Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

La longue marche du PCI

· Inprecor n° 211, 20 janvier 1986 · p. 15-18 · 4 005 mots

Italie Allemagne Paix et armements URSS et Russie

A défaite électorale du 12 mai 1985 a provoqué dans le

L Tee, son ampleur et a porte des de cation a e rée, son ampleur et la portée des différenciations qui se sont manifestées, dépasse celui qui avait eu lieu en 1956 à la de la dénonciation des crimes de Staline au XXème

Congrès du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) (1).

Ouvert par le comité central qui a suivi les élections et poursuivi au cours de deux autres sessions du même organisme, en juillet et en décembre 1985, et à l'occasion du festival de l'Unita en septembre 1985, ce débat a été dans sa quasi totalité

Livio MAITAN

Synthétisons d'abord les lignes du débat à partir du mois de juillet

1985. L'aile droite du PCI s'est efforcée de mieux définir son profil sur des thèmes

C'est le principal portée générale.

dirigeant de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), Luciano Lama, qui en est apparu comme la figure de proue. Le 25 mai dernier, il avait déjà donné à la Repubblica une interview, qui provoqué des remous parmi les membres du PCI, qui n'aiment pas que leurs dirigeants utilisent la presse bourgeoise pour y exprimer des points de vue particuliers. Luciano Lama expliquait, entre autres, que le PCI devrait désormais se placer dans l'optique d'une lutte pour améliorer le système social actuel et renoncer à tout exercice conceptuel abstrait sur la « fuoriuscita » (« sortie ») du capi-

Le 19 juillet suivant, il revenait à la charge dans le quotidien du parti. Faisant l'éloge de la social-démocratie allemande, il ajoutait : « Je pense que la plupart des communistes italiens, s'ils étaient en Allemagne (...) seraient dans le SPD ». Le 4 octobre, dans une interview au Corriere della Sera, Lama réitère qu'il n'y a « aucun sens, aucune signification » à parler de « sortie » du capitalisme. Précisant sa pensée, il déclare : « Je suis installé dans cette société et il y a des valeurs de ce système que je ne veux pas perdre (...)

la liberté, la démocratie, mes droits comme individu ». On ne saurait mieux exprimer le sentiment moyen d'un démocrate

COMMUNISTES ITALIENS OU SO-

CIAUX-DÉMOCRATES ALLEMANDS ?

Un autre porte-parole de la droite,

Guido Fanti, actuellement vice-président du Parlement européen, qui reflète la sensibilité des élus locaux, a repoussé au comité central de juillet 1985 critiques que certains avaient

La longue marche du PCI

public. nions du comité central. tis et d'intellectuels connus (2). aux municipalités de gauche. D'après lui, les échecs électoraux du PCI tiennent au fait que ce parti n'a pas su esquisser « des orientations générales de gouvernement national » correspondant aux conceptions et aux pratiques qui s'étaient affirmées au niveau des communes, des provinces et des régions. En d'autres termes, selon lui, l'intégration dans les institutions n'avait pas encore été poussée jusqu'au bout.

Toujours au comité central de juillet 1985, Sergio Segre, lui aussi député européen, avait pris à partie ceux qui avançaient l'idée d'une Europe non alignée. Il ne fallait pas mettre en question sous quelque forme que ce soit l'appartenance à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) et la fidélité à l'alliance avec les pays occidentaux.

Pour en venir à la gauche du PCI, Ingrao a insisté notamment sur sa critique du Parti socialiste italien (PSI) dont l'hosau mouvement pacifiste révèle à quel point il est « prisonnier de la logique impériale américaine ». Ingrao n'a pas oublié par ailleurs d'ajouter que le PCI lui-même est responsable de la démobilisation du mouvement contre la guerre. La critique du PSI était également l'axe central d'une lettre de la cellule d'entreprise de chez Piaggio (Pontedera), très dure aussi à l'égard des directions syndicales : « Si nous voulons représenter une alternative à ce système de pouvoir, il doit être clair que dans beaucoup de cas et nombre situations nous devons aussi représenter une alternative au PSI, intégré dans ce système » (L'Unita, 7 août 1985).

Un autre représentant de la gauche, Cossutta, a été plus actif qu'Ingrao pour se présenter comme le principal opposant aux dérapages programmatiques de la majorité. Par exemple, au comité central de juillet, en réponse à « ces camarades qui posent explicitement comme point central du débat la question de savoir s'il faut renoncer à toute hypothèse de lutte pour la sortie » du capitalisme, il a nié que « les contradictions du capitalisme aient cessé d'avoir un rôle déterminant dans la

La presse quotidienne et hebdomadaire du PCI a publié des tribunes libres et diffusé de longs compte-rendus des réu-

La presse bourgeoise — de la Repubblica au Corriere della

Sera - est intervenue de son côté en ouvrant ses colonnes aux déclarations, interviews, articles des différents dirigeants du PCI ainsi qu'aux commentaires de dirigeants d'autres par vie sociale et économique ». On ne saurait donc renoncer à la lutte pour le dépassement du capitalisme en Italie et plus géné ralement en Occident. Il est revenu sur la même idée dans un article paru un mois plus tard dans l'Unita du 21 août : « Rien n'a plus vieilli que de prétendre améliorer la société en s'adaptant à la gestion des règles du jeu capitaliste : c'est du déjà vu et qui a fait faillite ». Malheureusement dans le même article, il confirmait son accord avec « la ligne gradualiste qui marque l'histoire du parti » en se réclamant aussi bien des idées de Togliatti que de

Berlinguer. Enfin, au festival de l'Unita il a déclaré ne pas être « convaincu » du projet de « pacte entre les producteurs »

- à savoir entre travailleurs et patrons — un leitmotiv de l'orientation

Pour sa part, le groupe dirigeant qui se place au centre autour de Natta (4), secrétaire national du PCI, tout en niant qu'il existe une crise d'identité du parti, s'est quand même préoccupé de réaffirmer cette identité à trois niveaux. Tout d'abord, il réaffirme le rôle central de la ouvrière en rappelant que « les masses des travailleurs dépendants n'ont cessé d'être les protagonistes de la lutte pour des rapports sociaux nouveaux ». En

1. Voir à ce sujet l'article de Livio Maitan paru dans le numéro 201 d'Inprecor du 22

2. Au festival de L'Unita, qui a duré plus de deux semaines et auquel ont participé des centaines de milliers de personnes, ont été invités des dirigeants du PSI et d'autres partis gouvernementaux (dont des ministres), des dirigeants syndicaux et des dirigeants d'organisations patronales, des dirigeants d'entreprises de l'Etat. Ont aussi pris la parole des hommes politiques et des intellectuel étrangers.

autres, un débat a eu lieu entre le démocrate nord-américain MeGovern et un porte-parole de la bureaucratie soviétique, Kovalski, conseiller du comité central du PCUS en matière de politique internationale.

3. Nous traduisons par « sortie » le mot dehors ». Une telle terminologie a été introduite pour mieux exprimer les conceptions gra-

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Berlinguer lors de la compagne électorale de 1979. (DR) deuxième lieu, il précise le profil actuel du parti : « le PCI est et veut être un parti démocratique moderne, réformateur, et une authentiquement socialiste, indissolublement liée au destin de l'Italie, à la vie et au sort de la gauche européenne, liée à toutes les forces de libération, d'émancipation et de progrès du monde entier ». Il défend les idées « de liberté, libération, justice, égalité et de solidarité » de même que « l'idée que ports de production issus des structures capitalistes ne représentent pas un parachèvement de l'histoire humaine et une application des lois troisième lieu, il confirme la « conception de l'alternative » comme axe stratégique à moyen, voire à long terme (5).

Nous reviendrons sur l'« alternative » à propos du débat sur les textes préparatoires au congrès d'avril 1986. Soulignons ici que, dans la période à laquelle nous nous référons actuellement, les porte-parole du « centre », conscients des difficultés qu'ils ont à expliquer leur stratégie, se sont engagés surtout sur ce terrain. Malheureusement, le plus souvent, ils se sont adonnés aux plaisirs des jongleries conceptuelles et verbales. Achille Occhetto, le principal champion en la matière, mérite d'être cité. Dans un article paru dans Rinascita du 13 juillet 1985 et titré « De nouvelles idées-forces pour la gauche européenne », en partant d'un essai du social-démocrate allemand Peter Glotz, il se prononce pour une « revalorisation du marché », mais précise-t-il - à la condition qu'en même temps on se pose « la véritable question du temps qui surgit devant nos choix politiques, à savoir celle d'une reconquête collective de la valeur d'usage, capable d'aller au delà de toute utopie néo-seigneuriale ». Nous avouons ne pas comprendre exactement de quoi il retourne. Mais nous espérons être en bonne compa-

Il est vrai que l'auteur fait de son mieux pour nous aider. Il explique peu plus loin qu'il faut « dépasser la fausse alternative entre étatisme et néo-libéralisme » et « introduire un nouveau libéralisme dans les grands processus de socialisation en cours ». Il conclut : « la solunouveaux problèmes n'est nullement facile, elle n'est pas inscrite dans les textes de Marx ni dans ceux de Keynes. Si nous ne voulons pas être défaits par Reagan et par Friedman, les leçons de Marx et de Keynes sont d'une certaine façon incontournables ». La synthèse qu'on nous propose est judicieuse, mais qu'il s'agisse d'idées nouvelles, c'est une autre paire de manches.

Dans un deuxième article paru dans Rinascita du 27 juillet 1985, notre auteur proclame qu'il faut « dépasser le vieux révolutionnarisme et le vieux réformisme (...) Même l'affirmation de la nécessité d'une sortie du capitalisme doit être présentée sous forme de problématique ». Ici, le fond de la question semble plus clair. Le groupe dirigeant du PCI ne veut pas proclamer sans détour qu'il est pour le dépassement du capitalisme, car cela lui créerait des difficultés dans ses projets politiques actuels et les alliances qu'il appelle de ses vœux, mais il ne veut pas non plus dire ce que dit par exemple Lama, de peur de trop diluer l'identité du parti et de trop « désespérer Billancourt », c'est-àdire ces militants et ces cadres qui rechignent à croire que la lutte contre le système capitaliste n'est plus qu'une lubie archaique.

PCI, MOUVEMENT OUVRIER EURO-

PÉEN ET RÉFORMISME En soulignant à l'époque les éléments nouveaux apparus dans les prises de position du PCI après l'instauration du régime de Jaruzelski en Pologne, nous maintenir désormais « des rapports avec tous les partis communistes de même qu'avec toute autre force socialiste, révolutionnaire et progressiste, sans lien privilégié avec qui que ce soit » (6). Il faut constater maintenant - pour anticiper sur l'analyse des thèses pour le XVIIème

4. Natta rejette cette caractérisation de aussi bien en ce qui le concerne qu'à l'égard de ses prédécesseurs : « C'est purement arbitraire sur le plan de l'appréciation historico-politique - écrit Natta - de définir la ligne de Togliatti et ensuite celle de Longo et finalement celle de Berlinguer, comme si ce qui est présenté par un jargon abusif comme leur " centrisme " et que nous définissons plus

June lutte permanente et l'opportunisme, était, en substance, une sorte d'équilibre statique, une absence de choix résolus » (L'Unita, 8 octo-

5. Voir le rapport de Natta au comité central du juillet 1985, l'Unita du 23 juillet.

6. Voir la déclaration de la direction du PCI du 30 décembre 1981, citée dans l'article de Livio Maitan : « Les rapports du PCI avec l'Union soviétique », Inprecor numéro 121

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congrès - que la liste des partenaires du « nouvel internationalisme » du PCI s'est allongée. Elle inclut également « les forces démocratiques laïques ou d'inspiration chrétienne ou catholique, les syndicats, les mouvements pacifistes et écologistes ».

La différence entre les liens qui devraient unir les partis ouvriers et le soutien à des mouvements progressistes de toutes sortes s'estompe davantage. Mais l'essentiel est que dans la pratique et dans le débat politique et programmatique en cours, le PCI ne met plus tous les partis ouvriers sur le même plan. Il est beaucoup plus intéressé aujourd'hui à avoir des rapports avec des partis sociaux démocrates qu'avec des partis communistes comme, par exemple, le Parti communiste français (PCF) ou le Parti communiste portugais (PCP). En fait, la lecture de son quotidien et de son hebdomadaire ne permet pas le moindre doute : les points de référence essentiels du PCI sont les social-démocraties d'Allemagne et de Suède.

En ce qui concerne la première, Rinascita y consacre, par exemple, un artide son spécialiste, Mario Telo, qui présente sous un jour tout à fait favorable le nouveau programme du SPD. Nous avons déjà vu, par ailleurs, que le PCI se réfère constamment aux thèses du socialdémocrate allemand Peter Glotz. Ce nouveau programme serait surtout caractérisé par l'idée d'«une alliance sociale pour l'emploi financée surtout par le sacrifice dans un esprit de solidarité » et par l'élargissement du « grand pacte social », qui comprendrait plus seulement « trois acteurs traditionnels » (SPD, syndicats et patronat), mais aussi la Banque centrale (concept de Globalsteuerung, direction globale, nous explique l'auteur). Il y a quand même une difficulté : « les industries privées ne partagent ni l'objectif prioritaire (l'emploi), ni ses sources de financement, ni ses formes de réalisation ». Un petit détail, dont Telo semble ignorer la cause. En dépit de tou-

TTO COMUNDIA TAVANO

USTO BANGLIA

CARA

tes les nouveautés, l'économie allemande toujours régie par le profit et tout le reste n'est que littérature aux yeux d'« alliés sociaux » comme les patrons et les

En ce qui concerne la social-démocratie suédoise, la presse du PCI a salué en termes enthousiastes ses derniers exploits électoraux. L'Unita du 14 septembre 1985 a consacré à la Suède toute une page et titré son éditorial du 17 du même mois « Où on a pas baissé la tête ». Rinascita du 28 septembre 1985 a publié un article intitulé « L'exemple suédois » dans lequel Mario Telo rejette l'idée de I'« exceptionalité suédoise » et se pose la question de savoir « si le processus de renouveau qui avait préparé le retour de Palme au pouvoir seulement six ans après nouvelle phase de développement possible du mouvement syndical et du sociaeuropéen ». Une seule social-démocratie suédoise maintient une « stratégie socialiste nationale » alors que le« SPD est plus nettement pro-européen ». Telo ne semble pas se demander si cela a quelque chose à voir avec les orientations différentes des deux bour-

Comme nous l'avons vu, Natta caractérise le PCI comme un parti réformateur.

généralement, le groupe dirigeant continue à éviter les mots « réformiste » et « réformisme ». Même dans les débats récents certains de ses représentants ont expliqué que la différence entre la socialdémocratie classique et le PCI résidait dans le fait que les sociaux-démocrates n'ont lutté, en dernière analyse, que pour modifier la distribution des revenus alors que le PCI veut introduire des réformes structurelles. Mais une telle réduction de la politique social-démocrate - qui n'est qu'un camouflage tactique, si non automystification - est désormais ouvertement contestée, par exemple, dans un article du député Augusto Barbera.

De son côté, Rosario Villari, membre du comité central, a insisté sur la nécessité pour le parti de tirer toutes les conséquences de l'acceptation de la « démocratie politique » comme « valeur universelle », à savoir de préciser explicitement et que son approche de la « transformation socialiste de la société » ne peut être que « réformiste et graduelle ». Le même Villari a expliqué au comité central de décembre qu'au lieu de proclamer « des perspectives idéales de solutions définitives et d'élaborer des projets abstraits », il fallait « valoriser les conquêtes, les réformes que le mouvement ouvrier a réalisé dans son histoire ». L'historien Giuliano Procacci, membre de la commission générale de contrôle du PCI, est encore plus explicite dans la revalorides réformistes. Il écrit : « Les réformistes ont représenté la composante la plus constructive, la plus capable et même la plus efficacement combative du mouvement ouvrier italien». LES THESES POUR LE XVII CONGRES

Les thèses que le comité central du PCI a adopté début décembre 1985 ne reflètent que partiellement toute la problématique soulevée dans les débats qui se sont déroulés pendant plus mois. En fait, elles ne comportent aucune nouveauté importante. Elles ne font que reformuler, le plus souvent dans les ter mes utilisés au cours des dernières années et même au congrès de 1983, la ligne stratégique réformiste du parti, son approche des problèmes internationaux et sa concep tion du centralisme démocratique. Le document programmatique, qui a été voté en même temps, reprend avec des variations mineures les axes et les objectifs spécifiques d'autres textes de même na-

Plus que d'analyser les textes en tant que tels, il est donc intéressant de se référer au débat sur les amendements dont le quotidien du parti a donné un compte-

Tout d'abord, la majorité a repoussé un amendement présenté par Cossutta, qui disait tout simplement : « Les comœuvrent au dépassement du capitalisme ». Le texte reste formulé comme suit : « Dans l'optique des pays développés, le dépassement du système capitaliste est conçu par les communistes

7. Comme nous le disions déjà dans notre article paru dans le numéro 201 d'Inprecor, les dirigeants du PCI sont visiblement gênés par le bilan des gouvernements socialistes en France et en Espagne, dont la stratégie n'est pas qualitativement différente de la leur. Ils ne parlent presque pas de l'Espagne et ils prennent de plus en plus leurs distances par rapport à la France. Ils estiment notamment que la politique des nationalisations est dépassée et que la gauche n'a pas fait les efforts nécessaires pour obtenir un soutien actif des masses. Ils laissent entendre qu'au lieu de vouloir gouverner avec 52%, il aurait été préférable d'envisager des accords plus larges. Voir à ce sujet une réponse de Gilles Martinet, dans Rinascita du 7 décembre 1985.

8. Il s'agit d'un programme qui devrait être réalisé par un « gouvernement d'alternative ».

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un dirigente comunista

embattente dell'antifascismo

Run grande italiano Berlinguer et la dirigeante de droite Simone Veil lors des funérailles d'Amendola. (DR) italiens non par le biais de grandes ruptures traumatisantes, comme ce fut le cas dans le passé (en fait cela se produisit à la suite des deux guerres mondiales, en Russie et en Chine), mais par un entrelacement complexe de formes économiques où un mode de production et de vie puisse prévaloir sur l'autre ». Les plus droitiers des sociaux-démocrates de l'âge d'or pourraient légitimement porter plainte contre un tel plagiat.

Deuxièmement, alors que le texte du congrès précédent, bien qu'avec des réserves, dénonçait la responsabilité principale de l'impérialisme nord-américain dans la course aux armements, au comité central de décembre tous les amendements allant en ce sens ont été repoussés. A été repoussé également un amendement se prononçant pour « des actes unilatéraux et limités de désarmement » de même qu'un amendement de Cossutta qui indiquait, par ailleurs dans des termes très vagues, à quelles conditions l'Italie pourrait rester dans l'OTAN. A juste titre, Fieschi et Castellina - auteurs eux aussi d'amendements - ont reproché à la majorité de défendre des positions « plus arriérées » que celles de certains partis sociaux-démocrates européens.

Sur le thème de l'« alternative démocratique », dont de multiples interprétations étaient apparues par exemple au comité central de mai, le débat a été encore une fois assez vif, sans que la clarté ne soit pour autant faite. La seule nouveauté réside dans l'utilisation d'une nouvelle formule, celle du «gouvernement de programme » qui serait, paraît-il, un objectif intermédiaire sur le chemin de l'alternative. Il est significatif, en tout cas, que toutes les propositions visant à présenter l'alternative comme une « alternative à la Démocratie chrétienne » ont été repoussés. Apparemment le compromis historique n'est pas encore enterré.

Des positions opposées se sont exprimées une nouvelle fois sur la question de l'utilisation de l'énergie nucléaire. La majorité a avalisé la ligne déjà adoptée auparavant en se prononçant pour une telle utilisation, « limitée et contrôlée » (9).

Finalement, la majorité a repoussé un amendement souhaitant que le parti établisse des rapports même « formels » avec l'Internationale socialiste amendement visant à remplacer la formule « centralisme démocratique », qu'une de la droite voulait abandonner, par celle de « méthode de l'unité démo-

En réalité, le débat sur les amendements a été un nouveau round de l'affrontement entre les divers courants ou sensibilités du parti. La droite, dont quelques porte-parole se sont abstenus sur le vote final (10), est peu intervenue sur les thèmes internationaux et cela pour la bonne raison qu'elle estime avoir eu gain de cause sur les points les plus importants : attitude vis-à-vis des Etats-Unis et de l'Union soviétique, question de l'OTAN et de la lutte pour le désarmement etc. Par contre, elle s'est déclarée peu satisfaite en ce qui concerne les perspectives nationales, c'est-à-dire l'alternative et le « gouvernement de programme ». En c'est sur ce terrain surtout que le centre a exercé sa médiation en imposant des formules susceptibles d'être interprétées selon les préférences de chacun ou suivant les besoins de l'heure.

La gauche, qui s'est abstenue elle aussi (en 1983, contre), s'est manifestée sous trois composantes. La composante ex-PDUP (Parti d'unité prolétarienne) s'est caractérisée en présentant des amendements sur des questions internationales et un amendement sur le gouvernement de programme allant dans le même sens que celui d'Ingrao sur le même sujet. Cossutta et Cappelloni ont continué une bataille qui dure désormais depuis cinq années en prônant une attitude moins critique envers l'Union soviétique, ce qui, selon eux, serait justifié par le nouveau cours de Gorbatchev, en critiquant les directions syndicales et en revendiquant plus de droits pour les minorités à l'intérieur du parti. Enfin, Ingrao a critiqué lui aussi, partiellement, la bureaucratie syndicale, surtout au sujet de ses pratiques peu démocratiques et il s'est rallié aux amende. ments de Castellina de l'ex-PDUP sur les questions internationales. Ingrao s'est battu surtout pour un amendement à propos du « gouvernement de programme », qui, d'après lui, devrait être un « gouvernement constituant » du fait que « la question cruciale » serait aujourd'hui celle d'une « réforme de l'Etat » et que la fin du gouvernement des cinq partis « pourrait se présenter comme un passage traumatisant » (11). Le moins qu'on puisse dire est que l'adoption d'un tel amendement n'aurait pas beaucoup modifié l'orientation du parti.

Qui plus est, aucune des composantes de la gauche n'a présenté des amendements sur des thèses capitales, comme celle concernant « le nouvel internationalisme », celle sur la caractérisation de la société italienne, celle sur les perspectives et celle sur les alliances sociales qui prône une « alliance pour le travail et le développement » incluant « les forces de la bourgeoisie industrielle intéressées à se battre contre les déséquilibres et l'arriération ». Cela confirme donc qu'une telle gauche ne constitue pas une alternative face au groupe dirigeant du PCI, dont elle ne remet pas en cause les orientations fondamentales.

Répétons-le, les textes pour le XVIIe congrès ne comportent pas de nouveautés substantielles par rapport aux orientations précédentes du parti et par rapport à ce qui avait été avancé dans le débat après les élections de l'année dernière. Les « novateurs » les plus audacieux en seront, du moins en partie, déçus. Toutefois, des changements et des rectifications que nous avons indiquées, il ressort que les conceptions du groupe dirigeant se distinguent de moins en moins des concep

Le PCI continue sa longue marche dans les institutions de la société bourgeoise et est de plus en plus prisonnier des mécanismes de celle-ci.

Livio MAITAN, le 4 janvier 1986. 9. 89 membres PCI ont voté pour, 2 contre et 33 se sor abstenus.

10. Au total, il y a eu 12 abstentions sur les thèses et 8 sur le document programmatique. Personne n'a voté contre.

Les cinq formations de l'alliance gouvernementale sont le Parti démocrate chrétien, le Parti socialiste, le Parti social-démocrate, le Parti républicain et le Parti libéral.

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