Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER POLOGNE

En défense de la démocratie syndicale

· Inprecor n° 200, 8 juillet 1985 · p. 10-11 · 1 053 mots

Syndicalisme

Nous publions ci-dessous un article donyme d'Oskar par le président de la soire de coordination des mines de charbons (TKKG) du syndicat Solidarité de la région de Haute Silésie. Ce texte a été publié dans le numéro de mars 1985 de « Glosno », le mensuel édité par cette structure.

On voit habituellement surgir au sein du mouvement syndical de petits groupes dirigeants caractérisés par leur cohésion, qui se séparent de la masse des militants et qui ne sont plus soumis à son contrôle. Il en est ainsi, car au sein d'un syndicat, comme de toute organisation de masse, la division du travail est une nécessité. Dans ce cadre, certaines fonctions assurent une plus grande participation aux décisions, un meilleur accès à l'information, des contacts plus larges avec les gens, bref une influence plus grande. Cette division des tâches a tendance à se perpétuer, car de trop fréquents changements dans les fonctions-clés iraient à l'encontre de l'efficacité du travail.

L'apparition de groupes dirigeants agissant de manière non démocratique est aussi favorisée par le fait que certains responsables essayent de se rendre indispensables, de concentrer toutes les décisions concernant la région entre leurs mains ou celles d'un petit groupe de personnes de confiance. Le fait que les militants aient une influence limitée

› de la dé mocratie syndicale rédigé sous le pseu-

Commission proviqui les ont élus.

d'en respecter les statuts.

sur les décisions prises, et le manque de démocratie peuvent conduire à une situation, où les dirigeants agissent dans le sens de leurs propres intérêts et non de ceux des militants cela n'est pas forcément la règle. Le groupe dirigeant du syndicat peut être obligé d'agir efficacement en défense de l'intérêt de ses membres, ne serait-ce que parce que, sans cela, ces derniers risquent de quitter le syndicat.

Dans notre région aussi, on a constaté une tendance à l'apparition d'un groupe dirigeant coupé de la base. Solidarité peut surmonter de telles tendances, grâce à une situation exceptionnelle : les gens qui s'occupent de l'analyse et de la critique du mouvement syndical, qui ailleurs sont extérieurs au mouvement, sont ici membres de Solidarité et peuvent intervenir pour que les débats sur les problèmes essentiels se déroulent dans le meilleur climat possible. Et tant qu'une telle discussion aura lieu à l'intérieur du syndicat, ce dernier gardera son caractère démocratique.

Il n'est toutefois pas inutile de rappeler les conditions essentielles du maintien de la démocratie syndicale, telle que le droit à la critique de toute instance, la liberté d'ac tion et donc de réaction à toute tentative de censure de la presse indépendante clandestine, et enfin la garantie de la possibilité, et non seulement du droit, de créer divers regroupements et oppositions au sein du syndicat à la condition

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Parler à haute voix d'opposition interne au syndicat est aux yeux de beaucoup synonyme de manque de tact. Pourtant, une telle opposition existe dans la réalité, et ceci depuis la création de notre syndicat. Preuve en sont voix critiques qui s'élèvent contre les décisions et la manière™ d'agir des directions régionales, dans les entreprises ou au niveau national, ou encore l'aspiration à mettre en oeuvre ses propres conceptions, à prendre des responsabilités dans tel ou tel domaine de l'activité syndicale, les autres de la validité d'une opinion donnée. Ce type d'attitude s'appuie parfois sur des ambitions ou sur des divergences d'opinion ou d'idéologie ou sur l'une et l'autre à la fois. L'important est que cela se passe ouvertement, car si les divergences restent en champ clos, cela augmente d'autant les risques de manipulation et de violation des statuts. En revanche, une lutte au grand jour faisant apparaître les différentes tendances et orientations dans le syndicat force ses membres à se prononcer à leur propos en connaissance de cause.

Là-dessus les avis sont partagés. Certains affirment que le manque de démocratie dans le fonctionnement du syndicat constitue un danger mortel D'autres prétendent que c'est le mécontentement des militants, voire des dirigeants qui met le syndicat en danger. A mon avis, ce mécontentement et les conflits qui en découlent sont une preuve de la force et de la vitalité du syndicat. Qui pourra croire sincèrement que les tensions internes sont un danger pour Solidarité ? Elles sont au contraire une condition de la démocratie car elles stimulent une attitude critique à l'égard des objectifs et des moyens d'actions. Il y a parmi nous des gens d'opinions diverses, aussi l'uniformité, le calme et l'absence de conflits ne pourraient être obtenus qu'en gommant les divergences réelles, qu'en transformant le syndicat en une société d'adulation mutuelle.

ou à convaincre personnelles darité. Ils témoignent plutôt dans la situation actuelle.

analyse les divers conflits internes syndicat, on peut être tenté d'adopter le point de vue d'une des parties, par exemple celui des cadres intermédiaires ou celui des dirigeants régionaux. Or, comme j'ai pu m'en personnellement, ont lieu à tous les échelons du syndicat, depuis le niveau de l'entreprise jusqu'à la TKK. Adopter le point de vue des cadres intermédiaires peut conduire à exagérer le radicalisme des masses syndicales. C'est compréhensible chez les dirigeants régionaux qui font état de ce radicalisme pour renforcer leur position aussi bien face à la TKK que face à leurs « protecteurs ». De plus, leur popularité s'accroît lorsqu'ils s'appuient sur les opinions de la minorité la plus active, qui est en général la plus radicale. Pourtant les résultats des sondages auxquels j'ai pu avoir accès sont loin de démontrer le radicalisme des membres de Solique ces derniers attendent (de leur direction, ndlr.) à la fois une attitude inflexible vis-à-vis du pouvoir et une capacité à passer des compromis. Si donc on abandonne le point de vue des militants régionaux mécontents et si l'on accepte l'existence de divergenconflits et des tensions au sein du syndicat, si on accepte les structures clandestines indépendantes déjà existantes et la possibilité d'en créer de nouvelles, tout aussi autonomes, il apparaîtra que la situation actuelle du syndicat n'est pas si mauvaise. Peut-être que la situation la meilleure est celle qui ne satisfait personne au premier coup d'oeil, les « militants turbulents », la « direction régionale dictatoriale », la « TKK silencieuse », tout ceci étant ce qui permet de concilier l'efficacité du syndicat dans l'action avec son caractère démocratique.

« Glosno » (« A haute voix ») numéro 32, mars 1985.

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