Mobilisation de masse contre la politique d'austérité du PASOK
Interview de notre camarade Sofronis Papadopoulos
GRECE
L octobre, d'un train de mesures d'austérité et notamment
'ADOPTION par le gouvernement Papandréou, à la mila décision de geler les salaires pour les deux ans à venir et de limiter les conditions d'application de l'échelle mobile des salaires, a provoqué une succession de mobilisations ouvrières. Celles-ci ont culminé lors de la grève générale du 14 novembre dernier, qui fut probablement l'une des plus importantes mobilisations ouvrières et populaires depuis la chute de la dictature grecque.
Cette opposition de masse à la politique du gouvernement
Jacqueline ALLIO : - Une grève générale a eu lieu le 14 novembre dernier.
Elle a été massivement suivie par les travailleurs du secteur privé et de l'essentiel du secteur public. Peux-tu nous expliquer l'origine de cette mobilisation ?
Sofronis PAPADOPOULOS : - Ce sont les mesures économiques prises le mois dernier par le gouvernement qui ont déclenché un mouvement aussi massif et mis le feu aux poudres. Ces mesures, et avant tout le gel des salaires décrété pour les deux ans à venir, avec la remise en cause de l'échelle mobile des salaires, frappent de plein fouet la classe ouvrière.
Alors que l'inflation a dépassé 20 % en
1985, l'indexation des salaires sur la hausse des prix ne sera pas appliquée pour les quatre derniers mois de cette année, ce qui implique une diminution d'environ 10 % des salaires. Et malgré les assertions des autorités, cette mesure n'est qu'un premier pas vers l'abolition pure et simple de l'échelle mobile des salaires puisque, désormais, le taux d'indexation sera décrété a priori pour les quatre mois suivants, sans possibilité de correction si le taux réel de l'inflation s'avère supérieur aux prévisions. En outre, l'augmentation des prix des produits importés ne sera pas prise en compte pour établir ces estimations.
Pour s'assurer que cette décision soit bien respectée, le gouvernement a adopté un décret interdisant aux patrons d'accorder des augmentations de salaires, sous peine d'amendes faramineuses pouvant atteindre 5% du revenu. Or, l'échelle mobile des salaires est une conquête importante des travailleurs, que le PASOK a dû concéder sur la lancée de sa victoire électorale de 1981. C'est la raison pour laquelle les masses travailleuses ont réagi aussi vivement à cette attaque gouvernementale. C'est en effet la décision la plus importante de l'ensemble des mesures adoptées dans le cadre de la politique d'austérité, mais ce n'est évidemment pas la seule.
du Mouvement ments. Le gouvernement de Papandréou a décidé d'effectuer des coupes importantes dans les dépenses sociales. Il cherche à frapper les couches moyennes par une augmentation drastique des impôts touchant les travailleurs indépendants, ainsi que par une intensification de la lutte contre la fraude fiscale. Cette dernière mesure vise en particulier les très petits commerçants et les artisans, qui représentent une part essentielle des circuits parallèles de l'économie grecque. L'application de cette décision représentera un coup très dur pour les couches les plus défavorisées. Les salariés ne constituent en effet que 45% de la population active, et les revenus des familles les plus pauvres dépendent en grande partie de ce type d'éconnmie informelle. A quoi il faut ajouter la dévaluation de la drachme, la monnaie nationale, décrétée en octobre dernier - 15 % officiellement, mais plus de 18 % dans les faits -, mesure qui frappe elle aussi en premier lieu les plus démunis. On peut dire que, l'un dans l'autre, tout cela a entraîné une réduction de 10 % du revenu réel.
- Cette mobilisation a-t-elle pris les directions ouvrières par surprise ?
- Oui et non. Il y avait déjà eu une série de luttes au début de l'année 1985, face aux effets de la crise économique Mais elles avaient connu un reflux dans la période précédant les élections de juin qui ont reconduit la majorité législative du PASOK (1). Tout de suite après les élections, les prix ont commencé à augmenter de semaine en semaine. L'explosion sociale était dès lors prévisible, bien qu'il ne s'agissait pas encore d'une mobilisation d'ensemble. Devant les rumeurs qui commençaient à circuler à propos des mesures d'austérité que le gouvernement comptait prendre, une série de luttes ont démarré dans le secteur privé sur la question des prix et du chômage. Elles étaient contrôlées par le Parti communiste pro-Moscou, dit de l'extérieur, et soutenues socialiste pan-hellénique (PASOK) provoque des clivages au sein même de ce parti, et notamment parmi ses militants et cadres syndicaux. Par ailleurs, la violente répression avec laquelle les forces policières ont dispersé une manifestation à Athènes a relancé la mobilisation dans la jeunesse.
Dans l'interview que nous publions ci-après, le camarade
Sofronis Papadopoulos, membre de la direction de l'Organisation communiste internationaliste (OKDE), section grecque de la IVe Internationale, fait le point sur ces récents événeen partie par le PC eurocommuniste, dit de l'intérieur.
Dans les entreprises du secteur public dominées par le PASOK, comme les banques, les postes, les télécommunications, l'électricité, les transports urbains, les chemins de fer, on a vu se développer des mobilisations face à la non application des mesures de socialisation promises par le gouvernement. En effet, de tout le programme annoncé du PASOK, la seule chose mise en pratique s'avérait être la création de « comités d'entreprise », des structures de cogestion où les travailleurs siègent aux côtés des directeurs et de représentants de l'administration. Ces structures visant à promouvoir une dynamique de collaboration de classe, les travailleurs dirent clairement qu'ils n'en voulaient pas.
Mais ces luttes étaient éclatées. Toutefois, dès que les mesures gouvernementales d'austérité furent annoncées, le 11 octobre, la riposte devint massive, avec l'engagement des principaux syndicats organisés dans la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE), à savoir ceux des entreprises du secteur privé et des branches les plus importantes du secteur public, à l'exception des enseignants et des employés de l'administration, qui font partie de la Confédération des fonctionregroupant près de 300 000 pernaires sonnes.
- Qui dirigeait cette mobilisation ?
- Le noyau dur de la lutte était consmême s'étaient titué par ceux-là qui mobilisés antérieurement : les syndicats contrôlés par le PC pro-Moscou, certains syndicats politiquement indépendants ou semi-indépendants, et ceux du secteur public dominés par le PASOK, qui avaient bougé sur la question de la socialisation.
A quoi vint s'ajouter la Coordination des syndicats d'usine du privé contrôlés par le
1. Cf. Inprecor numéro 207 du 4 novembre 1985.
du PASOK partie prenante du bloc des 26comptent imposer de nouvelles directions
Protestation antimissiles à Athènes pendant le sommet européen tenu dans cette ville en décembre
PASOK, qui regroupe environ 150 granfonctionnaires décida de manifester également contre les mesures du gouvernement, mais par des initiatives séparées qui devaient déboucher sur la grève générale des enseignants et des employés de l'administration, le 28 novembre.
out cela montre bien l'ampleur o ouvement a la base. A tel point que z des 45 dirigeants de la commission exécutive de la GSEE constituèrent un bloc pour refuser les mesures gouvernementales et appeler à la grève générale. Ils ont mis en minorité l'aile du PASOK favorable à la politique d'austérité, dont le président et le trésorier de la GSEE, qui furent destitués de leurs fonctions. Sur ces 26 leaders syndicaux, 7 étaient en même temps des responsables du PASOK dans les principales entreprises du secteur public, 3 d'entre eux étant par ailleurs membres du comité central du PASOK. Dès qu'ils s'avéra qu'ils prenaient leurs distances avec les décrets du gouvernement Papandréou, ils furent exclus du parti.
- A partir de là, comment s'est organisée la mobilisation ?
- A vrai dire, la situation était souvent complexe. En général, le bloc des 26 contrôlait les bourses du travail locales, qui coordonnent l'ensemble des syndicats, alors que le PASOK conservait parfois le contrôle des syndicats d'entreprise, en particulier dans les petites boîtes. Parfois, c'était l'inverse. Mais, en tout état de cause, les trois principaux centres industriels - Athènes, Salonique et le Pirée, autrement dit les trois-quarts de la classe ouvrière organisée - suivaient les initiatives du bloc des 26. Aussi, le PASOK a-t-il tout fait pour saboter le fonctionnement des instances syndicales en accord avec les 26, en enjoignant à ses représentants de démissionner des organes de direction syndicaux, en tentant de faire capoter les décisions prises, etc.
Cela n'a pas empêché la mobilisation de se développer, même si les dirigeants 1983. (DR)
PEACE ALL OVER THE WORLD
PAIX DANS
avaient tendance à prendre des initiatives de leur côté. Du 11 octobre au 14 novembre, date de la grève générale, il n'y a pratiquement pas eu un seul jour sans greve ou manifestation, à Athenes comme dans le reste du pays. Il s'agissait d'actions tournantes, mas qui ont fini par déboucher, le 14 novembre, sur une grève générale quasi totale. Ce jour-là, la production s'est arrêtée à plus de 80 %. Il y a eu des assemblées dans tous les centres ouvriers, des manifestations monstres un peu partout. C'était la plus grosse mobilisation depuis la chute de la dictature, beaucoup plus militante et combative que celle de ces dernières années.
La mobilisation du 14 novembre a certainement été déterminante pour l'ampleur de la grève générale des fonctionnaires, qui a eu lieu quinze jours plus tard, le 28 novembre. Il faut dire que sur les 25 dirigeants de cette confédération - que le PASOK contrôle très étroitement —, un seul s'est montré favorable aux mesures d'austérité. Aussi, le président de cette confédération, qui est membre du comité central du PASOK, a-t-il voulu démissionner de la direction du parti, et ce n'est qu'à la suite des pressions très fortes qui se sont exercées sur lui qu'il y a renoncé. Les luttes n'ont d'ailleurs pas cessé depuis lors. Les taxis sont entrés en grève ; hier, le 29 novembre, c'étaient les contrôleurs aériens, et le mouvement continue.
- D'une manière plus générale, quelles sont les implications de tout cela pour le PASOK ? Comment réagit la direction ?
- La direction du PASOK essaie de s'en sortir comme elle peut, en se servant des instruments dont elle dispose, à commencer d'ailleurs par la machine judiciaire. En effet, dès que le bloc des 26 a appelé à la mobilisation, la justice est intervenue pour déclarer que les décisions prises étaient illégales, dans la mesure où ce bloc ne représentait pas la direction officielle de la GSEE. Et les tribunaux
ENDE
syndicales par décret judiciaire, aussi bien en ce qui concerne la GSEE que diverses fédérations ou syndicats particuliers. Ces mesures ne sont pas encore appliquées dans les faits, mais les décisions sont d'ores et déjà prises. Reste à voir ce qui
Par ailleurs, le PASOK a répandu partout des calomnies accusant les dirigeants du bloc des 26 d'être des provocateurs liés aux partis de droite, de chercher à déstabiliser le PASOK et à miner sa politique de changement. Et c'est aux 7 ex-dirigeants du PASOK qu'il a réservé ses attaques les plus fielleuses, les qualifiant d'ennemis du peuple et d'agents de l'impérialisme. Il est même allé encore plus loin, en organisant des groupes qui sont intervenus aux côtés des flics pour casser les grèves.
- Quelles sont aujourd'hui les perspectives?
- Il semble, hélas, que le bloc des 26 soit en train de reculer, pas à pas. Certes, les membres de ce groupe continuent à proclamer qu'il faut poursuivre la lutte et concentrer les efforts sur la question des contrats, au niveau de chaque syndicat, de chaque fédération, etc. Et, dans ce sens, il est peu probable que les 7 ex-dirigeants du PASOK rejoignent ce parti à court terme. Mais, en même temps, on sait que le bloc des 26 manœuvre dans les coulisses pour tenter de parvenir à un arrangement avec la direction du PASOK.
Pour l'instant, les masses ont confiance dans les dirigeants réformistes qui ont pris la tête de la lutte, et il existe de réelles possibilités pour que la mobilisation s'élargisse. On sait par exemple que plus d'une quarantaine d'entreprises vont fermer sous peu, en raison de banqueroute. Il s'agit d'usines contrôlées par le PASOK, dont seulement certaines d'entre elles ont participé à la grève générale du 14 novembre. Or, les syndicats de ces entreprises - au courant de la situation économique - ont organisé une coordination pour préparer la riposte. On a donc là un nouveau secteur lié au PASOK prêt à se différencier de ce dernier et à se lier au bloc des 26. Mais tout le problème est de tracer des perspectives unitaires pour empêcher la mobilisation de s'effriter.
Si le bloc des 26 maintient ses positions contre la politique d'austérité, il y a de fortes chances pour que les dirigeants en question soient exclus de la direction de la GSEE et qu'ils aient la tentation de sortir de la confédération. Nous pensons qu'il faut les empêcher de prendre une telle décision, car, de scission en scission, on se retrouvera vite confrontés à une dispersion totale des forces. Le PASOK ne manquera pas, dans ce cas, de tout faire pour diviser le mouvement, et les secteurs les plus faibles et les moins organisés — - ceux qui sont les premiers à faire les frais de la politique gouvernementale — risquent de se retrouver complètement isolés. Pourtant, si on tient compte de l'ensemble des forces prêtes à lutter, il est clair qu'en coordonnant les efforts, il est