Une tentative d'isoler le mouvement républicain
IRLANDE landaise signe le 15novembre 1985 par le E pacte connu officiellement sous le nom d'« accord an-
Premier ministre britannique, Margaret Thatcher et son Garret FitzGerald. La signature a eu lieu dans le cadre d'une cérémonie arrangée pour faire de l'occasion un événement médiatique, au château de Hillsborough dans le lieu qui représente d'ailleurs l'ascendant séculaire des protestants sur le pays.
Ce pacte fut signé après des mois de négociations secrètes et une série de fuites intentionnelles sur John MEEHAN
Depuis les grèves de la faim des détenus républicains en 1981 qui réclamaient le statut politique, grèves qui ont conduit, devant l'intransigeance de Thatcher, à la mort de dix grévistes, dont Bobby Sands élu député alors qu'il agonisait, Sinn Fein a modifié son attitude vis-à-vis des élections dans les Six Comtés d'Irlande occupés directement par l'impérialisme britannique. Abandonnant sa politique de non participation, le Sinn Fein sous la direction de Gerry Adams, son président et député pour la circonscription de Belfast-Ouest, y a remporté des succès, obtenant environ 13 % des suffrages (ce qui représente environ 42% des voix de la minorité catholique opprimée) et faisant élire plusieurs dizaines de conseillers municipaux et régionaux. Ceci est à comparer avec les 18% des suffrages obtenus par l'autre grand parti de la communauté catholique, le Parti social-démocrate et travailliste (SDLP), qui malgré son nom est une formation bourgeoise-nationaliste, dirigée par l'homme d'affaires John Hume, député de Derry à Westminster (siège du Parlement britannique).
LES RÉACTIONS A L'ACCORD Le SDLP, qui a été profondément impliqué dans les discussions confidentielles entre Londres et Dublin qui ont précédé la signature de l'accord de Hillsborough, éprouve maintenant le besoin urgent d'en tirer des concessions réelles pour la minorité catholique nationaliste en Irlande du Nord, afin de regagner une partie du terrain qu'il a perdu ces dernières années au profit du Sinn Fein. Son problème, c'est qu'il est clair maintenant qu'il n'y aura justement pas de concessions significatives. La majorité protestante unioniste (c'est-à-dire favorable au maintien de la domination britannique) a exprimé son opposition à l'accord de manière vigoureuse et dans l'esprit de son mot d'ordre traditionnel « Nous ne nous rendrons principal de « l'accord Sinn Fein grande presse britannique. leur issue probable. pas ! » L'offensive des unionistes a été marquée par une série de discours réactionnaires braillards, notamment de la part du pasteur Ian Paisley, dirigeant du Parti unioniste démocratique (DUP) et député pour Antrim du Nord, par un rassemblement de masse à l'ambiance hystérique à Belfast et par la démission collective de tous les députés unionistes au Parlement britannique, suite à laquelle des élections partielles doivent avoir lieu dans une quinzaine de circonscriptions le 23 janvier 1986.
L'hystérie des unionistes a eu un certain effet d'intimidation sur les nationalistes. Mais d'un autre côté, la mobilisation réactionnaire des protestants leur rappelle crûment leur situation d'opprimés dans les Six Comtés. Cette mobilisation des unionistes poussent aussi les nationalistes à penser que, si les partisans du maintien de la domination britannique rejettent cet accord, peut-être que ce dernier n'est pas sans intérêt pour eux-mêmes. C'est une réaction naïve et erronée. Mais elle a un certain poids notamment dans le Sud du pays, où la population ne subit pas la domination directe, politique et militaire de l'impérialisme britannique ; là, les sondages montrent que la grande majorité de la population est favorable à l'accord.
Cette pression de l'opinion publique au Sud se reflète dans les circonvolutions du Fianna Fail, parti bourgeois actuellement dans l'opposition, qui se base traditionnellement sur les sentiments nationalistes de la population. Le dirigeant de ce parti, Charles Haughey, a d'abord crié à la trahison en accusant FitzGerald de s'être vendu à la Grande-Bretagne. Le jour suivant la signature de l'accord, Haughey déclarait que celui-ci constituait « un revers astronomique » et que c'était un « mauvais jour pour le nationalisme irlandais ». Quelques jours plus tard, il avait adouci le ton, déclarant devant le groupe parlementaire du Fianna Fail, que son parti ne serait pas le « destructeur de l'accord » si celui-ci pouvait « améliorer
Thatcher et FitzGerald ont tous deux proclamé que l'objectif de Hillsborough » était la défaite du et de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) (1).
Voilà le noyau de vérité qu'il faut saisir dans le flot des commentaires qui ont accueilli cet accord, notamment dans la
Le but essentiel de l'accord est de maintenir la division de l'Irlande et d'isoler le mouvement républicain. C'est de ce point de vue qu'il faut l'analyser et poser le problème de la nécessaire réponse du mouvement anti-impérialiste.
la condition de la communauté nationaliste ». Il y a un lien direct entre les hésitations du Fianna Fail et son score dans les sondages, lequel avait baissé dramatiquement. En l'espace d'une semaine avantage sur la coalition gouverneson fortement impopulaire formée mentale du Fine Gael (le parti de FitzGerald) et du Parti travailliste, est passé de 11 % à
6 %.
Du côté du Sinn Fein, il n'y avait pas d'hésitation. Dans une déclaration faite immédiatement après la signature de l'accord, Gerry Adams affirmait que le gouvernement de Dublin avait formellement reconnu la partition de l'île, violant ainsi les articles 2 et 3 de la constitution irlandaise. FitzGerald, ajoutait
Adams, avait insulté « le peuple nationaliste très patient des Six Comtés », en lui gaëlique qu'il pouvait annonçant en enfin à nouveau lever la tête. « C'est parce que nous avons levé la tête » continua-t-il « et que nous avons lutté et fait des sacrifices pour nos droits civiques et nationaux que l'on s'est quand même attaqué au problème de la plaie suppurante de l'engagement britannique en Irlande ».
1.Le Sinn Fein et l'IRA constituent les ailes politiques et militaires du mouvement républicain, qui se bat pour la création d'une république irlandaise comprenant les 26 comtés de l'Etat du Sud et les Six Comtés actuellement occupés l'impérialisme britannique.
Le par mouvement républicain se place dans la tradition de la république proclamée au cours de l'insurrection de Pâques 1916, de la guerre d'indépendance de 1919-1921 et de la guerre civile de 1922-1923. Le Sinn Fein et l'IRA sont nés d'une scission du mouvement républicain en 1969, époque à laquelle ils ont constitué l'aile dite « provisoire » contre l'aile « officielle » qui a depuis abandonné la lutte nationale à la faveur d'un « socialisme » réformiste stalinien. Depuis, le Sinn Fein a beaucoup évolué politiquement dans le sens de l'élaboration d'un programme comprenant la nécessité d'une lutte à la fois contre l'emprise économique et politique de l'impérialisme britannique sur toute l'Irlande et contre l'occupation directe des
Six Comtés, ainsi que sur le plan de l'articulation nécessaire entre lutte armée, lutte de masse et intervention sur le terrain électoral.
19.
La présence militaire britannique en Irlande du Nord. (DR)
D'après Adams, l'accord équivalait à « l'abandon total par le SDLP, le Fine Gael et le Fianna Fail de leurs assurances qu'ils n'accepteraient jamais un règlement interne aux Six Comtés (...) La position du Sinn Fein reste claire. Nous continuerons à donner une direction au peuple nationaliste sur la base de nos principes ». Le président du Sinn Fein précisait que la seule voie valable vers une entente entre les unionistes et les nationalistes serait la levée du veto unioniste (sur l'unification de l'Irlande, ndlr.), dans le cadre d'une Irlande « sans les Britanniques ».
LE CONTENU DE L'ACCORD Quel est donc le contenu de l'accord de Hillsborough et quelles perspectives en découlent à court et long terme ? Le tout premier article de l'accord déclare que « tout changement du statut de l'Irlande du Nord n'interviendrait qu'avec l'accord du peuple d'Irlande du Nord ». Cette disposition, hormis le fait qu'elle consacre le veto unioniste, est expressément contraire à l'article 2 de la constitution irlandaise, laquelle ne reconnait pas l'existence d'une entité appelée « Irlande du Nord ». Cet article dit : « Le territoire national consiste en toute l'île d'Irlande, ses îles et ses mers territoriales ». La seule forme de reconnaissance de la situation présente se trouve dans l'article 3, qui dit qu'« en attendant l'unification du territoire national », des lois adoptées par le Parlement de l'Etat du Sud ne seraient valables que pour les 26 comtés. Mais cet article stipule également que ceci « ne porte aucun préjudice » au droit de l'Etat à « exercer sa juridiction sur tout ce territoire (national) ». La prétention de l'accord de Hillsborough à n'entériner « aucune dérogation de souveraineté de la part de l'un ou l'autre des gouvernements » est donc absurde.
Par sa duplicité le gouvernement de Dublin risque de se trouver dans une situation très difficile. Peu avant la signature de l'accord, Garret FitzGerald répété la position qu'il a défendu publiquement depuis plusieurs années : à savoir, que l'article 2 devrait être retiré de la constitution de l'Etat des 26 comtés. Pourtant, avec la lâcheté qui le caractérise, il n'a pas manqué d'ajouter qu'il ne souhaitait pas un référendum sur la question. En effet, il sait bien que ses positions pro-unionistes seraient battues dans une telle consultation. Le Fianna Fail, dont la base est davantage nationaliste, ne serait, quant à lui, pas d'accord avec l'abandon des articles 2 et 3.
En défendant l'accord de Hillsborough, FitzGerald se présente comme représentant du « nationalisme irlandais ». Cela fait naturellement enrager les unionistes, ce qui n'est guère difficile. Mais comment les Britanniques voient-ils les choses ? La réponse à cette question a été donnée dans un discours tenu à Bruxelles le 3 décembre 1985, devant un parterre d'hommes d'affaires, par Tom King, secrétaire d'Etat du gouvernement britannique, chargé de l'Irlande du Nord : « Nous avons maintenant signé un accord par lequel le Premier ministre de la République d'Irlande (du Sud, ndlr.), bien qu'il soit confronté ou qu'il doit vivre avec une constitution qui contient des aspirations à exercer une souveraineté sur l'Irlande du Nord, accepte cependant qu'en pratique il n'y aie jamais d'Irlande unie » (2).
Furieux d'être astreint à pots cassés par cet arrogant fonctionnaire impérialiste, FitzGerald exigeait des excuses qui lui permettraient de ne perdre la face. King, dont la faute essentielle fut d'avoir parlé franchement en avouant publiquement ce que tout le monde savait, fit amende honorable au travers d'une déclaration quelque peu embrouillée devant le Parlement britannique. Prétendant n'avoir exprimé qu'une opinion personnelle, il déclara : « Je reconnais que la façon dont je me suis exprimé laisscit croire que je considérais que cela était aussi le point de vue du docteur FitzGerald. J'accepte, bien sûr, que cela ne soit pas le cas » (3).
Dans une déclaration, People's Democracy (PD), section irlandaise de la IVe Internationale, commentait ainsi l'événement : « Après le rapport du Forum, Margaret Thatcher disait "non, non, non !" à une Irlande unie (4). Après l'accord anglo-irlandais, Tom King, représentant direct du pouvoir britannique en
2. Irish Press, 4 décembre 1985. 3. Irish Times, 5 décembre 1985. 4. Le Forum pour une nouvelle Irlande, établi en 1983, fournissait un cadre de discussion entre les gouvernements britanniques et irlandais et leurs protégés respectifs en Irlande du Nord, à savoir le SDLP et les unionistes modérés. Il préfigurait les négociations intergouvernementales qui ont conduit à l'accord du 15 novembre 1985.
1916 et noyée dans le sang par l'armée britannique qui en fusilla les chefs. Mais deux ans après, les partisans de la république obtinrent une majorité écrasante des sièges irlandais aux élections législatives britanniques de 1918. Les députés républicains n'ont jamais participé au Parlement britannique de Westminster, mais se sont tout de suite constitués en Parlement de la république irlandaise à
Dublin. Cette république a mené une guerre d'indépendance contre les Britanniques de 1919 à 1921. En décembre 1921, un accord fut conclu entre des négociateurs irlandais et le gouvernement britannique, accord qui prévoyait la création d'un « Etat libre irlandais » qui resterait membre du Commonwealth britannique et dont le chef d'Etat serait le roi d'Angleterre. Cet accord fut rejeté par le Parlement irlandais. Commença alors une guerre civile entre les partisans de la République et ceux de « l'Etat libre », qui s'est soldée par la défaite
Valera, principal dirigeant des forces républicaines durant la guerre civile, l'« Etat libre » prit le nom d'Eire (Irlande en gaélique) et cessa de reconnaître le roi d'Angleterre avant de devenir la république d'Irlande en 1949, date à laquelle elle quitta le Commonwealth. Les rapports du pays avec l'impérialisme britannique se sont modifiés, mais sans que la domination de ce dernier sur le détachant de la province irlandaise de l'Ulster 6 des 9 comtés, qui restaient dans le Royaume-Uni. En effet, dans l'ensemble des 9 comtés de l'Ulster, les cathomum de territoire avec une majorité protestante suffisamment confortable (environ 70 % de la population) pour en faire un Etat confessionnel viable. De 1921 à
1972, cet Etat avait son propre Parlement, connu sous le nom de Stormont, du nom du château où il siègeait. Le Parti unioniste, grand parti de la communauté protestante aujourd'hui divisée en fractions, fut au pouvoir sans interruption siègeait au gouvernement. En effet, le Parti unioniste n'acceptait pas de catholitard les mobilisations de masse et la lutte armée dirigées par le mouvement républicain, le gouvernement britannique s'est rendu compte qu'il était impossible de maintenir inchangé le système de domination protestante et dissolva le Parlement de Stormont. Depuis, toutes les tentatives de trouver un compromis entre les différentes parties, acceptables à la fois par les unionistes et les catholiques prêts à collaborer avec Londres, ont échoué, surtout à cause du sectarisme bovin anti-catholique de l'écrasante majorité de la population protestante. Depuis
1972, la province est donc administrée directement par un ministre du gouverprésence britannique en Irlande et à la partition du pays se reflète jusque dans exemple, ils ne reconnaissent pas l'entité artificielle d'« Irlande du Nord », parlant plutôt des Six Comtés. Ils n'accordent pas non plus le titre de république au régime pro-impérialiste de Dublin, préférant les termes d'« Etat libre », de « 26
Comtés » ou simplement d'« Etat du Sud ». C'est d'ailleurs la terminologie uti-
Irlande, dit que Garret FitzGerald est d'accord sur le fait "qu'il n'y aura jamais d'Irlande unie". Garret, le perroquet de Maggie, ne sait plus où se mettre : il hurle, il proteste. Cela ne changera rien. Il a choisi la voie humiliante et dégradante d'avoir le seul droit de mettre en avant "des idées et des propositions" (pour citer les termes de l'accord) qui émanent de King, de Thatcher, de Jack Hermon, chef de la police nord-irlandaise (RUC) et Cie, dans le cadre de la Conférence anglo-irlandaise (5). Il n'y a "aucune dérogation" de la souveraineté britannique dans cet accord ».
L'Etat du Sud est enfoncé jusqu'au cou dans la collaboration avec l'impérialisme britannique. Cet Etat a été créé en 1921 par une loi adoptée par le Parlement de Westminster. Il a consolidé sa domination au travers d'une guerre civile brutale en 1922-1923 au cours de laquelle des sonnés et des centaines d'entre eux exécutés sans procès. Aujourd'hui encore, les geôles de Portlaoise et Limerick sont peuplées de gens qui prenaient au sérieux les articles 2 et 3 de la constitution. Des tribunaux « spéciaux » sans jurés siègent à Dublin (comme à Belfast d'ailleurs) pour juger les militants anti-impérialistes. La police utilise des méthodes brutales, qui ont été condamnées par Amnesty Inter-
Par l'utilisation de la section 31 de la loi sur la radio et la télévision, le Sinn Fein n'a pas accès à ces médias. Un tel degré de censure ne s'exerce même pas en Grande-Bretagne ou dans les Six Comtés. L'accord de Hillsborough peut permettre de nombreuses « améliorations » de la collaboration entre l'Etat du Sud et Londres. Par exemple, l'article 8 de cet accord déclare que la Conférence anglo-irlandaise « examinera les zones où la législation criminelle en vigueur au Sud et au Nord pourrait être harmonisée ». Le gouvernement britannique songe-t-il étendre une variante de la section 31 à toute l'Irlande ? L'accord de Hillsborough lui en ouvre les portes.
Autre exemple de la collaboration éhontée du gouvernement de Dublin avec la Grande-Bretagne : l'extradition du Sud vers les Six Comtés de militants recherchés pour des délits politiques. Jusqu'à récemment, les tribunaux du Sud invoquaient la Constitution de l'Etat pour refuser l'extradition de qui que ce soit vers les Six Comtés pour des délits liés à la lutte des républicains contre les autorités britanniques et unionistes. En 1982, cette politique fut inversée par une décision du premier président de la cour d'appel, ancien député du Fine Gael et ancien militant des Chemises bleues, Tom O'Higgins (6). Ce dernier que des personnes menacées d'extradition ne pouvaient légitimement que leurs délits étaient politiques si elles étaient « engagées dans ce que des gens raisonnables et considéreraient comme de l'action poli-
Dominice a Ce chey et Set du olangue
été les premiers militants répudes forces républicaines.
liques étaient majoritaires.
tout au long de cette période.
nement britannique.
le vocabulaire utilisé couramment pour parler des deux Etats irlandais.
lisée par l'auteur de l'article ci-contre. blicains extradés vers le Nord pour des délits politiques. D'autres cas sont actuellement en cours. L'accord de Hillsborough tente de sceller cette trahison en incitant l'Etat du Sud à signer la Convention européenne contre le terrorisme de 1977. Jusqu'ici, Dublin avait refusé de la signer en invoquant l'« exception politique ». A la suite de l'accord de Hillsborough, FitzGerald annonça que le Dail (Parlement irlandais) se plierait maintenant à la demande britannique et signerait cette convention.
L'article 3 de l'accord associe le gou vernement de Dublin à la politique de dévolution du pouvoir « au sein de l'Irlande du Nord sur une base qui obtiendrait un large consensus
Les deux Irlande
La république irlandaise fut proclamée au cours de l'insurrection de Pâques
Suite à la victoire électorale en 1932 du Fianna Fail, parti d'Eamon De
L'Irlande du Nord, entité complètement artificielle, fut créée en 1921, en
Seul quatre d'entre eux possédaient une population
Les Six Comtés représentent tout simplement le maxi-
Pendant ces cinquante ans aucun catholique ne
Suite à la montée du mouvement pour les droits civiques en 1968 et plus
L'hostilité de la population nationaliste et du mouvement républicain à la dans la communauté ». Cette politique constitue un recul important par rapport des années 1972-1974, connue sous le nom de « partage du pouvoir », et qui accordait explicitement au SDLP un rôle dans un éventuel gouvernement des Six Comtés. Le seul gouvernement formé dans le cadre de cette politique
5. La Conférence anglo-irlandaise est un organisme consultatif mis en place par les ter
6. Les Chemises bleues furent une milice qui existait durant les années 1930 sur le modèle des mouvements fascistes européens de l'époque. Liées aux forces politiques en Irlande britannique, dont le Fine Gael est le successeur, les Chemises bieues étaient utilisées contre le mouvement républicain.
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Manifestation de protestation contre les blocks H. (DR) de « partage du pouvoir » était renversé en mai 1974, après seulement cinq mois d'existence, par la grève générale des protestants organisée par le Conseil des travailleurs de l'Ulster (UWC), organisation réactionnaire de défense des privilèges de la classe ouvrière protestante.
« DÉVOLUTION » ET « PARTAGE
DU POUVOIR » La référence à la dévolution dans l'accord de Hillsborough découle de la volonté des Britanniques de mettre fin au système d'« administration directe » mis en place en 1972, après que la montée du mouvement de masse pour les droits civiques ait contraint le gouvernement de Londres à suspendre le Parlement unioniste à Stormont. Sous le système d'administration directe, un ministre britannique, membre du cabinet, détient la responsabilité finale pour les Six Comtés. Ce poste colonial a été décrit par un des prédécesseurs de Tom King, le conservateur James Prior, comme étant « la poubelle de la vie politique britannique ».
Après la fin du mouvement des grèves de la faim en 1981, Prior lui-même a fouillé dans la poubelle pour retrouver Stormont, sous la forme d'un projet appelé « dévolution rampante ». Les unionistes et surtout le pasteur Paisley y ont coopéré avec enthousiasme. Mais le SDLP n'était pas capable de jouer son rôle désigné de collaborateur. En effet, le Sinn Fein, abandonnant sa politique antérieure de non participation, décida de contester les élections d'octobre 1982 pour la nouvelle assemblée de la province, mais autour du mot d'ordre de « boycott du Stormont », obligeant ainsi le SDLP à l'imiter. Le Sinn Fein a obtenu un score respectable et la nouvelle assemblée est restée un parlement croupion pour l'expression des nombreuses dissensions yarmi les forces unionistes.
Sans la collaboration du SDLP, les Britanniques avaient peur d'accorder des vrais pouvoirs à cette assemblée composée uniquement de représentants unionistes. Une inititative irréfléchie dans ce sens aurait pu renforcer le soutien électoral au Sinn Fein et aurait eu des répercussions au Sud. Du point de vue du gouvernement britannique, l'accord de Hillsborough représente une manœuvre pour contourner vement républicain. Pour l'instant, le bilan est plutôt positif pour lui. Aussi bien FitzGerald que le SDLP ont appelé à négocier avec les unionistes. Si maintenant le gouvernement britannique décide de faire une concession unilatérale à ces derniers sur la question de la dévolution, le gouvernement de Dublin et le SDLP vont connaître de sérieuses difficultés. Dans ce contexte, ces nationalistes à la Quisling (7) ne peuvent abandonner la collaboration institutionnelle sans doll du terrain vis-à-vis des forces de resistance anti-impérialistes.
Après un tel catalogue de capitulations, on pourrait se demander ce que les collaborateurs ont reçu en échange. La réponse en est : « rien ». Il a vaguement été question d'abroger la loi sur les drapeaux et les enseignes, laquelle interdit d'arborer le drapeau irlandais dans les Six Comtés. On a également proposé de légaliser l'affichage en gaélique des noms de rue. La réalité est que ces droits ont déjà été arrachés dans la pratique par les habitants des quartiers nationalistes.
Avant la signature de l'accord, quelques autres carottes ont été offertes, comme par exemple la révision de certains des procès montés contre des Irlandais en Grande-Bretagne dans les années 1970. Deux cas notoires sont ceux des « six de Birmingham » et de la famille Maguire. Dans aucun de ces cas, les Irlandais en question n'avaient de lien avec le mouvement républicain. Les Maguire étaient des partisans du Parti conservateur ! Pour cette raison, certaines personnalités de l'establishment britannique, après que ces gens aient passé plus de dix ans en prison dans d'épouvantables conditions, estiment que l'on pourrait casser ces condamnations. Personne, bien sûr, ne songe à remettre en question les procès plus nombreux montés contre des militants républicains. Cependant, il n'y a eu pour l'instant aucune initiative concrète à ce sujet. Il est fort possible que la révision de ces condamnations soit bloquée d'un côté par crainte d'une réaction violente de la part des paranoïaques unionistes hostiles à l'accord de Hillsborough et de l'autre par la peur que toute remise en question des procès, même des plus évidemment truqués, n'ouvre une boîte de Pandore dans le monde judiciaire britannique.
LE MONSTRE DE FRANKENSTEIN
On pourrait s'étonner, étant donné la d'avantages. En effet, la question vaut la peine d'être posée.
Regardons d'abord la réaction unioniste. Le 23 novembre, plus de 100 000 personnes (ce qui représente environ 10% de la population protestante d'Irlande du Nord) se sont rassemblées à Belfast devant une tribune où se trouvaient 14 des 15 députés unionistes qui ont tous démissionné afin de forcer à des élections partielles qui prendraient des allures de référendum au sujet de l'accord. Pour sa part, le pasteur Ian Paisley a fait des déclarations comme quoi le rôle accordé à Dublin « dans le contrôle commun des affaires d'Ulster équivaut à placer Adolf Hitler au cabinet israélien » (8).
En outre, des élus unionistes ont agressé physiquement Tom King à l'intérieur et à l'extérieur de l'Hôtel de Ville de Belfast. Toutes les municipalités dirigées par les unionistes boycottent les représentants du gouvernement britannique.
Le gouffre entre ces monstres à la Frankenstein et leurs propres créateurs est tellement béant que l'adjoint de King, Nicholas Scott, a menacé de suspendre l'Assemblée de Stormont. Un regroupement unioniste modéré, le Parti de l'Alliance, accuse les ultras protestants de préparer une déclaration unilatérale d'indépendance de la province, à la manière de lan Smith en Rhodésie en 1965. La gaffe faite par King proclamant à Bruxelles qu'il n'y aurait « jamais d'Irlande unie » est un exemple des tentatives britanniques d'apaiser le monstre unioniste. Un autre exemple est celui d'un mémorandum interne du chef constable de la RUC,
7. C'est-à-dire, à la manière de Vidkun Quisling (1887-1945), chef d'un gouvernement norvégien pendant la Deuxième Guerre mondiale qui fut formellement indépendant mais en réalité le simple instrument des forces allemandes d'occupation.
8. Irish Times, 3 décembre 1985.
Jack Hermon, munt la declaration faite par FitzGerald qu'à l'avenir des policiers allaient participer aux patrouillles effectuées dans les quartiers catholiques par le Régiment de défense de l'Ulster (UDR).
Il pourrait sembler assez bizarre que FitzGerald puisse considérer cette participation de la RUC aux patrouilles comme une « réforme ». Il est vrai que l'UDR, régiment de l'armée britannique composé pour l'essentiel de protestants, détient un effroyable record d'attaques contre la population catholique. Mais la RUC, qui recrute d'ailleurs dans le même milieu que l'UDR, a fait ses propres preuves en matière de répression meurtrière avec, par exemple, l'assassinat de sang-froid à Armagh de deux militants républicains non armés ; l'officier responsable de ce crime fut plus tard acquitté du meurtre, le juge lui faisant compliment de son « adresse au tir ».
Le mémorandum Hermon fut présenté au cours d'une conférence de presse tenue par le DUP de Ian Paisley le 4 décembre. Faisant preuve de leurs hallucinantes capacités à mépriser raison et logique, les partisans du pasteur ont caractérisé ce bourreau de « collaborateur » et de « laquais à la solde des establishments de Dublin et de Londres » (9). Cet incident, parmi beaucoup d'autres montre la futilité d'essayer de se concilier les bigots unionistes.
La grève de mai 1974, que nous avons évoquée plus haut, met en luquelque chose de fondamental dans la vie politique nord-irlandaise, savoir que tous les unionistes, indépendamment des différenciations de classe, sont unis pour défendre les privilèges de caste de la communauté protestante et sa domination sur la population catholique. Le taux de chômage très élevé et la pauvreté règnante chez les catholiques maintiennent la population protestante dans sa conviction qu'au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Il y a là un parallèle frappant avec l'attitude des travailleurs blancs envers les Noirs en Afrique du Sud ou encore avec celle des juifs pauvres en Israël vis-à-vis des Pa-
Les unionistes voient dans tout rôle accordé au gouvernement de Dublin ou au SDLP dans les affaires de l'Etat du Nord une menace pour la domination protestante. D'ailleurs, ils sont furieux d'avoir été exclus des pourparlers secrets entre Londres et Dublin, qui ont duré toute l'année précédent la conclusion de l'accord. Ils avaient vu la politique de dévolution rampante de Prior comme le chemin le plus court vers la restauration des pouvoirs du Parlement de Stormont et ils se mettent en colère parce qu'il y a des retards et des manœuvres sur ce chemin. En plus, ils doivent maintenant supporter la présence de 59 représentants du Sinn Fein dans les conseils locaux.
Les divergences tactiques au sein du bloc unioniste demeurent. Paisley met l'accent sur la dévolution, alors que le Parti unioniste officiel (OUP) de James Molyneaux a récemment commencé à souligner la nécessité d'une « intégration totale » dans le Royaume-Uni. Ces divergences ont conduit à des chamailleries permanentes à l'Assemblée. Mais la montée en puissance de leur ennemi commun, le Sinn Fein, a relégué à l'arrière-plan leurs désaccords.
LES TACHES DES ANTI-IMPÉRIA-
LISTES Il est clair que les unionistes espèrent pouvoir répéter le coup de 1974. Qu'ils y arrivent ou non, il ne fait pas de doute qu'ils ont déjà réussi à déplacer à droite le centre de gravité de la vie politique nord-irlandaise. Dans cette situation, la réponse des anti-impérialistes à la campagne des unionistes pour les élections partielles est d'une importance décisive. Plus généralement se pose le problème l'élaboration d'une stratégie anti-impérialiste à long terme pour le Sud
Des quinze circonscriptions où il y aura des élections partielles le 23 janvier, quatre ont potentiellement des majorités nationalistes. Le Sinn Fein a déclaré son intention de contester les élections parQuatrième Internationale XIIe CONGRES MONDIAL de la QUATRIEME INTERNATIONALE janvier 1985 Numéro spécial 17/18 septembre 1985 tielles et a proposé un « pacte nationaliste » au SDLP. Mais l'unité nationaliste a été d'emblée rejetée par le SDLP. Le dirigeant de ce parti, John Hume, souligna qu'alors que le SDLP soutient l'accord de Hillsborough, le Sinn Fein lui est opposé.
Il n'est pas en soi erroné de proposer un pacte au SDLP. Mais il est important que cela soit fait dans un cadre dont la clarté favorise une mobilisation des masses contre l'accord. Cela veut dire prendre à bras-le-corps le problème de la direction du SDLP qui s'est engagée à soutenir cet accord. Le Sinn Fein pourrait proposer une orientation commune au cours des élections - y compris avec des secteurs du SDLP - en faisant des propositions pour une plate-forme d'unité centrée sur les questions des droits démocratiques et de l'opposition à l'impérialisme, exigeant par exemple :
- le retrait immédiat des troupes britanniques;
- la dissolution de l'UDR et de la RUC ;
— une amnistie pour les prisonniers politiques ;
- l'abolition des tribunaux Diplock (tribunaux spéciaux sans jurés pour juger des accusés politiques).
People's Democracy est d'avis qu'il faut mettre de telles conditions aux négociations avec le SDLP ou avec d'autres forces nationalistes. Par ailleurs, PD met actuellement en avant l'idée d'une « Charte de la liberté » pour l'unification de l'Irlande, laquelle devrait être le fruit d'une discussion entre les forces anti-impérialistes. Le mouvement de libération nationale a besoin d'une stratégie nouvelle pour affronter la nouvelle offensive de l'impérialisme britannique et de ses collaborateurs irlandais.
John MEEHAN, Dublin, le 20 décembre 1985. 9. Irish Times, 4 décembre 1985. - SOMMAIRE -
Note introductive p. 5
Thèses sur la situation internationale p. 6
L'étape actuelle de la construction de l'Internationale 27
Révolution politique et contre- révolution en Pologne p. 50
Démocratie socialiste et dictature du prolétariat p. 74
Ce numéro spécial de la revue
Quatrième Internationale contient tous les textes adoptés par le 12ème congrès de la IVème Internationale en janvier 1985.
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