U sixième anniversaire de la révolution nicaraguayenne,
A 'aggravation de lagesion imperialiste constitue tae,
-ment déterminant de la situation. La priorité est la défense de la révolution qui se heurte à la volonté déclarée de l'administration Reagan de renverser le gouvernement sandiniste.
Les dégâts et pertes humaines provoqués par les attaques de la contre-révolution sur le territoire même du Nicaragua sont en augmentation constante depuis 1983, année où la contra lança ses premières opérations militaires d'envergure.
Ainsi le nombre des combats recensés par les autorités nicaraguayennes est passé de 600 en 1983 à 948 en 1984, et atteint
710 pour les six premiers mois de l'année 1985. L'on dénombre pour cette première partie de 1985 20 centres de santé dé-
Jean-Claude BERNARD
La tactique mise en œuvre par la contra est celle d'une guerre d'usure visant à affaiblir sur le moyen terme la capacité de résistance de la révolution. Les attaques tendent ainsi à devenir de plus en plus sélectives, visant principalement les points d'appui au développement du pays et les acquis sociaux installés depuis 1979. La sélection est aussi politique : les coopératives de production initiées par les militants sandinistes sont beaucoup plus attaquées que les paysans individuels.
Pendant le mois d'août 1985, la contra a de plus lancé une offensive militaire ponctuelle, afin d'accroître son audience internationale. Il s'agit de l'attaque lancée contre un bourg de 10 000 habisitué sur la route internationale panaméricaine à 130 km au Nord de Managua et au Sud de l'une des villes les plus mobilisées pour la révolution, Esteli.
Entrés à l'aube du ler août, en groupe de
150 hommes, déguisés avec des uniformes de l'armée sandiniste, les contras furent contraints de battre en retraite après un combat qui dura quatre heures. L'objectif pouvait pas être de prendre durablement ce bourg, mais seulement de prouver la présence effective de la contra abords d'Esteli.
Les témoignages à l'hôpital de Trinidad ont pu recueillis mettre en lumière que les contras recrutaient sous la contrainte de très jeunes adolescents. La conséquence en est une très faible qualité militaire des mercenaires contras qui sont beaucoup plus utilisés à mener des embuscades meurtrières qu'à s'engager dans des affrontements d'envergure avec les miliciens et l'armée sandi-
Cette faiblesse militaire de la contra et son incapacité à porter des coups décisifs à la révolution ne peut qu'entraîner
Le sixième anniversaire
dollars en de plusieurs milliers (1). une aide accrue de Washington. Le vote du congrès américain pour fournir des crédits officiels aux contras va accélérer le montant et la qualité de l'aide octroyée aux mercenaires. L'extension que des zones d'opération militaires ne concerne que les régions périphériques du Nicaragua, au Nord, au Sud et dans les régions au bord de l'océan Atlantique. Cela signifie que les lieux d'activité de la contra demeurent largement adossés aux camps d'entraînement situés au Honduras et au Costa Rica. La contre-révolution peut trouver au Nicaragua des lieux où s'approvisionner grâce à la terreur, la corruption et la manipulation de réels mécontentements, mais ce n'est pas de l'intérieur du territoire que se constituent les bases de la contra.
Face à cette aggression, l'effort de défense de la révolution repose principa lement sur les travailleurs productifs des villes et sur la fraction la plus pauvre de la population rurale, petits paysans et ouvriers agricoles. Ceci est d'abord vrai en termes strictement militaires. Les centres où les milices sont les plus actives sont constitués par les coopératives agricoles de production, les villages de petits paysans, et les entreprises urbaines.
Dans les régions du Nord, les milices sont directement intégrées à l'organisation de la défense, en contact direct avec la contra. Comme le montre l'exemple de la région de Somoto, située à 15 km de la frontière hondurienne, les miliciens sont désignés par chacune des coopératives de l'agglomération. Ils exercent un temps d'activité militaire de six mois. Dans le bâtiment qui sert de poste de commandement au chef des gardes frontières, ce sont ainsi des jeunes miliciens qui assurent la garde. Ils dépendent directement du responsable de l'armée sandiniste présent sur place. Lui-même, comme il nous l'explique, conçoit ses tâches comme totruits, 14 écoles totalement détruites et 359 autres obligées de fermer. Les dommages physiques et les pertes en production dûs aux opérations de la contra sont évalués à 143 millions de
1983 et à 187 millions de dollars en 1984. Cela représente 40 % et 53 % du total des exportations du Nicara-
Pour accentuer ainsi sa pression militaire, la contra a réussi à constituer dans les régions du Nord du pays des « commandos régionaux » de 1 200 hommes chacun, qui, par petits groupes coordonnés entre eux par des moyens de communication très sophistiqués, se sont incrustés sur le territoire même du
Nicaragua. Le nombre de contras y opérant est donc de l'ordre talement imbriquées à l'organisation politique et militaire des paysans. Dans la région VI, celle d'Esteli, plus de la moitié des travailleurs productifs sont mobilisés dans les milices ou pour le service miliconscription obligatoire depuis
1984, avec l'instauration du service milipatriotique, avait pour but explicite d'élargir l'assise de la défense militaire. Il n'empêche que de nombreux secteurs de la bourgeoisie réussissent à envoyer leurs enfants à l'étranger afin de leur éviter cette mise au service de la révolution. Le résultat est que le service militaire est surtout l'affaire des enfants de la base sociale de la révolution.
Mais l'ampleur de l'affrontement qui a cours au Nicaragua entre la révolution et la contre-révolution ne saurait se limiter à son seul aspect militaire. La concentration des efforts en vue d'assurer la défense et la survie de la révolution aboutit à une dégradation très importante de la situation économique et à une détérioration du niveau de vie des travailleurs productifs. Dans ce domaine aussi, ceuxportent l'essentiel de l'effort de la
LA SITUATION ÉCONOMIQUE
En effet, les difficultés économiques s'aggravent. Le poids de l'agression militaire se conjugue avec l'embargo décrété par Reagar et les conséquences de la crise économique internationale pour étrangler le Nicaragua et empêcher la révolution d'assurer le développement du pays. La moitié du budget de la défense est maintenant consacré aux dépenses pour la défense et le service de la dette extérieure
1. La Contra-revolucion, datos basicos,
1980-1985, Centro de Communicacion Internacional, Managua.
représente plus de la moitié des exportations qui décroissent en valeur- dollars (alors qu'elles demeurent constantes en quantité physiques). Il y a donc à la fois pénurie de devises pour les importations et compression des dépenses du budget intérieur.
Plusieurs phases sont à distinguer dans les six dernières années d'histoire de la révolution en ce qui concerne l'évolution économique et ses conséquences sur le niveau de vie de la population. Au cours des deux premières années, l'ampleur des tâches de reconstruction les plus urgentes a permis une croissance bien supérieure à celle des autres pays d'Amérique centrale. Ceux qui détenaient les moyens de production et les grandes propriétés agricoles ont pu voir se maintenir leur train de vie à la condition d'accepter leur dépossession du pouvoir politique. Par contre le niveau de vie des fractions les plus pauvres de la population s'éleva qualitativement et quantitativement. La base sociale de la révolution fut la premiere à bénéficier de celle-ci au travers des efforts faits dans les domaines de l'éducation, de la santé et de
De 1981 à 1983. les premiers coups de l'impérialisme obligèrent le gouvernement révolutionnaire à un changement brutal en matières d'importations. les plus prioritaires au regard des exigences du développement économique du pays furent maintenues. Les moyennes, qui avaient un type de consommation entraînant le recours à beaucoup de biens non indispensables, furent les plus sévèrement atteintes. Par contre, le niveau de vie global des masses fut préservé. Les prix de ce qui constitue le « panier de base » de l'alimentation furent à ce résultat, un syssubventions en faveur de ces produits de base était appliqué, ce qui diminuait d'autant leur prix à la consommation. Ces subventions étaient appliquées pour tous, dans tout le Nicaragua, pour une quantité limitée de produits par habitant. Il était même, à la limite, moins cher pour un paysan de s'approvisionner ainsi car les prix de vente pouvaient être inférieurs au coût de production. A partir de 1984, l'aggravation économiques ne permit plus de préserver le niveau de vie des masses populaires. La minimum est évaluée pour l'année 1984 à
Les mesures économiques annoncées en janvier 1985 amplifient cette tendance. Les subventions aux produits de base ont été supprimées. Il s'agit d'une suppression étalée tout au long de l'année. Ainsi, au mois d'août, la subvention pour le lait a été supprimée, le prix d'un litre de lait passant de 12 à 18 cordobas (1 franc environ 63 cordobas au change officiel). Il en découle, mécaniquement, un renchérissement du prix des produits de base. Dans la mesure où les dépenses pour ceux-ci constituent une part importante du budget des familles aux revenus modestes, ce sont les fractions les plus pauvres de la population qui ont
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La reconstruction de Managua. (DR) eu à supporter les conséquences de ces eu à mesures.
Une autre décision, annoncée le ler mai, aggrave la situation des travailleurs
Afin de pallier la baisse pouvoir d'achat monétaire observable ces dernières années, des compléments salaire en nature avaient été fournis aux
Il recevaient ainsi des marchandises qu'ils contribuaient à fabriquer. C'était notamment le cas dans les secteurs du textile ou des fabriques de boisson. Au début, les quantités fournies corresà la seule consommation personnelle. Les quantités augmentèrent et pour les écouler les travailleurs eurent recours aux circuits du commerce parallèle, si florissant à Managua. La suppression du complément de salaire en nature aboutit donc à une perte nette de pouvoir d'achat pour les travailleurs concernés.
Simultanément à ces mesures, il était prévu d'augmenter le salaire des travailleurs productifs et d'ouvrir des centres d'approvisionnement réservés aux seuls productifs. Les salaires ont certes été augmentés, mais à un rythme inférieur à celui de la hausse des prix. En mai, le salaire minimum 3 000 cordobas à 4 500 cordobas, alors que la hausse des prix peut être approximativement évaluée à 100 %. La perte de pouvoir d'achat est donc de 50%. La création de centres d'approvisionnement pour les seuls travailleurs productifs est administratifs parfois éloignés des exigences de la vie quotidienne. Un exemple de fonctionnement encore précaire est fourni par la longueur des files d'attente le samedi, jour où les gens ne travaillent pas, alors que ces centres, pourtant approvisionnés, ne sont guère fréquentés les jours de semaine.
LE POIDS DE L'ÉCONOMIE INFORMELLE Cette détérioration observable du niveau de vie des travailleurs est d'autant plus préoccupante qu'elle s'applique de différenciée selon les différentes couches de la population. La ville de Managua ne parvient pas à maîtriser les problèmes liés à « l'économie informelle », ce secteur parallèle de l'économie qui concerne surtout les échanges et le commerce, Toute une partie de ces couches profite de l'inflation et utilise les difficultés d'approvisionnement pour stocker et spéculer.
Il ne s'agit pas seulement de pratiques marginales d'une bourgeoisie aisément repérable, mais d'un problème aux difficultés économiques plus profondes. S'accroissant au rythme de 6% par an, la population de Managua atteint un million d'habitants, ce qui représente le tiers de la population totale du pays. Le nombre d'emplois productifs ne croît pas au même rythme, loin de là. L'augmentation non contrôlée de la population gonfle donc la part de ceux qui se consacrent à l'économie parallèle. Il est estimé que plus de la moitié de la population active de Managua travaille à son propre compte comme vendeur ambulant, artisan ou prestataire de service. Le décalage entre ce secteur et celui des travailleurs productifs est tel qu'aujourd'hui le salaire minimum d'un vendeur ambulant de glaces est au moins le triple du salaire minimum des travailleurs productifs.
Les compromis qu'impose l'économie mixte conduisent aussi à des inégalités entre les travailleurs productifs et les détenteurs des moyens de production. C'est surtout le cas à la campagne où les grands propriétaires peuvent bénéficier de subventions en dollars. Cette possibilité, initialement autorisée pour les producteurs de coton notamment, a été élargie, cet été 1985, aux grands éleveurs de bétail. Le contrôle sur l'utilisation de ces subventions n'est pas toujours très serré et il est prouvé que celles-ci ne sont pas utilisées par la bourgeoisie à des fins exclusivement productives.
La base sociale de la révolution, à savoir les travailleurs productifs des villes et des campagnes, est celle qui se mobilise le plus en défense de sa révolution, mais est aussi la partie de la population qui consent au maximum d'efforts pour assurer sa défense sur tous les fronts. Cela ne va pas sans difficultés.
Le FSLN et ses militants ne cherchent pas à nier l'existence de ces difti-
2. Pensamiento Propio, avril 1985.
cultés. Les choix faits en faveur du pluralisme politique et syndical ne sont pas remis en cause et contraignent donc le FSLN à se porter au premier rang pour fournir les explications, pour continuer à favoriser le développement d'un mouvement de masse et démontrer ainsi son rôle d'avant-garde.
Ainsi, au lendemain du 19 Juillet, Barricada a publié une série d'enquêtes indiquant les motivations de ceux qui s'étaient massivement rendus à la célébration du 6e anniversaire de la révolution. Barricada n'a pas choisi le registre de l'auto-satisfaction pour se féliciter de la présence de plusieurs centaines de milliers de participants. Tous les articles de cette enquête indiquaient la gravité des difficultés de la vie, les salaires peu élevés, la hausse des prix, la longueur des trajets en etc. Avec et malgré ces problèmes, tous furent présents le 19 Juillet, tel était le fil conducteur de cette enquête.
DANIEL ORTEGA
FACE AU PEUPLE En organisant, fin juillet, un « face au peuple » avec les ouvriers de la construction, le président Daniel Ortega a discuté avec l'un des secteurs traditionnels de la classe ouvrière où l'influence des deux centrales syndicales liées au Parti socialiste nicaraguayen (PSN) et au Parti communiste nicaraguayen (PCN) est encore significative. C'est, de plus, un secteur où cohabitent sur un même chantier salariés de l'Etat et salariés d'entreprises privées sous-traitantes, avec les disparités salariales qui en découlent. Plusieurs responsables syndicaux de la Confédération générale du travail-indépendant (CGT-I) proche du PSN, ont directement interpellé le « camarade-président » sur le problème des salaires. Des travailleurs du rang ont exposé leurs difficultés. D'autres s'en sont pris nommément à tel responsable présent à la tribune aux côtés de Daniel Ortega. Alors que certains responsables se retranchaient, dans leurs réponses, derrière la complexité technique des problèmes et la fatalité de la lenteur pour les résoudre, Ortega rapporta constamment les problèmes posés à l'agression impérialiste en justifiant politiquement les compromis que la révolution devait passer avec les couches sociales autres que les ouvriers et les paysans.
La Centrale sandiniste des travailleurs (CST) est l'organisation de masse urbaine qui est la plus directement confrontée aux difficultés qui atteignent les travailleurs productifs. Cette organisation date du triomphe de la révolution et est donc encore dans une phase de consolidation où elle doit forger toute une nouvelle génération militante à l'animation du travail de masse dans la classe ouvrière. Soumise à la concurrence de centrales syndicales dont l'influence a beaucoup décliné, mais qui ont conservé la confiance d'anciens cadres du mouvement ouvrier, la CST se fait l'écho du mécontentement qui traverse les secteurs salariés, aussi bien en ce qui concerne l'approvisionnement que les salaires. Au mois d'août 1985, la CST a engagé une vaste discussion parmi les travailleurs, afin de préparer une discussion nationale de bilan de son activité, les 7 et 8 septembre 1985.
L'objectif de cette discussion ainsi résumé par la CST elle-même : « La CST convoque tous les travailleurs nicaraguayens à initier une vaste discussion pour :
- mesurer les succès et les difficultés de la gestion de l'activité syndicale dans l'accomplissement des résolutions prises par la 4e assemblée nationale des syndicats et des orientations de la Direction nationale du FSLN ;
- évaluer les effets positifs et négatifs des mesures économiques prises par le gouvernement révolutionnaire dans le cadre des dernières agressions de l'impéria-
- exposer avec vigueur nos propres propositions au Gouvernement révolutionnaire en relation avec la politique des
MON BARRICADA@
Ist responden los guerreristas a Contadora
Reagan envia otra flota
de guerra al Atlántico
Ranger y New Jersey traen meva escalada Juillet 1983 : « Reagan envoie une autre flotte de guerre en Atlantique. » (DR)
salaires et des prix, l'approvisionnement, les contrats de travail et les engagements à accomplir par le mouvement syndical, dans les domaines de la défense militaire, de la défense civile et de la production, en optimisant, économisant et rationalisant nos ressources humaines et matérielDans la région de Managua, ce sont plus de 1 500 travailleurs appartenant à plus de 15 entreprises qui ont participé aux assemblées préparatoires, dont quelques conclusions ont été fournies le 19 août par Barricada: « Les travailleurs ont exposé le problème des centres d'approvisionnement et ont considéré que les prix sont trop hauts comparés aux prix de production. Les travailleurs considèrent que l'excessive bureaucratie des institutions aboutit à une série de déficiences dans l'administration publique et la résolution des problèmes. 3. Trabajadores, août 1985.
les institutions n'ont pas donné l'appui est donc instable entre les exigences du
Des jeunes Nicaraguayens en armes prêts à défendre la révolution. (DR) nécessaire au mouvement des innovateurs, (des travailleurs qui proposent des innovations techniques pour pallier notamment le manque de pièces de rechange qui est dû à l'embargo américain, ndlr.) qu'il y a eu manque de rapidité de la part des ministères du Travail et de l'Industrie pour donner une réponse aux problèmes de type financier des entreprises. Ils ont demandé une révision du salaire des travailleurs et de résoudre avec rapidité les cas pendants. Ils ont indiqué que les salaires ne correspondent pas au coût de la vie. Autour des applications des mesures d'austérité et d'économie, ils ont rencontré une résistance de la part des administrateurs et ils exigent qu'elles soient appliquées non seulement aux ouvriers, mais à tous les secteurs. » (4) Si la détérioration du niveau de vie est incontestable, cela n'entraîne pas de perte de confiance politique envers la révolution, ses acquis et son avant-garde. Le succès de la célébration du 19 Juillet, comme l'incapacité des forces ennemies ou concurrentes du FSLN à cristalliser le mécontentement qui existe, en constituent des preuves tangibles.
Il convient aussi de prendre en compte l'influence des compromis politiques passés par la révolution dans le but de diviser la bourgeoisie en essayant d'intégrer une partie de celle-ci à la bataille pour la production, et de continuer à bénéficier d'appuis diplomatiques de la part d'autres pays de l'Amérique latine. Ces compromis aboutissent à des inégalités de conditions de vie entre les travailleurs productifs mobilisés au sein des organisations de masse se réclamant de la révolution, et des couches bourgeoises et commerçantes dépossédées du pouvoir politique. L'équilibre travail de masse en direction de la base sociale de la révolution, et les nécessités qu'imposent des compromis politiques passés pour faire gagner un espace de survie à la révolution. Les tâches de politisation des masses sont devenues plus complexes que dans la période où la révolution commençait et pouvait apporter satisfaction aux exigences immédiates des fractions les plus pauvres de la popula-
Tous ces facteurs conduisent à une situation complexe des organisations de masse qui ont à la fois pour rôle d'appliquer les orientations de la direction nationale du FSLN et de se faire le porte-parole organisé des aspirations immédiates des masses. L'un des aspects les plus marquants de la situation nicaraguayenne est la préservation du potentiel de mobilisaalors que la guerre d'agression a naturellement tendance à imposer une unité de commandement politico-militaire à tous les lons. Ces caractéristiques sont encore plus marquées dans les campagnes, là où l'application progressive de la réforme agraire laisse un espace pour de nouvelles avancées en faveur des paysans pauvres, et là où la paysannerie est traversée par des contradictions sociales qui font d'elle un enjeu immédiat entre la révolution et la contre-révolution.
LE MOUVEMENT PAYSAN
DE MASAYA Le rythme d'avancée de la réforme agraire s'est poursuivi depuis 1981, sans ralentissement. Des changements à la politique menée jusqu'ici sont en cours sur deux plans. D'une part, la priorité accordée aux coopératives, destinées, décline. Dans la région VI, celle d'Esteli, région où la polarisation sociale est aiguë entre les paysans pauvres mobilisés et la contre-révolution, les remises de terre ont tendance à se faire en faveur des paysans individuels. D'autre part, il y a des cas où la révolution n'hésite pas à bousculer ses plans pour répondre plus rapidement aux demandes des paysans. Ce qui s'est déroulé dans la région de Masaya, à 60 km au sud de Managua, est révélateur de ce nouveau cours. Il s'agit d'une région qui n'est pas un enjeu militaire, en raison de son éloignement géographique des zones d'opération de la contra. Elle n'était donc pas prioritaire, en termes de solutions à trouver pour les problèmes qui pouvaient y exister. Ainsi, six ans après la révolution, de nombreux paysans pauvres parvenaient à peine à survivre sur leur minuscule propriété et devaient gagner un salaire de journalier en allant travailler dans les grandes propriétés de coton ou d'élevage situées dans la zone sèche, au nord du département.
Ces grandes propriétés appartenaient notamment à Bolanos, président COSEP, la confédération patronale. La mobilisation paysanne, qui a commencé au début du mois de juin, avait donc une cible particulièrement représentative de la bourgeoisie qui demeure au Nicaragua. Des manifestations et des marches ont été organisées. Sur les banderoles, on pouvait lire : « Nous voulons les terres de Bolanos ! Il en a beaucoup ! »
Le mouvement fut largement spontané au départ mais, très vite, l'Union na-
4. Barricada, 19 août 1985.
tionale des agriculteurs et éleveurs (UNAG) assura le développement et la prise en charge des manifestations et des revendications. Le 14 juin, le commandant Jaime Wheelock annonça devant les paysans de Masaya que 323 km2 de terres situées au nord du département allaient être converties en « zone de développement et de réforme agraire ». Dans une première phase, plus de 5 000 hectares de terres ont été remis à 1600 familles de paysans. Les terres ainsi fournies aux paysans ont été expropriées à Bolanos. D'autres propriétés appartenant à de grands propriétaires ont fait l'objet de négociations, puisque le gouvernement en a acheté une partie et échangé d'autres.
Le dirigeant du FSLN de la région, C-A. Barrios, explique : « Les paysans ne veulent pas seulement des terres pour se nourrir, mais aussi davantage de participation aux responsabilités. C'est à nous de pourrait être le point de départ d'une série d'actions dans tout le pays. » (5)
De fait, les marges de manœuvre politiques dont dispose la révolution plus amples à la campagne. Accélérer le rythme de la réforme agraire n'occasionne pas de dépenses supplémentaires, mais a seulement des conséquences politiques. Il s'agit de mettre en balance des satisfactions immédiates à la base sociale de la révolution, et les impératifs de neutralisation de couches sociales hésitant entre la révolution et la contre-révolution. L'activité de masse de l'UNAG est au cœur de ces contradictions. C'est pourquoi s'agit de l'organisation de masse qui dispose du plus grand espace pour développer sa propre politique au service de la révolution. Contrairement à la CST, il arrive ainsi à l'UNAG d'organiser des manifestations de plusieurs milliers de paysans
Use mobilisent pour faire valoir leurs propres revendications.
Dans la mesure où la situation actuelle du Nicaragua est celle d'un aiguisement de l'affrontement entre la révolution et la contre-révolution, il ne saurait y avoir de point d'équilibre stable dans le rapport des forces des camps en présence. L'aggravation de l'agression génère le développement des contradictions sociales à l'intérieur même du Nicaragua, et le FSLN confirme son rôle d'avant-garde en continuant à impulser, malgré les pires difficultés causées par la guerre, l'organisation de la majorité des masses populaires nicaraguayennes.
Le Nicaragua a lancé une campagne de solidarité intitulée: « Le Nicaragua doit survivre. » L'enjeu de la guerre qui s'y déroule actuellement est clairement posé. Le combat est inégal entre la principale puissance impérialiste et le petit Nicaragua. Tout ce qui peut contribuer à desserrer l'étau qui vise à briser la révolution nicaraguayenne doit être mis œuvre.
Jean-Claude BERNARD, le 14 septembre 1985. 5. Tous les chiffres et toutes les citations concernant le mouvement de Masaya sont extraits du Telex Envio numéro 62.