Le 7 août 1985, la Cour suprême de la République socialiste de Serbie a pris la décision d'envoyer en prison deux intellectuels de Belgrade, Miodrag Milic et Milan Nikolic. Il y a 16 mois, les deux condamnés, avec leurs coaccusés, Pavlo Imsirovic, Vladimir Mijanovic, Dragomir Olujic et Gorf dan Jovanovic, étaient inculpés d'avoir créé « une organisation contre-révolutionnaire » et risquaient une peine maximum de 15 ans de prison. Après une bataille longue et obstinée, quatre des « six » de Belgrade ont été effectivement libérés, tandis que Milic a été déclaré coupable de « propagande hostile » et Nikolic d'« insulte à l'Etat ». Ils ont été condamnés respectivement à des peines de 18 et 8 mois de prison. Ils devaient commencer à purger ces peines le 30 septembre, et ils avaient déjà informé ta Cour suprême de leur intention de commencer une grève de la faim, à laquelle Imsirovic, Olujic, Jovanovic et une vingtaine d'autres personnes s'étaient engagés a se joindre. A la derniere minute, le pouvoir a reculé, comme il l'a fait systématiquement depuis le début de l'affaire des « six » de Belgrade. Nikolic a obtenu un sursis de trois mois avant de commencer sa les raisons citées pour cela étant le grave état de de son épouse et le temps dont il aurait besoin pour terminer une étude sociologique. Milic, quant à lui, reste aussi en liberté provisoire, mais pendant un temps non précisé, en attendant que la Cour suprême examine le contenu de son appel.
L'affaire de Vojislav Seselj, qui s'est déroulée parallèlement à celle des « six » de Belgrade (les deux affaires ont commencé à partir d'une perquisition par la police d'un appartement de Belgrade, en avril 1984) a évolué dans le même sens. Seselj a d'abord été condamné à huit ans de prison, peine qui a d'abord été réduite à quatre ans et enfin à un peu moins de deux ans. Le verdict initial d'« activité contre-révolutionnaire opposée à l'ordre social » a été modifié en « propagande hostile » et, ensuite, d'activité hostile ». Encore une fois, les différentes instances judiciaires ont été en net désaccord sur la nature de l'action « criminelle » à l'origine de l'inculpation.
Au cours des six mois qui se sont écoulés depuis leur arrestation, les accusés ont été vilipendés par les plus hauts fonctionnaires de l'Etat ainsi que par une grande partie de en « tentative
Yougoslavie.
la presse yougoslave. Plusieurs d'entre eux ont perdu leurs emplois, ont subi des sévices et ont dû avoir recours aux grèves de la faim pour se protéger. Eux et leurs familles ont souffert d'agressions physiques et psychologiques considérables. Seule une mobilisation impressionnante de l'opinion publique yougoslave et internationale, pour l'essentiel de la gauche, a empêché encore une fois qu'une injustice grossière ne soit commise au nom du peuple yougoslave. Mais pour le jeune ouvrier Radomir Radovic, mort en avril 1984 après avoir été arrêté à plusieurs reprises par la police de Belgrade, cette victoire contre la répression étatique est venue trop tard. D'ailleurs, la bataille n'est pas encore complètement gagnée. Seuls le maintien et le renforcement de la pression sur le régime de Belgrade peuvent obtenir la libération définitive de Milic, Nikolic et Seselj.
Les conséquences de ces procès risquent d'avoir une portée considérable. Il existe une réelle possibilité pour que le Code pénal de la Yougoslavie soit modifié de manière à restreindre le pouvoir de l'Etat, jusqu'ici sans limites, d'arréter les citoyens en vertu du fait qu'ils auraient des opinions différentes de celles de la politique officielle du moment. Les procès de Belgrade et de Sarajevo ont eu pour effet de convaincre de larges secteurs de l'opinion qu'une loi qui permet des révisions aussi dramatiques sur la prétendue culpabilité des accusés n'est rien d'autre qu'un instrument de répression contre les droits civils légitimes et garantis par la Constitution. La mise sur le même plan des activités criminelles et des activités politiques, qui a caractérisé le système judiciaire yougoslave depuis 1945, est aujourd'hui remise en question. Un débat sur cette question est programmé pour la session d'automne de l'Assemblée fédérale. Il n'est pas impossible qu'il y ait des modifications du Code pénal. En attendant, il faut continuer à protester contre les condamnations de Milic, Nikolic et Seselj.
M.L. Envoyez des messages de protestation à l'Ambassade de Yougoslavie, 54 rue de la Faisanderie, 75016 Paris, et à la Présidence de Yougoslavie, Bulevar Lenjina 2, Belgrade,