Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Divisions dans le bloc dominant

Inprecor n° 2, 17 mars 1977 · p. 13-19 · 6 339 mots

Économie mondiale Brésil Syndicalisme

Depuis que ce texte a été écrit par nos camarades du Brésil en fin 1976, divers événements sont venus confirmer l'essentiel des analyses qu'ils développent. Le cours droitier et repressif du régime Geisel s'est accentué avec l'assassinat de plusieurs dirigeants du PC du Brésil (maoïste) par l'armée; parmi eux, Pedro Pomar, un vieux dirigeant communiste brésilien (ancien député du parti dans les années 1946/47) et Angelo Arroyo, un dirigeant du syndicat des métallos de Sao Paulo; Aldo Aran-, tes, ancien président de l'Union nationale des étudiants brésiliens a été emprisonné au même moment et on est sans nouvelles de lui. Les "cassations" (+) occasionnelles de députés continuent notamment celles des conseillers municipaux G. Perez et M. Klassmann du MDB de. l'Etat de Rio Grande du Sud. Enfin, le ministre Severo Gomes, prétendu représentant de

En outre, se multiplient les déclarations et mobilisations de différents secteurs contre le régime militaire : un manifeste signé par des centaines d'intellectuels brésiliens très connus (l'architecte Oscar Niemeyer, constructeur de Brasilia, le chanteur populaire Chico Buarque de Holanda, etc...) exige le rétablissement des libertés démocratiques; la conférence épiscopale de l'Eglise brésilienne dénonce les violences policières et l'injustice sociale.

(+) Début février, des conseillers du PDB de l'Etat de Rio Grande du Sud furent "cassés" par le gouvernement. Le MDB

RAS

|' "aile nationaliste" du gouvernement, a été renvoyé par Geisel.

comptait deux tiers des voix du Conseil. L'année 1973 a marqué le début d'un changement fondamental dans l'orientation de la tendance économique qui a prédominé pendant le gouvernement Medici. En réalité, dès la fin de 1973, les premiers signes de ce processus sont devenus clairs. Depuis lors, l'économie n'a fait que s'embourber dans des contradictions de plus en plus grandes. Cette mutation sur le plan économique a comme conséquence une transformation des rapports entre les différents secteurs et sous-secteurs des classes dominantes. Ou mieux : l'interruption presque absolue du type de croissance précédente et l'entrée dans une période de crise a mis un terme à la cohésion quasi totale qui a caractérisé la période antérieure. Une étape dans laquelle s'impose la tendance à la désagrégation des classes dominantes a commencé.

Le tournant de 1973 En 1973, l'économie était en plein essor mais des signes apparaissaient indiquant que les années à venir seraient difficiles. A la fin de cette année, des problèmes graves se sont déjà déclarés en rapport avec la dite "inflation réprimée" Pour empêcher un taux d'inflation élevé, le gouvernement a essayé de "réprimer" (contenir) les prix de quelques marchandises. Or, vers la fin de 1973 s'est généralisé le manque de quelques produits alimentaires comme la viande, les haricots (aliment de base du peuple brésilien), le lait, etc. La diminution de l'offre de la part des éléveurs, propriétaires d'usines frigorifiques et agriculteurs montrait le mécontentement de ces secteurs contre la politique du gouvernement. En 1974 se déclare la rareté des matières premières. Divers produits industriels, comme les réfrigérateurs, les moteurs, le papier, les textiles, les produits pharmaceutiques, connaissent une chute dans la production par manque des matières premières nécessaires à leur production.

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Toutefois, de 1974 à 75, l'économie commence à présenter des signes de crise plus grave que ces manifestations initiales. Il s'agit, à partir de cette époque, de l'expression d'une crise de surproduction. Le niveau antérieur de production ne pouvait plus être maintenu à cause des limites d'absorption du marché. Se sont trouvés d'abord dans cette situation, en 1974, quelques biens de consommation "populaire" , У compris quelques biens de consommation durables achetés par les couches pauvres, comme les réfrigérateurs, les appareils électriques, les radios portatives... (Ces secteurs ont été les premiers à demander la redistribution des revenus, ensemble avec les secteurs du commerce de ces produits.) En 1974, l'industrie automobile connaissait encore un haut niveau de production. 'L'année 1975 a montré une situation plus grave encore. Le PNB est tombé brutalement, après plusieurs années de taux de croissance très élevé. L'inflation a atteint les 35%. La balance commerciale s'est détériorée et la dette extérieure du pays a atteint des sommes astronomiques : 22 milliards de dollars, c'est-à-dire 3% du PNB annuel. La crise du marché a atteint les secteurs les plus modernes de l'économie, y compris les producteurs de biens de consommation durables absorbés par le marché "moderne" qui a servi de base à la croissance économique de la période antérieure. La production de voitures, qui était l'axe central de la croissance, est tombée radicalement. La crise de surproduction s'est généralisée et a aggravé les problèmes entre les classes dominantes. Les racines de la crise En réalité, les racines de la crise sont plus profondes. Les données ci-dessus démontrent la fin d'une période de croissance économique fondée sur le dynamisme des secteurs producteurs de biens de consommation durables (et de quelques biens intermédiaires), sur une capacité productive pré-installée et sur une situation économique mondiale favorable aux exportations. L'épuisement progressif de la capacité productive existante a exigé des importations croissantes de biens de capital qui pèsent fortement sur la balance commerciale. La petitesse relative du marché intérieur ne supporte plus une croissance significative de la production (au moins pendant une certaine période). La crise mondiale a aggravé cette situation dans la mesure où il est devenu de plus en plus difficile de dépasser les limitations internes par les exportations, selon la formule de Delfim Neto (ministre des Finances du gouvernement du général Medici). La nécessité d'importer chaque fois plus et l'impossibilité d'augmenter les exportations au même rythme a déterminé un déficit brutal dans les échanges avec l'extérieur. Ce déficit est aggravé par le service de la dette extérieure, par les départs des profits impérialistes sous des formes déguisées diverses, par les paiements de royalties sur les brevets, etc... Pour que le régime capitaliste puisse connaître une période de croissance économique, il faudrait quelques changements dans le "modèle" d'accumulation précédent, combinés avec des mesures capables de dynamiser le marché, de combattre l'inflation et d'inverser la tendance croissante du déficit dans la balance commerciale. Ces transformations et mesures ne peuvent pas s'accomplir sans conflits et heurts violents entre les différents secteurs des classes dominantes. En outre, loin de produire des effets positifs immédiats, elles aggraveraient la situation économique, dans l'espoir de l'améliorer à moyen ou à long terme. L'année 1976 montre clairement le développement de ces tendances. Les mesures pour atténuer le solde négatif de la balance commerciale deviennent de plus en plus rigoureuses : réduction de 25% dans les achats gouvernementaux, extension du dépôt préalable jusqu'à 360 jours, etc... Les effets négatifs de ces mesures sur l'économie commencent à se faire sentir nettement. Tout d'abord, la croissance économique diminue, surtout des secteurs les plus liés aux importations : pétrochimie, construction, etc. En deuxième lieu, en élevant les prix des produits importés, elles contribuent à augmenter et généraliser l'inflation qui, pour les 10 premiers mois de 1976, est arrivée à 46,3%. En troisième lieu, ces "sacrifices" ne sont pas compensés par une nette réduction du déficit de la balance commerciale puisque malgré la réduction de la valeur des importations (à partir de 1975), les exportations n'ont pas grandi suffisamment : tandis que la dette extérieure a augmenté de 26,7% en 1975, les exportations ont crû moins de 9% et ne devront pas dépasser cette limite en 76. La vague inflationniste a obligé le gouvernement à prendre des dispositions de restriction de la masse monétaire. Cela signifie que l'option du graduel étouffement financier est en train de s'imposer, provoquant une réduction du niveau de l'activité économique. De plus, même ces mesures d' "austérité" n'ont pas donné les résultats attendus, ce qui démontre la fragilité de l'économie et l'impossibilité de choisir avec sécurité entre l'inflation et la croissance. Elles ont cependant ébranlé non seulement les petites et moyennes entreprises avec la réduction des crédits et prêts, mais ont créé des difficultés à des secteurs financiers (banquiers). Ainsi, la crise a déjà atteint des secteurs qui, jusqu'à l'année dernière, avaient eu des profits fabuleux. Une "thérapeutique de choc" - c'est-à-dire une réduction encore plus drastique du niveau d'activité pour pouvoir réduire rapidement l'inflation - proposée par quelques technocrates, peut aggraver encore plus vite toute la situation économique et provoquer le mécontentement des secteurs industriels, ce qui affaiblirait la base du régime. Par ailleurs, le régime a besoin de trouver un autre axe de dynamisation de l'accumulation, sur la base d'investissements étatiques à des secteurs moins rentables. Les secteurs nationaux cherchent à négocier dans des conditions plus favorables avec le capital étranger, dans l'espoir d'améliorer leur part du gâteau. Telle est la signification des critiques à l' ¡' 'excès d'étatisation" et des demandes de "réglementation des investissements étrangers dans le pays". Le cas de Petrobas (entreprise étatique de pétrole) montre jusqu'où les faiblesses du capitalisme au Brésil peuvent le faire aller face au capital étranger. (Petrobas a passé des accords avec des grandes compagnies pour la prospection et l'extraction du pétrole). Le processus de substitution de biens de production, malgré son importance pour l'avenir du capitalisme, ne peut pas assurer dans l'immédiat une issue à la crise économique. D'une part, la concurrence étrangère est encore trop forte et la ré-

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sistance au contrôle des importations intensifie la crise interne. D'autre part, la demande interne pour ces produits exige une situation favorable pour la croissance des industries de biens de consommation. C'est-à-dire, le développement du secteur de biens de consommation, qui se trouvent dans une situation difficile à cause de la réduction de la demande. Par conséquent, la crise économique tend à s'approfondir et les contradictions entre les classes dominantes deviennent de plus en plus aigues. La tendance à la renaissance du mouvement de masse Le mouvement de masse a connu un déclin constant à partir de 1969/70, quand les classes dominantes se sont unies davantage, en fonction de la croissance de l'économie et de la lutte contre la gauche militariste. Pendant cette période, les grèves dans les usines se sont de plus en plus raréfiées, le "secteur tertiaire" et le mouvement étudiant se sont extrêmement désorganisés. Les syndicats sont tombés dans les mains des jaunes et les oppositions syndicales ont perdu petit à petit de leurs forces. L'apathie s'est emparée des masses et l'incapacité de prendre des initiatives est devenu dominante. Le mouvement de masse est entré dans une période de reflux et de désorganisation. Depuis la fin de 1973 jusqu'à aujourd'hui, la situation est en train de changer. Différents facteurs expliquent la renaissance du mouvement de masse. En premier, on trouve la crise économique et les déchirures dans les classes dominantes qui agissent comme un facteur d'affaiblissement des classes possédantes et du régime militaire. Deuxièmement, il y a la vérification par les masses qu'il est déjà possible de reprendre l'initiative et d'arracher quelques concessions à la bourgeoisie. Le troisième n'est autre que cette initiative elle-même, produite par ces conditions de crise : l'instabilité et la misère menacent violemment les masses (chômage, inflation, coût de la vie croissant, etc...). La renaissance du mouvement de masse présente différentes caractéristiques spécifiques qui montrent sa faiblesse. Avant tout, il est nécessaire de souligner la lenteur de cette renaissance. Dès 73, quand les luttes reprirent (mouvement des étudiants de Sao Paulo pour les prisonniers politiques, grèves "tortue" et paralysies de quelques usines importantes : Ford, Chrysler, etc), elles n'arrivaient pas à se maintenir très longtemps et pratiquement ne changeaient pas de qualité, à savoir des luttes limitées et occasionnelles. Parmi les étudiants, cette caractéristique est moins accentuée comme l'a montré la grève de l'ECA qui a eu la plus longue durée et un large écho. Dans le secteur étudiant, les mobilisations ont chaque fois plus acquis un caractère politique et organisé. Les étudiants et les secteurs intellectuels, journalistes, etc, constituent pratiquement l'unique manifestation d'opposition au régime - (lutte pour les libertés démocratiques, pour l'amnistie, contre les tortures, etc) et essaient de constituer une organisation nationale (réunion de Campinas et Sao Paulo). Ils occupent à nouveau une position prépondérante dans la conjoncture politique principalement à des époques comme les élections ou à l'occasion d'événements importants (mort de Her-

Parmi les secteurs petit-bourgeois salariés, comme les employés de banque, la réorganisation et les premières manifestations se font déjà sentir, sans pour cela avoir encore gagné une audience nationale. Le mouvement ouvrier continue à se développer depuis 1973. Si les luttes ouvrières ont connu un développement quantitatif, elles n'ont pas fait un bond qualitatif. Le nombre de débrayages s'est accru d'année en année, avec lenteur, mais sans gagner en profondeur. Les débrayages, les grèves "tortue", les manifestations désordonnées, dans les ateliers d'usine, etc. prédominent. Dans de petites usines seulement (Saad, par exemple), les luttes parviennent à engager tous les ouvriers en même temps. Cette situation montre très bien la faiblesse organique de la classe ouvrière au Brésil. Les syndicats sont incapables de conduire les luttes ouvrières. Elles se développent donc à partir des problèmes spécifiques à chaque usine, sans liaison avec les autres, ou même sans organisation interne suffisante pour unifier le mouvement (exemple : la grève de Matarazzo). En ce sens, l'apparition de commissions ouvrières dans certaines régions, les coordinations régionales, les initiatives d'organisation des oppositions syndicales constituent un progrès significatif de la renaissance du mouvement ouvrier. C'est ce genre de progrès qui pourra stimuler et fortifier la renaissance du mouvement ouvrier. Enfin, il est nécessaire de remarquer le caractère économique des revendications ouvrières. A aucun moment les luttes ne s'éloignent de cette préoccupation et atteignent le champ politique. La question des salaires et le retard de ceux-ci sont les axes principaux des mobilisations ouvrières dans les usines. Ces luttes, d'une façon générale, ou atteignent leurs objectifs immédiats, ou aboutissent à une situation de reflux sans que les travailleurs soient encore prêts à se battre sur une longue période. Malgré cela, il est nécessaire de ne pas sous-estimer le rôle de la reprise d'initiative du mouvement de masse dans la conjoncture brésilienne. Premièrement, les prémices objectives qui sont à l'origine de cette renaissance se maintiennent et même s'approfondissent toujours davantage. Deuxièmement, pour les classes dominantes, il s'agit de manifestations difficiles à éviter - vu l'incapacité du régime à faire des concessions systématiques aux larges masses - et problématiques à réprimer, car cela pourrait peut-être déclencher une vague de protestations qui élèverait le niveau et l'ampleur des luttes initiales. Enfin, par rapport aux potentialités que possèdent ces luttes, elles ne sont actuellement que les premières esquisses de la réémergence du mouvement de masse au Brésil, après les revers consécutifs subis dans le passé. Ces premiers pas sont nécessaires pour la réorganisation et la fortification des masses. L'explosivité latente se maintient dans chaque lutte partielle. De la même façon qu'aujourd'hui elles se traînent avec lenteur, elles pourront aussi se développer par à coups et parvenir à peser effectivement dans la situation du pays, dans la mesure où le régime s'use et s'affaiblit plus encore avec la crise économique et les impasses politiques de la dictature, comme par son incapacité à résoudre les problèmes sociaux les plus élémentaires.

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Dictature militaire et crise du système de domination Le coup d'Etat de 1964 a marqué un changement qualitatif dans la forme de domination bourgeoise. La forme populiste est substituéepar la dictature ouverte, appuyée directement par les forces armées. Ce changement correspond à un point de rupture dans le processus de changement des rapports de force entre les classes sociales qui s'étaient succédées depuis la 2ème guerre mondiale, en passant par le détour de Getulio Vargas au gouvernement et la crise qui l'a amené à se suicider, par l'introduction intensive du capital étranger pendant le gouvernement Jucelino Kubitschek (1956-1960), par le bonapartisme de Janio Quadros (janvier-octobre 1961) et la crise qui a marqué sa démission, le retour de Joâo Goulart (1961-1964) et, finalement, le coup d'Etat du ler avril. En 1964, le vieux populisme a atteint ses limites. La bourgeoisie nationale n'est déjà plus capable de présenter une résistance significative à l'hégémonie totale du capital étranger, soit parce qu'elle est allée en s'affaiblissant encore plus depuis que se sont épuisées les conditions d'un relatif accroissement autonome - pendant les années de crise du capitalisme mondial (1914- 1945) - ou parce que le capital étranger a renforcé son offensive en direction des pays arriérés par des incursions directes, ceci depuis qu'a débuté une période d'expansion économique à partir de la "guerre" de Corée. D'un autre côté, la bourgeoisie nationale aussi n'est plus capable de contrôler le mouvement des masses dans les limites du populisme, comme l'a démontré la radicalisation des mouvements paysan, ouvrier et étudiant. Alors, dans ces conditions, un gouvernement qui s'appuyait sur les masses populaires pour résister au capital étranger, même de façon très limitée, n'était déjà plus tolérable par les classes dominantes. Le danger d'une révolution socialiste était encore renforcé par la dynamique suivie par la révolution cubaine. Les relations entre les classes en conflit devaient se modifier pour que le régime capitaliste puisse continuer à exister. Avec le coup d'Etat de 1964, la structure du pouvoir fondé sur le populisme fut complètement détruite. Les anciens mécanismes d'appui de la bourgeoisie sur les masses populaires (partis, syndicats, etc...) sont utilisés pour empêcher toute récupération du mouvement des masses. Les classes dominantes ont resserré leurs liens, mais elles se sont séparées radicalement des masses populaires. Les partis bourgeois ont perdu toute base de masse et la polarisation entre exploiteurs et exploités est très forte. Seule une couche de la petite bourgeoisie, désespérée par la crise et le manque de perspectives, soutient la nouvelle structure des forces sociales. Cependant, même ainsi, il n'y a pas de soutien actif car le régime cherche à empêcher toute modification sociale afin de récupérer de la vigueur et sortir de la crise. L'impuissance des forces politiques civiles et la faiblesse sociale de la bourgeoisie a conduit à une forme de domination particulière dans laquelle les forces armées ont occupé le rôle de base de sustentation du régime et de la bourgeoisie au pouvoir.

Le courant "castelliste" (du général Castelo Branco) a compris parfaitement les faiblesses de cette forme de domination. Pour cela même, il a proposé la "redémocratisation" comme objectif à atteindre à moyen terme. Au début, la prépondérance du courant "castell iste" s'impose, parce que la réorganisation des rapports entre les classes, même à l'intérieur du bloc dominant exige une certaine souplesse afin que les courants politiques de la bourgeoisie puissent acquérir une expression à l'intérieur du pouvoir central. Cependant l'évolution postérieure de la lutte de classe n'a pas permis que se concrétisent les plans "castellistes". La contestation populaire à la dictature qui s'accroît en 1965, les disputes dans le bloc dominant dues à la modification des structures du pouvoir et à la crise économique, encore très forte, qui a des conséquences catastrophiques pour certains secteurs de la bourgeoisie, ont conduit le régime à se durcir encore plus (lois répressives, dissolution des partis politiques, etc...). Le gouvernement Costa e Silva (mars 67) a promis à nouveau une "ouverture démocratique" qui puisse permettre le jeu des partis et corriger les faiblesses majeures de la dictature militaire. Profitant de la récupération économique de 1968, le gouvernement fait des promesses "populistes" (distribution des profits, etc...) afin de renforcer les bases sociales du régime. Cependant, ces promesses ne sont pas réalisées; depuis les événements de 1968 (manifestation de 100.000 personnes, grèves de Osasco et Contagem) qui culminent avec la promulgation de l'Acte institutionnel n°5 (1), encore une fois le régime suit le chemin de la répression. Les traits de la dictature Pendant le gouvernement Medici, la nouvelle forme de domination bourgeoise se stabilise et assume ses caractéristiques les plus nettes. L'évolution à droite, qui caractérise les gouvernements antérieurs, atteint son apogée. Dans ces conditions la dictature présente les caractéristiques suivantes : 1 - L'Etat défend avant tout les intérêts du capital étranger. 2 - Il a comme base de sustentation effective les forces armées (l'armée se transformant en parti bourgeois dominant). 3 - La faiblesse et la quasi inutilité des institutions civiles (parlement, partis) dans l'exercice du pouvoir sont manifestes. Ces institutions sont réduites à un rôle secondaire et existent seulement pour discipliner les représentants directs de la bourgeoisie et, au maximum, agir comme canal de pression. 4 - Quasi aucun moyen d'expression n'existe pour beaucoup de secteurs de la bourgeoisie, en particulier les plus faibles (couches moyennes), qui sont ainsi incapables de défendre leurs intérêts face au pouvoir central. 5 - La base sociale d'appui est très réduite et l'isolement est complet face aux masses travailleuses et à de nombreux secteurs de la petite bourgeoisie appauvrie. 6 - Le pouvoir de décision se concentre entre les mains des militaires ou plus exactement du commandement supérieur des forces armées. 7 - L'appareil de répression s'est hypertrophié. Cette structure de pouvoir ne peut seulement tenter de se stabiliser qu'en périodes exceptionnelles. Dans le cas du gouver-

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nement Medici, la conjoncture économique favorable et la déroute du militarisme (dans lequel s'est embarquée une grande partie du mouvement révolutionnaire), imposé par la répression brutale, ainsi que le recul du mouvement de masse de 68, ont été les facteurs qui ont permis cette stabilisation. L'économie, tant par son dynamisme interne que par la conjoncture favorable aux exportations, a unifié temporairement les classes possédantes, dans la mesure où toutes ont pu tirer profit de la situation (profits arrachés sur le dos des salariés à cause du blocage des salaires). Les timides réactions des secteurs des classes dominantes les plus défavorisés, comme les secteurs industriels arriérés, n'ont pas réussi à casser la cohésion des secteurs bénéficiaires. En plus, le régime a gagné l'appui des couches moyennes et petites bourgeoises qui ont aussi profité de la croissance économique et ont vu leur niveau de vie et de consommation augmenter. La déroute du militarisme et l'impuissance des masses à s'opposer à ce régime de surexploitation et d'oppression violente ont complété ce cadre favorable à l'installation de la grande bourgeoisie et à l'euphorisme de la petite bourgeoisie moderne. "Paix sociale" et "miracle économique" ont garanti la stabilité d'un régime oppressif et répressif à l'extrême. A partir du moment où les nouvelles tendances (crise économique, rupture de la cohésion interne, renouveau du mouvement de masse) entrent en scène, la dictature du style Medici commence à être menacée. Les divisions à l'intérieur des classes dominantes s'expriment sur le plan politique et se développent autour de deux questions fondamentales : 1 - la participation de la bourgeoisie au pouvoir central ; 2 - la forme de domination des masses travailleuses. Les difficultés économiques et la multiplication des intérêts distincts entre les secteurs de la bourgeoisie, l'étouffement des couches moyennes, les divergences sur l'issue de la crise (marché interne, limitation des importations, investissements) tout ceci intensifie les pressions dans le sens d'une modification de la situation existante et afin de favoriser l'accès des "représentants civils" au centre des décisions. Ces pressions seront encore plus claires de la part des secteurs qui seront restés plus éloignés des décisions centrales comme les agriculteurs, groupes nationaux et moyens. Les représentants les plus lucides du capital étranger (voir le journal "Estado de Sao Paulo") se présentent aussi comme favorables aux changements politiques capables de favoriser le jeu entre les factions bourgeoises et d'éviter une crise politique profonde. Mais les conflits entre les classes dominantes dans le domaine politique se développent particulièrement autour des faiblesses de la dictature dans le domaine social et dans les formes de contention du mouvement des masses et du mouvement révolutionnaire qui recommence. Pour de larges secteurs de la bourgeoisie et des militaires - exception faite des porte-parole de la ligne dure - le type de répression par des méthodes policières-militaires arbitraires et illégales (tortures, prisons clandestines) le manque d'appui social du régime, la polarisation des classes, la défiance et la dégradation des institutions bourgeoises (parlement, partis) face aux masses, finiront par constituer un danger mortel, d'autant plus si se

1 confirment les tendances actuelles. Cette situation montre qu'il existe une crise politique en cours. Les disputes entre les courants politiques qui se forment autour des alternatives pour la surmonter aggraveront encore plus les faiblesses actuelles de la bourgeoisie. Fragile, la dictature se voit encore plus menacée dans la mesure où sa base d'appui la plus grande, la bourgeoisie, commence à se diviser. Le gouvernement Geisel Quand Geisel est choisi, en 1974, pour remplacer Medici, une conjoncture défavorable à la bourgeoisie se profile déjà et indique un futur moins prometteur au capital et à son régime de domination : la dictature militaire. Vu les disputes entre les courants militaires (ligne dure, parti - sans Castelo Branco, nationalistes, etc) et malgré le manque d'expression publique des politiciens, le choix de Geisel ne fut pas aisé. Ces disputes indiquaient que la crise économique en formation, l'ébranlement de la cohésion entre les classes dominantes aussi bien que le début d'une période instable pour une dictature du style Medici exigeaient une réorientation politique cohérente avec la conjoncture internationale et nationale en mutation. Geisel est choisi contre la volonté de la "ligne dure" et des officiers nationalistes. Il bénéficie cependant de l'appui des "castellistes" et des militaires idéologiquement les plus importants de l'Ecole supérieure de guerre (ESG). Dans ces conditions est élaboré son projet de gouvernement bonapartiste qui, en face de la dynamique des événements et de la lutte des classes, se montrera tout de suite impuissant. Il dirigera le gouvernement chaque fois plus ouvertement dans le camp de l'impérialisme, en opposition aux aspirations populaires et même à celles de la fragile bourgeoisie nationale. Sur le plan économique, le deuxième PND (Plano Nacional de Desenvolvimento) trace une stratégie dirigée vers l'industrie lourde. La substitution de l'importation de biens de capital (équipements, matières premières et minérales, etc) et de dynamisation de l'industrie de transports lourds (navale, ferroviaire). Avec ces mesures, on a l'intention de redresser la situation de la balance des paiements à travers la diminution de l'importation de ces produits qui pèsent lourdement sur la balance commerciale. En même temps, ces mesures cherchent à créer de nouveaux pôles de dynamisation de l'industrie et à retrouver les voies d'une nouvelle phase de croissance économique. Cette stratégie exige une politique extérieure de mise à profit des possibilités d'ouverture de marchés extérieurs et d'attraction des investissements. De là découlent la diplomatie du "pragmatisme responsable" du gouvernement précédent et des initiatives qui étonnent les secteurs liés à l'impérialisme. Par exemple, le vote anti-sioniste à l'ONU, le rapprochement avec les gouvernements arabes, la reconnaissance de l'Angola, le rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine, etc... La politique économique du gouvernement ne conduit pas à un équilibre des forces entre le capital national et le capital étranger. En effet, surmonter la crise est impossible sans une plus grande intégration à l'impérialisme, sans ses prêts et ses

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investissements directs dans l'économie brésilienne. Cette constation est fondamentale. Le gouvernement ne possède aucune possibilité de maintenir un équilibre entre les forces de l'impérialime et la bourgeoisie nationale. Malgré la crise mondiale, les investissements étrangers se maintiennent à un rythme encore assez soutenu. Face à l'insuffisance des ressources fournies par le capital nord-américain, le gouvernement fait appel aux pays impérialistes d'Europe (France, Angleterre, RFA) et au Japon. Les investissements de capitaux provenant de ces pays se font exactement dans les secteurs considérés prioritaires par le deuxième plan. Plus représentative encore est la chute du monopole étatique du pétrole avec les investissements étrangers (contrat de risque) qui ébranlent la PETROBRAS, place-forte des groupes nationalistes. Dans le domaine social, la timidité du gouvernement est encore plus grande. Le Plan national de développement met en relief la question sociale, et souvent sans ses déclarations, le gouvernement se réfère aux "'injustices de la distribution des revenus", aux nécessités d'améliorer la situation du peuple. Tout cela montre les préoccupations des leaders bourgeois face aux graves problèmes sociaux qui menacent le régime et lui enlèvent toute base d'appui sociale. Cependant, le cours des gouvernements militaires et particulièrement du gouvernement Geisel, continue à démontrer l'incapacité du régime à surmonter un tant soit peu la gravité de la situation sociale et la polarisation extrême existant entre les classes sociales. La hausse des salaires de 1974 n'était qu'une mesure démagogique en vue des élections de novembre. La réponse des masses démontra l'insuffisancé de ces dispositions. D'une part, les "très grandes augmentations salariales" concédées par le gouvernement Geisel ne furent pas seulement rapidement absorbées par l'inflation, mais elles sont aussi incapables de répondre aux difficultés croissantes des masses (augmentation du coût de la vie, chômage, état de santé en aggravation). Ces appels au populisme, expédient utilisé pour la commémoration du ler mai à Volta Redonda, sont donc insuffisants pour gagner l'appui des masses. Dans ces conditions, la question est claire : à ce niveau non plus, le gouvernement ne dispose pas des ressources nécessaires pour détendre les rapports entre classes. Le bonapartisme sans base de masse est à peine une caricature du bonapartisme ! Dans le domaine politique, le gouvernement a cherché un plus grand équilibre des forces. Son projet initial mettait "la question politique" au-dessus des aspects économiques. C'est-à-dire que, depuis le début, le gouvernement affirme qu'il n'est possible de surmonter la crise économique que dans la mesure où une solution politique renforce le régime et permet d'éviter la crise sociale. "La détente politique" est le slogan des premiers mois du gouvernement Geisel. Le gouvernement doit faire face à deux forces politiques centrales, celle appelée "ligne dure" d'un côté, et l'opposition, représentée fondamentalement par le MDB (2) de l'autre. La

"ligne dure" dispose de soutiens dans le camp militaire parmi les jeunes officiers et les militaires supérieurs qui s'affirmeront pendant le gouvernement Medici (1969-1974). Elle s'appuie aussi sur les forces policières répressives, c'est-à-dire les appareils policiers ou para-policiers créés pendant le gouvernement Medici, pour combattre la gauche militariste. Parmi les civils, ce courant est soutenu par les groupes industriels et financiers qui ont bénéficié le plus de la politique répressive du gouvernement passé et de ses représentants civils (secteurs plus réactionnaires de l'ARENA - parti gouvernemental). Les intérêts de cette fraction de la bourgeoisie étaient fort bien défendus par la dictature militaire, elle craint donc toute modification du régime qui puisse modifier cet état de chose. Cependant, ce qui caractérise la "ligne dure", c'est sa position par rapport au rôle des forces armées au sein de la structure de domination bourgeoise. Ainsi, pour les partisans de la "ligne dure" , l'armée doit rester le parti politique dirigeant, ce rôle ne pouvant en aucune circonstance être remis en cause. Cette position se combine avec la nécessité de réprimer toute menace de bouleversement de cette prédominance des forces armées, même si elle apparaît au niveau des classes dominantes: En d'autres termes, ce courant soutient que, face aux faiblesses de la bourgeoisie et de ses partis, il est nécessaire de concentrer toutes les décisions politiques dans les mains de l'armée et de maintenir les forces civiles distantes du pouvoir central. Cette "ligne dure" n'est pas homogène. Elle se compose non seulement de secteurs militaires nationalistes, mais aussi de groupes (politiques et militaires) nettement pro-impérialistes. Néanmoins, ces secteurs se regroupent autour de la défense du rôle des forces armées et de la police répressive. Dans ce sens, ils peuvent avoir une fonction politique considérable, notamment au moment d'une crise du régime. La "ligne oppositionnelle" du MDB est faiblement représentée parmi les militaires. Elle s'adosse essentiellement aux secteurs bourgeois les plus faibles, tenus toujours à l'écart du pouvoir central ("couches moyennes" , secteurs agraires, éléments épars de la bourgeoisie nationale) et aux secteurs petit-bourgeois libéraux. Pour ces couches bourgeoises, l'ouverture du régime apparaît comme indispensable pour obtenir des voies d'accès aux centres de décision et pour accroître son influence politique. En outre, ces fractions bourgeoises oppositionnelles se préoccupent du manque d'appui social du régime, de la polarisation des classes, de l'usure des institutions bourgeoises et de leur mise en cause par de larges secteurs de la population dans le contexte actuel de crise et de récupération du mouvement de masse. Elles considèrent que le plus grand danger serait précisément d'essayer de conserver le régime par des moyens purement répressifs. Cette fragile bourgeoisie oppositionnelle cherche à gagner des appuis dans la petite-bourgeoisie, soit parmi les étudiants, soit parmi les travailleurs (à travers le secteur ouvrier du MDB : l'IEPES. (3), etc...). Ainsi, elle vise non seulement à augmenter son pouvoir de pression, mais à encadrer les forces du mouvement de masse qui se réorganisent autrement. Le parti de l'opposition bourgeoise est ainsi constitué de plusieurs couches sociales avec des intérêts politiques divers. •

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Cependant, les secteurs bourgeois prédominent à l'intérieur du parti tout en intégrant des revendications des couches inférieures, afin d'éviter son morcellement. Dans ce sens, quand l'opposition bourgeoise préconise le retour à "l'Etat de Droit" ', l'institutionnalisation du régime, les "élections directes" ou encore l'abrogation de l'acte institutionnel n°5 et du décret 4// (4), elle s'oppose au gouvernement militaire et avance - à l'inverse de la "ligne dure" - un projet de résolution de la crise du régime fondé sur la mise en place d'un gouvernement civil. Gagner du temps

Le projet politique initial du gouvernement Geisel répondait, par conséquent, à cette polarisation des forces bourgeoises (tant civiles que militaires). La "détente politique graduel -le et certaine" constitue une voie intermédiaire et représente le point de vue de l'élite militaire de l'Ecole supérieure de guerre et de quelques secteurs pro-impérialistes plus éclairés (cf le journal "Estado de Sao Paulo"') et de quelques politiciens des deux partis. Le projet de "détente politique" a pour objectif de renforcer les fondements du régime grâce à un dépassement des institutions civiles (parlement, partis) et, en tentant de légitimer la domination bourgeoise, apportant une solution aux aspects plus fragiles qui ont caractérisé les formes de domination typiques du gouvernement précédent (Medici). Tout ce projet ne prévoit pas cependant l'éloignement radical des militaires du pouvoir. Au contraire, il devrait se réaliser justement sous la direction et la protection des forces armées. Au cours des premiers mois de son gouvernement, Geisel essaie d'appliquer cette orientation. On allège, voire on supprime par moments, la censure de la presse, au moins celle de grande circulation. Les élections parlementaires et leurs résultats sont "assurés" • Les débats politiques permettant parfois la critique radicale des candidats oppositionnels, se développent dans un climat inconnu depuis longtemps. L'exercice des fonctions par tous les élus, malgré les protestations de la "ligne dure" , a été garanti. Le mouvement de masse, qui reprend vie, n'a pas connu de répression violente. Dans quelques cas (grève des chauffeurs d'autobus), des mobilisations ont débouché sur des victoires partielles. Les élections ont servi, cependant, au gouvernement, de thermomètre pour mesurer l'impopularité du régime ou mieux, le dépassement initial de l'apathie et de la peur qui ont marqué l'époque du gouvernement Medici. La tendance à la radicalisation des masses s'est affirmé aussi par l'indifférence complète - exprimée dans le résultat électoral - vis-à-vis des projets de "détente" du nouveau gouvernement. Les élections et la défaite de l'Arena ont montré l'incapacité du gouvernement d'avancer dans son projet appuyé sur des forces civiles capables de contrôler les masses et leurs revendications. Le parti du gouvernement, nettement battu, ne peut fournir le pilier du projet gouvernemental et est incapable de canaliser l'insatisfaction des masses. A partir de là, le gouvernement devrait choisir entre accentuer son projet de "détente" ou faire marche arrière, après quelques très timides tentatives. Le climat qui fait suite aux élections a entraîné de la part du gouvernement, sauf quelques exceptions, un certain recul. La dénonciation des tortures et assassinats dans les prisons, l'exigence populaire ‹"explications publiques officielles sur la situation des prisonniers disparus, les débats politiques à l'université, ont rendu la situation encore plus difficile pour le gouvernement. La "ligne dure" a rapidement repris vigueur et les protestations au sein des forces armées (manifestes clandestins) ont augmenté. Les critiques des militaires de la "ligne dure" visent plus le gouvernement que l'opposition bourgeoise. Elles se concentrent sur les collaborateurs plus discrets de Geisel (Golbery, Azevedo Silveira), considérés responsables du climat d'insécurité qui commence à se créer dans le pays. La répression brutale contre le PC indique la reprise du "cours droitier": applications systématiques de l'Acte institutionnel n°5 et les "cassations" des députés de l'aile "authentique"' du MDB (Marcelo Gato, Lysaneas et d'autres). En août 1976, le gouvernement confirmait cette "tendance droitière"niant ses objectifs de "détente". La "loi Falcao", réglementant l'utilisation des moyens de communication sur la propagande électorale, est une preuve que le gouvernement est plus affaibli que dans les élections législatives de 1974. Le gouvernement n'a pas à sa disposition un parti politique capable de soutenir la réalisation de ses plans de renforcement des bases d'appui du régime. L'Arena continue à être un instrument inefficace, avec un impact social restreint, incapable de conquérir une certaine influence auprès des masses populaires. Le MDB est considéré comme une force sur laquelle on ne peut pas compter pour changer le régime politique. Le gouvernement ne compte que sur la force de l'Armée pour éviter la précipitation d'une crise politique profonde. A chaque fois que les querelles politiques provoquent des pressions de la "ligne dure" ', le gouvernement est obligé de céder pour éviter une division des forces armées et une crise militaire qui aurait, dans ces conditions, des conséquences catastrophiques pour le régime. Le gouvernement Geisel donc, a réussi à éviter que la crise de la dictature militaire se précipite, mais il n'a pas pu esquiver son développement. Le gouvernement gagne du temps, mais il ne gagne pas des forces pour que la dictature résiste à une situation caractérisée par le développement des tendances actuelles. La bourgeoisie n'a pas encore trouvé une issue pour éviter une crise politique et sociale en gestation. Même les plans du présent gouvernement ne peuvent, à court terme, connaître des succès définitifs. La situation actuelle peut se transformer dans une situation pré-révolutionnaire dans la prochaine période: Tout dépend de la capacité des masses (et en particulier de la classe ouvrière) de profiter de cette possibilité. NOTES 1) Acte institutionnel n°5 : disposition supprimant toutes les garanties constitutionnelles (habeas corpus, etc...) 2) voir Inprecor n°64 du 9.12.76 3) IEPES : Institut d'études politiques, économiques et sociales • 4) Décret 477 : décret rétablissant, en 1969, des mesures de répression à l'Université.

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