L" double décision » de 1979 (implantation des misiles américains en 1984 en cas A polémique sur l'entrée de l'Espagne dans l'OTAN s'inscrit dans le cadre de la
• d'échec des négociations de Genève). Elle est également marquée par l'avertissement que constitua le coup d'Etat manqué de février 1981(1). Depuis cette date, la question de l'OTAN et celle non moins importante des bases américaines, étaient déjà qu'elles avaient fait naître, au travers de la première mobilisation dans ce pays contre les blocs, lors de la première marche contre la base aérienne de Torrejon de Ardoz, près
C'est dans la combinaison entre l'occasion offerte de se mobiliser dans la rue sur ce thème et celle d'exprimer un sentiment anti-américain très enraciné, que résident les raisons pour lesquelles environ 15 000 personnes ont répondu à l'appel lancé par une structure alors quasi inconnue, la commission de la Première marche de Torrejon.
Les attentes de ceux qui ont participé à la mise sur pied de cette commission ont été dépassées et cet appel à manifester a obtenu un succès qui a placé les forces révolutionnaires au début d'une situation radicalement nouvelle. Pour la première fois était réussie une manifestation sur un thème de cette importance, à l'appel d'une structure soutenue par les seules forces de la gauche révolutionnaire et les secteurs indépendants tions du 8 décembre prochain, l'engagement du SP ainsi que des Verts pour le retrait des missiles, sont autant de facteurs qui font qu'il apparaît aux yeux des masses une possibilité réelle de remporter la victoire dans la bataille contre les euromissiles. Malgré le déploiement déjà réalisé, la prochaine manifestation sera à n'en pas douter massive, car il n'y a aucun signe de démobilisation.
LES PROBLEMES POLITIQUES
CENTRAUX SONT POSES Ainsi, la pression de cette mobilisation sur les partis politiques se poursuivra, posant les problèmes clés de la stratégie ouvrière en Belgique. D'une part, dans le mouvement ouvrier chrétien, contre-nature avec le CVP est devenu un large sujet de débat. Le courant qui se bat pour la formation d'un parti indépendant de travailleurs chrétiens, en CVP, représente déjà un tiers du mouve. ment ouvrier chrétien. Quoique cette tendance soit aussi le produit d'un mécontentement face au soutien que les syndicats chrétiens ont apporté à la politique d'austérité brutale de l'actuel gouvernement, elle a été fortement influencée par la politique du CVP sur les missiles.
A deux reprises, un véritable s'est produit dans les rangs de l'ACW. Une trentaine de parlementaires du CVP qui appartiennent à son aile ouvrière ont manifesté avec l'ACW, le 23 octobre 1983. Mais, deux semaines plus tard, ils votaient en bloc avec le CVP et le gouvernement, frappant ainsi de dos les manifestants. Le 17 mars 1985, la direction de l'ACW refusait d'appeler à la manifestation d'urgence contre le déploiement des missiles, pour ne pas mettre en difficulté encore une fois le CVP et le gouvernement. La base de l'ACW se révoltait et manifestait quand même avec le VAKA, ouvertement et par dizaines de milliers de personnes. A travers ces expériences de lutte, la perspective d'un parti autonome des travailleurs chrétiens gagne de plus en plus de
D'autre part, la perspective politique du SP, qui n'a jamais proposé rien d'autre que de gouverner avec les partis de droite, est aussi sujet à débat. A partir de la question des missiles, beaucoup se demandent quelle peut bien être l'utilité de telles coalitions. La perspective d'un front politique des travailleurs socialistes et des travailleurs chrétiens, fondé sur l'unité des deux grands syndicats, apparaît de plus en plus comme la seule alternative possible.
Ainsi, les deux obstacles principaux au développement de la perspective d'un gouvernement des travailleurs se trouvent maintenant exposés clairement aux yeux des masses, à une échelle infiniment plus large qu'auparavant. Quelle que soit la façon dont le dossier des euromissiles sera clos, cette dynamique politique ne sera pas le moindre des résultats du mouvement de la paix.
Guy HENDRIX, Bruxelles, 17 mai 1985.
ETAT ESPAGNOL et les bases américaines dans l'air, rendant ainsi possible la traduction de l'inquiétude encore de Madrid, en 1981. de l'avant-garde, les organisations écologistes, etc.
Un autre facteur qui contribua au succès de cette initiative réside dans le fait que les objectifs de la mobilisation étaient cohérents et mis en avant avec une certaine fermeté par ses initiateurs, qui disposaient du prestige d'appartenir à l'unique secteur qui n'avait pas pactisé avec la Réforme politique (2) ni cédé aux chantages qui l'avaient suivie. Abandonné depuis fort longtemps par les partis réformistes, c'est-à-dire par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et le Parti communiste espagnol (PCE) et par les organisations syndicales, tout ce champ d'action restait ouvert à ceux qui étaient les seuls à vouloir le remplir. On peut se demander si cette mobilisation n'a pas aussi été favorisée par l'attitude de beaucoup de désenchantés de la gauche qui n'étaient pas décidés à céder sur ce terrain. Les motivations de ce large courant d'anciens militants des partis de gauche, d'indépendants proches de ces formations ou de secteurs de gauche des organisations de masse, allaient depuis le soutien à une position franchement anti-impérialiste jusconfus d'aspiration à une réelle souveraineté nationale. Mais ce qui est sûr, par exemple, c'est que cet amalgame de motivations s'est canalisé vers des propositions correctes, fermes et radicales grâce à la de la gauche révolutionnaire dans la structure d'organisation de cette manifestation et de celles qui l'ont suivie.
Ce fait a été implicitement reconnu par tous ceux qui ont milité avec ce qui s'est ensuite définitivement appelé la Commission anti-OTAN de Madrid. Pour la première fois dans l'histoire récente de l'Etat espagnol, la gauche révolutionnaire a réussi à se porter à la direction, à être l'élément de cohésion d'une large avantpassablement décontenancée par l'évolution de la situation politique qui s'opposait aux espoirs de changement d'une majorité de la population. Dans ce sens, la défense intransigeante d'un programme radical sur la question antimilitariste prenait de l'importance. Le lien fait entre la dénonciation de l'OTAN et celle des bases américaines a été critiqué par les partis réformistes et par les secteurs modérés des syndicats, comme par certaines organisations pacifistes qui ont alors commencé à se développer. La résistance à cette pression tendant à vouloir rabaisser le contenu revendicatif des mobilisations qui, dans un premier temps, s'était reflétée dans la bataille pour que le thème des bases militaires US ne soit pas lié à celui de l'OTAN, a été l'élément décisif pour qu'un nombre toujours plus important de gens comprenne que le courant des militants radicaux était le seul à pouvoir mener jusqu'au bout cette lutte.
Toutefois, cette mobilisation aurait très bien pu, comme tant d'autres, s'enfermer dans une impasse. Dans un passé encore récent, une forte pression populaire s'était exercée sur des revendications qui
1. Sur l'analyse du putsch militaire du 23 février 1981, se reporter à Inprecor numéros 97 du 16 mars 1981 et 107 du 5 août 1981.
2. L'expression « Réforme politique » définit l'évolution post-franquiste du régime espagnol négociée par le roi avec les partis réformistes. La « contre-réforme », qui s'exprima lors du coup d'Etat du 23 février 1981, était le résultat de la réaction d'un appareil franquiste toujours puissant au sein de ce qu'on appelle les « pouvoirs de fait », c'est-à-dire l'armée, l'Etat et l'Eglise.
mement impopulaire, du fait de son ambi-. unitaires, sans aspirations dirigistes ou n'avaient finalement pas abouti, et cette même pression avait fondu à la chaleur de la Réforme politique et du désenchantement qui l'avait suivie. Pourquoi donc l'intégration définitive de l'Etat espagnol dans l'OTAN, comme 16ème membre de cette alliance, achevée par le gouvernement de Calvo Sotelo en mai 1982, n'en a-t-elle pas terminé avec ces mobilisations ? Pourquoi un certain découragement ambiant ne s'est-il pas étendu aux mobilisations sur cette question ? Pourquoi la revendications radicales n'a-t-elle pas cédé le pas aux propositions « réalistes » des secteurs réformistes ? Il est impossible de donner une unique à toutes ces interrogations. Une série de facteurs se sont combinés pour produire le maintien, l'affermissement et la croissance ultérieure de ce mouvement antiguerre en gestation. En premier lieu, le coup d'Etat de février 1981 a eu pour conséquence un blocage de la situation.
les partis parlementaires avaient accepté le chantage de l'appareil d'Etat pour conclure une série de réformes importantes - l'administration autonome, la législation antiterroriste, les mesures économiques, etc. - tandis que, de l'autre, le sentiment d'impuissance d'une grande partie des courants d'avant-garde, et même d'autres secteurs du mouvement ouvrier et populaire devant le coup d'Etat et ses conséquences ultérieures, n'avaient pas d'autre issue pour s'exprimer que celle des mobilisations anti-OTAN. Beaucoup de gens ont alors aussi commencé à douter de la politique des pactes, au vu du sombre résultat qu'elle avait donné. dans l'évolution croissante de la prise de conscience de l'importance du thème de l'OTAN et des bases militaires, du problème des blocs, de la dynamique de la course aux armements et du danger de guerre. Sur ce sujet, l'attitude du PSOE, alors dans l'opposition, était importante même si elle était clairement fondée sur une démarche électoraliste et opportuniste. L'énorme manifestation de 1981 à Madrid, appelée par le PSOE, fut la réponse de ce parti, aspirant au pouvoir, à la manœuvre indéfendable d'un gouvernement en décrépitude qui parachevait l'intégration de l'Etat espagnol dans l'OTAN. Mais, en même temps, ce fut un facteur important pour attirer l'attention de beaucoup de gens et pour réveiller l'intérêt de larges secteurs de la population sur cette question, pour populariser enfin. un débat dont la conclusion — la sortie de l'OTAN - finira par partager le sort des promesses électorales non tenues, tout comme celle de la création de 800 000 nouveaux postes de travail.
Mais il ne faut pas se tromper. Le PSOE n'a jamais fait qu'essayer de se raccrocher, le plus prudemment possible, au train de la mobilisation de masse que la gauche radicale avait déjà mise en marche. Les mobilisations sur cette question ont obligé le PSOE lui-même à prendre position, en adoptant le mot d'ordre fameux de « Non à l'entrée dans l'OTAN ». Dès le début, ce mot d'ordre était extrêguité et de son caractère trompeur, d'une part parce que l'Etat espagnol était déjà depuis 1976 lié à certaines structures de
Get, d'autre part, parce qu'il faisait l'impasse sur la question des bases militaires US. Cette grande manifestation du PSOE a donc finalement été capitalisée par le secteur radical, dans la mesure même où le mot d'ordre qui y fut le plus massivement repris était celui-là même qui était le plus craint par le PSOE, celui du « Non à l'OTAN, dehors les bases ! » C'était la première fois que les réformistes faisaient l'expérience de l'énorme difficulté de remettre ce mouvement de masse sur les rails de propositions plus modérées et plus ambiguës.
C'est ainsi que s'explique le fait que, d'une part, les mobilisations antiguerre n'ont pas cessé et que, de l'autre, leur contenu revendicatif n'ait pas pu être révisé en baisse. Mais, comment expliquer la transcroissance de ce sentiment populaire contre l'OTAN et les bases militaires en un mouvement de masse disposant d'un ensemble d'objectifs importants et radicaux, s'organisant progressivement pour pousser dans les cordes un gouvernement élu par une majorité électorale inhabituel-
Outre l'importance intrinsèque des revendications avancées par cette mobilisation, le travail d'agitation et d'explication entrepris a été la clé pour populariser ces luttes et les rendre massives. Mais il existe un saut qualitatif dans le degré de structuration d'un mouvement de masse lorsque des noyaux chaque fois plus importants de participants passent du statut de simple manifestants à celui d'organisateurs collectifs de ces mêmes manifestations. Ce processus est très lié à l'attitude, au style de travail de ceux qui ont initialement formé, puis alimenté politiquement et organisationnellement le mouvement
L'UNITÉ SANS DOGMATISME L'importance de la contribution de la gauche révolutionnaire dans la formation de ce mouvement est indubitable et d'ailleurs reconnue aujourd'hui par le PCE. Or, les organisations de la gauche révolution-
Sont souvent la réputation, et pas seulement dans l'Etat espagnol, d'être sectaires ou de tendre au sectarisme. Dans le cas de la mobilisation contre l'OTAN et les bases, ce sont la dynamique et le style du travail entrepris, et précisément par la gauche révolutionnaire, qui que des groupes de militants d'avant-garde indépendants, membres des organisations écologistes ou antinucléaires, et même jusqu'aux syndicats et au PCE, se sont intégrés, avec plus ou moins de réticence selon les endroits, dans ce mouvement.
Ce type d'intervention peut se définir par quatre éléments fondamentaux :
- Le processus unitaire. Depuis le début, la Commission anti-OTAN de Madrid, comme d'autres organismes similaires dans le reste de l'Etat espagnol, ont proposé la participation à l'action et à la discussion sur des bases scrupuleusement
« Non à l'OTAN, dehors les bases ! » (DR)
BASES FUERA manipulatoires, suivant le principe et la règle d'or de parvenir à faire l'unité pour que cela serve à quelque chose dans l'action. Il n'a pas été recherché un processus unitaire fictif ou qui ne serve à rien, se limitant par exemple à regrouper tout le monde sans exception en rabaissant le contenu des revendications, mais un processus unitaire sur la base des propositions radicales et cohérentes qui avaient déjà fait leurs preuves pour regrouper et
- Une dynamique non dogmatique. Très peu de temps après que ces mobilisations aient démontré toute leur importance et que leur objet soit devenu d'intérêt général, des rencontres-débats au niveau de l'Etat ont eu lieu pour la définition d'un certain « programme », concrétisé dans une série de mots d'ordre pour la mobilisation. Lors de ces rencontres se dessinaient déjà un secteur modéré et un autre radical.
Toutefois, la méthode utilisée lors de ces discussions, qui consistait à mettre surtout l'accent sur les points d'accord généraux sans que les autres aspects du problème ne soient un obstacle à l'unité d'action ultérieure, c'est justement ce qui permit qu'un mouvement si ample et si hétérogène ne s'éteigne pas en se diluant dans la tendance qu'ont les diverses organisations participantes à agir pour leur propre compte. Ce qui a indubitablement pesé, c'est le fait qu'il existait un élément qui centralisait tout, le mot d'ordre « Non à l'OTAN, dehors les bases ! ». Le secteur modéré voulait séparer les deux thèmes, celui de l'OTAN et celui des bases militaires, afin d'éviter que ces dernières soient mises en question. Mais le soutien populaire que cette double formulation avait que l'intransigeance avec laquelle le secteur radical a défendu la relation entre les deux éléments de ce mot d'ordre, ont fait que cette revendication mobilisatrice a été maintenue et a représenté une barrière contre laquelle se sont brisées les tentatives réformistes de diluer le contenu des mobilisations.
C'est ainsi qu'a commencé à se profiler un style de débat interne au mouvement qui permettait à la fois d'œuvrer unitairement à la mobilisation autour de mots d'ordre majoritairement assumés et de continuer à discuter des différents thèmes proposés, comme par exemple celui des objectifs du mouvement, et sur lesquels il n'existait pas encore un consensus suffisant pour trancher.
- Un modèle de fonctionnement interne. Mais, de fait, l'autre grand apport de l'avant-garde radicale du mouvement fut de ne pas permettre que ce dernier reste tranquillement installé sur cet espace commun encore réduit, mais qu'il élabore progressivement ses positions sur un certain nombre de thèmes chaque fois plus importants, comme ceux de la dissolution des blocs militaires, de la lutte contre les dépenses militaires, de l'opposition au service militaire, de la solidarité antiimpérialiste, de l'antimilitarisme, de la mobilisation contre le nucléaire civil et militaire. Tout en proposant ces thèmes de mobilisation au reste des organisations parties prenantes du mouvement, ce courant radical agissait simultanément sur ces mêmes questions. On était parvenu à un système de fonctionnement qui permettait à ceux qui assumaient certains mots d'ordre d'en faire l'objet de mobilisations, sans que pour autant cela ne suppose une rupture avec d'autres secteurs du mouvement qui s'y refusaient encore.
Ce modèle de fonctionnement a permis au courant radical de véritablement parvenir à convaincre d'autres secteurs du besoin d'assumer ses positions. Si ce courant radical avait tenté de s'imposer aux autres dans le débat même, l'évolution la plus sûre c'est que la coordination de toutes ces organisations et secteurs du mouvement se serait brisée, avec tout ce que cela suppose comme discrédit et perte de confiance à son égard.
- Les progrès dans l'organisation du mouvement. Tout cela a été rendu possible dans la mesure où il n'existait pas alors une structure organisationnelle stable. De cette façon, les actions, les mobilisations que développait le courant radical n'étaient pas perçues par d'autres secteurs comme relevant d'une attitude agressive vis-à-vis d'eux, dans la mesure où il demeurait bien clair que ces actions étaient appelées par les uns et pas par les autres.
Il est évident qu'une fois que le programme du courant radical se fut imposé comme le plus utile, à la fois par sa cohérence et par la fermeté avec laquelle il s'était affirmé, et qu'il avait gagné un appui populaire massif, le moment était alors venu d'exercer quelques pressions sur les secteurs moins conséquents du mouvement ou directement sur les courants directement réformistes, pour les amener à assumer le contenu radical des propositions du mouvement. Ainsi, après que le courant radical ait réalisé un certain nombre de mobilisations de diffé. rents types, obtenant l'appui de larges fractions de la population, s'est alors posée la nécessité de structurer et d'organiser mieux les efforts de toutes les organisations pacifistes, antimilitaristes, etc. de l'Etat espagnol. Cela a débouché sur la formation, au niveau de l'Etat espagnol, d'une coordination des organisations pacifistes. La caractéristique essentielle de cette coordination était une coexistence non problématique de différentes tendances en son sein, et son premier but était d'organiser les mobilisations à l'échelle de l'Etat, leur faisant ainsi franchir un saut vierte en lo tuyo
: Por el camb
Le changement promis par le PSOE ne s'est pas concrétisé. (DR) qualitatif. Le mouvement cessait de n'être que l'expression de protestations pour commencer à être l'expression coordonnée de la pression populaire autour de son programme radical.
C'est cette même pression populaire qui a obligé le candidat au poste de Premier ministre, Felipe Gonzalez, à proposer une plate-forme électorale pour les consultations législatives du 28 octobre 1982, qui contenait dans ses principaux points la promesse d'organiser un référendum sur la présence de l'Etat espagnol dans l'OTAN, au cas où le PSOE remporterait les élections. Il est difficile de savoir si cette proposition était le fruit d'une estimation erronée de la profondeur du sentiment de l'opinion publique sur cette question ou bien si les dirigeants du PSOE croyaient que, malgré tout, ils pourraient ensuite contenir la marée revendicative, avec tous les moyens dont ils disposaient au gouvernement. Toujours est-il que cette promesse fut faite. Felipe Gonzalez disait à l'époque que si le gouvernement de l'Union du centre démocratique (UCD) avait fait entrer l'Etat espagnol la porte de derrière », il était toujours possible d'en sortir de la même façon. Et c'est ce qui lui valut une bonne partie des plus de dix millions de voix qu'il allait obtenir aux élections
Naturellement, l'ensemble du mouvement antiguerre s'est rapidement saisi de cette promesse et en fit le thème de la plus grande campagne d'interpellation qu'ait jamais connu un gouvernement dans la période récente. Les conditions pour cette campagne étaient idéales, parce que les forces du mouvement antiguerre se limitaient simplement à réclamer ce qui était contenu dans le programme électoral du PSOE. Dès le départ, la propagande du mouvement mit en garde publiquement sur la possibilité, au cas où le référendum aurait lieu, qu'il contienne une question piège destinée à permettre au
PSOE pouvoir d'interpréter à sa convenance n'importe quel résultat. Ainsi, les campagnes centrales de 1983 et de 1984 tournèrent autour de l'exigence d'un « référendum clair et immédiat », étant donné que le gouvernement du PSOE se refusait à indiquer la date à laquelle il comptait le réaliser et quelle serait la question posée.
La mobilisation pour cet objectif permit deux progrès importants. D'une part, de réaliser, le 3 juin 1984 à Madrid, la première grande mobilisation à l'échelle de l'Etat espagnol, à l'appel de la Coordination d'Etat des organisations pacifistes, qui a rassemblé 500 000 personnes, rendant ainsi encore plus évidente la majorité populaire qui existait en faveur de l'organisation d'un référendum et pour la sortie de l'OTAN et le démantèlement des bases militaires. D'autre part, le succès de cette manifestation a accru le prestige et l'autorité politique de la coordination, représentative de l'ensemble du mouvement, face aux diverses tentatives de créer, à l'extérieur du mouvement, des « interlocuteurs » acquis au gouvernement.
Après cette première grande mobilisation à l'échelle de l'Etat, le premier ministre Felipe Gonzalez fit une déclaradans laquelle il référendum aurait bien lieu. Néanmoins, il manquait toujours la date, et tant qu'il en serait ainsi, cette promesse était aussi élections. Le seul résultat de ces mobilisations, et ce n'était pas peu de chose, fut la volonté du mouvement de s'opposer aux confusionnistes lancés par le gouvernement, parmi lesquels il y avait celui proposant la possibilité d'avancer les élections générales afin d'éviter ainsi le
Quelques mois plus tard, la tentative de récupération gouvernementale devint plus sérieuse. Dans un débat sur l'état de la nation, Felipe Gonzalez lança la proposition de maintenir l'Etat espagnol dans la structure civile de l'OTAN mais non dans sa structure de commandement militaire, ainsi qu'un appel au reste des forces parlementaires pour parvenir à un consensus sur ce thème. Le gouvernement du
PSOE voulait faire un coup double en élevant une muraille institutionnelle contre la volonté populaire tout en diluant sa propre responsabilité face à toute mesure qui signifierait un référendum escamoté ou manipulé.
Peu après, le mouvement antiguerre démontrait de nouveau ses capacités de mobilisation, en réunissant encore une fois des centaines de milliers de personnes dans différentes villes de l'Etat espagnol, le 2 décembre 1984. Ces actions, ajoutées à la réponse négative de plusieurs forces parlementaires à la proposition du président Felipe Gonzalez, amenaient ce dernier à admettre à nouveau la perspective d'organiser un référendum et à promettre d'en fixer rapidement la date. Après la dernière marche sur Torrejon, le 24 mars 1985, qui rassembla 100 000 personnes rien que de Madrid, des échéances concrètes étaient avancées pour les premiers mois de 1986. L'importance des mobilisations pour le référendum sur l'OTAN est évidente non seulement pour le mouvement antiguerre, le gouvernement et le régime, mais également, par ricochet, pour le reste des pays européens.
LE RÉFÉRENDUM, UN EXCELLENT CATALYSEUR Quand le courant radical du mouvement antiguerre a lancé les mobilisations pour le référendum sur l'OTAN, il compsur deux éléments favorables: il s'agissait là d'un mot d'ordre démocratique élémentaire susceptible de regrouper de larges secteurs de la population et, d'autre part, il possédait l'avantage de concrétiser comme nul autre la lutte contre l'OTAN et les bases militaires étrangères.
Mais, dès le départ, le mouvement était conscient qu'il pourrait devenir dangereux de se concentrer seulement sur cet objectif, car il restait toujours deux solutions au gouvernement : soit laisser passer sa législature sans organiser de référendum, soit avancer les élections législatives, ce qui l'annulait également. Dans les deux cas, si l'ensemble du mouvement antiguercentrait exclusivement sur cette question, cela pouvait certes causer une perte de crédibilité et de suffrages du PSOE et des autres partis, mais sans pour autant constituer un frein au moment où le gouvernement serait amené à satisfaire aux exigences de Reagan sur la restructuration du système de l'OTAN. Un mouvement qui aurait été battu sur l'unique objectif qu'il se serait fixé aurait été voué à disparaître ou à ne plus représenter de danger pour le pouvoir. De cette façon disparaîtrait le principal facteur d'instabilité pour ce gouvernement, qui serait alors sans aucun doute dans de meilleures conditions pour reprendre des forces.
C'est pour cela que, parallèlement à la campagne pour le référendum, il a été nécessaire d'insister sur l'approfondissement et l'extension des autres objectifs du mouvement antiguerre, parmi lesquels le plus important est celui de la neutralité active. Il représente la réponse en positif à l'argument selon lequel le mouvement n'apporte pas d'alternative aux blocs milidéveloppe une conscience antimilitariste qui est approfondie par la confrontation avec une armée héritière de la période franquiste utilisée presqu'exclusivement à surveiller et à réprimer la population, et. dont un secteur a fait une tentative de. coup d'Etat en 1981.
De même, la question des dépenses militaires a permis d'entraîner dans la lutte contre la course aux armements les syndicats et les associations de quartier, à la faveur de l'indignation provoquée par la situation économique qui se détériore progressivement. Enfin, la prise de conscience sur le problème de l'oppression sexiste, qui s'est exprimée lors des mobilisations en faveur du droit sans restrictions à l'avortement, a permis d'introduire dans le mouvement féministe la problématique de la lutte contre l'embrigadement militaire de la femme, lié notamment au projet de service militaire pour les deux sexes. En définitive, il s'agit de faire progresser l'idée selon laquelle la lutte pour la paix doit être comprise comme la perspective d'absence d'oppression et de répression et de tout type d'exploitation. Elle comprend donc, de fait, la solidarité avec les peuples opprimés par l'impérialisme et qui luttent précisément pour ce type de paix.
Ce n'est que dans ces conditions que le mouvement pacifiste dans l'Etat espa-
Manifestation contre l'OTAN à Madrid. (DR)
TUT gnol pourrait affronter l'épreuve du référendum sans crainte quant aux conséquences possibles d'un échec, car il aura alors d'autres revendications à avancer lui permettant de poursuivre ses progrès, indépendamment de l'organisation du référendum et même de son résultat.
Il ne faudrait toutefois pas tirer de ce qui précède la conclusion que le gouvernement va pouvoir manœuvrer facilement sur la question du référendum, et qu'il se sortira aisément de cette épreuve, mê me au prix d'une perte de crédibilité. Il faut au contraire partir du fait qu'actuellement toutes les issues offertes au gouvernement sont négatives, mise à part la perspective improbable qu'il puisse modifier l'opinion publique, organiser le référendum et le remporter facilement. L'élément le plus important, c'est que tant que la mobilisation se poursuivra de la sorte, le gouvernement se trouvera confronté au fait que près de 60 % de l'opinion publique est opposée à l'OTAN et aux bases militaires étrangères. Son problème fondamental, c'est que la possibilité de mettre en jeu tous les moyens à sa disposition pour faire changer cette opinion se heurte au fait que l'ensemble de la population est très informée sur cette question et peu disposée à se laisser influencer par ses manœuvres.
S'il est vrai que, jusqu'à présent, le gouvernement n'a fait que de petites tentatives en ce sens, les tests effectués ne sont cependant pas très probants pour Felipe Gonzalez. Les explications proposées au début de l'année 1985 par diverses personnalités politiques et militaires - depuis le roi jusqu'au chef de l'état-major, en passant par le ministre de la Défense lui-même, soutenus par la presse — pour défendre l'impossibilité de sortir de l'OTAN, n'ont réussi, comme réponse immédiate, à n'obtenir que le doublement de la participation à la dernière marche sur Torrejon, qui a réuni plus de 100 000 personnes. A tel point que la presse elle-même et les médias, en général proches de la position atlantiste, ont dû admettre l'énorme importance de cette mobilisation. Peu après, la visite de Ronald Reagan, le 5 mai 1985, a aussi été l'occasion de mobilisations qui ont atteint le chiffre sans précédent de plus d'un million de personnes dans tout l'Etat espagnol, qui protestaient non seulement contre le visiteur impérialiste, mais affirmaient aussi leur volonté de voir l'Etat espagnol quitter l'OTAN. Il reste sans doute encore une possibilité pour que les élections générales soient avancées, évitant ainsi l'organisation du référendum sur l'OTAN. Il s'agirait pour le gouvernement de transférer un problème de la dimension du référendum sur l'OTAN à celui des élections législatives. Néanmoins, le manque d'alternative crédible aux autres problèmes - chômage, sécurité sociale, avortement, enseignement, reconversion industrielle, libertés - qui seraient ainsi introduits par les élections anticipées, rend cette possibilité plus impraticable encore.
Antonio FLOREZ, Madrid, 26 mai 1985.