ES appels lancés depuis trois ans au mouvement de la paix d'Europe occidentale par les groupes pacifistes indé.
pendants de l'Est ne sont pas restés sans écho. La troisième convention du Mouvement pour le désarmement nucléaire en Europe (END), qui s'est tenue à Pérouse en juillet 1984, avait mis en évidence la préoccupation des mouvements pacifistes de l'Ouest d'établir des liens avec eux et de soutenir la lutte qu'ils mènent dans leurs pays (1). Le déploiement des
SS-21 et des SS-22 en Allemagne de l'Est (RDA) et en Tchécoslovaquie, a l'automne 1983, a contribué pour beaucoup à ouvrir les yeux de ceux qui avaient encore des illusions sur la politique militaire du gouvernement soviétique. Force leur fut de constater que la seule riposte dont la bureaucratie était capable face au déploiement des Pershing et des Cruise, c'était de renforcer son cours militariste en répondant pied à pied à l'escalade lancée par les Etats-Unis, profitant ainsi de l'occasion pour accentuer sa politique de répression et la menace que la présence de ses armées fait peser sur les populations des pays de l'Est.
Cette prise de conscience se manifesta notamment par le harcèlement auquel la délégation du très officiel Comité de la paix soviétique fut soumise tout au long de la convention de Pérouse. Ce fut un fiasco total de l'opération de charme tentée par ce Comité face aux protestations des congressistes, outrés par le refus des autorités des pays du « socialisme réel » d'accorder aux militants indépendants le visa qui leur aurait permis de participer aux débats. « Ce sont des hooligans », fut-il répondu aux interpellations sur le cas des militants indépendants emprisonnés pour plusieurs années en raison de leurs activités pacifistes. Cela ne pouvait que mettre en évidence l'urgence d'engager de manière active une campagne de défense des victimes de la répression (voir encadré). Cela pose aussi le problème du type de relations que le mouvement de la paix à l'Ouest entretient avec les comités officiels de l'Est.
Il faut tenir compte en la matière de l'avis des pacifistes de l'Est - et, au premier chef, des membres du Groupe de Moscou pour l'établissement de la confiance entre l'URSS et les
Etats-Unis (groupe pacifiste indépendant qui a des homologues
Jacqueline ALLIO comme des « interlocuteurs valables »
- comme le fait la majorité de la direc-
Le forum organisé à Berlin-Ouest détion de l'END — ont les plus grandes rétibut février sous l'appellation « l'Europe cences à prendre des initiatives risquant et la paix - 40 ans après Yalta », se voulait de choquer les autorités des pays de l'Est.
un pas dans ce sens. L'idée en était surgie
Tout en admettant l'importance de tisser à la rencontre de Pérouse à l'occasion de des liens avec les groupes indépendants de la publication de deux textes sur la divil'Est, ils prêchent la prudence et préféresion de l'Europe et les perspectives de raient qu'on en reste à des échanges de paix, signés conjointement par des militextes. D'autres, au contraire, voudraient tants et des groupes pacifistes indépenque s'établisse une véritable coordination dants de l'Est et de l'Ouest (3). De l'avis des groupes indépendants de l'Est et de même de la plupart des participants, cetl'Ouest, cherchant à se doter d'une platete rencontre a illustré la difficulté de défiforme politique commune qui puisse dénir précisément ce que pourrait être un boucher sur des actions conjointes.
champ d'action commun.
UN DIALOGUE PLEIN D'EMBUCHES qui existe à l'Est entre divers groupes, notamment en URSS. Le Groupe de Mos-
La première de ces difficultés tient cou, qui situe son action dans un cadre aux divergences existant au sein du moustrictement légal et s'appuie sur la Constivement de la paix à l'Ouest sur l'attitude tution faisant obligation au citoyen soviéà adopter vis-à-vis des comités officiels de tique d'agir en faveur de la paix, a toul'Est. Ceux qui persistent à les considérer jours proclamé sa volonté de ne pas atta-
EUROPE DE L'EST à Léningrad et dans d'autres villes d'URSS) —, qui persistent à penser qu'une rupture du mouvement pacifiste de l'Ouest avec ces comités officiels ne pourrait que renforcer leur propre isolement et faciliter ainsi la répression des autorités à leur égard. L'exemple de la rencontre de Pérouse tend à leur donner raison : la présence même des bureaucrates a donné d'autant plus d'écho aux protestations qui se sont élevées contre la politique du Kremlin et de ses sbires. Parallèlement, il faut noter l'évolution d'autres groupes indépendants de l'Est à ce sujet. En 1983, les pacifistes de RDA s'adressant à la seconde convention de l'END insistaient sur la nécessité d'entretenir des liens avec les comités officiels (3).
Deux ans plus tard, dans une contribution au forum sur Yalta, qui s'est tenu à Berlin-Ouest en février 1985, ils écrivent : « La politique de détente des années 1970 a permis aux Européens de l'Ouest de pouvoir voyager plus facilement à l'Est et elle nous a valu la promesse du droit selon lequel "tout citoyen est libre de sortir d'un pays, y compris du sien". Cette assurance a permis depuis lors à un certain nombre de citoyens de quitter définitivement la RDA, mais non de se rendre à l'étranger pour une visite, comme pour assister à cette rencontre de Berlin-Ouest. C'est ce qu'on devrait rappeler aux délégations officielles, et notamment aux Comités de la paix lors de forums internationaux. Lors de la prochaine convention d'Amsterdam pour une Europe dénucléarisée, il devrait être proposé de n'accorder qu'un statut d'observateurs aux Comités de la paix officiels en cas de refus d'accorder les visas de voyage aux membres des mouvements pacifistes indépendants. » Les auteurs de ce texte estiment d'autant plus important « d'établir un réseau entre les mouvements d'émancipation et les mouvements pacifistes d'Europe de l'Est et de l'Ouest » qu'ils n'ont pas d'illusions quant à la possibilité d'un changement à court terme dans leur situation. Cet appel à resserrer les liens, on le retrouve dans toutes les contributions de groupes ou de personnalités de l'Est depuis que des contacts ont commencé à se nouer, à l'initiative de l'END anglais, du Conseil œcuménique pour la paix (IKV) hollandais ou du Comité pour le désarmement nucléaire (CODENE) français.
quer la politique du gouvernement. Un porte-parole du groupe, Yuri Medvekov, va jusqu'à déclarer : « Nous n'entendons pas sous-estimer l'importance des initiatives de nos dirigeants. (...) Je pense que nous devrions leur laisser le bénéfice du doute et accepter leur travail pour une noble cause. » (4) A l'inverse, le Groupe 1. Pour un bilan de cette rencontre, se reporter à Inprecor numéro 180 du 24 septembre 2. Sur la seconde convention de l'END, cf. Inprecor numéro 150 du 23 mai 1983. 3. Ces textes ont été publiés en français dans une plaquette publiée par le CODENE et Ce débat fait d'ailleurs écho à celui l'association Initiatives pour le dialogue Est-
4. Extrait d'un enregistrement adressé au forum de Berlin-Ouest sur Yalta, qui s'est tenu en février 1985. Plusieurs des prises de position citées dans cet article n'existent que sous la forme de textes ronéotés ou d'enregistrements qui ont été distribués aux participants de ce forum. Les notes de lecture qui suivent ne concernent
de Léningrad, qui n'a pas ce genre de « naïveté », déclare dans un appel aux militants d'Europe : « Il faut rappeler que l'Europe s'étend jusqu'aux montagnes de l'Oural et qu'une partie considérable en est occupée par un Etat dont les dirigeants ne cessent de faire des déclarations sur la défense de la paix. Mais ces appels sont en contradiction absolue avec leurs actes, qui visent à consolider leur pouvoir militaire et nucléaire. » (5)
En outre, il faut tenir compte du caractère fluctuant des groupes indépendants de l'Est, constamment menacés par la répression. Le seul mouvement dont on pouvait parler en tant que tel — celui de RDA en 1982-1983 — a subi des coups très durs suite au harcèlement de la police politique, qui est parvenue à démanteler des groupes combatifs comme celui de Iéna, jetant en prison les militants les plus déterminés, acculant de nombreux paci-
Micha
fistes à l'émigration, ou les expulsant purement et simplement du pays, comme ce fut le cas pour Roland Jahn (6). En URSS, des dizaines de pacifistes sont incarcérés ou enfermés dans des hôpitaux psychiatriques et plusieurs initiateurs du Groupe de Moscou ont eux : aussi été poussés à émigrer. Et même en Hongrie, où le groupe Dialog se targuait au départ d'entretenir de bons rapports avec les autorités, les militants indépendants qui refusaient de se plier au diktat du comité officiel se sont vus museler (7).
Pourtant, pas plus en RDA qu'en Hongrie ou en URSS, les groupes pacifistes n'ont pas disparu pour autant. Le simple fait que le Synode des Eglises protestantes de RDA se soit prononcé explicitement en septembre dernier contre le déploiement des missiles à l'Est comme à l'Ouest montre bien que le mouvement pacifiste indépendant continue à peser dans le champ politique. Ce qui était confirmé peu après par la déclaration commune de pacifistes et d'oppositionnels de RDA et de Tchécoslovaquie contre le déploiement des missiles soviétiques et pour la paix en Europe (8). Quant au Groupe de Moscou, que certains considéraient déjà comme disparu après les multiples arrestations du printemps 1984 alors que ses membres récoltaient dans la rue des centaines de signatures en faveur de la paix, il prenait de nouvelles initiatives durant l'été dernier à l'occasion de l'anniversaire du largage par les USA d'une bombe atomique sur Nagasaki, lors de la Seconde guerre mondiale. Et Yuri Medvekov déclarait en décembre dernier: « Nous continuons à estimer le nombre de ceux qui nous soutiennent à environ mille personnes. C'est à peu près le chiffre correspondant aux personnes avec qui nous avons des contacts directs et avec qui nous pouvons maintenir des liens, compte tenu des difficultés inhérentes à un travail qui doit s'effectuer sans avoir recours à la poste ni au téléphone. »
5. Return Address : Moscow, bulletin international de nouvelles sur les activités indépendantes en faveur de la paix en URSS, publié à New York, numéro 1, septembre 1984.
6. Cf. Inprecor numéro 159 du 24 octobre 1983.
7. Sur le mouvement pacifiste hongrois et ses débats actuels, se reporter à Inprecor numéro 185 du 3 décembre 1984.
8. Cf. Inprecor numéro 186 du 17 décembre 1984.
En Hongrie, ceux des militants qui n'ont pas cédé aux pressions de la bureaucratie ont repris le flambeau et débattent de
Il faut noter qu'en Pologne, où il n'existait pas de mouvement pacifiste à proprement parler, une fait jour, avec les prises de position des
Comité de résistance sociale (KOS) ou des regroupements de gauche qui s'organisent autour du journal Wola à Varsovie, ainsi qu'avec l'établissement de liens réguliers avec des mouvements pacifistes indépendants de l'Ouest et le soutien accordé par l'organisation Solidarité combattante et le KOS à la formation des Rangs de la paix et de la solidarité, une initiative à caractère pacifiste.
LUTTE CONTRE LA GUERRE
DES DROITS DÉMOCRATIQUES ?
La difficulté majeure pour parvenir à définir une position et un champ d'action communs entre pacifistes indépendants de l'Est et de l'Ouest tient sans aucun doute à l'appréhension très différente du problème de la guerre qu'ont les uns et car les problèmes immédiats auxquels ils sont confrontés sont loin d'être identiques. Dès le départ, par exemple, les groupes de RDA, la Charte 77 de Tchécoslovaquie, le Groupe de Moscou; ont mis en évidence le caractère décisif pour eux du lien entre la lutte pour la paix et la lutte pour les droits démocratiques.
Pour beaucoup de l'Ouest engagés dans des mobilisations de masse centrées sur le refus des Pershing et des Cruise et l'exigence d'un désarmement unilatéral de la part de leurs gouvernements respectifs, cette insistance sur le problème des droits de l'homme a souvent été saisie comme une diversion. C'était ne pas comprendre que, pour les pacifistes indépendants de l'Est, il s'agit d'une question vitale au sens où elle détermine toute possibilité d'agir. Comme le rappelle le Groupe de Léningrad : « Alors que des milliers d'entre vous participent librement à des rassemblements tionaux au travers de manifestations pour la paix, les gens qui, à Moscou (le Groupe de confiance) ne faisaient que se prononcer en faveur de la confiance entre les nations, en tant que gage de paix, ne pouvaient même pas quitter leur domicile pour rejoindre la marche de la paix par des avocates sur le territoire de l'URSS en été 1982. Ils sont illégalement maintenus aux arrêts à domicile, leurs téléphones sont coupés, ils sont menacés de poursuites judiciaires, en un mot, ils sont les victimes du rouleau compresseur de l'Etat totalitaire. On ne peut passer tout cela sous silence quand on discute de la paix en Europe. » (9)
Aujourd'hui, cette préoccupation est largement reprise par les militants pacifistes de l'Ouest, du moins ceux qui sont convaincus de l'importance de la collaboration avec les groupes indépendants de l'Est. Au même titre, ces derniers ont évolué dans leur appréhension des mouvements pacifistes de l'Ouest, souvent suspectés d'être des courroies de transmission du Kremlin. « Est-ce que ce mouvement, dont beaucoup d'éléments ne sont pas indépendants, peut lui-même être indemandait crûment Janusz Onyszkiewicz - ex-porte-parole de Solidarité — dans une lettre, adressée à la veille de la convention de Pérouse au dirigeant de l'IKV, Mient-Jan Faber, en faisant allusion à la présence des comités officiels de l'Est à cette rencontre. Ce type généralement sur la conviction que l'orientation du mouvement pacifiste occidental est l'expression d'une dépendance politique à l'égard du Kremlin. « Vos protestations contre la course aux armements sont utilisées actuellement par la propagande officielle des pays du bloc oriental. (10) » Une telle accusation dans un texte du KOS polonais peut être choquante, mais il faut comprendre à quoi cela renvoie.
La presse officielle de l'Est a toujours fait son possible pour présenter les mouvements pacifistes de l'Ouest comme des « alliés », parlant de « phénomène nouveau » qui « constitue un sérieux défi pour les intérêts du capitalisme monopoliste ». La revue soviétique Kommunist a même été jusqu'à exprimer son approbation de ce que « la participation de centaines de milliers de jeunes hommes et de jeunes femmes dans les manifestations antiguerre, qui entraîne souvent des affrontements directs avec la police ou des détachements de l'armée, représente une école politique inestimable pour la jeune génération d'aujourd'hui. » (11) De telles déclarations ne peuvent qu'engendrer la méfiance dans le mouvement de la paix indépendant des pays de l'Est. D'autant plus qu'il existe réellement des courants pacifiste à l'Ouest qui présentent l'URSS comme un allié et qui ferment les yeux sur sa politique militariste pour des raisons tactiques et de prétendue « efficacité » de la mobilisation, au nom de la lutte contre un même ennemi, l'OTAN.
FAIRE TOUTE LA CLARTÉ
SUR LE ROLE DE L'IMPÉRIALISME
C'est autour du mot d'ordre de désarmement unilatéral que se sont cristallisés les débats les plus âpres entre militants indépendants de l'Est et de l'Ouest. En partie, cela renvoie à des questions de langage. « Le mot d'ordre de désarmement unilatéral donne aux citoyens des pays qui se trouvent sous occupation soviétique l'impression que, dans l'intérêt — réel ou imaginaire → de la sécurité européenne, le mouvement de la paix d'Europe occidentale serait prêt à abandonner à son destin la partie orientale du continent », affirme le dissident hongrois Janos Kis dans une contribution adressée à la convention de
Il incombe aux pacifistes de l'Ouest de dire et de redire que l'objectif du désarmement unilatéral n'a rien à voir avec un quelconque soutien à la politique militaire du Kremlin. Il s'appuie sur la conviction que si, dans un seul pays d'Europe occidentale la mobilisation parvenait à contraindre un gouvernement à refuser le déploiement des missiles serait là une formidable victoire politique pour les masses européennes de l'Ouest comme de l'Est. « Contrairement aux dirigeants des deux côtés, qui ne font que s'opposer aux armes de leurs adversaires, nous pensons que la seule voie pour commencer à désarmer les blocs, c'est de faire les premiers pas dans notre propre pays. A l'Ouest, cela implique de s'opposer au déploiement imminent des missiles Cruise et Pershing », expliquait l'END dans une lettre au KOS polonais (12). Au même titre, les citoyens de RDA se sont mobilisés d'abord contre la militarisation de la vie civile imposée par le gouvernement est-allemand et contre le déploiement des nouveaux SS-21 et SS-22, qui renforcent la présence soviétique et la dépendance de ce pays vis-à-vis du Kremlin. Ce n'est pas pour autant qu'ils négligent le risque que les Pershing placés en RFA font peser sur eux. Mais comment ne pas voir que chacun doit commencer à se mobiliser là où il peut obtenir des résultats ?
Toutefois, les divergences sur le mot d'ordre de désarmement unilatéral ne reune incompréhension profonde des rôles respectifs de l'impérialisme américain et de la bureaucratie soviétique dans la course aux armements. Rejetant à juste titre la soumission de leurs gouvernements à la politique militaire du Kremlin, et en particulier la présence des troupes soviétiques sur leur sol, de nombreux opposants de l'Est en viennent à nier tout simplement les faits, en attribuant à la bureaucratie soviétique la responsabilité centrale, voire exclusive, de la course aux arme-
« Si l'Occident se montre faible, la troisième guerre mondiale sera inévitable », déclaraient des militants polonais des Rangs de la paix et de la solidarité, dans une adresse aux pacifistes de l'Ouest, en juillet 1984 (13). Le KOS précisait pour sa part : « La demande d'une diminution unilatérale du potentiel militaire de l'Occident mène à l'augmentation et non à la diminution du péril de guerre. » (14) Faut-il leur rappeler que la seule fois où l'arsenal nucléaire a été effectivement utilisé jusqu'ici, ce fut en 1945, par l'impérialisme américain, au-dessus d'Hiroshima le 6 août et de Nagasaki le 9 août ? Que c'est ce même impérialisme américain qui a menacé de l'utiliser plusieurs dizaines de fois depuis lors, dans les moments de tension internationale ? Et que c'est encore lui qui, depuis la Deuxième Guerre mondiale, a toujours pris l'initiative dans la relance de la course aux armements? Faut-il aussi rappeler aux membres du KOS polonais que l'impérialisme
9. Return Address : Moscow, op. cit.
10. KOS numéro 32, 9 mai 1983, publié dans Alternative numéro 24, Paris, novembredécembre 1983.
11. Kommunist, numéro 12, août 1984.
12. Peace and Democracy News, New York,
13. Biuletyn Dolnoslasky, numéro 55, juin-
14. KOS, numéro 41, 23 octobre 1984.
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GETHER Les femmes de Greenham Common. (DR) US n'a pas attendu les invasions soviétiques en Hongrie (1956) et en Afghanistan (1979) pour envoyer ses troupes mater les rébellions populaires ou les guerres de libération nationale qui mettaient ses intérêts économiques et politiques en jeu, comme à Saint-Domingue en 1965 ou au Vietnam ? Enfin, aujourd'hui même, c'est l'impérialisme américain qui menace d'utiliser les formidables forces armées dont il dispose pour intervenir en Amérique centrale contre des peuples qui défendent, les armes à la main, leur droit de vivre.
Il est particulièrement choquant de constater que ce point de vue profondément erroné est alimenté par une personnalité comme Jacek Kuron, dont on ne saurait suspecter l'ignorance en matière de politique internationale. Dans une lettre adressée aux participants du forum de Berlin-Ouest de février 1985, ce dernier affirme en effet : « Je voudrais dire avant tout que ce serait une erreur fondamentale de juger les deux blocs militaires et politiques qui se font face selon les mêmes critères. (...) L'Europe de l'Ouest et les Etats-Unis sont régis par un système social démocratique au sein duquel s'opèrent des choix, et ces choix peuvent être mauvais ou bons. (...) Or, si l'on traite ces mauvais choix de la démocratie de la même manière que le mal commis par le système régissant les pays du socialisme réel, c'est-à-dire des pays totalitaires, alors on confond ce qui est un mauvais choix des gens et ce qui est la conséquence d'un système. (...) Le totalitarisme, du fait que les sociétés et les gens n'ont aucun choix, est lui-même le mal, tandis que les choix en démocratie, même les plus mauvais choix,
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STA STAND TOGETHET 1OC restent des choix que l'on peut toujours changer, corriger: les gens sont ce qu'ils sont, le système est ce qu'il est, mais on peut le changer et le corriger. »
Jacek Kuron cherche-t-il à faire croire que le peuple américain était d'accord avec la guerre du Vietnam ou que cette guerre, comme aujourd'hui la menace d'invasion américaine du Nicaragua, sont des effets de la nature imparfaite de la démocratie, et non le produit de la base économique du système, du capitalisme et de l'impérialisme ? Comment explique-t-il que le gouvernement belge vienne de décider le déploiement des missiles américains, alors que 78 % des personnes interrogées dans ce pays lors de sondages d'opinion se sont prononcées contre une telle décision ? Parce qu'ils vivent dans des sociétés soumises au pouvoir totalitaire, de nombreux dissidents de l'Est tombent dans le piège de l'analayse superficielle des deux blocs politico-militaires qui s'affrontent, en se référant exclusivement à la forme politique du régime et en faisant abstraction de ses bases socio-économiques. Ou bien, comme c'est très souvent le cas chez ces dissidents, ils projettent sur le monde entier la situation de leur propre pays et de leur région - marquée par l'hégémonie de la bureaucratie soviétique en Europe de l'Est -, suggérant ainsi que le destin du monde entier est menacé par une prétenvocation hégémonique universelle de l'URSS, face à laquelle l'impérialisme occidental est conçu, dans le meilleur des cas, comme un danger secondaire pour l'humanité.
Dans ce débat avec les militants pacifistes indépendants de l'Est, dont les aspirations à la paix ne font aucun doute, il
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LOGETHE STAND TOGETHER ST importe de faire entendre les voix de ceux qui, à l'Est, combattent la vision erronée prévalant trop souvent dans ces pays en ce qui concerne le rôle des Etats-Unis et de l'impérialisme en général. Dans son adresse au forum de Berlin, Jiri Hajek, porte-parole de la Charte 77 affirme ainsi : « La politique que Reagan poursuit dans son effort pour restaurer l'hégémonie des USA met l'accent principal sur les efforts d'armement. Ce qui implique un investissement et des efforts accrus de la part de ses alliés. Et ce qui signifie un effort pour tenter de convaincre ses adversaires de leur infériorité, afin de les obliger à utiliser des ressources encore plus grandes à des fins militaires, de manière à nuire à leur développement économique. » Mihailo Markovic, philosophe yougoslave et l'une des têtes pensantes du groupe Praxis, déclare de son côté : « Les intellectuels indépendants d'Europe de l'Est qui voient dans la liberté et dans le respect des droits civils une précondition de la paix ont, il est vrai, raison aussi longtemps qu'ils parlent de leur propre partie du monde. Mais ils auraient tort de penser qu'il incombe à l'Ouest de conquérir cette liberté et ces droits à leur place. Il existe de profonds désaccords entre les intellectuels d'Europe de l'Est à ce sujet. Dans sa lettre à Edward Thomson, dirigeant de l'END britannique, Jaroslav Sabata, membre de la Charte 77, insiste à juste titre sur la " solidarité internationale de tous ceux qui résistent à un quelconque type d'oppression". a C'est sur cette base qu'une "convergence entre la lutte contre la modernisation de l'OTAN et la lutte contre la violation des droits civils en Europe de l'Est" pourrait effectivement