L'ANC en défense de la Charte de la liberté
E document ci-dessous article publié dans le numéro de juillet et août 1985 de Sechaba, organe de l'ANC. L'article répond aux critiques émises, notamment par l'AZAPO qui est membre du Forum national (NF), au sujet de la Charte de la liberté qui est le
Une critique de la Charte de la liberté a été produite depuis peu par un comité qui se donne le nom de Forum national et qui a été lancé par quelques personnes en Afrique du Sud comme une organisation opposée au Front démocratique uni (UDF). A sa conférence de fondation, le Forum national a adopté un certain nombre de résolutions ainsi qu'un « Manifeste du peuple d'Azanie » qui est présenté comme un document alternatif à la Charte de la liberté. Selon le Rand Daily Mail du 13 juin 1983 : « un appel distinct à l'unité a été émis par le Comité du Forum national, composé en majeure partie de groupes de la Conscence noire. (...) Le Forum national selon monsieur Mkhabela de l'AZAPO, n'est pas une organisation mais seulement un comité dont les buts sont de faciliter les discussions communes entre groupes noirs ».
A la fin de cette conférence du Forum national (d'autres ont depuis ratifié le « Manifeste ») l'assemblée du peuple d'Azanie » (que nous appelerons maintenant le Manifeste azanien), désignant le « capitalisme racial » comme le véritable ennemi du peuple opprimé d'Afrique du Sud et s'efforçant d'œuvrer pour l'établissement d'une « République antiraciste et socialiste ». Les lecteurs de la presse sud-africaine se rappeleront comment le magazine The Pace de septembre 1983 (un magazine qui réussit fort bien dans la promotion du Showbiz mais qui échoue tristement à donner une juste vision politique de l'Afrique du Sud) commenta la signification historique de l'adoption de azanien : « Le peuple opprimé a maintenant deux documents explicitant de la liberté, de l'autre le Manifeste qui est sur la ligne de la Conscience
On ne peut s'empêcher de s'émerveiller devant l'incapacité de ce journal à comprendre la signification de la Charte de la liberté dans l'histoire de l'Afrique
Les organisateurs de la conférence du ment qu'ils ont organisé un forum de débats pour créer l'unité du peuple oppriles décrets criminels de Koornhof. Il n'y a pas le moindre doute que toute tentative d'unification du peuple opprimé pour une lutte déterminée contre la constitution azanien (qui se est constitué d'extraits d'un programme de base de l'ANC.
étoile du Nord ». frauduleuse et les décrets mortels est une bonne chose. Personne ne conteste le fait que la construction de l'unité est reste la tâche centrale pour tous les sud-africains politiquement conscients, indépendamment de leurs convictions idéologiques. Mais le drapeau de l'« unité » ne doit pas être un faux signe de ralliement : le cri de l'unité ne doit pas être utilisé pour cacher des activités et des intentions de désunion, ce que, nous l'espérons, la masse de notre peuple n'aura pas à voir.
A l'apogée des efforts de construction d'un front uni de tous les amoureux de la liberté et de la démocratie afin de s'opposer à la fraude constitutionnelle de Botha, alors que les masses se ralliaient à la Charte de la liberté et que chacun était poussé par le désir de préserver l'unité du peuple contre l'oppression et de manila force politique et le prestige moral de notre lutte pour les libertés par formation du Front démocratique uni (UDF) - à cet instant précis — le comité du Forum national, sans la moindre nécessité apparente, appela brusquement à une conférence pour que soit adoptée une sorte de « Manifeste du peuple d'Azanie ». Un tel effort peut-il être qualifié
Tout comme pour les critiques de la Charte de la liberté, leur manière de se peuple qui rédigea la Charte de la liberté et de se détourner de l'immense opinion démocratique du mouvement de masse qui prend forme actuellement en Afrique du Sud, leurs manières de se dissocier de ces revendications solennelles de démocratie pour le peuple revient au mieux, à plaider pour l'opportunisme, au pire pour la défense d'intérêts particuliers.
Néanmoins pour les défenseurs Manifeste azanien, la position politique de la Charte de la liberté n'est pas assez révolutionnaire et, en tant que maîtres de du socialisme, ils veulent une « république socialiste des travailleurs »en Azanie ! Selon le secrétaire général de l'AZAPO, dans le numéro d'octobre du magazine Drum « le problème avec la Charte semble être qu'elle est assimilable par le capitalisme. Le Manifeste du peuple azanien est socialiste. Les chartistes ont une limite (...) ils vont vers une impasse ».
Il est vrai, comme nous le montredétails, que contrairement au Manifeste
De manière assez significative, le sous-titre de cet article affirmait dans Sechaba : « La Charte de la liberté est notre Charte de la liberté n'est pas un document socialiste, mais un document national démocratique. La Charte de la liberté est fondée sur les réalités historiques de notre pays et l'une de ces réalités est que tous les noirs, travailleurs ou non, sont opprimés et conséquent impliqués dans une révolution nationale et démocratique. Charte de la liberté affirme ainsi la nécessité de la création d'un gouvernement populaire comme une alternative de principe au système raciste de l'apar-
Peut-être que les protagonistes du Manifeste azanien sont de sincères socialistes et non pas des « bandits idéologiquement perdus » comme les appelle Zinzi Mandela, mais leur probable sincérité n'est pas la question. Nous connaissons beaucoup de socialistes en Afrique du Sud qui ont un grand respect pour la Charte de la liberté et qui de la même manière, si ce n'est pas plus que d'autres, se battent pour sa réalisation. Le problème est de savoir pourquol ces messieurs « socialistes » d'Azanie dédaignent démocratique pour une république populaire ? Pourquoi veulent-ils au nom du socialisme sauter la révolution nationale démocratique, en ignorant les intérêts du peuple dans son ensemble ? (...).
L'essence réelle de l'actuelle phase de révolution n'est pas de vaincre pour le socialisme mais, comme la Charte de la liberté le montre, de vaincre pour la démocratie, pour une vraie république avec le pouvoir au peuple, à tout le peuple ! Les rédacteurs du Manifeste azanien n'ont pas vu la signification révolutionnaire de cette étape, c'est-à-dire la signification de la lutte pour une indépendance nationale réelle et pour l'autodétermina-
Nelson Mandela disait en 1956, dans un article déjà cité : « Alors que la Charte proclame des changements démocratiques sur le long terme, elle n'est en aucune façon un plan pour un Etat socialiste mais un programme pour l'unification des diverses classes et groupes parmi le peuple sur une base démocratique. Sous le socialisme, les travailleurs tiennent le pouvoir d'Etat. Eux et les paysans possèdent les moyens de production, la terre, les usines et les moulins. Toute la production est pour les besoins, non pour le profit. La Charte n'envisage pas de tels changements profonds dans les domaines économiques et politiques. Sa proclamation "le peuple
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remarquablement différentes. Et notre Charte de la liberté, conservera et dévegouvernera" exprime le transfert de pouvoir non vers une quelconque classe sociale unique mais vers tout le peuple de ce pays, qu'ils soient travailleurs, paysans, cadres ou petit-bourgeois. Il est vrai qu'en demandant la nationalisation des banques, des mines d'or et de la terre, la Charte porte un coup fatal aux monopoles de la finance et de l'or, ainsi qu'aux intérêts agricoles qui ont pillé depuis des siècles le pays et condamné son peuple à la servitude. Mais une telle étape est impérative, car la réalisation de la Charte est inconcevable, en fait impossible, à moins que et jusqu'à ce que des monopoles soient écrasés et la richesse nationale restituée au peuple. Détruire ces monopoles signifie la fin de l'exploitaiton d'une vaste partie de la population par les rois de la mine et les barons de la terre et cela entraînera un accroissement général du niveau de vie des gens. C'est précisément parce que la Charte offre d'immenses possibilités pour une amélioration d'ensemble des conditions matérielles de toutes les classes et groupes qu'elle gagne un soutien aussi large (...) ».
LA POSITION DE L'ANC DOIT ETRE
DEFINIE Même en Afrique du Sud, où l'oppression nationale semble dicter à tous les opprimés l'inévitable besoin d'unité et d'accord sur les objectifs de la lutte, il y a toujours eu des tendances idéologiques
Walter Sisulu à la tête d'une manifestation de l'ANC, 1952. (DR)
mouvement doit son actuelle forme et sa position à des luttes implacables menées jusqu'en son sein pour une clarification idéologique contre l'opportunisme national étroit, le libéralisme, l'ultragauchisme infantile trotskyste, et ainsi de suite. Cela semble incroyable, mais notre réalité et notre histoire représentent exactement cette bataille idéologique.
Le chef Luthuli a dit une fois, dans un message de la présidence (de l'ANC, ndir.) en 1955 : « Confrontés comme nous le sommes à la bataille pour la liberté, il semble sage de dire que le Congrès national africain ne devrait pas dépenser son énergie en s'adonnant à des querelles idéologiques internes — un combat entre "ismes". Il n'est ni pratique ni logique cependant de souhaiter un Congrès sans couleur idéologique. Il doit d'une certaine manière définir ou redéfinir sa position ». C'est exactement ce qui est en train de se passer ! (...).
LE COMBAT CONTRE
L'OPPORTUNISME C'est cette cohésion idéologique et politique de notre mouvement démocratique qui nous permet d'être les leaders de tous les autres, une position qui est inconcevable sans un combat irréconciliable contre l'opportunisme politique. Ce mouvement démocratique qui se développe en Afrique du Sud, inspiré par la loppera davantage son unité militante en s'opposant aussi aux tendances idéologiquement opportunistes et en corrigeant les erreurs politiques au niveau de la théorie de notre révolution et à celui de la pratique, qu'elles soient commises avec de bonnes ou de mauvaises intentions (on dit souvent que la route qui mène aux enfers est pavée de bonnes intentions).
« Socialisme » est sans doute le slogan le plus à la mode dans la période présente : même nos « amis » libéraux et les nationalistes étroits comprennent que c'est la position que l'on adopte vis-à-vis du socialisme en général qui différencie le progressiste du réactionnaire dans tous les pays. Mais il est très important pour nos cadres formés théoriquement de donner à notre peuple une compréhension concrète de la direction que suivra notre révolution, c'est-à-dire des étapes au travers desquelles elle devra nécessairement passer. C'est une telle compréhension, fondée sur la théorie de la révolution sud-africaine, qui éclairera le fait que la situation politique en Afrique du Sud ne signifie en aucune manière que la question de la révolution socialiste constitue la tâche immédiate de la lutte. Cela éclaircira par contre le fait que notre but immédiat est d'atteindre les objectifs de la révolution nationale exprimés par la Charte de la liberté et plus particulièrement de mener à bien l'émancipation na-
tionale des Noirs et de détruire la puissance économique et politique de la classe dirigeante raciste.
L'HYSTERIE ANTI-COMMUNISTE
Il doit exister d'étranges mécanismes dans la pensée des impérialistes qui leur font croire que dès qu'ils ont qualifié quelque chose de « communiste », alors la communauté humaine toute entière la fuit. Les racistes d'Afrique du Sud ont toujours pensé de cette façon. Lorsqu'en 1956 le gouvernement de Pretoria arrêta 156 de nos dirigeants et les accusa de haute trahison, arguant du fait que la Charte de la liberté était un document inspiré par Moscou, ils espérèrent ainsi effrayer les masses par rapport à la Charte. Les masses, étant opprimées par l'impérialisme et le racisme, ne sont jamais allées dans le sens prévu mais au contraire ont été irrésistiblement attirées par la Charte de la liberté et par presque tout ce que nos ennemis détestent. En définitive, le procès pour trahison ne parvint pas à trouver du communisme dans la Charte de la liberté. (...).
L'épouvantail communiste n'a jamais détourné notre peuple de son soutien aux principes de la Charte de la liberté et du mouvement démocratique dirigé par l'ANC et ses alliés. De récents événements montrent de manière irréfutable lentement mais sûrement, notre peuple, conscient politiquement, avec la bannière de la Charte de la liberté qu'il porte bien haut au-dessus de sa tête - tenant haut le drapeau de la démocratie pour le peuple. Un tel mouvement populaire est invincible ! Un tel peuple ne peut être déçu ! Un tel peuple ne peut être arrêté en chemin par on ne sait quel truc à faire peur du type « inspiré par Mos-
Mais pourquoi nos nos adversaires s'imaginent-ils seuls à savoir ce qu'est vraiment le communisme ? Pourquoi pensent-ils être les seuls à garnir leurs étagères de littérature marxiste-léniniste ? Pourquoi imaginentils que le peuple d'Afrique du Sud ne sait pas ce qu'est le Parti communiste d'Afrique du Sud et ce qu'il représente ? Est-ce que nos ennemis et les opportunistes imaginent aussi que les membres de l'ANC ne comprennent pas les bases de l'alliance avec le Parti communiste d'Afrique du Sud ?
MZALA, Sechaba, juillet-août 1985.