Inprecor 1974–2004

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GRECE

Après la victoire électorale du PASOK, la politique d'austérité du gouvernement Papandreou

· Inprecor n° 207, 18 novembre 1985 · p. 6-9 · 3 933 mots

Grèce et Turquie Syndicalisme Économie mondiale

Après la victoire électorale du PASOK du gouvernement Papandréou ses capitaux, après l'entrée de la Grèce de la monnaie de la part des banques ne

GRECE

E Mouvement socialiste pan-hellénique (PASOK) a con-

L sentie de son dectorat, maigre une dette de 2,20r des sentiel de son électorat, malgré une perte de 2,25 % des suffrages exprimés et de 13 sièges par rapport aux législatives de 1981 qui l'avaient porté au gouvernement. Le score final du

PASOK s'est établi à 45,82 % des voix, soit 161 députés pour un parlement de 300 membres. Le principal parti bourgeois d'opposition, la Nouvelle Démocratie de Constantin Mitsotakis, a obtenu 40,84 % des suffrages,

1981, et 125 élus. Le Parti communiste grec (KKE) dit de l'extérieur, a obtenu 13 élus et 9,89 % des suffrages exprimés, tandis que l'autre Parti communiste, dit de l'intérieur, et de tendance eurocommuniste, a obtenu 1 élu et 1,84% des suffrages (1).

Ces résultats ont pu surprendre certains commentateurs qui pensaient que l'écart entre le PASOK et la Nouvelle démocratie allait se réduire plus nettement. En suivant cette analyse, les campagnes allaient voter massivement pour le PASOK, du fait de la politique agricole suivie depuis trois ans par ce parti en faveur des agriculteurs, dont le revenu a augmenté grâce aux subsides accordés par le Marché commun. Ces mêmes commentateurs estimaient que les centres urbains, à l'exception bien entendu des bastions traditionnels du KKE (extérieur), voteraient plus à droite, car ce sont les secteurs les plus touchés par la crise (fermeture de plusieurs entreprises, augmentation spec-

Ce schéma ne s'est pas réalisé sur le plan électoral. La raison est sans doute à chercher dans le souvenir pas si lointain de la politique menée par les partis bourgeois en Grèce et le refus de nombre d'électeurs de voter pour la Nouvelle démocratie.

Cette situation est sans doute aussi le produit du fait que les deux PC n'offrent pas, à la gauche du PASOK, d'alternatives

Le bilan économique des quatre premières années de gouvernement du PA-

SOK n'est pas très brillant. Malgré les promesses répétées du ministre de l'Economie, suivant lesquelles le pays devait connaître une augmentation annuelle du Produit national brut de l'ordre de 1,5 %, le dernier bilan économique montre que ces chiffres étaient trop optimistes. Le gouverneur de la Banque de Grèce déclarait, en 1984, que « depuis 1982, (...) l'éco nomie stagne ». Evidemment, aujourd'hui encore, le gouvernement promet que l'économie du pays sortira prochainement de la crise, qu'elle connaîtra un certain développement, cependant prudemment caractérisé de « fragile, restreint et éphémère ». Entretemps, la classe capitaliste continue à s'abstenir d'investir et les capitaux préfèrent toujours prendre le chemin de l'exil pour se retrouver dans les coffre-forts des grandes banques financières occidentales. Cette grève des investisfait à partir sements, inaugurée en

1976, est principalement due au fait que la bourgeoisie grecque perdit alors sa confiance dans la possibilité de rentabiliser la politique d'austérité soit 5 % de plus qu'en sait entendre, dans le Marché commun et l'abolition progressive des mesures protectionnistes qui protégeaient les produits industriels grecs de la concurrence internationale. Mais elle est aussi due, d'autre part, au fait que la Grèce connaît, depuis la chute de la dictature, un puissant mouvement

L'économie grecque aujourd'hui de plein fouet, à la fois par la stagnation de la production, l'inflation, le chômage et l'endettement élevé envers l'étranger. Le chômage surtout a connu une progression spectaculaire lors de ces quatre dernières années. De 4 % de la population active en 1981, le taux de chômage est passé à 8,2 % en 1984.

Pour le gouverneur de la Banque de Grèce, « la situation de l'économie grecque d'aujourd'hui impose de continuer les efforts coordonnés pour stabiliser l'économie », expression qui signifie simplement que la solution se trouverait dans l'application d'une politique d'austérité. La dépréciation de la monnaie grecque, effectuée doucement jour après jour par le gouvernement, la restriction des dépenses publiques et la diminution de l'offre suffisamment crédibles aux yeux des masses pour capitaliser, au-delà de leur influence traditionnelle, le mécontentement qui peut se faire jour du fait de la crise économique et de la politique suivie par le gouvernement Papandreou.

Les choses risquent toutefois d'être modifiées par la nouvelle orientation économique mise en application par ce gouvernement et son ministre de l'Economie, Simitis. Fort de sa victoire électorale de juin, le gouvernement Papandreou laisdès septembre 1985, que « l'heure de la vérité et le 11 octobre, un premier train de mesures rompant avec la politique économique antérieure était annoncé. D'après le Monde du 15 octobre 1985, ce programme se ré sume comme suit : « Dévaluation de la monnaie (de 15 %, ndlr.), réforme de l'échelle mobile des salaires, réduction de quatre points de l'accroissement des dépenses publiques en

1986, freinage des prix agricoles qui ne pourront plus augmenter plus vite que l'inflation générale, accroissement de la pression fiscale sur les entreprises et les professions libérales, intensification de la lutte contre la fraude fiscale, freinage des

Les réactions dans le mouvement ouvrier n'ont pas manqué de se manifester. Le 21 octobre, une grève générale était appelée, notamment par les centrales syndicales liées au PC.

Des luttes ouvrières ont aussi été déclenchées. Dans la Confédération générale des travailleurs grecs, liée au PASOK, des remous ont également eu lieu. C'est en quelque sorte une situation nouvelle qui se présente aujourd'hui.

L'article que nous publions ci-après a été rédigé par un collaborateur de la revue Marxistiki Sispirossi (Rassemblement marxiste), avant l'adoption de ce train de mesures d'austérité et l'éclatement des réactions qu'il a engendrées.

suffisent pas comme mesures pour rétablir la situation. Selon le gouverneur de la

Banque de Grèce, il faudrait prévoir en plus une baisse sérieuse du pouvoir d'achat des travailleurs. Ainsi, le slogan à la mode chez tous les responsables de l'économie, depuis le Premier ministre jusqu'au dernier des secrétaires d'Etat, affirme que les consommer plus qu'ils ne produisent ».

Evidemment, l'échelle mobile des salaires, adoptée par le gouvernement du PA-

SOK lors de sa première législature (1981-

1985), est considérée comme l'unique responsable de tous les maux actuels.

Les raisons de la crise actuelle doivent cependant être recherchées ailleurs, et plus spécialement dans le développement de l'économie grecque après la Seconde Guerre mondiale, qui a conduit à

1. En 1968, le Parti communiste de Grèce

(KKE) a connu une scission entre une fraction dite intérieure, eurocommuniste avant l'heure, et une fraction pro-soviétique dite extérieure.

L'affrontement politique qui s'en est suivi entre ces deux formations a largement tourné à l'avantage du KKE « extérieur ».

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une industrialisation directement dépendante des capitaux et de la technologie

La crise économique mondiale de 1974 a dévoilé toutes les faiblesses structurelles de l'économie grecque : dépendance de celle-ci par rapport aux capitaux et à la technologie étrangers, une économie intérieure restreinte, une agriculture vieillie, une industrie sans dynamisme et dispersée en de petites unités, un secteur des services démesurément gonflé.

Pour parvenir à l'augmentation du taux de profit moyen afin de relancer l'économie, le gouvernement du PASOK a tout d'abord adopté certaines mesures qui avaient comme but de revitaliser le marché domestique par l'augmentation de la demande de biens de consommation, demande qui proviendrait surtout des catégories de la population à faible revenu, comme par exemple les petits et moyens agriculteurs, les salariés les moins biens payés, etc. La hausse relative du pouvoir d'achat de ces catégories a été obtenue au détriment des salariés disposant de hauts revenus, qui ont vu leur pouvoir d'achat stagner et même baisser.

Par ces mécanismes, le PASOK comptait renforcer la demande des produits traditionnels, tels que les produits alimentaires, les vêtements, les équipements domestiques, produits pour lesquels il existe une industrie grecque orientée vers l'exportation. Cette industrie, pour rester compétitive sur le marché mondial, a besoin, aujourd'hui plus que jamais, de se moderniser et de se concentrer dans de grandes unités.

PIETE STIE

ПУТАЛАТЕЛ

ДЕЛТЮ TOY

M-A KKE N

En second lieu, au sujet de l'agriculture, le gouvernement voulait concentrer la production dans de grands domaines, afin d'augmenter la production agricole, mais aussi et surtout afin d'améliorer la productivité. La politique du pouvoir devait favoriser les coopératives agricoles auxquelles il voulait aussi confier la commercialisation de leurs produits afin d'éliminer les intermédiaires. La demande accrue de la part des coopératives de plus machines agricoles, transport et d'autres matériels, augmenterait en conséquence la demande de biens industriels produits par les entrepri-

LA TRAJECTOIRE DU PASOK En troisième lieu, le PASOK a adopté des mesures afin de moderniser l'appareil industriel, notamment en créant un environnement favorable au remplacement de certains produits industriels importés de l'étranger par ceux fabriqués sur place. Quatrièmement, le PASOK a voulu créer un marché domestique de capitaux. Il est clair aujourd'hui que toutes ces mesures, qui étaient nécessaires d'un point de vue capitaliste, n'allaient pourtant pas pouvoir relancer l'économie, parce que la cri. se est beaucoup trop profonde

Dans une économie capitaliste frap pée par une telle crise, la relance économique est possible à une seule condition, celle qui consiste à réduire brutalement le pouvoir d'achat des travailleurs. Or, une telle solution ne peut être mise en œuvre elanves ПАнЕллАдІКи Елотн Антима Влітом ПЛОУДдЕтОН que si le mouvement ouvrier subit une défaite, ce qui n'est pas le cas pour le mo-

A partir de la fin des années 1970, il était devenu évident que la droite ne pouvait plus gouverner, car elle ne jouissait plus de la confiance nécessaire, y compris auprès de la bourgeoisie. Celle-ci était convaincue que le gouvernement n'avait pas la capacité d'imposer les réformes nécessaires pour sortir l'économie de la crise et pour faire face au mouvement revendi-

Les grands capitalistes s'étaient habitués à vivre à l'ombre de l'Etat, qui leur procurait les moyens nécessaires — protectionnisme, crédits à l'industrie - pour leur garantir de substantiels profits sans qu'ils doivent trop se soucier du vieillissement progressif de l'appareil industriel, de moins en moins compétitif vis-à-vis de l'étranger. Voilà pourquoi Papandreou ne cesse de répéter que la droite est la principale responsable de l'état lamentable de l'économie. « Il est bien connu, affirme-t-il, que 50 familles jouissaient de la totalité des crédits bancaires destinés à l'industrie et que ces crédits prenaient directement le chemin de l'étranger pour se retrouver sur les places financières internationales. Ainsi, nous sommes arrivés à la situation paradoxale qui consiste à posséder une industrie en faillite mais des capitalistes florissants. »

Dès sa fondation, en 1974, suite à la chute de la dictature, le PASOK appuie le mouvement revendicatif et développe progressivement des liens étroits avec le

Campagne électorale de 1977. (DR) CONIKH АЕТАРТНЕА MOPOSEEH-DOVALA KKE

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La foule célèbre la victoire du PASOK en octobre 1981. (DR) mouvement ouvrier. Sa popularité croît. Du fait des liens tissés pendant dix ans avec le mouvement ouvrier et de la place qu'il occupe dans la lutte des classes, le PASOK peut être caractérisé comme un parti social-démocrate, même si certaines différences indéniables le. distinguent de la social-démocratie européenne traditionnelle.

Voilà pourquoi le PASOK a été obligé de tenir compte dans une certaine mesure des aspirations des larges couches de travailleurs et à mettre en place, pendant la première législature, une politique sociale comprenant notamment le relèvement des bas salaires, l'instauration de l'échelle mobile des salaires, l'adoption de congés payés d'un mois pour tout le monde, le relèvement des retraites, des mesures d'aide aux chômeurs, l'augmentation des crédits destinés à la santé. Toutes ces mesures ont eu des répercussions positives sur les conditions de vie des travailleurs, ce qui s'est traduit dans les dernières élections par le succès du PASOK, d'autant plus que l'absence d'une alternative de gauche ne pouvait que faire le jeu du gouvernement.

Au lendemain de sa nouvelle victoire électorale, le gouvernement du PASOK a volontairement laissé planer l'idée qu'il comptait maintenant réduire le pouvoir supprimant l'échelle mobile Par ailleurs, il a procédé à • une hausse du prix de certains produits tels que l'essence, les services, l'électricité, les transports, etc. Cependant, les réactions de la base syndicale du parti contre ces mesures démontrent d'une façon évidente les difficultés que rencontrera le gouvernement pour appliquer une telle politique. Le 7 septembre 1985, plus de 250 dirigeants syndicaux appartenant à la tendance syndicale du PASOK, ont renministres responsables de l'économie. Ce fut une rencontre houleuse. Les dirigeants syndicaux ont expliqué qu'ils ne voulaient pas faire les frais d'une politique pour laquelle ils n'étaient pas responsables. Ils ont précisé que si le gouvernement décidait d'abolir l'échelle mobile des salaires, il y aurait un tel mouvement de protestation qu'ils ne pourraient que le suivre, faute de quoi ils risqueraient de se trouver complètement isolés de leur base. Appuyer une telle politique serait pour eux un suicide (2).

La politique du PASOK en matière économique ne diffère donc pas fondamentalement d'une politique de droite. Les solutions avancées correspondent, dans leurs traits généraux, aux directives des organismes financiers mondiaux, qui exigent la modernisation de l'appareil de production grec. Elles orientent l'économie vers l'exportation, ce qui la soumettrait à la division internationale du travail. Tout le problème se résume dans le fait de savoir comment un gouvernement qui s'appuie sur les travailleurs pourra imposer à ceux-ci une austérité draconienne. Cela dépend bien évidemment du rapport des forces entre les classes qui, aujourd'hui, ne semble heureusement pas favorable à la bourgeoisie.

LE MALAISE DE LA DROITE En 1981, la droite a perdu les élections, pour la deuxième fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Fait sans précédent dans l'histoire du pays, c'est un parti qui se réclame ouvertement du mouvement ouvrier qui va former un gouvernement.

La bourgeoisie et son représentant Caramanlis ayant prévu une telle éventualité, ils avaient préparé au niveau institutionnel un Etat fort, au sommet duquel Caramanlis précisément, élu président de la République par le Parlement précédent, serait le maître du jeu. Au lendemain de la victoire du PASOK, en 1981, la bourgeoisie ne desesperait pas, dans la mesure où elle détenait, avec la présidence de la République, l'un des éléments centraux du pouvoir, et elle fera tous les efforts pour que le séjour du PASOK au gouvernemnt soit le plus bref

C'était compter sans le mouvement ouvrier et la radicalisation des positions initiales du PASOK. Ensuite, en 1985, ce parti comprit que la réélection de Caramanlis pouvait lui coûter cher en termes dans la mesure où les deux partis commumener campagne contre cette réélection. Il laissa alors croire pendant des qu'il allait soutenir la réélection de Caraavant d'effectuer une volte-face spectaculaire en jours seulement avant l'élection du président par le Parlement et sur l'initiative du Premier ministre Papandreou lui-même, en proposant la candidature de Christos Sartzetakis pour la présidence de la Répu-

La droite se mobilisa alors, sentant que le terrain institutionnel lui échappait, et occupa nuit et jour les principales artères du centre d'Athènes, de mai 1985 jusqu'à la veille des élections générales du 2 juin 1985. Plus d'un million de personnes participeront à un meeting organisé par la droite sur la place de la Constitution, l'avant-veille des élections. La peur ainsi créée dans l'électorat de gauche d'une

2. Suite à l'adoption par le gouvernement du PASOK de mesures d'austérité, les syndicats dirigés par le KKE ont organisé une grève de protestation le 21 octobre. La Confédération générale des travailleurs grecs, dominée par le PASOK, a refusé de s'y associer, se contentant d'exiger un débat de fond sur la nouvelle politique économique du gouvernement. Huit membres (sur quarante-cinq) de son conseil d'administration, qui avaient voté pour participer à la grève, ont été exclus du PASOK sur le champ.

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éventuelle victoire de la droite permettra au PASOK de mobiliser encore plus de monde le lendemain. La polarisation joua à fond et les partis communistes furent réduits à n'être que de simples spectateurs d'une bataille qu'ils avaient perdu d'avance, n'ayant pas su proposer une alternative sérieuse aux propositions du PASOK.

Il faut ajouter que les deux PC, pendant les quatre ans de gouvernement social-démocrate, se sont contentés de suiréformes mises en place par le gouvernement, en émettant quelques protestations purement formelles et sans proposer de politique alternative. Leur principal se trouvait ailleurs et consistait à trouver le moyen de pénétrer dans les coulisses du pouvoir.

Du côté de la Nouvelle démocratie, son programme économique néo-libéral s'inspirait des mesures prises par les gouvernements des Etats-Unis et de GrandeBretagne, dans le but de contrer le soi-disant dirigisme étatique du PASOK et les mesures de socialisation destinées aux entreprises en difficulté.

Aujourd'hui, la droite est secouée par crise, qui vient d'éclater grand jour avec le départ de 10 députés de la Nouvelle démocratie et la formation d'un nouveau parti, auquel se rallie une bonne partie de l'appareil. Selon divers dirigeants de la droite, les résultats des élections montrent que le PASOK ne constitue pas un phénomène passager de la vie politique grecque. L'appareil politique de la bourgeoisie s'aperçoit donc qu'il lui faut un nouveau visage s'il tient à retourner un jour au pouvoir, un visage qui ne portera pas les tâches du passé. C'est ce qu'affirme le jeune député Adrianopoulos, lorsqu'il déclare que « l'essentiel est que nous n'avons pas su nous démarquer de l'image que le peuple se fait de la

LE MOUVEMENT OUVRIER A LA CROISÉE DES CHEMINS

Le mouvement ouvrier a connu, à partir de la chute de la dictature en 1974, un spectaculaire. avant cette date, et notamment au cours de la décennie précédente, une profonde mutation s'était opérée, qui allait marquer la remontée du mouvement ouvrier. Cette mutation sera due aux changements structurels subis par l'économie durant toute cette période, qui peuvent se résumer par l'augmentation du nombre d'industries et la multiplication des grandes unités de production. Dans ces conditions, les rapports entre patrons et salariés se sont transformés. Ainsi, on a remarqué l'apparition et le développement de syndicats d'entreprise, tandis que les syndicats professionnels ont eu tendance à disparaître. En même temps se déroulait un processus de prolétarisation des salariés des services, qui étaient considérés pendant longtemps comme l'aristocratie ouvrière. Avec l'augmentation du nombre d'employés dans les services et les entreprises nationalisées, on a pu observer un changement qualitatif qui a fini par détruire les rapports privilégiés et paternalistes qu'entretesalariés avec l'Etat-patron. Ainsi, aujourd'hui, on ne peut plus consitravailleurs comme une sorte seraient contraires à ceux de la majorité de la classe ouvrière, et cela même si le PASOK fait parfois encore cette distinction, pour rendre impopulaire ce secteur combatif de la classe ouvrière aux yeux du reste des travailleurs. Le secteur des entreprises publiques et nationalisées fut en effet, pendant toute la période allant de 1974 à 1981, à la pointe des luttes.

Dès sa victoire électorale de 1981, le PASOK adopta certaines mesures syndicales rompant radicalement avec le syndicalisme d'Etat mis en place par la droite après la guerre et qui subsistait encore. Ces mesures ne faisaient que traduire au niveau institutionnel des pratiques déjà courantes dans le mouvement ouvrier depuis 1974 grâce à l'influence exercée par le KKE et le PASOK.

En étant à la pointe de toutes les luttes ouvrières déclenchées après la chute de la dictature, le PASOK put créer une tendance syndicale qui jouit encore aujourd'hui d'une grande popularité parmi les travailleurs. Cette popularité lui a permis d'arriver en tête du mouvement syndical au niveau national, et de devancer ainsi le KKE qui monopolisait traditionnellement la représentation des travailleurs.

Si l'on regarde l'évolution de la courbe des actions de grève dans le pays après la chute de la dictature, on peut constater un certain ralentissement autour de 1981, dû à l'attentisme créé par l'échéance électorale et, ensuite, par l'espoir né de la victoire du PASOK et des premières mesures adoptées par celui-ci. La réforme du syndicalisme promulguée par le gouvernement, l'adoption de l'échelle mobile des salaires, les mesures sociales adoptées (augmentation des crédits pour la santé, des pensions de retraite, des allocations de congés payés d'un mois, les transports gratuits jusqu'à 8 h du matin, etc.) ont trouvé un écho favorable chez les travailleurs et expliquent pour une large part le succès électoral du PASOK du 2 juin der-

Cependant, aujourd'hui, face à l'aggravation des problèmes, certaines fissures commencent à apparaître. L'aggravation du chômage, qui touche de larges couches de travailleurs, y est pour quelque chose. On constate ainsi l'apparition de mouvements de protestation coordonnés de plusieurs fédérations syndicales contre l'austérité, appuyés surtout par les deux partis communistes.

A cela, il faut ajouter l'impasse dans laquelle se trouve le gouvernement face à la réalité de la crise internationale du capitalisme ainsi que face aux solutions mises en œuvre pour trouver une issue à cette crise. Sur le plan intérieur, la classe bourgeoise devient plus arrogante, malgré sa défaite politique. Elle veut que le gouvernement impose aux travailleurs une politid'austérité et de « liberté » pour son propre compte (liberté d'embaucher et de licencier, de déterminer les prix et les salaires comme bon lui semble, bref, la liberté de la gestion du travail), contre une très hypothétique future reprise de ses investissements au nom de I'« intérêt supérieur », de la « productivité » et de la « compétitivité » de « notre économie nationale ». Sur le plan extérieur, on assiste à un déficit de la balance des paiements qui pourrait dépasser cette année les 2,5 milliards de dollars, c'est-à-dire presque 6 % du PNB, et à une dette extérieure de 13,5 milliards de dollars au moins et une économie sans grand dynamisme, marquée par l'accroissement du déficit de la balance du commerce extérieur, conséquence de la hausse des importations et de la baisse des exportations. Voilà qui suffit déjà à faire planer l'ombre du FMI et de ses fonctionnaires sur les décisions gouvernementales.

Le chantage du grand capital est clair : que le parti gouvernemental, qui a la confiance des travailleurs, fasse accepter par ces derniers la politique de la

« Quatre ans ça suffit », pensent les bourgeois, mais, de leur côté les travailleurs doivent aussi penser que « quatre ans ça suffit », d'atermoiements, de tergiversations et de compromis de leur gouvernement « socialiste ». D'autant plus que le langage adopté par celui-ci tend de plus en plus à se transformer en un « réalisme » réactionnaire et que son principal atout politique - « Ayez confiance, nous contrôlons la situation » - prend de plus en plus l'aspect d'un bavardage impuis-

La « troisième voie vers le me » risque ainsi non seulement d'être sérieusement contestée, mais aussi d'apparaître comme la voie qui tourne en rond dans le cadre pourri d'un capitalisme sans issue. Situation à tout prendre pas si mauvaise que cela pour la bourgeoisie, dans la mesure où, pour le moment, elle table sur les effets désagrégateurs de son système sur le mouvement ouvrier lui-même. Situation réconfortante même, dans la mesure où les autres partis réformistes, et notamment les partis communistes, tout pour éviter d'organiser la force explosive des masses ouvrières.

Pourtant, dans cette guerre de position, la classe ouvrière n'est pas encore défaite ni tout à fait démunie. Certes, elle se trouve sur la défensive. Certes, il lui manque un programme anticapitaliste global et cohérent. Mais elle se bat, et elle n'a pas avalé, malgré toutes les pressions en ce sens, la série de mots d'ordre bourgeois d'austérité de classe, comme le montrent les dernières mobilisations du mois de septembre, dirigées notamment par des cadres syndicaux du PASOK

Tout cela signifie que la politique que le gouvernement met en œuvre est axe central impliquant l'austérité pour les travailleurs, mais les rythmes de son application restent toujours soumis au cadre que détermine largement un mouvement ouvrier qui n'est pas prêt à accepter cette logique. L'épreuve de force qui se dessine est dès lors iné-

Athènes, le 27 septembre 1985.

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