aux élections du 12 mai dernier
ES élections des 12 et 13 mai derniers étaient importantes
L our fois rahonte Tons d'aberinale de vernets, le sort d'une série de conseils régionaux et provinciaux, et notamment de municipalités que les partis de gauche contrôlaient depuis dix ans et dont quelques-unes avaient connu une crise suite à la défection du Parti socialiste italien (PSI), qui avait opté pour des alliances avec les partis bourgeois centristes.
Deuxièmement, ces consultations électorales devaient permettre de vérifier si la coalition gouvernementale actuelle des cinq partis, constamment déchirée par des conflits internes et
Livio MAITAN
L'ampleur des déplacements de voix par rapport aux consultations antérieures varie selon que l'on se réfère aux élections régionales de 1980, aux élections législatives de 1983, ou aux élections européennes de 1984. Il existe effectivement une frange d'électeurs dont le choix dépend de la nature des élections. Il faut noter, par exemple que, le 12 mai dernier, le PCI a obtenu 30,2 % des suffrages aux élections régionales, alors qu'il n'a atteint que
29,9 % aux élections provinciales et
27,6 % aux élections municipales. Cela n'empêche pas que des grandes tendances apparaissent assez nettement et qu'en règle générale, les motivations politiques d'ensemble pèsent plus que les motivations locales dans le vote de la majorité des électeurs.
RESULTATS ELECTORAUX (en %)
Régiona- Législati- Européen- Régioles 1980 ves 1983 nes 1984 nales
1985
31,5
31,2
34,5
30,2
1,2
36,8
32,6
33,0
35,0
12,7
11,3
11,4
13,3
5,0
4,0
3,4
3,6
3,0
5,2
4,0
PRI-PL:
6,2
2,7
3,0
2,2
0,9
1,5
1,4
1,5
2,3
3,2 radical
1,7
5,9
6,6
6,3
6,5
Divers
2,2
0,7
2,0
0,3
En ce sens, il est plus utile de comparer les derniers résultats électoraux avec ceux de 1983 et même de 1984, qu'avec ceux de 1980. Par ailleurs, le pourcentage des abstentions a diminué, et il y a le plus souvent eu une coïncidence entre les variations en pourcentage et les variations en chiffres absolus, ce qui permet de tirer des conclusions avec plus de certitude.
Recul du PCI
plus significatives (cf. tableau). Quelles considérations est-il donc possible de faire ?
Avec 35 % des voix aux élections générales, la DC a connu une remontée certaine par rapport aussi bien à 1983 (32,6 %) qu'à 1984 (33%). C'est elle qui, cette fois, à réalisé le dépassement du score du PCI.
QUELQUES CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES Le PSI, avec 13,3 % des voix aux élections régionales, a également progressé, en réalisant son meilleur score depuis 1968. Il a profité, entre autres choses, de l'absence des listes du Parti radical. Les autres formations de la coalition gouvernementale ont obtenu des résultats plus inégaux, globalement plus favorables dans le cas du Parti républicain italien (PRI) que dans celui du Parti social-démocrate (PSDI) et du Parti libéral (PLI). En d'autres termes, la DC se confirme comme la force politique décisive de la coalition gouvernementale, et le PSI comme son principal allié, ce dernier pouvant exploiter sa position particulière pour jouer dans le gouvernement un rôle qui va au-delà de sa force électorale.
Les marges de manœuvre du PSI sont encore plus grandes au niveau local. En effet, ce parti pourra être présent dans la plupart des organismes exécutifs locaux, en participant en fonction du rapport des forces aussi bien aux administrations gérées par la gauche qu'à celles que gèrent des coalitions bourgeoises. Qui plus est, la coalition gouvernementale des cinq partis sort incontestablement renforcée de ces élections et elle peut maintenant envisager sérieusement la possibilité de tenir jusqu'à la fin de la législature, en 1988, ce qui n'exclut toutefois pas que la composition du gouvernement puisse changer.
Le Mouvement social italien (MSI), d'extrême droite, maintient en gros ses positions. Mais sa moyenne nationale est le résultat de tendances régionales assez différentes. En effet, alors que le MSI re-
ITALIE battue à plusieurs reprises dans des votes au Parlement, était ou non en perte de vitesse sur le terrain électoral (1).
Troisièmement, dans le débat politique se posait surtout la question de savoir si le Parti communiste italien (PCI) allait réussir une deuxième fois le dépassement du score de la Démocratie chrétienne (DC), ce qu'il avait réalisé pour la première fois à l'occasion des élections européennes de juin 1984 (2).
Les résultats sont suffisamment clairs pour que le verdict du scrutin ne prête pas à confusion, comme en témoignent les élections régionales qui, du point de vue politique, sont les cule ou piétine au centre et au sud du pays, il progresse au nord. Dans la ville de
Bolzano, chef-lieu d'une province du nord où la majorité de la population appartient à la minorité de langue allemande et où donc la question nationale continue à se poser sous une forme aiguë, le
MSI a remporté une majorité relative de suffrages.
Les listes de Démocratie prolétarienne (DP) ont connu une très légère augmentation (+ 0,1 %) par rapport aux élections européennes de juin 1984 et sensiblement plus (+ 0,6 %) par rapport aux élections régionales de 1980, tout en restant au niveau des résultats obtenus lors des législatives de 1983 (1,5 %). DP peut toutefois renforcer ainsi sa présence, notamment dans les conseils régionaux, où elle aura désormais 9 représentants, contre 3 en 1980. La Ligue communiste révo-
1. L'actuel gouvernement italien, présidé socialiste Bettino Craxi, regroupe cinq partis : la Démocratie chrétienne (DC), le Parti socialiste (PSI), le Parti social-démocrate (PSDI), le Parti républicain (PRI) et le Parti libéral
2. Cf. Inprecor numéro 177 du 9 juillet
1984.
OCR
OLETAR
Cortège de la LCR lors d'une manifestation pour le maintien de l'échelle mobile des salaires. (DR)
lutionnaire (LCR), section italienne de la IVe Internationale, a participé aux listes de DP à la suite d'un accord politique (3). Elle a ainsi contribué au bon score de ces listes et, dans certains cas, son apport s'est avéré décisif pour assurer des élus. Cela peut être vérifié sur la base du décompte des voix préférentielles obtenues par certains de ses candidats. La LCR a eu trois élus aux conseils municipaux (deux à Vicovaro près de Rome, un à Spezzano en Calabre), et trois autres aux conseils de circonscription, à Venise, Brescia et Livourne (4).
Les Verts ont fait leur apparition dans ces élections à une échelle relativement large, bien que sous des formes assez différenciées, s'identifiant en partie avec des représentants du Parti radical. Leur score global (1,7%) est relativement modeste, mais si l'on ne tient compte que des régions où ils présentaient des candidats, ils ont atteint 2,6 % des suffrages. Si les Verts continuent à participer aux futures élections, ils pourront alors poser quelques problèmes aussi bien au Parti radical qu'à la DP, au PSI et au PCI.
Mais l'aspect le plus important des élections du 12 mai 1985 est représenté sans aucun doute par le recul du PCI, qui a perdu 4,3 % des suffrages par rapport aux élections européennes de 1984 et redescend, avec 30,2 % des voix aux régionales de 1985, à un score inférieur à celui des élections régionales de 1980 (31,5 %). Le PCI a notamment été battu dans des grandes villes où il obtenait des résultats spectaculaires depuis 1975, et même dans des communes et des quartiers ouvriers ou populaires. Il sera désormais absent des municipalités de Turin et de Rome, et fort probablement aussi de celle de Milan. La situation reste très incertaine pour lui à Gênes et à Venise. Il ne maintient ses positions de force que dans ses régions d'implantation traditionnelles, Toscane, Ombrie, où pourtant il est aussi en perte de vitesse.
L'ASPECT LE PLUS IMPORTANT:
LE RECUL DU PCI Ce recul électoral du PCI est d'autant plus grave que, d'une part, il ne correspond pas à une augmentation des abstentions et que, d'autre part, il ne se produit pas - sinon de façon tout à fait marginale au profit de DP. Il n'est pas facile de déterminer exactement les déplacements des votes. Mais, selon la commission électorale du PCI, ce parti aurait bénéficié, par rapport aux élections de 1983, de la diminution des abstentions et des bulletins blancs ou nuls, alors qu'il aurait par ailleurs perdu des suffrages au profit du PSI, des Verts et de DP. Les Verts et DP n'auraient récupéré, à la suite d'un tel déplacement de voix, que 0,2 % des suffrages.
Best maintenant ouvert, y compris dans le PCI lui-même, sur les raisons de ce que le premier commentaire du quotidien du parti définissait comme « un coup sévère ». Des facteurs ont sans doute joué. Dans les villes où il a géré les municipalités pendant de longues années, et notamment à Rome et à Turin, le PCI a subi une usure croissante pour avoir cédé à de multiples chantages de la part de ses alliés et du gouvernement, et pour n'avoir pas fait le choix de lutter contre le cadre contraignant imposé par l'Etat, en s'appuyant sur les mobilisations des masses. Le PCI n'a même pas riposté avec toute l'énergie nécessaire aux opérations aboutissant à son exclusion des municipalités dans des villes comme Turin et Florence. Dans la situation de crise économique actuelle, il est donc apparu aux yeux d'une partie des électeurs étant incapable de résoudre, au travers de sa participation à la des problèmes aigus comme ceux du logement et des transports. Mais aux racines de l'échec, il y a surtout des facteurs sociaux et politiques d'ensemble.
En 1983, et encore plus dans les premiers mois de 1984, des luttes sociales et politiques massives s'étaient développées, débouchant sur la manifestation gigantesque du 24 mars (5). Le PCI y avait joué un rôle incontestable. Même les obsèques
Enrico Berlinguer s'étaient inscrites dans un tel cadre, car au-delà de l'hommage rendu à un leader disparu, elles avaient aussi représenté une mobilisation politique énorme, extrêmement combative. Les résultats électoraux des consultations européennes de juin 1984 avaient
La période qui a suivi juin 1984, a par contre été marquée par une baisse des mobilisations et de la tension politique. Le niveau des luttes a alors été parmi les
SCIOPER •
GENERAL
CONTROI DECRE EIL GOVERNO!
plus bas de l'après-guerre. Le s'était tout d'abord efforcé de canaliser le mouvement, a ensuite contribué à le désamême temps, il a contribué façon décisive à la paralysie du mouvement de la paix. Dans un tel cadre, toutes les difficultés économiques découlant du chômage, de l'enlisement économique, etc. ont pesé négativement du point de vue politique. Et l'idéologie conservatrice, que le mouvement ouvrier et le PCI en particulier se sont avérés incapables de contrecarrer un tant soit peu sérieusement, a semé le désarroi et provoqué le recul de secteurs des masses, récupérés par des partis bourgeois, et notamIl est significatif, entre autres, que pour la première fois depuis de longues années, l'Eglise se soit aussi activement mobilisée contre le PCI. Il serait néanmoins erroné de tirer de ce tableau des conclusions sommaires dans un sens essentiellement négatif. La situation politique italienne reste caracté3. Cf. Inprecor numéro 195 du 29 avril 4. Les circonscriptions sont sions des communes dans les grandes villes. Il faut toutefois préciser qu'à Spezzano, la LCR participait à une liste électorale sous un signe différent que celui de DP. A Vicovaro, suite au refus de la section locale de DP d'appliquer correctement l'accord électoral national passé avec la LCR, cette dernière a réalisé un accord électoral local avec le PCI, qui a pour sa part obte5. Cf. Inprecor numéro 170 du 2 avril
risée par son instabilité, aussi bien sociale geant syndical Lama, lequel a décidé de se que politique, et le mouvement ouvrier retirer de la direction de la centrale syndispose encore des forces nécessaires pour dicale CGIL au congrès de cette dernière, contrecarrer l'offensive de ses adversaires, voire esquisser une contre-attaque. La évident que Colajanni n'aurait jamais fait campagne pour le référendum du 9 juin telle déclaration en est une première occasion (cf. enca- d'autres dirigeants du parti plus haut placés que lui. D'autres ont déjà fait entenFinalement, l'échec électoral du PCI dre un son de cloche différent, déjà pena provoqué des débats très vifs et des dif- dant la campagne électorale. férenciations publiques en son sein. D'un exemple le cas, à Rome, de l'ancien diricôté, le sénateur Napoleone Colajanni geant de la CGIL, Scheda. s'est lancé dans une critique ouverte de l'orientation actuelle du PCI à partir d'un communistes (FGCI), son point de vue de droite. Il en est arrivé jus- donné une entrevue au quotidien Paese qu'à proposer le remplacement du secré- Sera, qui est désormais le porte-parole taire national du parti, Natta, par le diri- d'éléments critiques tuelle du parti, en déclarant que le recul du parti devait être attribué à l'inefficacité de l'action des municipalités de gauche qui aura lieu dans quelques mois. Il est dans la dernière période et à la chute des mobilisations de masse par rapport à par rapport
1984. Pour sa part, Natta a esquissé une autocritique qui pourrait amener à une rectification de l'orientation d'ensemble du parti. Il a notamment reconnu qu'« à une échéance immédiate et en tant que solution politique, l'alternative démocratique est apparue comme étant dépourvue de consistance et de possibilités concrè-
Quant à la Fédération des jeunesses
Livio MAITAN,
24 mai 1985.
de l'orientation ac-