NOUVELLE-CALEDONIE Un an après l'assassinat d'Eloi Machoro En janvier 1985, deux militants du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), Eloi Machoro, secrétaire général de l'Union calédonienne (UC), l'une des composantes du FLNKS, et Marcel Nonnaro, étaient assassinés par les tireurs d'élite du Groupement d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). A l'époque, l'argumentation officielle précisait que les gendarmes avaient commis une « bavure » en exécutant un ordre de « neutralisation » d'Eloi Machoro, émanant des services d'Edgard Pisasani, alors haut-commissaire du gouvernement français sur le territoire. L'enquête judiciaire s'est peu à peu enlisée.
Inquiet du risque de voir l'enquête purement et simplement étouffée, comme l'a été celle sur l'assassinat, en septembre 1981, du précédent secrétaire général de l'UC, Pierre Declerca, dont les auteurs n'ont toujours pas été appréhendés ni condamnés, l'UC vient de publics quelques éléments du dossier de l'affaire Machoro. Nous reproduisons ci-après le communiqué diffusé par cette organisation le 9 décembre 1985 à Nouméa et qui a été publié dans l'hebdomadaire indépendantiste Bwenando du 12 décembre dernier. Ce communiqué éclaire d'un jour nouveau les responsabilités des gendarmes dans l'assassinat Machoro et jette à bas la thèse officielle de la « bavure ».
Les autorités coloniales francaises sont accusées d'avoir sciemment décidé de couvrir les méfaits et les crimes de leur gendarmerie, à défaut peut-être de les avoir ordonnés de manière explicite. Le résultat est identique et met directement niale sous le gouvernement de François Mitterrand.
Le 11 janvier 1985, Eloi Machoro, secrétaire général de l'Union calédonienne, ministre de la Sécurité du gouvernement provisoire de Kanaky, tombait, assassiné à Dogny par le GIGN.
L'Union calédonienne a tout d'abord laissé la famille se constituer partie civile, pour laisser à la justice le champ libre de mener ses investigations et éviter toute politisation hâtive de l'enquête judiciaire.
Près d'un an après, constatant que ne semble plus tellement progresser et risque même d'être complètement étouffée, forte de l'expérience de l'affaire Pierre Declereq et pour éviter qu'une fois de plus la vérité sur l'assassinat d'un de ses secrétaires généraux soit définitivement masquée, l'Union calédonienne s'est constituée partie civile pour avoir accès au dossier et le faire avancer.
C'est ainsi que deux éléments fondamentaux sont apparus, qu'il n'a pas paru possible de conserver plus longtemps se-
- Le rapport d'expertise balistique rédigé par le professeur Ceccaldi. Il fait ressortir les faits suivants : l'arme employée était une FR F1, c'est-à-dire, d'après l'expert, une arme de guerre. De l'avis du professeur Ceccaldi, cette arme est impropre à un tir de neutralisation, car elle est dotée d'une lunette à grossissement insuffisant. La munition employée était une balle de 7,5 mm, également déclarée dans le rapport comme munition de guerre. Ce n'était pas une munition conçue (spécialement équilibrée) pour un tir de neutralisation. Le tir n'a pas été effectué sur un appui fixe, comme il est d'usage dans un tir de neutralisation. En effet, le tireur avait appuyé son arme sur l'épaule d'un collègue. Or, la déviation d'un millimètre du canon de l'arme entraîne, à 130 mètres (distance le séparant d'Eloi Machoro), une déviation de 26 cm (Eloi a été touché à 20 cm de l'épaule, en plein sternum). Le tireur devait tirer une cible qui, selon ses propres dires, « gesticulait sans cesse ». Or, il n'avait pas le libre choix du moment de tir. Celui-ci lui était imposé. Le risque était donc grand qu'entre le moment où l'ordre était donné et celui de l'impact de la balle, la cible bouge.
Voilà quatre éléments fondamentaux qui ne permettent plus de croire que le tir était simplement destiné Eloi Machoro. Aucune des précautions ordinairement en usage dans pareille circonstance n'avait été prise. En fait, cette mise en scène n'avait qu'un seul but : masquer l'assassinat d'Eloi Machoro. noi — Par ailleurs, force est de constater au-
jourd'hui, qu'il n'y a aucune trace de demande d'autorisation de tir de la part du GIGN ; qu'il n'y a aucune trace comme quoi l'ordre d'un tir aurait été donné par l'autorité supérieure.
Dès lors se pose la question de la responsabilité de cet assassinat. Il apparaît maintenant que l'ordre, et donc la responsabilité, ont été décidés sur place. Et tout porte à croire que sur la pression des forces coloniales locales, le GIGN et la Gendarmerie ont froidement décidé d'assassiner Eloi Machoro, peut-être aussi pour se venger de l'affront qu'il leur avait fait en capturant des unités de Gendarmerie à Thio, quelques semaines aupara-
L'Union calédonienne déclare qu'elle ne peut admettre qu'une fois de plus la vérité sur l'assassinat d'un de ses secrétaires généraux soit étouffée. Elle exige que les responsables de cet assassinat soient inculpés et traduits devant les tribunaux. •