Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MOYEN-ORIENT

La paix façon Begin-Carter-Sadate

· Inprecor n° 20, 20 janvier 1978 · p. 16-20 · 4 293 mots

Palestine et Israël États-Unis URSS et Russie

Le plan de Sadate peut se résumer par la formule «comment séparer le wagon égyptien du train aral tout en faisant semblant d'y rester accroché?». Une évolution d'envergure se dessine au Moyen-Orient avec une rapidité qui empêche souvent d'évaluer correctement la signification des divers gestes et déclarations dont le monde entier peut être témoin grâce à la place particulière que les principaux protagonistes de ce spectacle donnent aux mass media. Et pourtant l'enjeu de ce qui se déroule actuellement au Moyen-Orient est suffisamment important pour que nous tentions d'en donner une analyse politique d'ensemble. Vers un second règlement impérialiste Après la guerre israélo-arabe de 1948, l'impérialisme américain parvenait à établir une paix impérialiste au Proche-Orient, sur la base d'un changement du rapport de forces entre les impérialismes anglais et américain en faveur de ce dernier, et grâce au soutien actif de l'Union soviétique. L'Etat d'Israel devenait rapidement la pièce maîtresse de la domination impérialiste dans cette partie de la région arabe et le véritable chien de garde des intérêts impérialistes, comme le confirmera la guerre de 1956. Mais très rapidement allait se développer dans l'ensemble de l'Orient arabe, et particulièrement en Egypte et en Irak, un mouvement de masse anti-impérialiste qui remettra en question la domination impérialiste, le bastion sioniste et la division artificielle de la région par les puissances occidentales. Le nassérisme sera l'expression la plus achevée de ce mouvement de masse à direction nationaliste petite bourgeoise. Le Mouvement nationaliste arabe, le Baath, et plus tard la gauche du Baath en Syrie seront autant de manifestations de cette remontée du mouvement des masses arabes, mais aussi de ses limites, mouvement qui à certains moments semble sur le point de pouvoir remettre en question les fondements mêmes de la domination impérialiste sur l'Orient arabe : les rapports de production capitalistes et l'Etat bourgeois. En fait, la prise du pouvoir par les masses laborieuses n'a jamais été une éventualité immédiate - sauf en Irak en 1958 -l'impérialisme a cependant senti la nécessité de lancer une contre-offensive globale visant à restaurer l'ordre impérialiste dans l'ensemble de l'Orient arabe. Israël a été le moyen privilégié pour cette contre-offensive réactionnaire et la guerre de juin 67 le tournant dans l'affrontement entre les classes au niveau de l'ensemble de la région. Les régimes petits bourgeois issus de la mobilisation populaire ont été écrasés par l'Etat sioniste et cette défaite marquait la fin de leurs potentialités. La restauration bourgeoise et la stabilisation de la situation politique et sociale au Proche-Orient fut ralentie par un facteur que personne n'avait prévu à la veille de la guerre de 67 : l'émergence de la résistance palestinienne. Son importance ne réside pas tant dans l'efficacité de la lutte qu'elle a menée contre le régime sioniste et l'occupation que dans le rôle politique qu'elle a objectivement joué au niveau de l'ensemble de l'Orient arabe, comme facteur de mobilisation anti-impérialiste qui contrebalançait, en partie du moins, les effets négatifs de la victoire sioniste de juin 67. De ce fait, et précisément à cause du développement du mouvement national palestinien, l'offensive impérialiste se soldait par une demie victoire : l'occupation des territoires arabes conquis en 67 et l'apparition sur la scène politique d'un mouvemement national palestinien - que les bourgeoisies arabes avaient de fait réussi à étouffer à l'époque du premier règlement impérialiste - posaient des problèmes dans la voie de la restabilisation impérialiste de l'Orient arabe. Afin de permettre aux forces sociales liées directement à l'impérial isme d'asseoir leur pouvoir politique, ce dernier se devait tout d'abord de mettre fin au conflit militaire qui se poursuivait après 67 sous la forme de la "guerre d'usure" '. A l'été 1970, c'est chose faite : Israel accepte un cessez-le-feu avec l'Egypte, Le second objectif sera le musellement de la résistance palestinienne, condition préalable à toute solution négociée entre Israel et les Etats arabes. Cet objectif n'a toujours pas été pleinement atteint, même si le caractère révolutionnaire et déstabilisateur du mouvement national palestinien a pu être substantiellement restreint. Finalement, c'est

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à la situation de belligérance qu'il s'agit de mettre fin. Du plan Rogers en 1970 au Document de travail américano-soviétique de septembre 1977, l'impérialisme va tenter toute une série de formules dont l'objectif commun est de mettre fin au conflit israélo-arabe, condition sine qua non d'une stabilisation de la domination impérialiste au Moyen-Orient. Onze ans après la guerre de juin 67 et quatre ans après la guerre d'octobre 73, l'impérialisme américain et les bourgeoisies arabes à sa botte sont toujours à la recherche d'un accord qui mette fin à l'état de guerre entre Israël et les Etats arabes. Il ne s'agit certes pas d'avoir une conception "formaliste" d'un règlement politique au Moyen-Orient. La stabilisation du Moyen-Orient est un processus et non pas seulement un acte formel concrétisé par un traité. Au niveau du processus, nul ne peut nier que l'impérialisme a su gagner toute une série de positions, indépendamment de la signature d'un accord de paix entre Israel et certains des Etats arabes. L'union soviétique s'est vue progressivement exclue non seulement de certains pays arabes où elle avait une influence notable, mais aussi du processus de négociations auquel elle participait activement à ses débuts; les régimes les plus liés à l'impérialisme américain, avant tout l'Arabie saoudite, ont aujourd'hui une position centrale qu'ils n'avaient pas pendant les années soixante; les bourgeoisies arabes se sont considérablement renforcées politiquement, que ce soit en Egypte ou même en Syrie, et ont accéléré une réinsertion des intérêts des bourgeoisies impérialistes dans l'économie de certains des pays arabes les plus importants; le potentiel militaire de 'Etat sioniste s'est grandement accru, et ce malgré la crise d'octobre 73; la résistance palestinienne a été partiellement intégrée dans la stratégie d'ouverture des Etats arabes à l'impérialisme, perdant en cela beaucoup de son caractère subversif vis-à-vis des masses arabes. En ce sens la paix américaine s'instaure au Moyen-Orient, sur la base d'un recul du mouvement de masse anti-impérialiste et du renforcement des forces réactionnaires au sein des Etats arabes. L'essentiel, pour l'impérialisme américain en tout cas, est que cette dynamique se poursuive. Begin et Sadate à Jérusalem

Mais ce n'est pas tout. En rester là serait surestimer le recul du mouvement de masse et exagérer les possibilités et la stabilité des régimes bourgeois arabes. Une stabilisation à long terme de la situation politique au Moyen-Orient exige plus qu'un renforcement du potentiel militaire de l'Etat sioniste et des régimes arabes à la solde de l'impérialisme américain. Car, par-delà les revers du mouvement anti-impérialiste arabe, la situation reste hautement explosive, et ceci pour trois raisons fondamentales : l'état de conflit avec Israël oblige les régimes arabes à permettre un certain degré de mobilisation des masses; l'absence de paix a des incidences économiques qui provoquent de graves explosions populaires; l'existence d'une question palestinienne non résolue - ne serait-ce que de façon fictive - reste un élément permanent de mobilisation anti-impérialiste de l'ensemble des masses arabes. Il s'agit donc pour les régimes bourgeois arabes et pour l'impérialisme d'aller au-delà de ce qui a déjà été obtenu dans la voie de la stabilisation impérialiste au Moyen-Orient. Les dilemmes de l'impérialisme et l'initiative de Sadate L'alliance entre l'impérialisme et l'Etat sioniste n'est pas un phénomène conjoncturel. Dans la stratégie américaine, Israël est l'élément central de toute politique visant à bloquer le mouvement anti-impérialiste arabe et à défendre les intérêts économiques et militaires de l'impérialisme au Moyen-Orient. Face à une montée du mouvement révolutionnaire arabe, Isratl a un rôle offensif à jouer, comme cela a été le cas en 1956 et en 1967. En période de stabilité relative caractérisée par l'existence de régimes arabes à la solde de l'impérialisme, Israel joue son rôle de chien de garde de l'impérialisme, veillant à l'ordre capitaliste dans la région et menaçant, par son existence même, toute tentative de remettre en question le statu quo. Même après la guerre d'octobre 73, alors qu'il devenait évident que les régimes arabes les plus importants s'alignaient clairement sur les positions américaines, il ne s'agissait en aucun cas pour Washington de "laisser tomber" Israël, mais au contraire, de tout faire pour lui permettre de remettre en état son armée et son économie, afin de continuer à pouvoir jouer son rôle de chien de garde au Proche-Orient. Israel est irremplaçable pour l'impérialisme : elle jouit d'une stabilité sociale qu'aucun régime arabe n'a jamais eue et n'aura vraisemblablement jamais, et coûte bien moins cher politiquement et économiquement que plusieurs divisions de Marines amériCette étroite dépendance qui existe entre l'impérialisme américain et l'Etat sioniste ne signifie pas nécessairement que leurs intérêts soient toujours identiques. Il est souvent arrivé que les intérêts spécifiques de l'Etat sioniste entrent en contradiction avec les intérêts de son patron impérialiste. Bien plus : un recul grave de la révolution arabe, une défaite flagrante de l'Union soviétique au Proche-Orient, qui sont à l'évidence l'intérêt de l'impérialisme, posent pour l'Etat sioniste un problème : son rôle devient moins évident et le soutien économique et militaire américain peut s'en trouver relativement réduit.

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Tel est aujourd'hui le cas de l'occupation des territoires conquis en 1967. Pour Israel, l'annexion de ces territoires est une nécessité économique et surtout politique. Le sionisme est expansionniste par nature et tout retrait de territoires occupés est une défaite politique pour l'Etat juif. Pour l'impérialisme américain par contre, l'occupation de la Cisjordanie par Israel n'a ensói aucune importance et peut même avoir des effets négatifs. Il peut donc être de l'intérêt de Washington de faire revenir Israel plus ou moins aux frontières de juin 67 si un tel retrait pouvait garantir une meilleure stabilité sociale et politique dans l'ensemble de l'Orient arabe. C'est ce qui explique les multiples spéculations à propos d'éventuelles pressions américaines sur Israel. Pourtant, malgré les promesses faites par Kissinger aux chefs d'Etat arabes et en particulier à l'Arabie saoudite, aucune pression sérieuse n'a été exercée sur Israel depuis octobre 1973. Washington s'est contenté de vagues déclarations, certes contradictoires avec les projets israéliens, mais qui n'avaient aucune espèce d'incidence pratique sur ses relations avec l'Etat juif. Ce qui explique l'absence de pressions américaines sur Israel, c'est précisément le fait que Washington soit conscient de l'importance des territoires occupés pour l'Etat sioniste et qu'en conséquence seules des pressions très fortes seraient susceptibles de faire céder Tal Aviv. Or de telles pressions auraient pour conséquence un affaiblissement réel de l'Etat d'Israel, que l'impérialisme ne veut ni ne peut accepter. L'initiative spectaculaire du président Sadate est la conséquence directe de ce dilemme devant lequel se trouve l'administration Carter. Sadate a compris qu'il ne devait pas trop espérer de pressions éventuelles des USA sur Israel. S'il voulait mettre fin à l'état de guerre et récupérer les territoires du Sinat, il devait prendre l'initiative et obliger Israel à s'assoir à la table des négociations. Le prix payé par Sadate est immense, la reconnaissance unilatérale de l'Etat d'israel étant certainement l'atout le plus important auquel le chef d'Etat égyptien a renoncé avant même que ne commencent les négociations. Mais pour la bourgeoisie égyptienne un accord avec Israël est aujourd'hui une nécessité vitale. (Voir " Inprecor" n° 18 du 8 décembre 1977). Sadate a-t-il les moyens que n'a pas Washington pour faire céder Israel ? Certainement pas, si ce n'est la possibilité d'obliger l'Etat sioniste à ne pas faire la guerre, en le condamnant à la paix. Peut-il au moins obtenir un retrait rapide du Sinal et la fin de l'Etat de belligérance avec Israel ? Certainement, à condition qu'il soit prêt à "lâcher" les autres protagonistes arabes. Le régime de Sadate est loin d'être suffisamment stable pour qu'il puisse se permettre de se couper complètement des autres régimes arabes et de signer une paix séparée avec l'Etat sioniste. C'est bien la raison pour laquelle Sadate n'a pas cessé d'affirmer depuis près d'un mois qu'israel ne devait pas espérer que l'Egypte accepte une paix séparée, même si Israel se déclarait prête à se retirer immédiatement de l'ensemble du Sinat. La question reste donc posée : quel est le plan de Sadate ?

La réponse semble aujourd'hui assez évidente. Le plan de Sadate peut se résumer par le formule : "comment séparer la wagon égyptien du train arabe tout en faisant semblant d'y rester accroché ?" C'est ici que se trouve la logique de la conférence du Caire. Son objectif officiel est de préparer la conférence de Genève, c'est-à-dire de mettre sur pied la base d'un accord global entre Israel et les Etats arabes. Sans un tel accord, Sadate est conscient qu'il ne peut poursuivre ses négociations avec l'Etat sioniste. Pour ce qui est de la réalisation des différentes parties de cet accord, c'est une tout autre affaire. A chaque partie concernée de poursuivre les pourparlers avec Israel et de les faire aboutit pour son propre compte. Ce que Sadate attend de Begin ce sont des déclarations d'intentions quant aux questions non directement liées à l'Egypte et aux réalisations concrètes en ce qui concerne l'Egypte même. Il ne faut pas croire que cela soit facile; aucun chef d'Etat israélien, et certainement pas Begin qui a durant des dizaines d'années prêché l'inaliénabilité des droits du peuple juif sur l'ensemble de la Palestine, peut - même au niveau des formules - laisser supposer qu'israel est prête à se retirer de Cisjordanie et de Gaza et à accepter la constitution d'une entité politique palestinienne. Begin et Carter à Washington Pourtant, il semble qu'un compromis acceptable à la fois par Sadate et par Begin se dessine et qu'un accord sur les grandes lignes d'une paix au Proche-Orient soit sur le point d'être élaboré, même si, comme on pouvait s'y attendre, cet accord pourra être sujet à multiples interprétations. Il semble que Begin ait compris ce que Sadate attendait de lui et soit prêt à jouer le jeu. Une fois un tel projet élaboré, l'Egypte pourra ouvrir des négociations bilatérales sur un retrait israélien de la presqu'île du Sinal". C'est précisément ce qu'Israel attendait. Une grande victoire pour Israël Les dirigeants israéliens peuvent se frotter les mains. Malgré, ou plutôt à cause de leur obstination et leur refus de faire de quelconques concessions substantielles aux régimes arabes, ils ont obtenu du président Sadate ce à quoi Israel aspirait depuis maintenant 30 ans : la reconnaissance de la légitimité de son

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existence. Et ceci, Israel l'a obtenu sans aucune contrepartie. Begin peut se permettre maintenant de faire la leçon aux Giscard d'Estaing, Kreisky et compagnie, qui poussaient depuis des années l'Etat juif à se montrer plus souple vis-à-vis des bourgeoisies arabes. La fermeté et l'intransigeance ont fait leurs preuves, leur répond désormais le premier ministre israélien. Personne ne peut le nier : le cours actuel des choses au Moyen-Orient marque une victoire éclatante pour l'Etat sioniste. La consécration de sa politique d'agressions et de conquêtes territoriales par le régime arabe le plus important. L'Egypte s'est d'ores et déjà engagée à ne pas reprendre les armes contre Israel, et a donné des garanties sérieuses pour la "sécurité" de l'Etat juif si celui-ci commence à entreprendre un retrait de certains des territoires qu'il occupe depuis 1967; le front arabe qui avait plus ou moins fait ses preuves en 73 est divisé, la Syrie considérée comme le plus belliqueux des voisins de l'Etat sioniste est isolée et incapable de lancer seule une offensive militaire; l'OLP est proprement éjectée de l'arène diplomatique où elle essayait de s'implanter au prix de concessions de plus en plus substantielles, et le peuple arabe palestinien se sent à nouveau tragiquement seul dans sa lutte contre l'Etat d'Israel. Les dernières propositions faites par Begin ont été rendues publiques lors de son voyage à Washington. Elles comportent un retrait total, en plusieurs étapes, du Sinal en échange de la normalisation des relations entre l'Egypte et Israel et un projet d'auto-administration des populations de Cisjordanie et de Gaza pour tout ce qui concerne les questions dites civiles. Cette formule n'est pas neuve, même si Begin essaie à coup de déclarations fracassantes de lui donner un air original. C'est le projet éculé, élaboré avant la guerre d'octobre par l'administration de Golda Meir sous le nom de "plan d'administration civile" des territoires occupés. Il implique le maintien de l'occupation israélienne, de la colonisation des territoires occupés et la mise en place d'une administration civile locale composée de collaborateurs élus sous l'œil bienveillant des militaires israéliens. Ce projet avait été repoussé par une large majorité de la population de Cisjordanie, lors des élections municipales qui se sont déroulées en 1976. Il y a très peu de chances que les Egyptiens acceptent telles quelles les propositions de Begin, et il est vraisemblable qu'ils exigent que l'idée d'un retrait des forces israéliennes soit incluse dans l'accord général qu'ils signeront avec l'Etat sioniste. Malgré le fait que Begin n'ait fait aucune concession significative, celui-ci est confronté à une opposition relativement forte à la fois au sein de son propre parti et de la part de l'opposition travailliste. Cette dernière affirme que la notion d'auto-administration ouvre la voie à la constitution d'un Etat palestinien à laquelle s'opposent l'ensemble des formations sionistes importantes. Aux dires des dirigeanis travaillistes, les concessions qu'aurait faites Begin sont exorbitantes ! Cette idée est même défendue par des partisans du gouvernement Begin, comme le Bloc de la foi ou un groupe de députés du Likhoud qui viennent d'annoncer la constitution d'un "Front du refus" contre les tentatives de Begin de "brader les terres de la patrie" . Si l'on ajoute à ce tableau le fait que c'est la gauche sioniste qui est aujourd'hui la plus fervente partisane

Sadate et Carter à Ismatlia des propositions de Begin, on peut s'imaginer sans trop de peine à quel point la notion d'un réel retrait des territoires de Cisjordanie et de la bande de Gaza est impensable du point de vue des dirigeants israéliens, et quelles pressions seraient nécessaires pour faire céder l'Etat sioniste sur cette question. C'est dire aussi à quel point la notion d'un "paix honorable" que prêchent l'Union soviétique, les Partis communistes, l'OLP et la Syrie est loin d'être à l'ordre du jour. Les contradictions du Front du refus L'initiative du Président Sadate a poussé les autres Etats arabes à prendre position. Hormis le Maroc ou le Soudan, aucun Etat arabe n'a ouvertement soutenu l'initiative du président égyptien; ce qui ne veut pas dire nécessairement qu'ils s'opposent tous à cette initiative. Il s'en faut de beaucoup : l'Arabie saoudite, même si elle garde pour l'instant ses distances par rapport au Caire et préfèrerait, tout comme Washington, voir la Syrie et la Jordanie intégrées aux négociations, est loin d'être hostile au projet du président égyptien. La Jordanie, pour sa part, attend son heure et, dans la mesure où le roi Hussein estime pouvoir gagner quelque chose aux négociations en cours, il n'hésitera pas à rompre l'alliance qui le lie pour l'instant au régime syrien. Après la conférence de Rabat, le régime hachémite n'a plus rien à perdre et peut-être quelque chose à gagner aux mancuvres de Sadate. Le Front du refus qui s'est réuni il y a quelques semaines à Tripoli ne peut en aucun cas être considéré comme une direction alternative à Sadate. Celui-ci est une formation hétérogène, dont les composantes n'ont pas une, mais plusieurs stratégies contradictoires. Il y a d'une part les pays qui, comme la Lybie ou l'Irak peuvent se permettre une politique très radicale vis-à-vis de la solution pacifique, refusant en bloc la conférence du Caire, les pourparlers de Genève et toute autre tentative d'arriver à une solution négociée avec Israel. Ils n'ont jamais été directement concernés par la guerre israélo-arabe, et peuvent donc se laisser aller à une démagogie à bon marché contre les capitulations des autres régimes bourgeois arabes.

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A côté de ces Etats, se trouvent la Syrie et l'OLP. L'une comme l'autre n'ont jamais dit non à la solution négociée avec Israel, du moins depuis 1973. Au contraire, elles n'ont pas caché, ni dans leurs déclarations, ni dans leurs actes, qu'elles sont prêtes à s'intégrer aux négociations de paix et à la conférence de Genève, à condition évidemment, d'obtenir un retrait israélien du plateau du Golan, de Cisjordanie et de Gaza, ainsi que la constitution d'un Etat palestinien souverain dans ces deux derniers territoires. Or, c'est précisément sur ces points qu'israel est le moins prêt à céder, ces territoires étant de fait annexés depuis longtemps et fortement colonisés. Sans l'Egypte, l'option militaire est quasiment exclue pour la Syrie et les manceuvres du Caire mettent le régime de Hafez el Assad sur la touche du processus de négociations. Cela explique l'impasse dans laquelle se trouve le régime syrien, et les espoirs que l'Arabie saoudite et les USA ont de le faire céder et de l'intégrer au processus enclenché par le président égyptien. Si la Syrie a toujours la possibilité de rejoindre la table des négociations, c'est loin d'être le cas en ce qui concerne l'Organisation pour la libération de la Palestine. Ni les USA, ni même l'Egypte n'ont fait un quelconque effort pour inclure la direction du mouvement national palestinien dans les dernières manœuvres de paix et ceci pour une double raison. La première concerne Israel : pour l'Etat sioniste, il est impossible de traiter avec une organisation dont les objectifs et l'existence même sont la négation de son identité coloniale; quand les dirigeants israéliens affirment "nous ne rencontrerons cette bande de criminels qui se fait appeler OLP que sur le champ de bataille", ils ne font pas des effets de style, mais expriment clairement leur politique vis-à-vis de la direction palestinienne. Sadate n'a pas les moyens de faire céder Israel sur ce sujet et Carter n'y a pas intérêt. La seconde raison ne concerne pas uniquement Israël : l'OLP, malgré les multiples concessions qu'elle a déjà faites pour être intégrée aux négociations avec Israël, reste un élément déstabilisateur au Moyen-Orient. L'ensemble des forces réactionnaires (l'impérialisme américain, l'Etat d'Israel ou la plupart des bourgeoisies arabes) est d'avis que cette organisation doit encore être affaiblie, sinon détruite, pour qu'une paix stable puisse s'instaurer au Moyen-Orient. Il semble donc que l'Egypte se soit ralliée à l'opinion selon laquelle la Cisjordanie ne doit pas devenir un Etat palestinien dirigé par l'OLP. Begin et Sadate discutent du choix entre une fédération dominée par la monarchie hachémite ou un projet d'autonomie fictive, selon lequel la Cisjordanie serait dirigée par des notables proches des Israéliens, ces derniers continuant à occuper militairement la Cisjordanie et à y établir de nouvelles colonies juives. Pour Israel la seconde option est évidemment préférable, ne nécessitant aucun retrait et perpétuant la domination sioniste sur l'ensemble de la Palestine. Quoi qu'il en soit, l'idée d'un "mini-Etat palestinien" laquelle se bat, dans l'arène diplomatique, depuis plusieurs années la majorité de l'OLP n'est pas à l'ordre du jour; ceci pose un problème grave pour la direction de cette organisation. Se rallier aux positions du Front du refus palestinien, signifie à brève échéance se couper des principaux pourvoyeurs de fonds de l'organisation palestinienne et entrer en conflit avec l'ensemble des régimes arabes. Il est peu vraisemblable que la direction de Yasser Arafat accepte une telle éventualifé dont le prix serait énorme pour l'appareil bureaucratique de l'OLP, obligé de se "recycler" dans la lutte armée. Mais l'autre alternative, celle de Genève, a abouti à une impasse et nécessite pour s'y maintenir de nouvelles concessions de la part du mouvement national palestinien, qu'il est peu vraisemblable que la direction de l'OLP soit prête à faire, même si certains des éléments les plus droitiers en son sein ne l'excluent pas. Quant au Front du refus et en particulier le Front populaire de libération de la Palestine de Georges Habbache, il peut aujourd'hui se vanter d'avoir su prévoir les conséquences néfastes de la ligne adoptée par la direction du Fath, mais il reste incapable d'offrir une perspective de rechange à la stratégie en faillite de cette dernière. Dans l'interview qu'il a donné récemment au magazine américain "Time" , le Dr. Habbache, dirigeant du Front du refus a certes parlé de "guerre de guérilla contre Israël, menée depuis les lignes de cessez-le-feu syriennes, libanaises et jordaniennes" , oubliant seulement de répondre à la question : comment mener une telle guérilla sans envisager un conflit ouvert avec ces Etats? Les derniers déboires du mouvement national palestinien confirment pleinement ce que n'ont cessé d'affirmer les communistes révolutionnaires de la région arabe : le problème n'est pas de défendre - comme le font l'Union soviétique, les partis communistes et la direction de l'OLP - une "bonne solution pacifique" où l'Union soviétique aurait un rôle à jouer et les Palestiniens une place à prendre, contre une "solution impérialiste" qu'il faudrait combattre. La solution pacifique qui est à l'ordre du jour depuis octobre 73 est une solution réactionnaires qui est rendue possible par un changement du rapport de forces en faveur des forces pro-impérialistes, et dont l'objectif est précisément de stabiliser ce nouveau rapport de forces. C'est pourquoi le mouvement national palestinien n'a rien de bon à en attendre, avec ou sans la présence de l'Union soviétique. C'est parce que la solution pacifique est dirigée contre le potentiel révolutionnaire de la lutte du peuple palestinien que celui-ci, en tentant de s'y intégrer est parvenu dans une impasse qui risque fort de paralyser, pour une période indéterminable, le mouvement national palestinien. La solution de rechange à la Conférence du Caire, n'est pas une hypothètique conférence de Genève, mais au contraire la lutte contre la paix impérialiste, sous toutes ses formes et contre l'ensemble des forces politiques et sociales dont l'intérêt réside dans l'établissement d'une telle paix. L'Etat sioniste et l'impérialisme, certes, mais aussi l'ensemble des régimes arabes (même si certains d'entre eux se trouvent acculés aujourd'hui à faire provisoirement front avec le mouvement palestinien, ils ont prouvé dans le passé et confirmeront dans l'avenir que, pour eux aussi, l'existence du mouvement palestinien est un danger qu'il s'agira tôt ou tard d'écraser.

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