Entretien avec des
E mouvement de masse urbain salvadorien a connu ses temps forts lors des gigantesques mobilisations de masses taire générale du Front Farabundo Marti de libération nationale
(FMLN) de janvier 1981, la terreur du pouvoir et des forces armées s'est abattue sur les villes. Pendant près de deux ans le mouvement syndical en a été réduit à une activité quasi conspirative et clandestine. La répression l'avait durement touché, nombre de ses dirigeants et militants étant arrêtés, assassinés par des commandos militaires ou licenciés. Les locaux syndicaux étaient détruits. Les fronts de masse des organisations révolutionnaires disparurent dans les villes tenues par la dictature au fur et à mesure que l'affrontement prenait les contours d'une guerre civile. Cette modification des rapports de force dans les principales zones urbaines a rendu l'activité syndicale extrêmement difficile. Pendant que la répression interdisait toute apparition publique, la Démocratie chrétienne (DC) tentait de tirer profit de cette situation pour se créer une base sociale au travers de l'Union populaire démocratique (UPD) et des syndicats qu'elle contrôle.
La renaissance du mouvement syndical au cours de l'année 1983 est le produit d'un long et difficile travail de survie, de reconstruction des structures syndicales. Peu à peu les liens étaient retissés entre militants syndicaux,
Pascal RENE : — Nous savons que le mouvement de masse au Salvador a connu une certaine réactivation, mais nous n'avons pas d'informations précises. En particulier, nous ne connaissons pas la configuration actuelle de ce mouvement et les processus d'unification en cours. Pouvez- vous nous les présenter ?
- A partir de 1979, et même avant, il y a eu un mouvement de masse formidable où a été mis en valeur l'unité, ou plus exactement la combativité de la classe travailleuse qui manifestait dans les rues et faisait trembler le régime. En réaction, un coup d'Etat de la Jeunesse militaire a renversé le régime du général Carlos Humberto Romero, le 15 octobre
1979.
En 1979-1980, la lutte du peuple, organisé en syndicats, comités de quartier et en une série d'autres structures, se poursuivit. Le régime décida alors d'engager une répression qui atteint, depuis le
15 octobre 1979, un chiffre supérieur à
60 000 morts, assassinés et disparus. Les locaux syndicaux ont été mis à sac et détruits, les dirigeants ont été emprisonnés, ont disparu ou ont été assassinés. Des massacres ont été perpétrés lors de manifestations, comme lors de la marche de la
Coordination révolutionnaire de masse où participaient plus de 500 000 personnes,
Durant toute Certes ce temps-là dictature. les grèves se multile 22 janvier 1980. A cette époque, il y avait chaque nuit des perquisitions dans les quartiers, des personnes disparaissaient ou étaient assassinées par les escadrons de la mort ou par l'armée. Cette situation a amené les travailleurs à se replier.
A partir de 1981, il y a eu un recul du mouvement syndical provoqué cette répression et par le climat de guerre psychologique créé par exemple par les appels à la délation. Ainsi, en 1982 et au début de 1983, le peuple était terrorisé par la violence du gouvernement et du régime. Cependant, la crise économique de plus en plus explosive, les salaires de misère, le sous-emploi firent que la classe ouvrière entra à nouveau en lutte. C'est ainsi qu'en février 1983 eut lieu ce que nous appelons le début de la réactivation du mouvement de masse. Une série de grèves éclatèrent. Des syndicats surgirent et entrèrent en lutte sur leurs propres revendications.
Il faut souligner que la répression avait atteint un tel degré que les directions de nombreux syndicats ne demeuraient pas sur le lieu de travail. Mais les organisations conséquentes ont toujours continué la lutte. Leurs dirigeants ne se sont pas repliés, mais leurs méthodes d'action ont changé. L'intention du régime était d'acculer le mouvement syndical à la clandestinité, afin de justifier la répresdirigeants syndicaux pliaient et donnaient lieu à la recomposistion du mouvement syndical et à de riches expériences d'unité d'action ouvrière.
des occasions anodines, des cette époque fêtes ou des voyages au bord de mer servaient à maintenir une activité syndicale minimum, à organiser des rencontres. Il fallait aussi cacher les dirigeants recherchés, protéger leur familles.
n'est pas entièrement révolu, mais aujourd'hui le mouvement syndical a de nouveau acquis le droit de cité. Des réunions, des congrès, des manifestations de rue, des grèves se développent malgré la répression. D'importantes brèches apparaissent dans le contrôle de la DC sur le mouvement
Un mouvement syndical indépendant de la dictature et des partis bourgeois est en train de se structurer, unifiant ses forces pour mobiliser les travailleurs en défense de revendications économiques et démocratiques. Ce mouvement revendicatif est aiguisé par la crise économique et la politique de la
L'interview que nous publions ci-après est un témoignage exclusif sur cette recomposition du mouvement syndical salvadorien. Elle a été réalisée par un militant européen du mouvement de solidarité avec quatre dirigeants de la Coordination de solidarité des travailleurs (CST) qui regroupe les travailleurs du secteur privé et se trouve partie prenante du Comité 1er mai.= sion, mais nous nous y sommes refusés.
Nous nous présentions devant les caméras de télévision, devant la presse et même devant les corps de sécurité et nous faisions obstacle à cette tactique du régime.
Ensuite, en 1983, nous nous sommes fixés comme objectif de célébrer le 1er mai en réalisant un rassemblement massif à l'intérieur d'un local syndical. Nous y avons tenu une assemblée nationale où étaient présents des délégués des différentes fédérations. Nous avons ainsi réussi à mettre fin au repli. Nous avons invité la presse nationale et internationale. Le 1er mai, dès 6 h du matin, deux heures avant le rassemblement, les forces de sécurité avaient établi des cordons autour du local, mais les gens sont entrés malgré tout.
Mais c'est en 1984 que la réactivation a réellement commencé. En 1983, il y a certes eu des grèves, mais en très petit nombre. Dans la petite vague de grèves de février 1983, qui signala le réveil du mouvement de masse, il y avait la grève du
Syndicat général des employés de banque
(SIGEBAN), celle de la Banque du crédit populaire, celle des travailleurs de l'Association nationale des aqueducs et canalisations (ANDA) et celles d'autres entreprises. Nous nous disions entre nous que le mois le plus petit avait été le mois le plus important, grâce à ces luttes. En 1984,
nous avons décidé de reprendre les rues et, le ler mai, nous avons répondu à l'appel du Mouvement unitaire syndical et professionnel du Salvador (MUSYGES), composé d'organisations syndicales représentatives. Cependant, le gouvernement dénatura son image un appendice du FMLN.
Ensuite, le 15 septembre 1984, nous sommes redescendus dans la rue. A cette époque était en cours une grève de grande ampleur, celle du Cercle sportif international (CDI), qui dura plus de cent jours. Cette grève fut en quelque sorte le levier grâce auquel a commencé à se construire une nouvelle organisation unitaire, la Coordination de solidarité des travailleurs (CST). Comment cela s'est-il passé ? Le CDI est une entreprise de services, c'est-à-dire que sa paralysie ne pouvait porter de coups durs à l'oligarchie, car ce qu'elle y dépensait tractions et non pas à des investissements productifs. Si le CDI était en grève, ces gens pouvaient tout simplement aller boire un verre à l'hôtel Sheraton ou aller se baigner dans d'autres clubs.
En conséquence, une série de syndicats se réunirent pour étudier la façon d'aider ces camarades. C'est ainsi qu'au fil des semaines, à travers des discussions, des campagnes d'information et d'appui économique, des arrêts de travail de solidarité, au fur et à mesure des visites à la à la maison présidentielle, etc., est née la CST. Aujourd'hui, cette coordination rassemble environ 30 syndicats. Le 15 septembre 1984, nous avons donc manifesté pour obtenir en particulier la libération des dirigeants du Syndicat des travailleurs de l'électricité (STECEL) (1) et des autres prisonniers politiques et syndicaux. Le 5 novembre, nous sommes à nouveau descendus dans la rue pour exiger la poursuite du dialogue entre le FMLN et le gouvernement.
A ce propos, il est nécessaire d'ouvrir une parenthese pour expliquer comment manœuvrent ces messieurs du pouvoir. Cette manifestation avait été convoquée ETERIA par le MUSYGES avec un délai de préparation suffisant. Or, le jour précédent apparut un communiqué prétendument signé par le MUSYGES informant ses adhérents que la manifestation était annulée. C'était une manœuvre du Comité de presse des forces armées (COPREFA). Malgré tout, la marche eut lieu, avec une participation plus élevée que les fois précédentes, car la peur diminuait petit à petit. Bien sûr, la crainte des travailleurs, qui ont vu des parents, des femmes et des enfants assassinés dans la rue, ne va pas disparaître du jour au lendemain, mais la crise économique et la misère nous amènent toujours à redescendre dans la rue. Nous considérons donc que l'année 1984 fut vraiment celle
En 1985, les travailleurs sont déjà plus sûrs d'eux, plus conscients du rôle qu'ils ont à jouer. Une série de grèves et de luttes ont lieu et le processus unitaire se met en marche. Déjà, le 29 décembre 1984, la CST avait fait ses premiers pas dans la rue avec une manifestation se dirigeant vers la maison présidentielle, où nous avons remis à Duarte les revendications concernant plusieurs conflits dont nous voulions l'aboutissement.
Au mois de mars, le 24, nous avons commémoré, en même temps que le Comité des mères, l'anniversaire de la mort de Monseigneur Romero (2). Et, en avril, s'est créé avec les organisations déjà citées le Comité pour la célébration du ler mai. Le 17 avril, nous avons appelé les différents moyens d'information à une conférence de presse pour annoncer la manifestation. Le 29, nous en avons appelé deuxième, pour confirmer convocation. A cette occasion étaient présentes les chaînes 8 et 10 de la télévision, qui appartiennent au ministère de l'Education, mais qui semblent plus au service de la Démocratie chrétienne que de ce ministère. Le soir même, ces deux chaînes et d'autres chaînes privées ont présenté des extraits de notre conférence, entrecoupés par des déclarations d'un guérilléro capturé, Miguel Castellanos (3), déclarant que Dans la banlieue de San Salvador, le jour des élections de mars 1982. (DR)
GMIRNOPP toutes les fédérations syndicales, FUSS, FESTIAVCES, FENASTRAS (4), étaient des appendices du FMLN.
Cette manœuvre avait pour but d'empêcher la mobilisation, mais elle échoua. Nous avons réuni 40 000 travailleurs. Certains camarades disent même qu'il y en eut 50 000. Nous étions dans la rue aux côtés des enseignants de l'Association nationale des enseignants du Salvador (ANDES-21 juin), des travailleurs du secteur public et municipal du Conseil de coordination des travailleurs de l'Etat et des employés municipaux (CCTEM), et des paysans. C'est-à-dire que nous réalisions l'unité la plus large. Ce fut une marche ordonnée où les camarades, les femmes, les enfants arboraient des drapeaux blancs, symboles de paix. Dès 8 h du matin, les hélicoptères survolaient le cortège afin d'intimider les participants, mais ce fut un échec. Les gens avaient envie d'abattre l'hélicoptère, agitaient les drapeaux. Ce fut quelque chose de grandiose, un triomphe.
Le mois de mai a vu se dérouler des luttes très dures. Le 6, les travailleurs de la sécurité sociale entrèrent en grève pour des augmentations salariales et d'autres revendications professionnelles. Les camarades de l'Anda firent de même, ainsi que ceux de l'usine Martin. A El Triunfo, le conflit de Pesca SA se prolongeait déjà depuis plusieurs mois. Les travailleurs du ministère de l'Education et ceux d'ANDES-21 juin présentèrent aussi leurs revendications. Cependant, certains conflits acquirent un caractère prioritaire et les travailleurs se solidarisèrent avec les conflits de l'Anda et de la Sécurité sociale.
Les premiers à terminer leur grève furent ceux de l'Anda, mais ils signèrent le protocole d'accord sous une forte pression. Ce n'étaient plus le ministère du Travail ou ses délégués qui négociaient, mais la police nationale en la personne de son chef, le colonel Rubio. Cela donne une idée de qui décide ici. Malgré tout, bien que pressés par les militaires, les travailleurs obtinrent une augmentation de leur salaire et, en signant l'accord, ils ont rompu dans la pratique avec le décret 296 ingrève aux employés du secteur public et avec le décret instaurant l'état de siège. Ils ont réussi à imposer la réintégration des 45 militants d'Anda qui avaient été licenciés au cours de la lutte.
Ainsi s'est en quelque sorte terminé ce conflit, mais ceux de la Sécurité sociale et plusieurs autres continuent. Les travail-
Sécurité sociale font preuve 1. Syndicat des travailleurs de l'électricité dont le secrétaire général Hector Bernabé Recinos et ses principaux dirigeants ont finalement été libérés en novembre 1984.
2. Monseigneur Oscar Romero, archevêque de San Salvador. assassiné par l'extrême-droite salvadorienne, le 23 mars 1980.
3. Miguel Castellanos, commandant des Forces populaires de libération (FPL), l'une des composantes du FMLN, s'est rendu aux forces armées en avril 1985.
4. FUSS : Fédération unitaire syndicale du Salvador.
FESTIAVCES : Fédération des syndicats de l'industrie alimentaire, vestimentaire et textile, qui regroupe 8 syndicats.
FENASTRAS : Fédération nationale syndicale des travailleurs salvadoriens.
du peuple ! » Ces luttes et ces grèves per- président Duarte. Là, il reçut l'ordre d'in-
RADIO
VENCEREMOS
FM
I.LN
L'équipe de Radio-Venceremos au travail, quelque part au Salvador. (DR) d'une grande solidarité, débrayant pour 4 ou 8 heures au moins deux ou trois fois par semaine. Le 3 juin, l'assaut de l'hôpital général de la Sécurité sociale, provoqua la mort de plusieurs policiers. En effet, tandis que des troupes héliportées se posaient sur le toit, vêtues de noir et encapuchonnées, d'autres entraient en civil par les urgences, avant de sortir leurs armes. Au même moment avait lieu une coupure de courant. Cet élément ajoutant à la confusion, une fusillade éclata, causant la mort de quatre policiers en civil. Notre camarade et secrétaire général Guillermo Rojas et un autre responsable furent ar-
Afin d'empêcher la manifestation prévue pour le lendemain en direction de l'Assemblée législative, le COPREFA et le gouvernement annoncèrent que la marche était interdite et que les manifestants seraient réprimés en vertu du décret instaurant l'état de siège. Tous les quarts d'heure, les chaînes de télévision diffusaient des annonces menaçant ceux qui y prendraient part. C'était la même chose à la radio, toutes les 10 à 15 minutes. Dans les journaux, de pleines pages annonçaient l'interdiction.
La réponse du peuple, ce jour-là, fut héroïque. Malgré toutes les menaces, plus de 15 000 travailleurs manifestèrent, prêts à assumer toutes les conséquences de leurs actes. Malgré les cordons de sécurité, le peuple était présent. Le même jour, 22 syndicats entrèrent en grève de solidarité. Autour du rassemblement devant l'Assemblée législative, les soldats installèrent des barrages très serrés, mais au lieu d'avoir peur, les gens criaient : « Soldat honnête, ton poste est aux côtés mirent la libération de nos deux camara-
Ainsi, en mai, tous les trois jours environ, il y avait des activités. Le 20 mai par exemple, les camarades de l'entreprise Etiquettes et élastiques sont entrés en
Trois manifestations ont eu lieu pour la Sécurité sociale. Ensuite, le conflit l'Anda a rebondi, car les n'étaient pas respectés, en particulier en ce qui concernait la destitution de responment changé de poste. Les augmentations de salaire n'avaient été données que de façon sélective aux gens de la Démocratie
L'attitude de Perdomo, responsable d'Anda, avait empiré. vailleurs entrèrent de nouveau en grève pour obtenir sa destitution comme dirigeant corrompu et répressif. Ils le sont
En ce qui concerne le conflit des Etiquettes et élastiques, il s'est terminé victorieusement après 37 jours de grève. Les travailleurs ont obtenu le paiement à 65 % des heures de grève, de faibles augmentations salariales et d'autres prestations. Mais le plus grand triomphe, c'est que maintenant ces travailleurs appuient les activités de la CST et que, par exemple, deux jours après leur reprise du travail, ils sortaient à nouveau dans la rue en solidarité.
Le 20 juin, le Comité 1er mai organisa une assemblée nationale où étaient présentes 65 délégations de différents syndicats et associations. Nous avions réservé la salle de la Loterie nationale voquée à une réunion ministérielle par le terrompre l'assemblée. Il rentra pour tenter de mettre fin à l'assemblée sous le prétexte d'une absence d'autorisation. Son attitude échauffa les esprits et les participants lui dirent ses quatre vérités et ne bougèrent pas. Il menaça de faire évacuer la totalité du bâtiment, afin de permettre une intervention des forces de l'ordre mais, en face, dans la rue, se trouvaient les travailleurs d'Anda appuyant l'assemblée. Il prit alors un mégaphone, mais le nôtre était plus puissant et il dut supporter la tenue de toute la réunion.
Nous avons élaboré un cahier national de revendications: augmentation de 100 % pour tous, refus de la hausse des transports publics, non paiement de la dette agraire pour les paysans, un budget pour l'université nationale, et la libération de tous les prisonniers syndicaux et politiques. Ce cahier englobant les revendications de tous les secteurs fut présenté à l'Assemblée législative. Une réponse devait suivre dans les 15 jours.
En ce qui concerne Perdomo, le responsable d'Anda, l'Assemblée législative s'était engagée à le convoquer, car les travailleurs d'Anda lui avaient exposé des preuves de sa corruption, par exemple l'achat avec l'argent d'ANDA d'un tableau qu'il a offert à Duarte. Aujourd'hui, nous savons que Perdomo ne s'est pas présenté, ce qui, accepté par l'Assemblée, est une forme de soutien. En effet, la destitution de Perdomo serait un encouragement pour les travailleurs du ministère de l'Education pour réclamer celle de leur ministre, Buendia Flores. Ceci provoquerait une levée de boucliers de la part de tous les fonctionnaires importants qui ont trempé dans des affaires de corruption. En effet, malgré l'aide économique dont bénéficie
senal de libertad l'administration Reagan, les révolutionnaires salvadoriens ne peuvent compter dorien avec ses émissions en FM, Radio Venceremos, la première des radios créées par le FMLN, s'est donné pour objectif d'accroître le nombre de ses stations émettrices et de les doter d'une puissance supérieure. Radio Venceremos s'est déjà doté de plusieurs unités de transmission portatives mais, pour celles-ci, antennes, dont le coût est de 5 000 francs l'unité. Envoyez vos dons à la LCR, 2 rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil, France. Chèques à l'ordre de la LCR avec leur. Tout part pour l'armée ou tombe grève légale dans notre pays, dirigée par
SIGNAL DE LIBERTE
que sur leurs propres forces et sur la solidarité internationale.
des antennes directionnelles sont nécessaires.
mention « Solidarité Salvador ». le Salvador le peuple n'en voit pas la coudans les poches des messieurs de la Démocratie chrétienne, des oligarques du café,. etc.
- Nous avons parlé surtout de la capitale, mais que se passe-t-il dans les autres villes ?
- Effectivement, la principale concentration industrielle du pays se trouve à San Salvador. C'est donc là que la croissance des forces syndicales a été la plus forte. Cependant dans les départements de l'intérieur, dans les villes, il y a aussi des industries et des travailleurs organisés.
Dans la partie occidentale du pays, dans les villes de Santa Ana, Sonsonate et Ahuachapan, il y a un organisme unitaire qui s'appelle le Comité occidental des travailleurs affiliés à l'ISS (COTAISS). Cette
Best née dans le but d'obtenir des, prestations sociales mais ses objectifs se sont élargis par la suite. A Santa Ana, il existe aussi l'Association des travailleurs de la mairie (ATRANSA) qui a mené de dures luttes et remporté la victoire sur certaines revenvications. Ici se mettaient en évidence les contradictions entre l'Alliance nationale républicaine (ARENA, parti d'extrême-droite dirigé par le sinistre major d'Aubuisson) et la Démocratie chrétienne L'ARENA détient la municipalité et la Démocratie chrétienne contrôle le ministravailleurs n'arrivaient pas et chacun se renvoyait la responsabilité. Grâce à leurs luttes les travailleurs ont obtenu le paie-
A Sonsonate, il existe d'autres syndicats comme celui de la Laiterie Salud et celui des transports. Dans les agences des banques telles que la Banque salvadorienne, la Banque des crédits et d'autres, le SIGEBAN a des sections qui sont affiliées au COTAISS. A Ahuachapan, il y a aussi un syndicat dans l'entreprise Salvamiel. Dans la partie orientale du pays, il y a plusieurs syndicats : celui de l'industrie de la pêche, celui des ports et d'autres.
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A la fin de 1984, a eu lieu la troisième les camarades de l'entreprise de Multipesca à La Union. Les camarades de Pesca SA à El Triunfo sont en grève depuis janvier 1985. Cette grève a affecté l'économie du port et ce n'est pas simplement une affaire de l'entreprise mais de la localité toute entière, car le port est le moteur de l'économie locale. A plusieurs reprises ces camarades sont venus à la capitale, au ministère du Travail. Plusieurs députés ont fait le voyage à El Triunfo mais aucune solution n'a été apportée. Il y a aussi le syndicat de l'industrie du café (SICAFE) qui a des sections à Berlin, Santiago de Maria, etc. Le mouvement syndical croît donc aussi dans la partie orientale du pays, mais c'est une zone de guerre, donc les caractéristiques sont différentes. Pour cette raison, la lutte à La Union a été une lutte légale. Les procédures pour obtenir cette légalisation ont duré presque un an.
A San Salvador aussi, travailleurs et dirigeants syndicaux, nous sommes dans la légalité. Nous allons au ministère du Travail pour discuter dans un cadre juridique, mais, comme nous sommes aussi conscients que rien ne se fait en notre faveur, vient un moment où nous mettons la légalité de côté. Et les travailleurs partent en grève même si celle-ci est illégale. En conclusion, on peut dire que le mouvement syndical est présent partout dans le pays, aussi bien à San Salvador que dans les régions orientales et occiden-
- Le mouvement de masse influencé par l'Union populaire démocratique (UPD) est-il encore important?
- La base sociale de la Démocratie chrétienne commence à se morceller. Ses principales forces sont regroupées dans l'UPD, qui rassemble la majorité des syndicats et des associations qu'elle influence. Il y a eu une première division dont est sortie la Centrale générale des travailleurs (CGT), puis une seconde qui a donné naissance à la Centrale des travailleurs démocratiques (CTD).
Actuellement la CTD reçoit ses fonds et ses orientations de l'Institut pour le syndicalisme libre (ISL). Il semble que la base de la DC lui soit disputée par l'ambassade des Etats-Unis dans le but d'avoir une roue de rechange le jour où la DC ne sera plus utile à Reagan. Il semble que la DC se soit rendue compte de cette
Get tente d'arracher sa base à l'influence de l'ISL.
L'UPD, elle, adhère à la Centrale latino-américaine du travail (CLAT), d'orientation démocrate-chrétienne. base sociale s'effrite d'autant plus qu'elle a signé un pacte social avec la DC et que ses dirigeants se disputent les postes gouvernementaux. A titre d'exemple, juin l'UPD avait programmé une marche du secteur paysan, mais elle n'a fait descendre personne dans la rue faute de capacités organisationnelles. Les dirigeants sont même en désaccord avec leur base qui préconise le refus de payer la dette agraire. Ils disent qu'il faut la payer! En ce qui concerne la Banque de développement agraire, tandis que les paysans du secteur réformé et non réformé de l'écoexigent l'accroissement des crédits, les dirigeants, qui par ailleurs contrôlent ces fonds, expliquent que la Banque n'a pas les moyens. Or, ce même 20 juin, nous avons tenu l'assemblée nationale du Comité ler mai tandis que l'Université mobilisait massivement pour exiger l'adoption d'un budget universi-
- Quelles relations avez-vous avec les différents secteurs de l'UPD ?
- Nous en avons avec la Centrale des travailleurs salavadoriens (CTS) qui était présente à l'assemblée du 20 juin lorsque fut approuvé le cahier de revendications. Avec les directions mêmes de l'UPD, les relations ne sont pas très développées, car elle est trop engagée aupres de la Démocratie chrétienne. Dans la pratique, les bases de l'UPD sont mécontentes, car même le chrétienne est resté dans les tiroirs.
Nous avons aussi certains contacts avec la Fédération des syndicats de la construction et des transports (FESINCONSTRANS). Lors du conflit de la Sécurité sociale, la CTS et FESINCONSTRANS se sont prononcées contre l'intervention militaire. A la suite de leur communiqué, les dirigeants de cette dernière organisation se sont faits rappeler l'ordre. Nous espèrons cependant parvenir à des actions unitaires avec eux, quelque soit le courant politique auquel ils se rattachent, car ce qui nous motivent ce sont les intérêts des travailleurs, non des intérêts politiciens. Certains rapprochements se font déjà avec eux. Mais nous en sommes au stade des tentatives, parfois ils nous aident d'un communiqué, parfois ils nous rejettent. Le processus unitaire ne fait que débuter.
Propos recueillis par Pascal RENE, San Salvador, le 31 juillet 1985.