Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER AFRIQUE DU SUD

Le mouvement syndical et l'UDF : entretien avec un dirigeant du GWU

Inprecor n° 204, 7 octobre 1985 · p. 21-23 · 2 541 mots

Syndicalisme Afrique australe Femmes

TOUS publions ci-après des extraits de l'interview du secrétaire général du Syndicat général des travailleurs (General Workers Union, GWU) paru dans la revue

South African Labour Bulletin de novembre 1983. Le GWU fait partie des syndicats, dont la Fédération des syndicats sud-africains (FOSATU), qui ont entrepris un processus d'unification qui devrait conduire à leur fusion et à la constitution d'une fédération unitaire des travailleurs d'Afrique du Sud dans les mois qui viennent.

L'interview porte essentiellement sur les rapports des syndicats avec des regroupements politiques comme l'UDF. Rappelons que le GWU, tout comme la FOSATU ou d'autres

Dans un préambule à cet entretien, le GWU explique : « Nous contestons ceux qui nous accusent de ne pas soutenir le Front démocratique uni (UDF) ou de ne pas "nous intéresser à la politique" (...) Nous soutenons toute organisation qui s'oppose à la nouvelle constitution et aux autres lois qui privent la majorité des Sud-africains de la démocratie. Evidemment, notre soutien va à l'UDF. (...) Comme il est expliqué dans l'interview, une fédération syndicale nationale peut offrir aux travailleurs le soutien nécessaire pour participer à une organisation multiclassiste. La participation des travailleurs sur le terrain plutôt que par une alliance simplement "au sommet" n'en et l'UDF syndicats, n'a pas adhéré à l'UDF demeure pas moins impérative. »

- Pourquoi le GWU a-t-il décidé de ne pas s'affilier au Front démocratique uni (UDF) ?

- D'abord, ainsi que nous l'avons déclaré à maintes reprises, nous soutenons toute organisation qui s'oppose aux propositions constitutionnelles et aux projets de lois Koornhof et l'UDF est bien évidemment la première dans ce cas. Nous soutenons aussi l'idée de campagnes communes avec l'UDF contre les projets de lois et la constitution. Mais il ne nous semble pas évident de nous affilier à l'UDF. Nos problèmes à ce sujet sont liés à deux grands domaines, deux grandes questions. Le premier concerne la structure des organisations affiliées à l'UDF comparée à la structure d'un syndicat. Ces structures sont extrêmement différentes. Notre second grand problème est relatif au fait que les syndicats ont essentiellement une seule nature de classe, une nature de classe ouvrière, alors que l'UDF et la plupart des organisations qui y sont affiliées, sont de nature multiclassiste.

- Quelles sont les principales diffé rences de structure que vous voyez entre d'une part le GWU et les autres syndicats et d'autre part la plupart des organisations affiliées à l'UDF ? Et pourquoi pensez-vous que ces différences présentent des obstacles à une affiliation à la même organisation ?

- La réponse à cette question longue et complexe. Il est relativement simple pour un syndicat, même si cela s'est avéré difficile en pratique, de s'affilier a un autre syndicat, parce que les syndicats ont à tous les égards des struc. tures syndicales identiques. Ils ont tous des structures d'usines, des structures de branches et des structures nationales, si qu'un syndicat peut facilement s'articuler avec un autre syndicat à tous

Entretien avec un dirigeant du GWU les niveaux des deux organisations. Cela n'est tout simplement pas le cas avec des organisations unies sous dans la partie occidentale de la province du Cap : le Groupe d'action œcuménique appelé TEAM et la Comité de soutien des parents de détenus. Le premier est un groupe de prêtres progressistes et le second un groupe de personnes opposées à la détention et qui se consacrent à apporter un soutien aux détenus. voudrais dire clairement dès le début que deux défendent des causes louables et nécessaires mais ni l'un ni l'autre n'ont la moindre similitude avec la structure d'un syndicat. chose peut être dite à des degrés divers de la plupart des organisations affiliées à l'UDF, par exemple, de toutes les instances jeunes et étudiantes. La principale caractéristique que toutes ces organisations commun, pour autant que nous puissions en juger, est qu'elles sont avant tout des organisations de militants. Dire qu'elles sont des organisations de militants ne vise pas du tout à être méprisant et nous pensons qu'il y a un grand besoin de ce type d'organisations en Afrique du Sud. Néanmoins nous insistons sur le fait qu'elles ne ressemblent ni par leur structure ni par leur pratique organisationnelle à un syndicat.

Ce problème a d'ailleurs été reconnu par l'UDF, dans la région occidentale de la province du Cap, où certaines organisations désignées sous le nom d'organisation de masse ont eu un certain nombre de délégués (à la direction de l'UDF, ndlr.). D'autres organisations, celles auxquelles nous nous sommes précédemment référées comme étant des organisations militantes, ont reçu un nombre de délégués plus ré duit. Même si cela témoigne de la prise en considération des différences existantes, nous pensons que c'est une prise en compte inadéquate de la question.

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« Les balles ne nous arrêteront pas. Toujours en avant, jamais en arrière. Debout les Noirs ! » (DR)

La différence entre une organisation militante et une organisation de masse n'est pas une question de taille et donc pas une question de nombre de délégués à l'instance centrale, mais plutôt une question de structure entière et de fonctionnement de l'organisation..

Pour nous, une organisation avant tout un regroupement de personnes qui ont les mêmes idées, et qui sont réunies par un but politique commun. Leur activité consiste à propager leurs idées dans un secteur de la population qu'ils ont eux-mêmes défini. Des militants regroupés de cette manière, dans une organisation de ce genre, ont une grande liberté de manœuvre dans le cadre des paramètres extrêmement flexireprésentent pas des membres au sens fort du terme. Ils propagent des idées auprès d'une certaine audience ou dans une certaine zone et joue ainsi un rôle politique très important.

Les syndicats, quant à eux, ne sont pas des organisations de militants et les dirigeants syndicaux ne sont pas du tout

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KEEP LIP des militants dans le même sens, parce qu'ils sont des représentants fort. Les dirigeants syndicaux ne prétendent pas représenter les points de vue de la classe ouvrière. Ils représentent les points de vue de leur membres. Des militants étudiants ou religieux peuvent prétendre représenter les aspirations sociales plus larges de leurs paroisses ou des organes étudiants et cela n'a pas beaucoup d'importance qu'ils soient ou non réellement mandatés par la grande masse des étudiants ou des fidèles. En propageant leurs idées ou leur ligne, ils essaient de rendre les étudiants ou les fidèles conscients de leurs plus larges intérêts et de leur rôle social. En revanche, un dirigeant syndical ne peut aller dans une usine et prétendre parler au nom de la classe ouvrière. Il doit être mandaté par les travailleurs d'une usine et il doit être plutôt sûr que les travailleurs qui l'ont mandaté vont le soutenir dans son mandat. Dans un cadre syndical, on ne peut pas travailler autrement que de cette façon (...)

La plupart des organisation affiliées à l'UDF ont pour tâche politique légitime d'en appeler aux masses qui sont « en dehors » de leur structure. Notre tâche à nous, c'est la représentation des travailleurs au sein de notre organisation et c'est un processus ardu pour attirer de plus en plus de membres dans la structure officielle et disciplinée d'un syndicat. C'est la raison essentielle pour laquelle nous avons jugé difficile d'envisager de bien nous intégrer à la structure de l'UDF. Nous avons connu les plus grandes difficultés à essayer d'expliquer à nos membres comment nous pourrions bien nous intégrer à l'UDF. A l'inverse, il nous a paru très facile d'expliquer à nos membres comment nous pouvions nous intégrer à une fédération syndicale (...)

- Tu as fait référence tout à l'heure aux problèmes concernant les rapports entre d'une part le syndicat - organisation d'une seule classe - et d'autre part les autres organisations affiliées à l'UDF qui sont des organisations multiclassistes. Peux-tu développer davantage sur ce point?

- (...) Nous aurons dans nos rangs des membres qui ont des positions politiques militantes, et nous aurons dans nos rangs des membres avec des positions politiques assez conservatrices. Nous aurons aussi dans nos rangs beaucoup de membres qui ont très peu de positions politiques, des personnes qui ont rejoint lorganisation uniquement pour combat tre leurs patrons. Malgré un peu de tension par ci et par là, ces divers points de vue peuvent tous être représentés dans une organisation, parce qu'ils sont tous portés par des travailleurs.

Dans une certaine mesure on peut dire la même chose de toute autre organisation de masse. C'est vrai pour les organisations étudiantes quand elles sont de masse, c'est vrai pour les organisations de femmes quand elles sont de masse, c'est même vrai pour une organisation communautaire (organisation structurée sur la base de la communauté d'habitation, ndlr.). Il est concevable qu'une femme adhère à une organisation de femmes pour lutter sur des questions de femmes. Une telle organisation devrait être capable de contenir en son sein, elle aussi, une diversité de positions politiques générales.

Mais il y a deux différences essentielles. La première est qu'une organisation étudiante ou une organisation communautaire, et des organisations de femmes, même si ce n'est pas toujours de façon correcte, tendent à identifier l'Etat comme étant la source de leur oppression. Cela veut dire que ces organisations sont inévitablement plus clairement définies politiquement et que leur recrutement a davantage une base politique. Elles n'ont pas de patrons qui interviennent dans la lutte de la même manière que pour les ouvriers du syndicat. La seconde différence est que c'est un fait qu'en Afrique du Sud, la plupart des organisations progressistes non syndi-

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cales s'identifient très fortement avec une tendance politique ou une autre.

Cela pose bien entendu blèmes particuliers dans la ville du Cap. Je ne sais pas si ces problèmes sont les mêmes partout ailleurs. Mais ici les organisations sont très clairement divisées en deux groupes. Il est possible qu'une affiliation puisse mettre en danger l'unité, si ce n'est pas directement de notre syndicat au Cap, en tous les cas celle d'autres syndicats au question d'autant plus sensible que nous avons défini comme une priorité la formation d'une fédération syndicale avec une encore plus grande diversité de points de vue qu'il n'y en a là-dedans. , comme nous ne voudrions pas faire quoi que ce soit qui mette en danger l'unité de tout le mouvement syndical.

Je suis conscient que cela nous expose à ce qui est devenue actuellement une accusation à la mode, à savoir d'être qualifiés d'économistes. Même si ce n'est pas toujours clair de la part de ceux qui nous accusent, je accusation comme voulant nous concentrons nos activités exclusivement sur les salaires et les conditions de travail, que nous ne nous occupons pas de lutte politique, que la seule base notre unité est la lutte à l'usine. Prise comme telle, une unité qui contribuerait peu à la lutte démocratique nationale. A cela nous avons deux réponses : la première est qu'un syndicat porte inévitablement en son sein la tendance à l'économisme. Une organisation structurée au niveau de l'usine se fixe par définition certaines limites, et le GWU n'a jamais prétendu avoir mystiquement dépassé ces limites. La seconde réponse à la question est que l'accusation reflète une notion très étroite, formelle, de ce qu'est la politique, et c'est cela réellement au point concernant la question de la composition de classe du syndicat. (...)

Dire que les travailleurs constituent la majorité de n'importe quelle communauté noire en Afrique du Sud est à l'évidence vrai, mais cela ne veut pas dire que les travailleurs constituent la majorité de l'organisation communautaire, partie organisée de la communauté ou des membres organisés de la communauté. En fait, c'est regrettable mais néanmoins vrai, organisations communautaires relativement peu insérées salariés par exemple. Dans les rares cas où majorité d'une organisation nautaire est composée de travailleurs, il est probable que ces travailleurs auront peu d'influence à la tête de l'organisation, dans les structures de décision de l'organisation. (

- La participation des syndicats de la partie occidentale de la province du Cap au Comité d'action sur les lois de désordre (Disorderly Bills Action Committee, DBAC) l'année dernière, a semblé une expérience peu satisfaisante, non seulement pour les syndicats, mais pour les autres organisations participant DBAC (1). Peu de résultat après de londes proCap. C'est une

Tout comprends cette dire que à travailleurs et les syndicats de la partie occidentale de la province sorte de DBAC en plus grand ? qui nous amène tion de l'UDF, notre expérience dans le

DBAC a sûrement influencé nos sentiments en ce qui concerne la participation à l'UDF. Les expériences sur le DBAC étaient uniformément négatives, en ce sens que nous nous sommes retrouvés au milieu d'incroyables querelles. Parfois il semblait y avoir des querelles liées à des luttes de pouvoir, à des questions de de la domination entre les deux fractions de l'organisation communautaire de la ville du Cap. Le résultat est que rien ne fut fait en ce sont cocasse à une occasion - je n'étais pas parmi les commu-

1. dans la région du Cap pour préparer les mobilisations contre la Il regroupait toute une série de mouvements, d'associations et. Très rapidement d'importantes divergences internes apparurent sur le fonctionnement du comité, sur la représentativité de ses diverses composantes et sur la vis des projets de loi de modifications constitution (cf Inprecor numéro 163 du 19 décembre 1983). Finalement, il y eut une scission au sein du DBAC et l'une des parties s'engagea au alors dans le lancement de l'UDF. Les autres composantes, dont

VANU

Manifestation du Syndicat de la métallurgie (MAWU). (DR)

gues séries de réunions. Dans quelle mesure pensez-vous que cela a découragé les

Cap de participer à l'UDF, qui est vu comme une

- Dans la phase initiale de la formadans la qui concerne le projet de loi

Koornhof. Je me rappelle une situation

Le DBAC s'est formé avant l'UDF critique réforme constitutionnelle.

jugèrent

« opportuniste » compris, des syndicats.

par

DBAC démarche à avoir vis-àoù de la mière certaines se retrouvent présent moi-même, mais nos représentants l'ont rapporté - où le DBAC s'est réuni, la même semaine où le projet de lois Koornhof fut retiré. Ils ont assisté à une réunion entière de trois ou quatre heures où pas une seule fois le projet de lois Koornhof ne fut mentionné. Le DBAC semblait avoir été mis sur pied dans un but tout à fait différent. Le but semblait être qu'un groupe domine l'autre communauté. Cela a influencé notre participation à l'UDF au début, mais plus maintenant. Comme j'imagine que d'autres groupes qui ont été également déçus de leur expérience dans le DBAC l'ont fait, nous avons balayé le mauvais effet de cette expérience.

Propos recueillis par le South African Labour Bulletin, numéro 2 vol.9, Braamfontein, novembre 1983. maintenant dans le Forum national firent une très vive de cette attitude. Elles la sectaire et justifiée par une ligne envers la question du vote des Indiens et des Métis aux parlements prévus les dispositions gouvernementales DOUI ces communautés ethniques. Il fut en effet question à cette époque de débats au sein du des courants se seraient montrés hésitant pour appeler au boycott des consultations électorales séparées pour les Indiens et les Métis proposées par Pieter Botha. Les syndicats pour leur part, échaudés par cette preexpérience trouvèrent un argument supplémentaire pour ne pas intégrer l'UDF.

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