Inprecor 1974–2004

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ITALIE

Nouveaux débats dans le PCI après son échec électoral

· Inprecor n° 201, 22 juillet 1985 · p. 21-24 · 4 252 mots

Italie Syndicalisme

ITALIE L débats trés ils a intérieur du Parti communiste italien 'échec essuyé aux élections du 12 mai (1) a provoqué des

1 Dans plusieurs villes, des assemblées générales de militants ont connu des taux de participation précédent. A Rome, une première assemblée a même dû être remise pour trouver une salle plus grande. La réunion du comité central, qui a eu lieu entre le 23 et 25 mai, a largement reflété les critiques et autocritiques qui ment à tous les niveaux du parti. Livio MAITAN

La question des raisons de la défaite électorale du parti le 12 mai a été au centre de toutes les interventions au comité central, dont le quotidien du PCI, l'Unita, a largement rendu compte. Il faut reconnaître que personne n'a cherché à trouver des échappatoires et les interventions se sont efforcées de développer une analyse de la défaite sous des angles différents.

L'ANALYSE DE LA DÉFAITE Une série d'interventions ont évoqué les modifications sociales qui ont mené à un affaiblissement, qu'on peut qualifier structurel, du mouvement ouvrier en général et du PCI en particulier. Par exemple, l'ancien maire de Turin, Novelli, a souligné « le malaise profond, marqué de perte de confiance et d'espoir », qui résulte du chômage prolongé, aussi bien que « le sentiment d'incertitude, d'instabilité, de crainte de la part de ceux qui travaillent aujourd'hui, mais n'ont aucune garantie pour leur avenir » et ont l'impression « d'appartenir à une espèce en voie de disparition ». Occhetto, membre du secrétariat national, a parlé de « processus de désagrégation des vieux milieux sociaux qui remettent en question les vieilles formes de solidarité de classe », alors qu'un autre orateur, Gerace, est allé encore plus loin en parlant de « l'affaiblissement et, dans certains cas, l'effritement de notre bloc social sous les coups de la restructuration, (qui) a eu comme conséquence une perte de confiance et l'abandon de la lutte par des couches populaires liées à notre politique ».

Pour sa part, Pietro Ingrao, dirigeant historique de la gauche du PCI, a affirmé carrément : « La réorganisation capitaliste a été le principal protagoniste du vote ». Finalement, en se référant plus spécifiquement à la situation dans les entreprises, un ouvrier de Ansaldo (Gênes) a attiré l'attention sur le bouleversement des « vieux rapports » entraîné par la restructuration capitaliste et la rotation des traaprès son échec électoral d'une ampleur sans s'expriment actuellevailleurs en chômage technique, dont la conséquence est que « chaque mois nous devons reconstruire notre organisation ». Dans un tel contexte les organisations syndicales rencontrent des difficultés importantes à offrir des réponses globales aux travailleurs, lesquels sont de plus en plus attirés par des solutions individuelles, la recherche des heures supplé-

La conséquence de ces changements l'affaiblissement positions et des instruments » essentiels non seulement les syndicats, mais aussi les municipalités et le parleexpliqué Ingrao, « la lutte démocratique a pu compter sur trois jambes : le syndicat unitaire, la bataille parlementaire, le pouvoir local. Tous ces trois secteurs de maintenant des coups durs ». Puisque les élections du 12 mai n'étaient pas des élections législatives, la discussion s'est développée surtout sur le

A ce sujet, presque tous les orateurs ont mis en relief les difficultés croissantes que rencontrent les municipalités de gauche. Dans des villes comme Turin ou Florence, des crises ont été provoquées par la défection du Parti socialiste qui, en accord avec son choix national, avait opté pour des coalitions de centre en provoquant la chute des municipalités d'union de la gauche, avant même les élections du 12 mai. Mais, au-delà des responsabilités directes du PSI, les municipalités rouges ont payé à leur tour le prix de la crise et de la stagnation ainsi que des mesures économiques et financières imposées par le gouvernement. L'ancien maire de Rome, Vetere, a donné l'exemple des effets de la loi sur les constructions abusives qui, à cause de son caractère ambivalent, a frappé la base électorale même du PCI en deux sens, d'une part parce que les gens devaient payer beaucoup pour régulariser leur situation, d'autre part parce que « certains avaient le sentiment d'être libérés du cauchemar de l'illégalité » et réagissaient avec des réflexes conservateurs. De même,

Dans les trente dernières années, à savoir depuis la dénonciation des crimes de Staline au 20ème congrès du PCUS en

1956, le PCI a souvent connu des débats et des différenciations sur des questions aussi bien tactiques que stratégiques. Mais rarement et peut-être jamais, des positions aussi diverses et contradictoires étaient apparues aussi nettement et les choix tactiques et stratégiques du parti aussi explicitement remis en cause. Nous présentons ici les différentes positions en présence et les choix auxquels se trouve confrontés le PCI.

l'ancien maire de Turin a indiqué que l'augmentation des loyers des logements populaires, imposée par le Comité interministériel de programmation que (CIPE), avait provoqué un mécontentement dans des quartiers ouvriers à majorité PCI, où celui-ci a perdu jusqu'à

15% de ses voix. Cette perte de crédibilité, a souligné Fassino, secrétaire de la fédération turinoise du PCI, est d'autant plus grave que les électeurs pourraient se demander si le parti est crédible comme force de gouvernement au niveau national alors qu'il subit une usure et une fatigue là où il gouvernait au niveau

Toutes ces analyses impliquent une autocritique plus ou moins explicite : les municipalités avérées incapables de réagir, de relancer leurs initiatives, de miser sur le soutien actif des masses et auraient souvent tenté de se maintenir par des manoeuvres et des compromis au sommet qui les acculaient de plus en plus à la défensive et, en dernière instance, aggravaient leurs contradictions. Même dans le bastion communiste de l'Emilie-Romagne, selon le président de cette région lui-même, Lanfranco

Turci, apparaissaient « des retards et des résistances à concrétiser des projets adéquats de gouvernement et de transformation allant au-delà de la politique traditionnelle sur le terrain des services ». Par conséquent, « la participation des citoyens au gouvernement des villes » a connu, pour reprendre l'expression utilisée par certains orateurs, une « chute vertigineuse ».

Plusieurs orateurs ont souligné que les processus de désagrégation sociale, stimulés par la crise et les difficultés des organisations syndicales et des partis ouvriers à y répondre, ont favorisé la relance de la politique d'aide aux clientèles qui a toujours constitué l'un des points forts de la Démocratie chrétienne. En l'absence de toute perspective pour sortir

1. Sur les élections du 12 mai, voir l'article de

Livio Maitan, paru dans Inprecor numéro 200 du 8 juillet 1985.

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de la crise capitaliste, les victimes de cette crise s'accrochent à tout ce qui peut apparaître comme une planche de salut. D'après Ingrao, l'intégrisme catholique aussi récupérerait du terrain « dans une société civile de plus en plus différenciée » et dans le cadre de « phénomènes de fragmentation, repli corporatiste et atomisation qui font ravage ». Pour sa part, Santostasi, secrétaire de la Fédération de Bari, ville du Sud où le coup porté a été particulièrement rude, après avoir souligné le reflux des mouvements de masse et le fait que le PCI s'était limité à faire de la propagande sans avancer « un véritable projet de développement », en conclut : « C'est triste, mais pas du tout étonnant que, dans ces conditions, le monde des villes du Sud ait choisi le chemin de la transaction, de l'adaptation et de la négociation avec le système existant ». ERREURS TACTIQUES OU ABSENCE

D'ALTERNATIVE ? Au cours du débat, des appréciations différentes ont été exprimées sur les erreurs tactiques qui auraient été commises pendant la campagne électorale. Certaines interventions, notamment celle de Gian Carlo Pajetta, un des chefs historiques du PCI, ont contesté le bien-fondé d'avoir avancé l'objectif du "dépassement" (de la Démocratie chrétienne par le PCI sur le plan électoral, ndlr.) et encore plus d'avoir spéculé sur les conséquences d'un tel dépassement, à savoir la légitimité pour le PCI de revendiquer le droit de constituer le gouvernement. D'autres ont estimé qu'une telle critique était dépourvue de tout fondement. Deuxièmement, des critiques ont été faites en ce qui ton et l'approche de la polémique avec le PSI et notamment avec du Conseil, Bettino Craxi. Finalement, dénoncé plus faux et agressifs » et une exagération de la portée politique du 12 mai.

Selon d'autres interventions, l'issue des élections a été déterminée aussi par des positions ambiguës, voire des erreurs du parti ou des syndicats sur plusieurs problèmes. Par exemple, des critiques ont été formulées à propos des attitudes divergentes prises par des différentes instances du parti sur le projet de construction d'une centrale nucléaire à Trino Vercellese, de l'attitude à adopter face aux mesures fiscales du gouvernement et des positions des syndicats contre l'évaqui auraient été perçues comme hostiles aux commerçants.

Mais, au-delà des aspects tactiques et des questions particulières, d'autres facteurs bien plus significatifs ont été évoqués. Premièrement, il y a eu une constatation unanime, bien qu'avec des appréciations et des approches différentes, que dans la deuxième moitié de 1984 et au cours de 1985, on avait assisté à une chute des mouvements de masse. Il faut toutefois noter cette chute présentée le souvent comme un facteur objectif, et la question de savoir dans quelle mesure les dirigeants des syndicats et des partis ouvriers y avaient par leur choix de canaliser ces mouvements, a été largement esquivée.

Un deuxième facteur a été indiqué par Alessandro Natta, secrétaire général du PCI, dès le lendemain des élections. « A échéance immédiate et en tant que politique — a-t-il déclaré dans une entrevue publiée dans l'Unita du 23 mai -, l'alternative démocratique est apparue comme étant dépourvue de consistance et de possibilités concrètes. » (2). Au comité central, il a repris la même idée en ajoutant que l'alternative était apparue « affaiblie », y compris « en ce qui concerne les solutions à adopter pour les pouvoirs locaux ». Diverses interventions se sont placées sur le même terrain en des termes encore plus clairs, en soulignant le peu de crédibilité de l'alternative à court terme et le fait qu'elle ne s'est pas traduite en des initiatives concrètes, en critiquant sa réduction à un objectif à court terme, ou en dénonçant son ambi-

Get son caractère (selon Barca, un des représentants de la droite du parti, il y aurait eu trois versions de l'alternative). Le secrétaire d'une des fédérations traditionnellement les plus fortes, celle du Reggio Emilia, a déploré que le PCI soit apparu comme « le parti des municipalités rouges et des syndicats » et que « son image générale » en ait été

Malgré son langage prudent, il avait saisi un point essentiel, à savoir que le PCI a subi un échec parce qu'il n'a pas été capable d'avancer une perspective politique globale.

RENOUVEAU EN DEHORS DE LA

CONTINUITÉ ? Nous avons fait allusion, au début, à la diversité des positions exprimées au comité central et nous avons indiqué par la suite que des différenciations s'étaient dessinées sur certains points. Mais, en fait, au-delà des critiques partielles, se sont Natta, le nouveau dirigeant du PCI. (DR)

exprimées des orientations globales et discordantes. Tout d'abord, d'interventions ont exprimé des orientations et des critiques de droite, dont le contenu essentiel fut non seulement la remise en question de la ligne du parti dans la période la plus récente, mais aussi, plus généralement, de la politique menée après le tournant de 1979. Cette attitude s'est concrétisée sur deux plans. En premier lieu, l'alternative démocratique a été plus ou moins explicitement critiquée d'un point de vue nostalgique de l'époque de l'unité nationale. « Dans les dernières années on a fait des pas en arrière »,- a dit Perna, un des représentants de la droite, qui a expliqué en même temps que, « l'unité démocratique est un processus historique d'avancement de la collectivité occasions fondamentales à ceux qui travaillent pour le changement dans le cadre du progrès civil et humain de la société toute entière ». Une telle perspective, selon lui, aurait été entravée par « des affrontements inattendus et, selon une logique imprévisible (...), par des poussées de sectarisme qui risquent de remettre en question beaucoup de cho-

L'argument du sectarisme par rapport également avancé par Napolitano, président du groupe des députés, qui, par ailleurs, a insisté sur la nécessité de ne pas reléguer l'alternative « dans un futur indéterminé » et s'est prononcé en faveur gouvernementale réformatrice ». Quant à Barca, dont nous avons déjà mentionné la critique de la flexibilité excessive du concept d'alter native, il recommande d'opter pour la 2. La ligne de l''alternative démocratique" a remplacé à partir de 1979 celle de l'''unité nationale" qui avait conduit le PCI à soutenir de l'extérieur le gouvernement dirigé par la Démocratie chrétienne et qui se situait dans le cadre plus large du "compromis historique" que le PCI recherchait avec ce parti.

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version selon laquelle « l'alternative est une alternative au système de pouvoir démocrate-chrétien et à la politique d'un certain bloc d'alliances ». D'où on peut déduire que, dans le cadre d'un « système de pouvoir » différent et d'un autre « bloc d'alliances », un accord avec la DC, c'est-à-dire une nouvelle édition "compromis historique" , serait possible.

La conclusion que pour des raisons tactiques d'autres n'ont pas su ou voulu tirer, du moins pour l'instant, a été exprimée par le maire-adjoint de Milan : « La rupture de 1979 a été provoquée et voulue par les autres alors que l'exigence d'accords unitaires entre toutes les forces démocratiques, pour faire sortir le pays du tunnel, subsistait. Au lieu de proposer l'alternative, nous aurions dû maintenir notre proposition de solidarité qui découlait des problèmes de la nation ». Voilà

En deuxième lieu, les positions de droite se sont traduites par une critique envers le PSI caractérisées sectaires et la proposition d'un Paolo Spriano qui a soulevé le premier ce problème : « L'erreur la plus grave, a-t-il dit, a été de laisser entendre aux electeurs qu'une claire defaite du groupe dirigeant actuel du PSI et de son leader constituait le préalable à une relance d'ententes et de collaborations réciproques ». Un tel jugement n'est pas faux d'un point de principe, mais il est difficile à justifier dans le contexte réel de la politique que mène aujourd'hui le PSI, sans parler de celle du gouvernement que pré-

En tout cas, le problème a été posé dans des termes plus concrets par d'autres interventions. Ainsi, Bufalini, autre représentant de la droite du parti, a critiqué « un jugement préalablement négatif sur la présidence socialiste du gouvernement qui, d'un côté a des aspects négatifs et implique les risques que nous avons dénoncés, mais en même temps est le reflet d'un déplacement à gauche ». La dénonciation d'une autre « perspective clarifie, par ailleurs, quelle est l'approche de Bufalini : « l'idée s'est affirmée qu'un coup de collier pourrait remplacer la voie démocratique qui progresse par des mouvements de masses, des batailles institutionelles, un engagement constant pour rétablir des rapports politiques à gauche et avec les forces démocratiques progressistes, laïques et catholiques ». En d'autres termes, la politique du PCI ne serait pas suffisamment gradualiste. Napolitano est revenu sur le thème du rapport avec le PSI dans une entrevue après le comité central l'Unita du 16 juin, où il a renouvelé l'ouverture et parlé plus explicitement d'« erreurs et responsabilités » du PCI. Celui-ci aurait notamment « tardé à comprendre que le PSI saisissait des problèmes réels de renouveau de la gauche, de son héritage idéal et programmatique, de son insertion sociale ». Quand on sait dans quelle direction le PSI a souhaité un "renouveau" de la gauche dans ses derniers congrès ou

ATTO CUMUNSI TALANO

USTO BANGLIA

CARB

colloques des dernières années et ce qu'il a fait dans la pratique au niveau du gouvernement et des pouvoirs locaux, on comprend toute la signification d'une telle autocritique, dont le but réel est de pousser le PCI vers des positions de plus en plus social-démocrates pour sortir de son "isolement".

Signalons finalement, parmi les interventions de la droite du parti, celle de Napoleone Colajanni, lequel avait avancé au lendemain des élections l'idée de remplacer Natta par le dirigeant syndical Luciano Lama comme secrétaire général du Parti. Sur ce point, Colajanni a fait marche arrière, mais il a confirmé ses intentions en lançant la formule d'un « renouveau en dehors de la continuité ». Il est donc clair que pour Napolitano et ses amis, le PCI devrait rompre toutes les amarres résiduelles avec son passé, afin de mieux s'intégrer dans le jeu parlementaire.

INGRAO ET LE CENTRE Les positions et les sensibilités de gauche du PCI ont été le mieux exprimées par Ingrao, qui a repris ses thèmes traditionnels, en insistant notamment sur l'importance des mouvements de masses aux différents niveaux. Il s'est opposé à l'offensive des "rénovateurs" sur deux points décisifs. En premier lieu, son analyse de la défaite est la suivante : « Nous avons perdu des voix non parce que nous avons trop critiqué la direction du PSI et la coalition des cinq partis (3), mais, au contraire, parce que notre critique réelle et notre lutte concrète contre la politique menée par la coalition des cinq partis et la direction du PSI a été faible ». En deuxième lieu, il a défendu, bien entendu à sa manière, la spécificité du PCI, en affirmant qu'il était nécessaire d'agir dans une direction « exactement opposée (à cette) homologation (jargon en vogue au PCI pour signifier intégration, ndlr.) que les partisans apologétiques du systeme actuel nous demandent avec tant de bruit, mais

Manifestation du PCI. (DR) aussi avec une anxiété évidente ». L'identité du parti a été réaffirmée également par Cossutta, autre représentant de la gauche, qui a déclaré notamment que « nous devons être ce que nous avons toujours été, mais que nous avons été dans une moindre mesure et d'une façon confuse depuis trop longtemps ».

Entre les positions de la droite et celles d'Ingrao et de Cossutta, il subsiste

Run centre, aux contours assez mal définis et qui se caractérise dans une large mesure d'une façon négative. Ce courant refuse de choisir entre "continuistes" et "rénovateurs" et se réclame de la tradition de Berlinguer. Il s'efforce de défendre l'identité du parti à la manière du dirigeant disparu, en réaffirmant la conception réformiste de transformations graduelles vers le socialisme et en faisant de nouvelles ouvertures à des partis sociaux-démocrates européens (notamment, et au parti allemand), mais en refusant en même temps une identification complète ou une "homologation" - pour utiliser cette horrible expression - avec la social-démocratie.

Plus concrètement, le centre du parti, craignant que les oppositions créent une dynamique dangereuse pour l'unité du parti, maintient la formule de l'alternative démocratique. « Le débat nous fait comprendre que pour nous l'alternative est un processus, a dit Natta dans ses conclusions. Elle exige donc une démarche graduelle, des étapes, des conquêtes successives. L'alternative est une perspective que nous ne considérons pas comme immédiate, mais pas non plus comme quelque chose qui se place dans le ciel des stratégies et dans le temps historique de la transformation socialiste». Après une telle clarification, il faut s'at3. Le gouvernement de coalition actuel présidé par le socialiste Bettino Craxi regroupe la Démocratie chrétienne (DC), le Parti socialiste (PSI), le Parti social-démocrate (PSDI), le Parti républicain (PRI) et le Parti libéral (PLI).

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tendre que dans quelques temps l'infortuné Barca soit obligé d'énumérer beaucoup plus que trois versions de l'alternative.

Ce sont d'autres dirigeants du centre qui ont précisé davantage au comité central, comme ils l'avaient déjà fait dans d'innombrables articles et entrevues, dans quelle direction le parti devrait agir. Il est douteux qu'ils aient bien accompli cette tâche. Par exemple, Occhetto, après des déclarations creuses comme problème objectif est celui de la gauche à diriger et gouverner, à un niveau élevé de de renouveau en cours », explique qu'il faut « avoir le courage de s'interroger sur les limites de notre bloc social (...) La gauche doit se renouveler sans cesser pour autant de représenter des intérêts et des idéaux combattus par les forces adverses ». Il projette la convocation d'« une grande convention programmatique », qui risque de ne pas clarifier grand chose.

Un autre dirigeant, Alfredo Reichlin, a rappelé que la « relance du développel'assainissement de l'Etat, la redistribution des revenus » constituent « le coeur d'un programme réformateur » et que pour appliquer ce programme il faut « briser l'alliance profit-rente », savoir réaliser cette alliance entre salariés

"'modernes" Reichlin a déjà parlé à maintes reprises. Sur le terrain politique, il tire la conclusion que « nous pouvons briser la concurrence destructrice entre nous et le PSI en nous déplaçant nous même en avant, au-delà des frontières de la gauche ». Malheureusement pour Reichlin, les « frontières de la gauche » ont quelque chose à voir avec la réalité sociale et les intérêts de classes. Tous les feux d'artifices terminologiques et conceptuels ne suffisent pas à estomper ce fait incontourDES CONTRADICTIONS PLUS AIGUES

On pourrait remarquer que les idées exprimées lors de cette session du comité central ne sont pas nouvelles et que les diavons soulignées s'étaient déjà esquissées au cours des dernières années, sans parler de celles qui remontent aux années 1960, par exemple, à propos des gouvernements de centre-gauche. Certes, il ne faut pas se laisser éblouir par les déclarations des dirigeants du PCI qui ont depuis longtemps l'habitude de découvrir à tout moment des "nouveautés"

souhaiter ou décréter des qualitatifs". différenciations, dont nous avons fait état, les personnages, en partie au moins, ne sont plus les mêmes mais, de façon plus générale, Ingrao continue à hégémoniser la gauche alors que la droite revendique explicitement l'héritage de son chef historique, Giorgio Amendola, mort en

Il serait donc erroné de les vicissitudes actuelles ne sont qu'une réplique du passé. Comme nous l'avons dit au début, jamais sans doute les diverdes problèmes aussi bien

L'enterrement de Berlinguer. (DR) tactiques que stratégiques ne seront apparues si nettes. De surcroît, on a entendu de nombreuses interventions tres polémiques à propos du régime intérieur du parti, signe certain de l'existence de tensions. Deuxièmement, tout en se préoccupant, comme toujours, de ne pas briser la continuité, les dirigeants du parti ont poursuivi incontestablement leur longue marche vers une intégration complète dans le cadre de la démocratie bourgeoise, c'est-à-dire vers non seulement une pratique, mais aussi une conception de plus en plus explicitement social-démocrate. L'aboutissement en est une crise d'identité de loin la plus grave qu'a connu le parti.

Qui plus est, il faut avoir à l'esprit le contexte dans lequel cela se produit. La contradiction entre le projet politique du PCI et la dynamique des forces sociales et politiques, entre une perspective réformiste et la difficulté de la mettre en pratique, n'est certes pas nouvelle, mais elle n'a jamais été aussi aiguë. Le PCI a connu une montée impétueuse, à partir du milieu des années 1970, notamment lors des élections, qui sont le terrain en dernière instance décisif aux yeux de ses dirigeants. Aux élections de 1976, il avait déjà atteint le plafond qu'il devait atteindre à nouveau aux élections européennes de 1984. En dix ans, il a expérimenté deux lignes politiques différentes, d'abord démocratique. L'une et l'autre soldées par des échecs. Le 12 mai, le PCI en a payé le prix au plan électoral. Mais depuis cinq ans la classe ouvrière avait commencé à en payer le prix sur le plan économique et social. Après le 12 mai et l'issue du référendum du 9 juin, la bourgeoisie et la coalition centriste peuvent raisonnablement miser sur une stabilité politique plus grande et porter de nouveaux coups à une classe ouvrière incontestablement affaiblie. Cela ne sera pas sans conséquences sérieuses pour le PCI. En effet, depuis la fin des années 1960 et jusqu'à l'éclatement de la crise économique, la classe ouvrière avait réusaie Comunisla uro lanli si à arracher des conquêtes partielles importantes, aussi bien économiques que politiques et organisationelles. Le PCI était alors apparu comme le principal instrument politique pour consolider et développer ces conquêtes. Aujourd'hui, les marges de manoeuvre de ce parti se sont considérablement rétrécies, même si elles n'ont pas complètement disparu. La stérilité du gradualisme réformiste apparaîtra sous une lumière d'autant plus

Il faut par ailleurs situer le dilemme du PCI dans son contexte international. Le projet eurocommuniste a échoué misérablement à la suite de la fragmentation du Parti communiste espagnol et des défaites réitérées du Parti communiste français. Les ouvertures vers des partis sociaux-démocrates ne forment qu'un substitut très partiel, d'autant plus qu'elles ne reposent pas non plus sur des expériences couronnées de succés. Le bilan pénible du gouvernement de gauche en France a constitué un coup supplémentaire à la stratégie de transformations graduelles prônée par le PCI qui ne saurait non plus revendiquer, à titre de compensation, le bilan du gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez dans l'Etat

Les dirigeants du PCI sont conscients de l'impasse dans laquelle ils se trouvent et des dangers d'une ligne qui ne viserait qu'au maintien des acquis. Dans l'éditorial du 23 juin, l'Unita a écrit : « Il n'échappe pas aux communistes que l'enjeu est la possibilité même de l'avènement des classes travailleuses à la direction du pays et, donc, les perspectives de la démocratie italienne ». La dramatisation est peut-être excessive, mais elle reflète une préoccupation réelle. Dans la période qui est devant nous, les enjeux seront de taille et le parti devra opérer dans des conditions plus difficiles. On peut donc prévoir que les conflits internes qui apparaissent aujourd'hui s'aiguiseront à l'avenir.

Livio MAITAN, 29 juin 1985.

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