epuis le 22 avril 1985, les membres des trois premières juntes militaires qui ont devant la Chambre fédérale d'appel, instance judiciaire qui n'a de supérieure que la Cour suprême de justice. Neuf chefs militaires sur les mille qui ont terrorisé la société civile argentine sont jugés en vertu du décret numéro 158 de décembre 1983 sous l'accusation générale de violations graves des droits de l'homme, qui comporte l'appellation suivante : « Homicides, privation illégale de liberté et applications de la torture aux détenus » avec un degré de participation définit comme celui « d'auteurs
C'est un fait inédit dans l'histoire de ce pays, fréquemment perturbée par des coups d'Etat dans la dernière moitié du siècle (1). Un tel événement a soulevé une énorme attente tant au niveau national qu'international. Mais quels problèmes pose- t-il ? La gouvernement de Raul Alfonsin a-t-il décidé de punir de façon exemplaire ceux qui ont violé les droits de l'homme les plus élémentaires ? S'agit-il de nettoyer un terrain miné, dangereux pour la vie commune pacifique de toute société civilisée en désamorçant les charges explosives qui hypothèquent la « démocratie reconquise » d'Argentine ? Le gouvernement du Parti radical a-t-il besoin d'éliminer politiquement les restes fascisants pour sa propre survie ? Ou, bien au contraire, ne s'agit-il que d'un rideau de fumée, d'une simple manœuvre pour cacher la continuité fondamentale de l'exploitation bourgeoise ? Sommes-nous face à une simple représentation qui cache les problèmes les plus aigus ? Ou bien s'agit-il finalement de la nécessité de destituer les secteurs les plus réactionnaires et autoritaires des rangs de l'armée afin de récupérer pour la classe politique - et de les présenter à la société civile — les « authentiques » forces armées : le dernier rempart de l'Etat bourgeois ? Sommes-nous en présence d'un procès qui, même s'il est limité et contrôlé, est positif par les effets politiques qu'il libère sur le terrain des libertés démocratiques et de la lutte politique en général ?
ravagé le peuple argentin pendant la dictature Ou dans le cas contraire de quoi s'agit-il ? Horacio MIGUENS
Pour l'actuel gouvernement du Parti radical - comme pour n'importe quel gouvernement bourgeois - il est clair que les forces armées, particulièrement dans une formation sociale arriérée comme celle de lArgentine, sont une composante clé du pouvoir politique. Mais de quelles forces armées ce gouvernement constitutionnel a-t-il besoin ? La situation de chaos dans laquelle s'est retrouvée la république argentine après la crise de la dictature militaire est fondamentalement marquée par trois éléments : une dette extérieure impayable qui atteint plus de 45 milliards de dollars (environ 400 milliards de francs), une répression sanglante et aveugle qui a fait plus de 30 000 disparus, des milliers de morts et de prisonniers politiques et une défaite militaire honteuse lors de la guerre des Malouines en 1982, qui a entamé le prestige des forces armées argentines à tel point que cela se reflète dans le slogan populaire « Ils ne servent pas pour le gouvernement, ils ne servent pas pour la guerre, les militaires assassins ne servent même pas pour une m... ».
Dans le même temps, la lutte contre la dictature et contre ses conséquences durables, dont l'élément moteur fut indiscutablement le mouvement des droits de l'homme, remet toujours plus en question le caractère de la démocratie dans un pays
1976-1983, comparaissent arriéré et dépendant, allant — consciemment ou non - bien au delà de ce que cette démocratie bourgeoise est susceptible d'offrir aux masses populaires dans une telle situation. La forme de massacre généralisé, de véritable génocide, qu'a pris la répression de toute résistance populaire, ne peut si facilement s'occulter, même à long terme.
LA STRATÉGIE D'ALFONSIN
Le gouvernement d'Alfonsin doit donc remplir un double objectif. Il doit d'abord rendre acceptable la hiérarchie militaire aussi bien en regard des institutions bourgeoises que de l'ensemble de la population laborieuse, et pour cela il doit se défaire des secteurs putschistes et réactionnaires de l'armée qui représentent un danger pour la continuité constitutionnelle elle-même. D'autre part, il doit empêcher le débordement des revendications concernant les droits de l'homme et canaliser les aspirations démocratiques du peuple argentin. Pour ce faire, il lui est néces-
1. Depuis 1930, année du premier coup d'Etat militaire, d'autres se succédés en 1943, 1955, 1962, 1966 et 1976. Depuis 1952, date à laquelle prend fin la première présidence du général Juan Peron, aucun président constitutionnel n'a pu terminer son mandat.
saire d'arracher à la société civile le drapeau légitime de la justice et de la liberté.
Nous pouvons donc voir la logique générale qui fixe le cadre de la stratégie officielle. Il s'agit de sauvegarder les forces armées en tant qu'instrument de défense des institutions bourgeoises en évitant leur débâcle devant l'importante haine populaire dont elles sont l'objet. Simultanément le gouvernement entend réduire la capacité de riposte et de rébellion de la population et intégrer les revendications de l'avant-garde civique dans les initiatives gouvernementales elles-mêmes. L'Etat pourrait ainsi reprendre à son compte le concept de justice et de droit qui, dans les mains de cette même avant-garde, commençait à remettre en question la logique de la domination, tout cela pour entamer le potentiel libérateur de la lutte démocratique, dénaturer ses objectifs et les filtrer pour les besoins propres du gouvernement.
Dans un premier temps, le gouvernement constitutionnel réclame donc aux forces armées leur propre épuration, un « auto-nettoyage », comme condition élémentaire pour pouvoir les réinsérer avec tous leurs droits dans l'espace du pouvoir politique. Parallèlement il enfonce un coin dans le mouvement des droits de l'homme, y semant la confusion et parvenant presqu'à le diviser en essayant de faire passer la lutte d'un mouvement de masse à travers les institutions du pouvoir bourgeois (2).
Recherchant avant tout cette auto-épuration militaire, le gouvernement radical n'impose donc le jugement que des trois premières juntes militaires, et seulement de neuf parmi les milliers d'assassins et de tortionnaires, les autres « s'étant limités à accomplir les ordres » selon le discours officiel en vigueur. Ainsi « les plus grands responsables politiques des excès » sont dans un premier temps jugés, via la haute voltige d'Alfonsin, par des lois et des juges militaires ; premier pas vers la réhabilitation nécessaire des forces armées par elles-mêmes.
Ces forces armées sont habituées à l'exercice direct du pouvoir politique et pas seulement à sa défense ; ce qui a développé leurs intérêts particuliers. Et surtout, elles sont compromises dans la sauvage répression, par le biais de ce que l'on appelle « le pacte de sang » y compris au niveau des officiers et des sous-officiers de l'époque. Elles n'ont donc pas le moindre intérêt, non seulement à s'autopunir, car condamner les chefs, c'est projeter la faute sur toute l'institution militaire, ni même à reconnaître des « erreurs ». « Une armée victorieuse ne rend pas de comptes » comme l'ont déclaré et continuent à le faire plusieurs chefs militaires.
C'est ainsi que les différentes couches militaires réagissent négativement face aux initiatives gouvernementales : elles revendiquent « ce qui a été fait contre la subversion », critiquent et insultent le travail de la Commission nationale sur la disparition des personnes (CONADEP), créée par décret présidentiel pour enquêter et informer sur le caractère de la répression, réclament qu'une
Rassemblement devant l'ambassade d'Argentine à Paris en 1982. (DR) plus grande partie du budget soit attribuée à des dépenses militaires et font obstacle aux rares procès ouverts contre des militaires accusés de répression devant des tribunaux civils etc.
Face à la répulsion de la société civile et au sentiment désolé de la classe politique, notamment de l'équipe gouvernementale, les forces armées serrent les rangs et les juges militaires (le Conseil suprême des forces armées) finissent par déclarer innocents les membres des trois juntes. Le premier coup d'Alfonsin tourne mal : le secteur militaire est allergique à l'autoépuration, il faudra donc le laver de force. Le refus obstiné des militaires ne laisse pas de choix à l'administration radicale : la Chambre fédérale devra prendre en charge le processus judiciaire.
La tenace et intelligente initiative officielle qui tente d'institutionnaliser une conception alternative des droits de
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l'homme parviendra à semer la confusion et à démobiliser, pour un temps, l'avant-garde des luttes populaires. Toutefois le rapport explosif de la CONADEP allait beaucoup plus loin que ne le pensait le gouvernement et provoqua dans de larges secteurs de la population une grande prise de conscience. Les trois premières éditions d'un tirage de plusieurs milliers d'exemplaires de ce rapport intitulé « Nunca mas » (Jamais plus) ont été épuisées en seulement deux semaines en décembre 1984 et on atteint aujourd'hui une diffusion de 170 000 exemplaires. Le caractère provocateur du jugement d'absolution des juntes par le tribunal militaire et les attentats permanents et réitérés des services de sécurité et de renseignements ont mis en évidence l'existence d'un appareil de
2. Cf. Inprecor numéro 189 du 4 février 1985.
répression toujours intact. Cela coïncide depuis le début du procès civil en avril 1985 avec la réactivation du mouvement pour les droits de l'homme et le développement dans la population d'une meilleure compréhension du cadre dans lequel situait la politique d'Alfonsin. Cette évolution était inscrite dans les risques que comportait la stratégie adoptée par Alfonsin. Cette dernière exposée à la publicité relative de ses actes a créé une dynamique de conscientisation qui mit à nu le véritable caractère de la « lutte contre la subversion » et du procès actuel. La vérité est une force alliée de l'évolution de l'histoire. Et cet élément puissant facilitera énormément le travail du Ministère public en laissant en même temps la sans réaction juridique valable face au caractère accablant des témoignages de la répression.
Le procureur général Strassera « essayera tout d'abord de démontrer la subordination de ceux qui ont commis les faits aux personnes jugées ; puis il tentera de démontrer les faits ; et enfin, il essayera de démontrer que les accusés, même s'ils niaient avoir donné les ordres correspondants, ne pourront alléguer de leur ignorance et donc, ne pourront pas se justifier pas avoir pris des mesures pour éviter de telles conduites » (3). Pour l'exprimer dans le langage désincarné des assassins en chef, le Ministère public essayera de prouver que ceux qui ont commis cette répression « ont fait la guerre avec la doctrine en main, avec les ordres écrits des commandements supérieurs ». « Nous n'avons jamais eu besoin comme on nous en accuse, d'organisme para-militaire » déclarait le général S. Rivero, face à la junte interaméricaine de défense à Washington, le 24 janvier 1980, et aussitôt il ajoutait que la répression « a été conduite par les généraux, amiraux, généraux de brigade de chaque force. Elle n'a pas été conduite par un quelconque dictateur ou une dictature, comme on prétend le faire croire à l'opinion publique internationale (...) la guerre a été conduite par la junte militaire de mon pays à travers
L'ATTITUDE DES ACCUSÉS ET DE
Les défenseurs des chefs militaires, 21 avocats pour 9 inculpés, n'agissent pas comme un bloc, car chaque avocat cherche avant tout à sauver son propre client et non la dictature militaire en général. Comme il n'y a ainsi plus de marge de globale, ils se voient obligés d'utiliser la tactique du « sauve-qui-peut ». Derrière cette recherche d'une stratégie individuelle, des rancunes et des différences politiques et personnelles sont apparues ex-commandants. A Massera qui affirme, « Vous savez que Videla de pute », Harguindeguy, ministre de l'Intérieur de Videla, répond dans le même ton : « C'est l'œuvre de cette saloperie de fils de pute de Massera ».
Le poids énorme des preuves, valeur des déclarations des témoins à charge qui ne se sont jamais contredits, qui firent preuve d'une précision et d'une mémoire énorme, s'opposaient aux hésitations, aux oublis, aux contradictions et aux refus de répondre de beaucoup témoins de la défense. Tout cela a contraint les défenseurs des tortionnaires à changer de tactique en se repliant sur des tentatives de contester la validité du procès. Des protestations diverses, au cours de l'audience, des réclamations sur la violation du droit de la défense, et même une demande de suspension furent les seuls arguments des défenseurs des tortionnaires. Face à eux, la force des témoignages l'horreur préméditée et organisée qu'ont eu à subir les classes populaires - et même des individus des classes dirigeantes — de la part de la dictature la plus cruelle et la plus réactionnaire qu'ait connue
L'avocat Orgeira, défenseur du général Viola, l'un des plus compromis des chefs militaires, a servi d'exemple à ses collègues par son système de défense visant à influencer l'opinion publique en développé une guerre » et qu'à la guerre « tout se justifie ». Il étaya ses propos par l'accusation parfois à peine voilée que tous les disparus étaient des terroristes subversifs, ou encore que témoin compromettant pour les accusés avait des « activités politiques ou syndicales ». Il leur fallait avoir recours à de tels procédés pour essayer de défendre les enlèvements, les viols, les assassinats, les pillages et les vols dans les maisons des disparus, l'enlèvement et la cession aux militaires — parfois sous forme d'un trafic commercial - de quelques 200 enfants de contenue dans les seize semaines et demi d'exposition des témoignages, deux cent quatre vingt deux cas présentés par le procureur Strassera. De telle façon que si ce n'était la notoriété politique des accusés avec tout ce que cela implique de compromissions de larges cercles gouvernementaux et de précédents pour futures actions judiciaires, personne doute aujourd'hui en Argentine que ces délinquants seraient condamnés à la prison à perpétuité sans plus de formalités.
De multiples déclarations sont venues confirmer les accusations contre les tortionnaires. « Videla savait ce qui se passait » affirme Robert Cox, ex-directeur du journal Buenos Aires Herald, dans son témoignage du 29 avril 1985. « Camps et Etchecolatz furent les premiers qui m'interrogèrent » confirme Jacobo Timmermann, ancien directeur du journal La Opinion de Buenos Aires le 3 mai 1985 à la barre des témoins. « J'ai pu reconnaître le général Camps » déclare catégoriquement le 8 mai 1985 Alfredo Bravo, ancien dirigeant syndical enseignant, actuellement fonctionnaire de l'administration d'Alfonsin. Des militaires confirment ces témoignages. « Haroldo Conti, l'écrivain, était traîné sur le sol, le radius et le cubitus mis à nus » reconnaît le 10 mai 1985 Carlos Hours, ancien officier sous-inspecteur de la police de la province de Buenos Aires. « Massera a dit que ce qui est arrivé à Sajon (agent de presse de 1971 à 1972) a été fait en toute connaissance de cause et avec l'autorisation de la junte » confie le 13 mai 1985 le général Lanusse ancien dictateur argentin entre 1971 et 1973. « Le fils de Perrota (ancien propriétaire du quotidien et de l'hebdomadaire de Buenos Aires Le chroniqueur commercial) a payé 80 000 dollars de rançon mais n'a jamais revu son père » précise le 3 juin Maximo Gainza, directeur et propriétaire du quotidien La Prensa de Buenos Aires. « Ils m'ont fait signer un papier comme quoi j'étais libre et ont commencé à me torturer » témoigna Hector Ratto, ouvrier de l'usine de Mercedes Benz (5).
Les citations de ce genre sont légions. reflètent qu'une partie de la terrifiante répression exercée par la dictapour parvenir ment de la société civile et à imposer un modèle économique qui serve les intérêts de la sous-oligarchie financière, dans une moindre mesure, de l'ensemble de la bourgeoisie argentine. Cela nous permet d'avoir au moins un léger aperçu de l'impact qu'ont eu ces révélations, qui s'ajoutaient à celles déjà parues dans le rapport de la CONADEP, sur les secteurs les plus larges de la population argentine.
La vaste prise de conscience populaire aiguisée par le rejet des méthodes répressives qui constituent un authentique crime contre l'humanité, se situe dans le cadre d'une compréhension plus globale du fait que « la lutte contre la subversion », le plan économique de Martinez de Hoz, ministre de l'Economie de irresponsable des Malouines font partie d'un énorme
Get d'une attaque profonde argentine. C'est là un des effets immédiats du procès.
Dans le même temps, les témoins ont pu rendre compte du fait qu'il ne s'agissait pas là d'erreurs ou d'excès, qu'il n'y avait pas eu seulement 9 ou 12 responsables. C'est l'avis de l'ancien chef de surintendance de la sécurité fédérale (le service de renseignement de la police fédérale), Armando Luchina, pour qui « il n'y a pas eu d'excès comme le prétendent certains, tout a été organisé d'en haut, par l'Etat lui-même. Et donc la torture a été un fait prescrit et ordonné, non un dépassement des limites par des subalternes » (6).
du procès a démontré au peuple argentin que la répression avait bel été soigneusement planifiée, qu'elle avait été exercée contre toutes les tentatives d'opposition ou de dissidence d'employés, ménagères, d'intellectuels, d'artistes, etc.
3. Diario del juicio, hebdomadaire bourprésentation du 27 mai 1985.
4. Cité par Nueva Presencia, hebdomadaire démocratique de la communauté juive d'Argentine, numéro 412 du 24 mai 1985.
Toutes ces citations sont extraites du Diario del juicio, numéros 1 à 16.
Nueva Presencia, numéro 412 du 24
et qu'elle avait impliqué non seulement les. hautes sphères mais aussi les plus larges couches de militaires, signifiant ainsi la culpabilité de l'immense majorité des officiers et des sous-officiers de l'époque. En bref, les forces armées ont été un véritable appareil d'extermination, un authentique Etat terroriste.
L'EFFET DU PROCES
Et c'est ici que le gouvernement s'est englué dans la toile qu'il avait lui-même tissé : contrairement à l'échappatoire qu'Alfonsin prévoyait originellement pour garantir l'efficacité et la continuité de l'appareil répressif, le procès, conçu comme un point final par le gouvernement, a en fait impulsé de vastes discussions et provoqué certaines clarifications dans l'esprit de la population.
Et pas seulement sur le rôle joué par les militaires, car la hiérarchie ecclésiastique, la bureaucratie syndicale, les politiciens bourgeois, ont aussi défilé comme complices lors des témoignages au procès. « Ainsi on a pu voir : le nonce apostolique jouant au tennis avec Massera pendant que les sœurs françaises et les catéchistes étaient torturés et assassinés à l'Ecole mécanique de la Marine ; Monseigneur Grasselli maniant le fichier des personnes enlevées même impudence que s'il s'agissait d'un
; Lopez Rega empêchant que Suarez Mason ne soit mis à la retraite des politiciens qui autrefois allaient donner leur bénédiction au génocide, voulant maintenant se convertir en champion des droits de l'homme ; des bureaucrates syndicaux ignorants et amnésiques sur les crimes commis contre la classe ouvrière et ses dirigeants conséquents ; des juges qui détenaient dans leur bureaux ceux qui réclamaient un habeas corpus préventif et qui se retrouvaient ensuite parmi les disparus ; des ambassadeurs qui fermaient leurs portes aux persécutés pour ne pas mettre à mal avec la beaucoup d'autres choses encore » (7).
Ce double objectif du gouvernement, d'une part que les forces armées s'épurent d'elles-mêmes et que dans le même temps le mouvement des droits de l'homme soit ainsi contrôlé, renfermait une contradiction interne entre le besoin de s'entendre avec les sommets militaires et l'exigence C'est cela qui fait qu'il fut impossible au gouvernement de contrôler totalement la situation qui se développait autour de ce procès. Ainsi le rapport de la CONADEP contredisait largement non seulement l'argumentation de la dictature mais aussi le discours même d'Alfonsin. Il est donc nécessaire pour l'administration de réajuster son tir. Il lui faut mettre un terme au débat qui traverse la population en obtenant un consensus tant que cela est encore possible. Pour sauver les cadres moyens de l'armée impliqués dans les témoignages du procès, il lui faut reformuler le concept du devoir d'obéissance, de façon à l'adapter aux nouvelles révélations. Car, si cette formule a initialement servi de soupape de sûreté, révélations de la quantité et du type de délits commis par le personnel militaire subalterne, ce concept n'est plus suffisant. De même, on cherche aussi quoique de manière secondaire à développer l'idée d'un possible échange des prisonniers entre les deux parties. Les 14 prisonniers politiques hérités de la dictature, plus les trois qu'y a ajouté Alfonsin, ne sont toujours pas libérés sans doute pour préserver la possibilité d'une future qui s'appliquerait à leur cas et aux militaires condamnés, parmi ceux qui ne font pas partie des anciens commandants et qui auraient pu être jugés et condamnés pour atteinte aux droits de l'homme. La mise en pratique de l'une ou des deux
- suivant le cas -bien évidemmment de l'évolution de la situation et des marges de manœuvres du
« Il s'est créé au sein de nos forces armées, un état émotionnel qui affecte de façon négative l'analyse de la légalité de l'ordre reçu par un subordonné » déclarait récemment le sénateur A. Berongaray, responsable de la commission défense du Parti radical. Et il ajoutait que « le concept du devoir d'obéissance laissera libre de responsabilité l'immense majorité des cadres qui peuvent apparaître comme impliqués » dans la répression (8). Ni jugés, ni condamnés, le Parti radical les déclare déjà innocents. Comment déterminera-t-on les limites du devoir d'obé issance ? « A travers un décret judiciaire qui sera une sorte de cas exemplaire » nous répond ce même sénateur. Mais quel sera ce décret judiciaire exemplaire ?
Avant toute chose, pour le pouvoir, il s'agit maintenant de freiner le d'arrêter l'avalanche de révélations qui chaque jour mettent en cause de plus en plus l'ensemble des forces armées en tant qu'institution, et de contenir la vague d'accusation qui déferle sur l'ensemble de la classe politique argentine. La prétendue indépendance des trois pouvoirs de l'Etat bourgeois (l'exécutif, le législatif, le judiciaire) est un des leitmotiv du gouvernement présidé par Alfonsin pour justifier son attitude.
Le cas d'Astiz, le célèbre tortionnaire des sœurs Léonie Duquet et de l'adolescente argentino-suédoise Dagmar parfaitement des cadres moyens de l'armée incriminés par les témoignages et qui préoccupe tant le gouvernement. On a eu connaissance récemment des révélations de Claudio Vallejos, qui faisait partie du « groupe de tâches » - nom de guerre des commandos répressifs - qui fonctionnait à l'Ecole mécanique de la Marine. impliquent directement la marine argentine, dont les troupes d'élite se rendirent sans combattre aux forces britanniques dans les îles Géorgies du Sud, lors de la guerre des Malouines. « Astiz est le point nodal des trois catégories : celui qui donne l'ordre, celui qui le reçoit et celui qui l'exécute. C'est pour cela que si l'on touche à Astiz, ils doivent aussi mettre en prison tous les autres. C'est pour cela qu'il
Le général Videla et ses acolytes au temps de la dictat est si protégé malgré les pressions opérées par deux pays » souligne la présidente des Méres de la Place de mai, Hebe Pastor de Bonafini (9). Il est donc nécessaire dans l'optique du pouvoir que le concept de devoir d'obéissance laisse libre de responsabilité quasiment tous les responsables d'enlèvements, les tortionnaires, violeurs, voleurs et assassins. Le « décret sur un cas exemplaire » qui fasse jurisprudence, enle gouvernement, pourrait La volonté de réduire l'impact du procès s'est illustrée dans l'attitude du procureur Strassera qui récusa 1151 témoins et réduisit de 427 (des 709 oride cas présentés lors de l'audience « par surabondance de preuves» car les témoignages apportés « sont plus que suffisants ». Parallélement, le procureur Strassera qui avait eu une attitude correcte envers les témoins à charge devait néanmoins déclarer à la presse que le caractère indiscriminé de la répression empêchait distinguer « entre les victimes, ceux qui étaient guerilleros et ceux qui ne l'étaient pas, méprisant et dénaturant l'effort des officiers et de la troupe qui risquèrent
7. Decimos, organe mensuel des familles de détenus et de disparus pour raisons politiques. Monseigneur Grasselli, prêtre lié à l'état-major militaire, avait dans les bureaux de la paroisse dans laquelle il officiait, un fichier qu'il avait confectionné, renfermant les faits concernant les disparus qui étaient entre les mains de l'armée avec la date de l'enlèvement, le lieu probable de détention etc. Il « conseillait » « décourageait » les membres des familles de disparus qui venaient lui demander conseil ou réclamer sa médiation.
Quant à José Lopez Rega, le « Raspoutine du péronisme », il fut l'homme fort du gouvernement répressif d'Isabel Peron entre 1974 et 1975. Le général Suarez Mason, commandant du Premier corps d'armée dans les premières années de la dictature, fut respon sable de plusieurs camps de concentration. Tous les deux sont membres de la fameuse loge italienne P-2 et se trouvent en fuite.
8. Decimos,op. cit., numéro 4 du mois d'août 1985.
9. Nueva Presencia, op. cit., numéro 420 du 19 juillet 1985.
re militaire. (DR) leur vie, jusqu'à la perdre, en luttant contre la subversion » (10). Il se lamentait aussi sur le sort de ceux qui faisant partie des « groupes de tâches », « risquèrent leur vie, ne peuvent recevoir la reconnaissance du reste de la société et doivent voir certains délinquants subversifs apparaître comme des victimes innocentes » (11). Face à cela, nous nous contenterons de répéter avec les Mères de la Place de mai : « Qu'y a-t-il derrière ces affirmations sinon la tentative de préserver des milliers de cadres moyens des forces armées qui participerent à la sauvage répression massivement déchaînée contre notre peuple à partir de 1976 ? » (12).
LA PRESSE ET LA SOCIÉTÉ CIVILE
FACE AU PROCES DU « PROCES »
La couverture du procès par la presse argentine n'a pas dépassé les limites des intentions de la classe politique à cet égard. Il lui a tout d'abord été donné place quasi-exclusive. Mais, que la succession des témoignages mettait chaque fois un peu plus en cause la res ponsabilité des forces armées dans leur totalité, la presse a limité et restreint de plus en plus l'information à ce sujet et s'est mise à interpréter les différents témoignages selon ses intérêts. Ainsi, le quotidien de l'oligarchie réactionnaire La Nacion de Buenos Aires, tenta de salir les courageuses déclarations de plusieurs témoins qui s'étaient retrouvés parfois contraints de collaborer avec leurs propres bourreaux en titrant « Un autre cas de collaboration d'éléments subversifs ». Le journal Clarin, qui présente les vues de la bourgeoisie un peu plus éclairée de Buenos Aires, a, avec le temps, cessé de publier des commentaires sur le procès en se limitant à quelques informations partielles. Des publications exceptionnelles sont à noter comme celles d'El periodista, un hebdomadaire progressiste indépendant, ou Nueva presencia, l'hebdomadaire démocratique de la communauté juive d'Argentine. Le Diario del juicio, publié par une rédaction bourgeoise avide de sensationnel, est aussi à signaler par ses effets de large promotion : il avait épuisé ses trois premières éditions tirées à des dizaines de milliers d'exemplaires le jour même de sa parution et ses 16 tirages hebdomadaires jusqu'à présent ont été montre l'avidité populaire d'information, phénomène qui s'était déjà produit lors de la diffusion du rapport de la CONADEP.
Au sein du tribunal s'est maintenue entre « les deux Argentines secrète et l'apparente, celle de ceux qui consentaient en se taisant et celle de ceux qui ont souffert dans leur chair et dans répression impitoyable, comme l'écrivait le mensuel des Mères de la Place de mai en août dernier. Hebe P. de Bonafini, assistant à la première audience se vit ainsi obligée d'enlever le foulard blanc qu'elle portait sur la tête (symbole des Mères de la Place de mai) car il était considéré comme un signe distinctif. Mais comme elle le faisait elle-même remarquer au tribunal : « ils n'ont pas eu le même courage pour faire enlever leurs uniformes aux militaires (...) S'ils disent qu'on ne peut utiliser de signes qu'un uniforme alors ? » (13).
Le fait qu'un disparu ait été un « terroriste » ou un « subversif » est aujourd'hui un élément largement relativisé dans la réflexion populaire et cela même pour les secteurs les plus larges et les plus dépolitisés de la société civile. officiel a donc opéré une évolution vers le transfert des responsabilités de la répression à toute la société civile : « il serait simpliste de dénommer les coups d'Etats des coups militaires, en accusant seulement un secteur du pays », car de tels assauts armés du pouvoir « ont toujours été civilo-militaires (avec) une lourde responsabilité programmation et alimentation idéologique. Nous devons donc assumer toute la responsabilité », tels sont les propos du président Alfonsin, s'adressant en juillet dernier aux forces armées. Suivant raisonnement, si tout le monde est responsable en général, personne ne l'est plus en particulier ; si nous tous coupables, personne ne l'est vraiment. Cela permet de diluer les responsabilités politiques et militaires réelles.
LA GAUCHE FACE AU « PROCES ET
AU CHATIMENT DE TOUS LES Plus ou moins explicitement selon son affiliation politique et son insertion les partis de la gauche argentine considèrent le procès des chefs de la junte comme insuffisant dans la mesure où il se limite à neuf responsables militaires. Au mieux, ce procès est considéré comme un pas positif dans « la bonne
Le Parti ouvrier (PO), courant se réclamant du lambertisme jusqu'en 1977 et resté sectaire même après sa rupture avec ce courant, ne voit dans ce procès qu'un vulgaire rideau de fumée. Selon les déclarations de son dirigeant, Altamira, « le procès est une manœuure car son objectif est de sauver les forces armées » même si ses « retombées posicomme une conséquence non voulue par le gouvernement étant donnée la caractéristique sujet » (15). Il ne faut pas s'étonner de cette vision chez ceux qui voient dans l'étape actuelle de la lutte des classes en
« un instrument de la pénétration impérialiste », car « cette démocratie est un opérateur financier ».
Le Mouvement vers le socialisme (MAS), ancien Parti socialiste des travailleurs, qui se réclame aussi du trotskysme, considère selon un mot d'ordre lancé lors de mobilisations qu'il « ne suffit pas des neuf, nous voulons les autres ». Le procès est cependant perçu de manière implicite comme positif, car, derrière lui, « seul un scandaleux Ponce Pilate pourrait éviter que ne s'ouvrent des centaines de procès ». Pour cette organisation, la chute de la dictature a signifié, au milieu d'une « situation révolutionnaire », « une véritable révolution démocratique » (16).
Pour le Parti communiste (PCA), le procès est assez positif et satisfaisant pour qu'il ait renoncé depuis un mois au mot d'ordre de « procès et châtiment » des coupables, et ceci « parce que le procès existe déjà ; dans tous les cas, propos de Carlos Zamorano, avocat communiste et dirigeant de la Ligue argentine droits de l'homme (LADH), orientée par le PCA (17). Même si dans le même temps, il nuançait ensuite ses propos en affirmant : « nous avons des problèmes par rapport à la formulation du mot d'ordre dans les termes exprimés jusqu'à maintenant : jugement et châtiment de tous les coupables, de tous absolument de tous, absolument de tous les coupables de la répression dans notre
Pour le courant « Humanisme et libération » de la Démocratie chrétienne, aile gauche et progressiste de la petite bourgeoisie chretienne, « par le biais du proces fait aux membres des ex-juntes on chemine vers la voie correcte » (19).
Selon la Jeunesse péroniste, en revanche, il s'agit d'un procès qui conduit à un moment et de politiciennes », propre terminologie de l'un de ses dirigeants, Dante Gullo (20).
Dans le cas du Parti intransigeant (PI), qui dispose d'une base petite bourgeoise
10. La Nacion, Buenos Aires, 13 juin 12. Madre de plaza de mayo (MPM), organe mensuel de l'organisation de ce nom,
13. Nueva Presencia, op. cit., numéro 420,
14. Decimos, op. cit., numéro 4, août
15. El Periodista, numéro 45 du 19 juillet
16. Decimos, op. cit., numéro 4, août
17. MPM, op. cit., numéro 9, août 1985..
19. Decimos, op. cit., numéro 4.
démocratique et anti-impérialiste, le procès est considéré comme positif, même s'il ne suffit pas, car ce qu'il faut c'est « enquêter jusqu'à ce que toute la vérité soit établie, qu'on applique le châtiment aux coupables de ces incroyables crimes commis, et qu'on en finisse définitivement avec l'impunité » (21).
A partir de cet éventail de positions, nous pouvons voir que la gauche argentine oscille entre une caractérisation purement instrumentaliste du procès considéré comme une simple manœuvre, comme c'est le cas pour PO, et un appui quasi acritique à cette initiative gouvernementale comme moyen approprié de jugement des responsables de la répression dans le cas de Humanisme et libération.
De la même façon que le plan économique de Martinez de Hoz a signifié une chute gigantesque du pouvoir d'achat des travailleurs et que l'aventure militaire des Malouines a provoqué une énorme déception et frustration seulement dépassée par la répudiation de la dictature, le procès des chefs des juntes militaires jette à bas les derniers lauriers dont se targuait la caste militaire : la lutte « antisubversive », dont elle se revendiquait, n'a pas été une lutte contre des « secteurs armés terroristes » en défense de la population, mais bel et bien une véritable guerre contre cette même population et contre toute forme de résistance, d'opposition et d'organisation anti-
Le processus judiciaire démontre que la disparition de plus de 30 000 militants populaires, la mort et l'emprisonnement d'autres milliers et l'exil de dizaines de de gens qui luttaient contre la dictature, ont été lié à un plan économique visant à structurer une sorte de nouveau modèle économique argentin. Ce même plan qui d'ailleurs aujourd'hui ne permet même pas au gouvernement actuel l'approfondissement renforcement de la dépendance argentine, avec ses conséquences en termes de chômage, de paupérisation et de misère.
C'est ainsi que lentement mais de manière tenace, des secteurs auparavant indifférents sont en train de découvrir le caractère ultime de la répression, son objectif essentiel. Et si la société civile argentine continue à mobiliser massivement (on ne se débarasse pas aisément de huit années de terreur) et continue à ne pas avoir l'initiative politique, la seule mention d'une amnistie possible ou éventuelle, même déguisée, pour les violeurs, les voleurs, les assassins et les responsables d'enlèvements, provoque le refus ferme et indigné des masses.
Des secteurs du mouvement ouvrier - particulièrement les syndicats les plus combatifs, les listes syndicales antibureaucratiques - s'intégrent peu à peu à la lutte pour les libertés démocratiques, lutte inséparable des revendications économiques qui sont les plus ressenties et presque les seules qui mobilisent en permanence aujourd'hui en Argentine. Ce faisant, ils enrichissent et renforcent un mouvement des droits de l'homme qui,
En 1977, Astiz était un élément des plus actifs dans un centre de répression
larges masses, va doucement dans cette voie. Les progrès dans cette direction ont permis d'enrayer la crise qui touchait ce mouvement l'an passé. Ainsi, la grève prolongée avec occupation de la multinationale Ford, fut ouvertement appuyée par les Mères de la Place de mai, qui à leur tour, à l'occasion d'une démonstration pour la libération des prisonniers politiques reçurent l'adhésion de Commission interne en lutte de la Ford. Tel est le chemin à suivre.
Le mouvement pour les droits de - notamment les Mères et Grands-mères de la Place de mai, les parents des détenus et des disparus pour raison politique, le Centre d'études légales et sociales - est dans une large mesure une réponse à la crise de 1984 et constitue l'avant-garde de la lutte contre la dictature et aussi contre l'actuel gouvernement. Il a encore aujourd'hui un chemin pour faire aboutir ses revendications d'autant plus qu'il s'affronte à un ennemi difficile qui se dispense de recourir à une répression visible au profit d'une stratégie visant à obtenir un consensus autour de ses initatives politiques.
Le 2 août dernier, lors d'une action soutenue par plus de 100 organisations et impulsée par les Mères de la Place de mai, entre 40 000 et 50 000 personnes manifesté devant le Palais du gouvernement avec le mot d'ordre de « Non l'amnistie » et « jugement et châtiment de tous les coupables ». Le 6 septembre, plus de 50 000 personnes ont défilé devant les bâtiments du Congrès avec le mot d'ordre central « Pas d'impunité
Ce ne sont pas là des chiffres énormes, mais ils marquent une réactivation et une relative stabilisation de la capacité de mobilisation de la lutte pour les droits de l'homme, qui remet chaque fois un peu plus en cause la logique même de la domination, la démocratie bourgeoise elle-même. « Car demander la restitution en vie (des disparus) n'est pas une simple formule, c'est remettre en question l'idée qu'il n'y ait qu'un seul responsable qui nous dise ce qui s'est passé, c'est mettre ligné Hebe P. de Bonafini dans son discours lors. de la manifestation du 2 août dernier (22). Concernant le procès, Hebe elle-même a ajouté : « Nous avons un accord véritable, car ceux qui jouissent aujourd'hui de l'impunité sont les putchistes de demain, ceux qui emmèneront nos fils. C'est pour cela que nous avons choisi d'être ici aujourd'hui, pour que ces criminels aillent en prison, pour que nous ne nous laissions pas tromper et que ce procès ne soit pas comme le petit miroir qu'apporta Christophe Colomb pour nous voler ensuite ce que nous avions de meilleur. Parce que dans ce procès, compagnons, il n'est pas question de militants populaires ou d'opposants politiques, qui eux sont les fils qui nous manquent, les disparus. De façon lamentable, procès, on dit qu'on est en train de juger les excès de la guerre contre le terrorisme, et implicitement on accuse nos enfants sans jugement. C'est pour cela que nous exigeons qu'ils soient traités pour ce qu'ils sont. Ce ne sont ni des enfants innocents qui n'ont rien fait, ni des terroristes. Ce sont des hommes et des femmes du peuple qui ont donné leur vie, qui ont donné leur sang » (23).
Précisément parce que la lutte conséquente au sujet des disparus remet en question le système, parce que le procès va bien au delà des propositions du Parti radical, le gouvernement essayera de dépasser cette contradiction. Ainsi, tout ce qu'Alfonsin et ses partisans ne parviennent pas à récupérer de cette lutte pour les libertés démocratiques, c'est la société civile qui le reprendra à son actif avec plus de force. C'est dans ce contexte que se pose aujourd'hui la lutte de classe autour de la des droits de l'homme et c'est là que l'avant-garde révolutionnaire doit intervenir.
Horacio MIGUENS, Buenos Aires, le 15 septembre 1985. 22. MPM, op. cit., numéro 10, septembre