Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EGYPTE

Troubles sociaux et répression

· Inprecor n° 198, 10 juin 1985 · p. 5 · 1 094 mots

France

Dance au Pati Coeur personnes était are des cous ra sasion d'agate. EBUT janvier, plusieurs personnes étaient arrêtées sous l'accusation d'appartedu PC égyptien) - et à une « organisation communiste trotskyste » (cf. Inprecor numéro 191 du 4 mars 1985 et 192 du 18 mars 1985.) Sur ces 26 personnes, une dizaine était immédiatement remise en liberté provisoire, les autres l'étant quelques semaines plus tard. A ce jour, tous les militants incarcérés en janvier 1985 ont été libérés, après un mois d'emprisonnement pour certains d'entre eux. Mais le tribunal n'a pas en-

L'article que nous publions ci-dessous présente une analyse de cette dernière vague de répression dans le contexte des troubles sociaux de cette dernière décennie, qui s'est surtout caractérisée dans les deux dernières années par des luttes dans les milieux

EGYPTE core statué sur le chef d'accusation qui était retenu contre eux. étudiants et par une relance des grèves et des actions ouvrières. Mustapha TAHA

La Ligue communiste révolutionnaire d'Egypte a subi trois vagues de répression au cours des dix dernières années : en juillet 1975, juillet 1980 et janvier 1985. Au cours de cette même période, la gauche égyptienne en général a subi près de vingt vagues d'arrestations qui ont abouti à l'emprisonnement de milliers de militants, dont certains ont été l'objet de tortures, comme cela a été récemment démontré devant les tribunaux.

Le but fondamental de ces campagnes répressives est de tuer dans l'œuf les forces de la gauche égyptienne qui, en dépit de leur isolement et de leur faiblesse, continuent à représenter un danger que ne saurait sous-estimer un régime confronté à de graves difficultés et à une série ininterrompue de crises.

RÉPRESSION ET MUTATIONS

ÉCONOMIQUES ET SOCIALES La forte répression de la égyptienne au cours des dix dernières années a accompagné les profondes mutations politiques, économiques et sociales connues par le pays. L'ennemi national historique des peuples arabes, l'Etat sioniste d'Israël, agresseur de l'Egypte et des Etats arabes depuis 1948, est soudainement devenu un ami intime du régime égyptien. Les mesures de normalisation des relations entre les deux pays ont prode manière provocante, alors que les relations diplomatiques de l'Egypte avec la plupart des pays arabes étaient

Par ailleurs, le pouvoir égyptien s'est totalement inféodé à l'impérialisme américain, de sorte que les objectifs nationalistes de l'unité arabe et de l'indépendance nationale ont été remplacés par un programme dont les priorités sont dictées par les intérêts américains dans la région. Enfin, la politique de la porte ouverte aux investissements étrangers a provoqué de

Troubles sociaux

et répression

graves crises économiques et une très forte pression inflationniste.

L'ensemble de ces mutations économiques et sociales a déterminé une ample série de troubles sociaux, où l'on peut discerner, depuis le milieu des années

- Les émeutes de la faim en janvier 1977, qui se sont étendues à l'ensemble du territoire et auxquelles ont pris part des millions de citoyens, au point d'obliger le pouvoir à recourir à l'armée pour les réprimer.

- Les rixes confessionnelles musulmans et chrétiens coptes, au début de cette décennie, dans le déclenchement desquelles le régime a joué un rôle direct, mais qui l'ont ensuite dépassé, l'obligeant à affronter les groupes religieux islamiques et à mettre ainsi fin au flirt qui existait auparavant entre le régime et le cou-

Men général. Cet affrontement s'est soldé par une grande vague de répression qui a touché des milliers de membres et sympathisants des groupes religieux, provoquant en réaction l'assassinat d'Anouar el Sadate. Son successeur, Hosni Moubarak, a inauguré son règne par l'arrestation de plusieurs milliers de personnes appartenant à tous les courants de l'opposition religieuse et politique.

- La troisième vague d'agitation sociale a commencé depuis deux ans et se poursuit encore. Elle a été marquée par des grèves et des manifestations étudiantes dans la plupart des universités égyptiennes ces deux dernières années, actions dont les principaux objectifs étaient la suppression des listes étudiantes réactionnaires pour les élections et l'expulsion hors des campus de la « garde universitaire », en plus de nombre de revendications corporatiste. D'autre part, au cours de la même période, des dizaines de grèves et de révoltes ouvrières ont éclaté. On peut notamment citer les événements qui se sont déroulés fin 1984 et début 1985 dans la cité industrielle de Kafr-el-

Dawar, paralysant la ville entière et aboutissant à des affrontements sanglants entre les ouvriers et les forces de la sécurité centrale. Cette vague de luttes dans les universités égyptiennes et les villes ouvrières n'indique pas seulement la possibilité de son amplification, mais aussi la possibilité objective de l'élargissement de l'influence des forces de gauche qui ont participé directement et indirectement à ces luttes.

POURQUOI LES DERNIERES

ARRESTATIONS ? La dernière campagne d'arrestations lancée par le régime, début 1985, a touché des militants actifs de courants communistes divers, dont tout particulièrement des membres et sympathisants de la LCR trotskyste. Cette vague répressive avait objectifs : réprimer ceux qui pouvaient être considérés comme les militants les plus dynamiques et les plus influents de ces courants communistes, faire avorter les efforts de la LCR pour se construire en prévision des luttes attendues pour le proche avenir, découvrir sa dimension organisationnelle, effrayer et donner un avertissement aux autres groupes communistes clandestins et notam(PCE), lui aussi visé par une future campagne répressive, briser la campagne d'opposition à la participation d'Israël à la Foire internationale du livre au Caire.

sont accompagnées de l'orchestration d'une campagne de propagande répressive, partant des dépassant par les attaques des journaux gouvernementaux contre les détenus, accusant 'la LCR de diffuser des idées athées, de détenir des explosifs et des armes et de prôner la révolution sanglante, pour aboutir aux déclarations du procureur de la Cour suprême de sécurité de l'Etat promettant aux détenus, avant même la fin de l'enquête, les travaux forcés à perpétuité. Cette campagne de propagande visait le communisme en général, en prévision de la visite de Hosni Moubarak aux USA.

Cependant, les forces de gauche sont parvenues à répondre de façon limitée à ces diffamations, au moyen de quelques articles publiés dans les journaux de l'op position « légale » et en organisant une série de marches, manifestations et meetings à la Foire internationale du livre, ainsi que par la diffusion d'un manifeste rédigé par les détenus de la prison d'ElKamater et d'un communiqué des parents

D'autres campagnes de répression sont en cours de préparation, contre lesquelles il faudra de nouveau dénoncer le caractère fallacieux de la soi-disant démocratie égyptienne et organiser des campagnes de solidarité avec l'ensemble des militants qui subissent la répression policiè-

Mustapha TAHA, Le Caire, 12 mai 1985.

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