) a continué à s'orienter selon les perspectives du passé, sans se préoccuper le moins du monde d'organiser une large discussion parmi les syndicalistes, sur une nouvelle politique énergétique. Pas une occasion ne fut perdue pour battre le tambour en faveur de Zwentendorf, en chœur avec les patrons, ou de défendre des projets contestés d'autres centrales nucléaires (Dorfertal, Reichraming). Dans le cas de Hainburg, la direction de l'OGB fut même à la tête des partisans de la construction et menaça les occupants du site de recourir à la force.

En permanence, c'est le souci justifié des travailleurs de protéger leur emploi qui est pris comme prétexte pour atteler les syndicats au char de la politique énergétique. (...) Pendant que les directions de l'AK et de l'OGB disent un « oui » acritique aux nouvelles technologies et à la restructuration de l'industrie nationalisée, qui entraînent pourtant la disparition de milliers d'emplois, c'est en général à un « non » indifférencié que se heurtent les intérêts de la protection de l'environnement.

Pour le dire encore plus clairement, il faut ajouter qu'un nouveau conflit comme celui de Hainburg et une OGB se situant à nouveau du mauvais côté, nous contraidraient à remballer notre attirail de syndicalistes. Tous ceux qui sont vivants, critiques et tournés vers l'avenir, de quelque manière que ce soit, ne peuvent que se détourner d'une telle « OGB-Béton ». La possibilité pour les travailleurs d'obtenir des améliorations et même de défendre des droits acquis, va être sérieusement entamée, et les syndicats seront toujours plus sur la défensive.

Il faut déclarer la guerre à l'exploitation sauvage de la nature, qui n'est que le reflet de l'exploitation de l'homme dans « la libre économie de marché ». Car la conception qui consiste à prendre la nature et l'environnement pour une sorte de libre-service où l'on puise sans ménagement mène à des luttes écologiques la catastrophe écologique. La protection de l'environnement n'est pas un luxe, ce n'est pas le « cheval de bataille de quelques fous coupés du monde ». C'est nous, ouvriers et employés, qui devons respirer l'air empesté, ce sont nos lieux de détente qui sont détruits, c'est notre santé qui est menacée, au travail et durant notre temps libre.

Aujourd'hui déjà, les médias ou certains conservateurs tentent de tirer un profit politique du cours actuel des dirigeants du mouvement ouvrier, en se donnant une coloration « verte ». Cette démagogie ne peut cependant être réellement battue en brèche que si le mouvement ouvrier prend au sérieux les revendications écologiques et les fait siennes.

Nous proposons concrètement : Au lieu de se laisser prendre au jeu des barons de la construction et de l'électricité, au nom d'une « nécessité » après l'autre, il est temps que les syndicats élaborent leur propre plan énergétique, en collaboration étroite avec les camarades des entreprises concernées, des scientifiques critiques et des écologistes. Les repères pour s'orienter en ce domaine doivent être entre autres les suivants : au lieu de toujours plus d'énergie, proposer une énergie produite intelligemment ; étudier l'utilisation des énergies douces, inoffensives pour l'environnement, ce qui ouvre justement un large champ à une utilisation rationnelle des nouvelles technologies (par exemple, les micro-processeurs) ; développer les transports publics, ce qui devrait amener une amélioration notable du bilan énergétique et aurait, en plus, un effet notable sur l'emploi.

Le maintien des emplois ne veut pas du tout dire qu'il faille s'en tenir au cours actuel. Une politique écologique consciente ne crée pas moins d'emplois, mais plus. Evidemment, la protection de l'environnement ne peut constituer à elle seule une réponse au fléau du chômage. L'introduction rapide de la semaine de 35 heures est plus que jamais d'ac-

Comme Hainburg le montre, il faut plus de démocratie à l'intérieur de l'OGB, plus de droit de décider pour la base syndicale. En ce qui concerne les questions centrales, les décisions doivent être prises par les conférences des conseils d'entreprise et après des consultations préalables. Le processus de décision doit laisser les mêmes chances aux différents points de vue : accès égal aux publications de l'AK, de lOGB et des svndicats. égalité dans le droit d'utiliser les équipements syndicaux (salles, centres de formation) et d'organiser des réunions avec la participation des représentants des différentes positions.

Nous sommes pour un mouvement syndical fort, unitaire, pour une OGB qui défende les intérêts de ses membres et non ceux de ses « partenaires sociaux ».

Syndicalistes contre Hainburg, pour une politique alternative de l'environnement.

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