Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

On meurt toujours dans les prisons au Pays Basque

Inprecor n° 211, 20 janvier 1986 · p. 25 · 633 mots

Euskadi État espagnol

On meurt toujours dans les prisons au Pays Basque La mystérieuse réapparition du corps de Mikel Zabalza, trois semaines après son arrestation par la police, dans la rivière de la Bidassoa près de San Sebastian à la mi-décembre 1985, n'a pas seulement provoqué des manifestations de protestation au pays basque face à cette nouvelle preuve que les méthodes de la police espagnole n'ont pas changé depuis la chute de la dictature franquiste. Cela a aussi attiré l'attention internationale sur la « sale guerre » que les forces répressives de l'Etat espagnol mènent contre les nationalistes basques. « La Garde civile espagnole torture-t-elle toujours ses prisonniers pour arracher leurs confessions? » se demande l'hebdomadaire ouest-allemand Der Spiegel dans son numéro du 6 janvier 1986, qui rapporte par ailleurs les propos de la sœur du supplicié, Arantza, qui déclara : « Ils ont battu notre Mikel à mort et ont ensuite jeté son corps

Mikel Zabalza avait été arrêté le 26 novembre 1985 sous l'accusation d'appartenance à l'organisation nationaliste basque, ETA. Il a été vu attaché et encapuchonné dans les locaux de la Garde civile de San Sebastian. Des témoins l'ont vu, d'après Der Spiegel, transporté, attaché sur un brancard et ont entendu des cris. La thèse officielle reprend celle de la police qui prétend que leur prisonnier se serait échappé, les menottes aux mains, lors d'une opération de reconnaissance d'une cache d'armes de l'ETA que celui-ci leur aurait dévoilé près de la frontière française et dans une zone à l'aplomb de la rivière où son corps a été retrouvé.

Le mouvement nationaliste basque, les militants révolutionnaires comme tous les démocrates sont pour leur part persuadés du fait que la pratique des tortures a connu une escalade supplémentaire avec la mort de Zabalza dans les mains de la police. D'ailleurs Der Spiegel cite, quant à lui, le cas d'un autre prisonnier politique, Joseba Arregui, qui « n'a pas aux huit jours d'interrogatoire dans le quartier général de la police madrilène ».

Concernant la mort de Zabalza, Zutik, l'organe de la Liga Komunista Irautzailea (LKI), la branche de la section de la IVe Internationale au pays basque, note dans son numéro du 21 décembre dernier : « Mikel est mort parce que les gardiens de la mêmes que ceux qui ont défendu la dictature franquiste. comme pour Joseba Arregui. mort parce que la loi antiterroriste permet à impunité, parce que cette loi du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) encourage la torture. La responsabilité de ce crime incombe au gouvernement et à la majorité parlementaire socialiste qui ont imposé une législation pour réprimer la liberté. En se basant sur les lois du PSOE les gouverneurs civils ont interdit ces derniers jours que le peuple basque exige que la lumière soit faite et que les responsabilités soient établies. Couverts par les gouverneurs civils socialistes, la police a réprimé sauvagement tous ceux qui ont essayé de faire entendre ces exigences. Tout cela est cohérent : un Etat soutenu par les forces de répression de l'ancien régime politique, une législation destinée à préserver l'existence de cet Etat, la nécessité de faire taire ceux qui réclament que cesse la torture et la répression, et qu'il soit mis fin à l'asservissement de la liberté d'Euskadi ».

Le 18 décembre, une grève générale a été organisée dans les quatre provinces du pays basque. Des manifestations ont été organisées à San Sebastian et Pampelune respectivement les 21 et 22 décembre 1985. Le 17 décembre, les marcheurs pacifistes de Madrid ont observé une minute de silence en mémoire de Zabalza et à Saragosse le mot d'ordre suivant a été repris : « Nous ne sommes pas tous là, il manque Zabalza ». A Barcelone, les manifestants ont dénoncé la loi terroriste du gouvernement du PSOE ainsi que les méfaits de la Garde civile.

Une erreur sur cette page ?