L uniquement de probes spiter d potemme, mais
ES femmes ne devraient pas discuter de politique,
/ Tel était le slogan des déléguées américaines et de leurs alliées durant la préparation et au cours de la troisième et dernière conférence de l'ONU sur les femmes qui s'est tenue à
Nairobi (Kenya) l'été dernier pour clôturer la Décennie de la
Femme ouverte en 1975.
« Egalité, développement et paix », tels étaient les thèmes officiels de cette décennie — mais ce sont surtout les « problèmes de développement » qui suscitèrent l'enthousiasme aux
Etats-Unis.
Ros YOUNG
Les participantes au Forum alternatif provenaient de mouvements de libération nationale telles que la SWAPO, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), le
Congrès national africain (ANC), le Front de libération nationale kanak et socialiste
(FLNKS), des organisations d'Erythrée et de Timor oriental ; de groupes de femmes noires, de groupes de réfugiées et de femmes migrantes, d'organisations des peuples indigènes, d'agences pour l'aide et le développement, de mouvements pour la paix, de groupes de lesbiennes et d'organisations chrétiennes. Il s'agissait d'un forum d'échanges et de discussions, pour s'informer, apprendre et établir des pour le travail futur. C'était contacts tout sauf une conférence formelle, ce forum n'avait rien à voir avec celui de l'ONU ; il n'influença d'ailleurs en rien les finaux sur lesquels les délédocuments gués de l'ONU planchaient laborieusement. Mais des deux, c'était l'initiative la plus importante, car beaucoup des femmes présentes représentaient des organisations de masse : celles qui luttent véritablement pour leurs droits en tant que femmes, en tant que Noires, en tant que travailleuses et en tant qu'opprimées. Et cette rencontre avec des femmes en lutte permettait d'avoir une vision assez claire de ce qui se passe à l'échelle internationale.
LES MANOEUVRES POUR LIMITER
LE DÉBAT
Des tentatives avaient été faites pour empêcher la tenue de ce forum, les Etats-
Unis craignant à juste titre que cela ne devienne un tremplin pour une dénonciation de leur propre politique. Ces tentattives ayant échoué, tout fut mis en œuvre pour en saboter l'organisation, afin que seul un petit nombre de femmes parviennent à se sortir du labyrinthe que constituaient les formalités d'enregistrement et la collecte des fonds pour arriver au de leur libération africain (SWAPO). Kenya. Les Etats-Unis avaient ordonné au gouvernement kenyan de prendre prétexte des problèmes de logement pour trouble-fête et d'exercer un strict contrôpar le biais des visas d'entrée. Les déléguées de la SWAPO eurent beaucoup de problèmes pour entrer dans le pays. D'autres femmes se virent interdire de quitter leur propre pays, telles les Palestiniennes des territoires sous pation israëlienne, à qui l'on refusa les permis de voyage nécessaires et qui se trouvent maintenant en résidence surveillée. En dépit de tout cela, les femmes s'arrangèrent pour se rendre au Kenya lorsqu'elles apprirent que les Etats-Unis tentaient de détourner le Forum. Le Conseil des femmes de la SWAPO, notamment, incita ses adhérentes à y participer lorsqu'on sut que les Etats-unis voyaient d'y envoyer deux milles déléguées et participantes pour empêcher que certaines questions politiques importantes ne soient débattues, entre autres celle de la lutte pour l'indépendance de la Namibie.
Lors de la session d'ouverture, les organisatrices avouèrent qu'elles étaient impressionnées par l'ampleur de la parti-
Xxx
Alors que les représentants gouvernementaux (femmes et hommes) se réunissaient au prestigieux Centre de conférence
Kenyatta pour tenter de parvenir à un accord sur le document final de la décennie intitulé : « Stratégies d'avenir », le Forum alternatif organisé à l'université de Nairobi s'avéra être un énorme rassemblement de 14 000 femmes (et quelques hommes) venant du monde entier. L'auteur de cet article faisait partie de la délégation de Londres de la campagne de solidarité avec les femmes de l'Organisation du peuple du Sud-ouest cipation au Forum. Car, jusqu'à la date des officielle de clôture inscriptions, avril 1985, elles n'avaient reçu que deux mille demandes ! Mais des pratiques organisationelles douteuses furent utilisées pour limiter certains débats, en particulier sur l'apartheid en Namibie et en Afrique du
Sud, ainsi que sur le sionisme. Sur les quelques 1 000 commissions qui eurent lieu, il serait intéressant de savoir ce qui détermina les priorités dans la répartition du temps et de l'espace - de nombreux forums importants se retrouvant dans des petites salles.
La ligne de clivage du Forum portait indéniablement sur le fait de savoir si l'on considérait que les « problèmes de femmes » étaient distincts des luttes contre l'impérialisme, contre l'apartheid et le racisme, contre le colonialisme et le néo-colonialisme, c'est-à-dire distincts de la politique. Les femmes du Pacifique rappelèrent les années durant lesquelles les gouvernements occidentaux avaient imposé guerre nucléaire à leurs une peuples pour mettre au point les dernières bombes. Aujourd'hui, le peuple kanak est en lutte contre le colonialisme français pour son indépendance
; les peuples aborigènes d'Australie et
----- photo credits and running heads -----
pré.
ASW Nouvelle-Zélande sont en lutte pour leur auto-détermination, pour des droits humains élémentaires et pour leur droit à la terre face à une exploitation éhontée. Les femmes indigènes du Nicaragua expliquèrent qu'elles soutenaient la révolution, mais que parce que leur peuple été marginalisé dans le processus révolutionnaire et que les sandinistes n'avaient pas reconnu leur oppression spécifique plus tôt, les Etats-Unis ont pu attirer de nombreux indigènes dans les forces contre-révolutionnaires. Pour part, la Junte guatémaltèque procède avec l'aide technique et les experts venus d'Israël à un véritable génocide des Indiens indigènes - lesquels représentent 80% de la population - dans le but de les exproprier de leurs terres au profit des multinationales.
En outre, dans l'ensemble du Tiersmonde, les femmes sont confrontées à des attaques contre leur droit à disposer de leur corps. Sous prétexte de recherches médicales et de contrôle des populations, elles servent de cobayes pour des expériences à grande échelle concernant des médicaments, en particulier des contraceptifs, et elles sont massivement soumises à la stérilisation forcée. Le grand succès de ce Forum fut que, pour la première fois dans une rencontre internationale de femmes, les mouvements de libération, les femmes noires, les femmes du Tiers-monde en general, se trouvaient en majorité et qu'elles étaient les plus fortes. Dans beaucoup de commissions, on intima aux pas parler de politique, mais il fut impossible de les bâillonner. Une femme de la SWAPO raconta qu'on essayé de l'empêcher de parler de ses expériences dans les geôles sud-africaines dans une commission dirigée par les Américaines qui auraient préféré qu'on parle du travail social dans les prisons, plutôt que d'aborder la question de savoir pourquoi il existe des prisons et qui sont les emprisonnés - les Noirs, les ouvriers, les prisonniers politiques.
Au fur et à mesure de l'avancée du Forum, la question de la Palestine est des débats. Pour tenter d'obtenir quelque crédibilité, les sionistes d'Israël, des Etats-Unis, d'Europe insis« le sionisme est le mouvement de libérades Juifs » et que toute critique d'Israël à propos de la Palestine et de ses activités internationales contre-révolutionnaires était à mettre au compte de l'antisémitisme. Mais alors Forum acceptaient de dialoguer avec les Palestiniennes, les autres refusaient tout de reconnaître l'existence même du peuple palestinien. Il apparaissait clairement que les termes du débat n'avaient pas bougé d'un pouce depuis le Forum de 1975, mais en revanche le soutien aux Palestiniens et aux Libanais s'est nettement renforcé depuis l'invasion israëlienne de 1982.
UNE PRÉSENCE IMPORTANTE DES
FORCES DE SÉCURITÉ L'importance des forces de sécurité présentes fut un aspect du Forum. Des policiers en armes et en uniformes patrouillaient dans le campus et les dortoirs où logeaient les déléguées du Forum des contrôles de sécurité étaient effectués systématiquement à la porte de chaque hôtel, de chaque lieu de rencontre du Forum, la police de commissions. On relevait commissions politiques de policiers en civil, immédiatement identifiable par le petit badge costume. Ils bondissaient sur les femmes ayant pris la parole dans les débats concernant le thème de la paix pour leur demander par exemple : « Comment vous appelez-vous ? Ce que vous avez dit était très intéressant, est-ce que vous l'avez mis par écrit? D'où venez-vous ? » La police politique indonésienne entra même dans la commission Papouasie-Nouvelle-Guinée pour photographier tout le monde. Un Iranien tenta de s'en prendre physiquement à une femme iranienne qui s'exprimait contre régime khomeiniste. Cela ne pouvait manquer de susciter l'inquiétude et, bien que cette pression policière n'ait pu empêcher les femmes de parler de leur propres luttes, beaucoup d'entre elles étaient réticentes à parler de ce qui se au Kenya même. Selon des sources bien informées, on apprit qu'il avait été ordonné aux étudiants assurant l'encadrement technique d'assister aux commissions, d'écouter les conversations, de prendre des notes et d'en rendre compte. L'ingérence du gouvernement kenyan dans le Forum était incroyable, depuis l'expulsion de leurs de participantes contraintes laisser la place aux délégués officiels de l'ONU, jusqu'à la tentative de fermer la Tente de la Paix (parce que les femmes y discutaient de la lutte armée), en passant par la saisie de tous les films du festival du cinéma sous prétexte qu'ils à la censure, qui ruina tout le programme prévu. Les autorités refusèrent également l'autorisation pour une marche allant du Forum à la conférence de l'ONU, chose peu surprenante vu que sont en général interdites au Kenya.
La présence des forces de sécurité aura au moins ceci de bon que beaucoup de femmes comprirent que le Kenya n'était pas le pays démocratique qu'on souhaitait leur faire croire. Des bruits commencèrent à circuler sur ce qui se passait à l'exté-
Les prostituées ainsi que les pauvres avaient été évacués par le bus de Nairobi afin de nettoyer la ville impression et de montrer que l'argent investi par les Etats-Unis et les puissances occidentales en Afrique est bien utilisé. Mais cela n'a pas empêché que l'on nous parle de la pauvreté et de la faim dans les campagnes ; des conditions de travail dans des femmes de Langata, réputée pour être pire que toutes les prisons des hommes ; de la stérilisation forcée des femmes dans les zones rurales et de l'usage largement répandu du depo-provera, contraceptif dont les effets nocifs pour la santé des femmes ont été soulignés par de nombreux médecins ; des meurtres de prostituées par les milltaires de la base navale américaine de Mombassa. Durant les mois précédents, la répression politique s'en est très durement prise aux étudiants de l'université (17 morts et une centaine de blessés à la suite des assauts de la police en février). Il faut aussi souligner les arrestations répétées d'étudiants et l'emprisonnement de l'assistante Maina wa Kinyatti, et savoir que douze dirigeants détenus depuis la tentative de coup d'Etat de 1982 ont été pendus dans leur prison pendant le Forum. A l'évidence, la leçon essentielle qui ressort de Nairobi, c'est que notre lutte pour la libération des femmes ne peut être dissociée de la lutte des classes et de la lutte contre le racisme.
Ros YOUNG, Londres, 10 septembre 1985.