Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ERYTHREE

Une lutte de libération nationale qui dure depuis 25 ans

· Inprecor n° 211, 20 janvier 1986 · p. 8-10 · 3 472 mots

Femmes URSS et Russie Grande-Bretagne Cuba

Une lutte de libération nationale qui dure depuis plus de 25 ans

ERYTHREE

L tion remonte à très loin et a impliqué à la fois un im.

A lutte de l'Erythrée pour son droit à l'autodéterminabat contre l'impérialisme italien et contre l'impérialisme britannique. Economiquement et socialement, l'Erythrée s'est développée d'une manière totalement différente du reste de l'Ethiopie, après que la colonisation italienne de cet ancien territoire éthiopien fût officiellement reconnue en 1889.

Les Britanniques, qui ont battu les Italiens en 1941, administrèrent l'Erythrée jusqu'en 1950. Ils étaient censés administrer le territoire au nom des puissances alliées, mais ils mirent en avant leur propre projet, c'est-à-dire une partition de l'Erythrée entre le Soudan, qu'ils dirigeaient, et l'Ethiopie. La Grande-Bretagne disposait d'une position avantageuse. Elle contrôlait l'Egypte, le Soudan et Aden (actuel Yémen du Sud), tout en exerçant un certain pouvoir en Ethiopie. Le souci majeur de l'impérialisme britannique était le contrôle du canal de Suez et de la mer Rouge, c'est-à-dire des routes commerciales vers l'Inde et l'Extrême-Orient. Compte-tenu de la position stratégique qu'occupe l'Erythrée sur la mer Rouge - avec ses 1 500 kilomètres de côte et avec les deux seuls ports, Assab et Massawa, existants entre le Soudan et ce qui est aujourd'hui Djibouti -, l'impérialisme ne pouvait s'offrir le luxe de

Paul WORCESTER

Les mouvements de libération de l'Erythrée commencèrent leurs activités fin 1958. Une répression sévère força beaucoup de travailleurs érythréens à l'exil au Soudan ou en Arabie Saoudite.

Ces exilés créèrent le Front de libération de l'Erythrée (FLE). L'Egypte de Nasser encouragea ce front, dominé par des musulmans, et rendit possible un entraînement militaire. La ligne politique du

FLE n'était pas claire et la discipline très faible. Aucune tentative ne fut faite pour adopter un programme sur des questions aussi cruciales que la réforme agraire, et il n'y avait pas de démocratie interne sous la direction dictatoriale d'Idris Mohamed

Adem. De nouveaux membres, issus des jeunes érythréens éduqués venant des villes, réagirent contre cet état de fait et furent réprimés et exclus, mais pas avant que l'armée éthiopienne n'ait lancé une offensive militaire dévastatrice qui contraignit des dizaines de milliers de paysans érythréens à l'exil au Soudan. Parmi les trois groupes qui scissionnèrent du FLE en 1969, deux s'unirent en avril 1970 pour former le Front populaire de libération de l'Erythrée (FPLE).

Au départ, le FPLE était très petit et devait combattre non seulement l'armée éthiopienne, mais aussi le FLE (dont la direction s'appela le FLE - Conseil révolutionnaire), qui déclencha en 1972 contre lui la première de deux guerres civiles. Les

Etats arabes conservateurs, qui soutenaient le FLE (CR) étaient effrayés par la l'Erythrée. aux Nations-Unies. annexée en 1962 par l'Ethiopie. • l'indépendance de politique de plus en plus révolutionnaire

Des tensions virent le jour à l'intérieur même du FPLE et un groupe d'opposition fut exclu en 1975. Puis, le responsable à l'étranger du FPLE, Osman Saleh Sabbe, signa en 1976, sans autorisation, un accord d'unité avec le FLE et fut exclu. Il créa le Front de libération de l'Erythrée - Forces de libération populaires (FLE-FLP). Le conflit touchait une question importante. Sabbe craignait que l'idéologie marxiste du FPLE ne le prive du soutien des pays occidentaux et des Etats arabes conservateurs. Par ailleurs, le FPLE ne faisait pas confiance au FLE et à ceux qui le soutenaient et voulait une indépendance politique complète même au prix de perdre l'appui de pays tels que l'Arabie saoudite qui, sinon, auraient pu

LE FPLE REFUSE LE COMPROMIS

Jusqu'en 1981, le FLE (CR) et le FLE - FLP eurent une influence considérable, le premier ayant une présence importante à la campagne. Les Etats arabes étaient très préoccupés par l'intervention grandissante de l'Union soviétique et de Cuba en Ethiopie. Ils firent pression sur le FPLE, le FLE et le FLE -FLP pour qu'ils s'entendent et acceptent le maintien de l'Erythrée comme région autonome dans le cadre d'une organisation fédérale de l'Ethiopie.

Le FPLE ne pouvait accepter un tel cadre. Les conditions qu'il mettait à la

Tous les partis politiques érythréens étaient alors favorables à une Erythrée unifiée et s'opposaient à la partition, même si certains d'entre eux souhaitaient une union avec l'Ethiopie, d'autres l'indépendance, et d'autres une administration internationale. Comme les quatre grandes puissances (la Grande-

Bretagne, l'URSS, les USA et la France) ne purent s'entendre sur l'avenir de l'Erythrée, la question fût finalement soumise

La discussion des Nations-Unies opta finalement pour la constitution d'une fédération avec l'Ethiopie. Fin 1950, l'ONU fait de l'Erythrée « une entité autonome fédérée à l'Ethiopie ».

Selon la résolution finale, les Erythréens devaient obtenir « le plus grand respect et les garanties pour leurs institutions, traditions, religions et langues, ainsi que les mesures les plus larges possibles pour un auto-gouvernement ». En fait, l'Erythrée fut

C'est maintenant depuis environ 25 ans que se mène une lutte de libération nationale en Erythrée. Nous publions ci- après un dossier qui en retrace les étapes essentielles. L'auteur de l'article ci-dessous est récemment rentré d'un voyage de travail dans ce pays concernant un projet éducatif.

négociation étaient que le DERG, l'instance militaire dirigeant l'Ethiopie après renversement du Négus en 1974, devait accepter de « résoudre la question érythréenne pacifiquement et commencer des négociations sans conditions préalables ». Le FPLE s'opposa au statut d'autonomie régionale et exigea que les négociations aient lieu avec le « commandement en chef commun » du FLE et du

Il devint alors clair pour tout le monde que le FPLE n'infléchirait pas sa ligne politique, et depuis 1981 des efforts importants ont été entrepris par les Etats arabes pour unifier les différents groupes hors du FPLE. Au début de cette année, une Conférence pour l'unification s'est tenue à Khartoum au Soudan sans grand succès. En tout cas, ces différents groupes continuent d'être largement financés par leurs différents soutiens dans la région, afin qu'ils puissent poursuivre leurs activités diplomatiques et, dans le cas du

PLE, leurs agressions contre le FPLE là où c'est possible. Une évolution positive a eu lieu en 1982, lorsque des opposants au sein du FLE, qui avaient été repoussés au Soudan par le FPLE en 1981, créèrent une nouvelle organisation, le FLE (Commandement central) dont le nom signifie

« Nous reviendrons ». Après des discussions avec le FPLE ils rentrèrent en Erythrée et eurent des activités communes avec le FPLE, tout en maintenant leur propre organisation. A l'heure où nous écrivons, de nouvelles discussions ont lieu entre les deux organisations et une fusion

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complete semble possible.

Le FPLE reconnaît recevoir un soutien, dont il ne précise pas la nature, du gouvernement somalien, qui est en conflit avec le DERG pour le contrôle de l'immense région de l'Ogaden dans le sud de l'Ethiopie (1). Le gouvernement soudanais tolère la présence du FPLE au Soudan et l'utilisation du territoire soudanais pour transporter des fournitures depuis Port-Soudan jusqu'en Erythrée, bien qu'il y ait eu des pourparlers entre le DERG et régime soudanais (2). Le DERG aimerait que le Soudan ferme l'accès de Port-Soudan à l'Association érythréenne de secours, qui importe des aides alimentaires. Cela serait un coup dur pour l'Erythrée, qui ne pourrait être surmonté que par l'organisation coûteuse de convois de chameaux à travers la longue

Centre le Soudan et l'Erythrée. En échange, le DERG a laissé entendre qu'il cesserait de fournir en matériel l'Armée de libération du peuple du Soudan, dirigée au Sud par le colonel John Garang, et qui combat pour une certaine forme d'indépendance vis-à-vis de Khartoum.

L'Armée de libération du peuple de du FPLE, est maintenant organisée en division et a des capacités assez exceptionnelles en terme d'expérience et de stratégie pour une armée formée de non-professionnels. Le FPLE contrôle aujourd'hui environ 75 à 80 % du territoire érythréen. En février 1984, l'ALPE a combattu avec succès 20 000 soldats éthiopiens au cours d'une bataille de 49 heures sur la côte de la mer Rouge, faisant 3 000 prisonniers. Ce combat a été suivi, en avril de la même année, par une opération de commando contre la base aérienne du DERG à l'aéroport d'Asmara, qui a occasionné la destruction de 33 avions et hélicoptères. Dans son offensive actuelle, le DERG a retiré ses troupes de la région du Tigré (3) et de l'Est et, tout en attaquant l'ALPE, a entrepris des bombardements massifs contre la population rurale, poursuivant sa tactique de la terre brûlée qui consiste à terroriser et faire fuir les paysans, essayant ainsi d'affaiblir la base de soutien du FPLE. La reprise par les forces éthiopiennes de la ville de Tessenei constitue également un revers, qu'il faut espérer temporaire.

Cependant, l'armée éthiopienne, formée presqu'entièrement de conscrits, avec ses nombreuses recrues sans motivation et démoralisées, aura énormément de mal à infliger une défaite durable aux forces de l'ALPE très motivées et très disciplinées. De très importantes et récentes livraisons d'armes légères, d'artillerie et d'avions en provenance d'Union soviétique ont probablement remplacé les pertes infligées à l'armée éthiopienne par l'ALPE ces 18 derniers mois. Le DERG dépense un tiers de son budget en armement et il doit aux pays de l'Est trois milliards de dollars. Cette proportion du budget consacrée à l'armement est l'une des plus élevées du monde, dans un pays où le revenu national par habitant est seulement de 11 dollars par an, soit l'un des pays les plus pauvres du monde.

Fortification contre les raids aériens éthiopiens

Ce chèque en blanc donné par l'Union soviétique à la politique DERG cache des intérêts stratégiques. Celle-ci n'a pas d'autres alliés dans cette région clé du monde. Ses bases navales importantes sur les îles érythréennes de la mer Rouge sont cruciales pour sa flotte de l'océan Indien. Elles fournissent, par la mer Rouge, un accès à l'océan Indien et au-delà, à tous les navires soviétiques basés en mer Noire. L'Union soviétique, qui a activement soutenu le gouvernement somalien contre l'Ethiopie jusqu'en 1977, conséquent l'indépendance l'Erythrée dans les années 1950 et 1960, est devenue l'allié principal du DERG et elle le soutient totalement dans sa lutte

LE PROGRAMME DU FPLE Jusqu'en 1975, les Cubains ont aidé à l'entraînement militaire des mouvements de libération érythréens. Cependant, ce soutien à l'autodétermination érythréenne cessa après 1977. Cuba envoya alors plusieurs milliers de soldats en Ethiopie pour aider le DERG dans la guerre de l'Ogaden, contre la Somalie. L'URSS retira de son côté son soutien à la Somalie. Fidel Castro refusa d'envoyer des troupes cubaines combattre directement en Erythrée aux côtés du DERG, déclarant que la question de l'Erythrée était une affaire intérieure à l'Ethiopie, qui nécessitait une solution politique. Cette position soulève malgré tout de graves problèmes. Les troupes cubaines sont très entraînées et Stationnant nombre de plusieurs milliers en Ethiopie, elles libérent au sein des troupes d'élite éthiopiennes un nombre équivalent d'hommes qui peuvent aller se battre contre les Erythréens. C'est pourquoi le FLPE, tout en reconnaissant les acquis de la révolution cubaià Asmara, alors entre les mains des nationalistes ne à Cuba, est très critique sur leur présence en Ethiopie.

Le programme du FPLE s'est plus particulièrement attaché à la réforme agraire, aux droits des femmes, à l'alphabétisation et à l'éducation, à la santé. La réforme agraire porte principalement sur la redistribution de terres des propriétaires fonciers et des riches paysans. Dans une zone arrachée au FLE en 1981, tous ceux qui étaient sans terre ont reçu des parcelles, avec des zones réservées à la culture communautaire. Cependant, la famine et la sécheresse ont causé des ravages et, dans les zones de sécheresse, beaucoup de paysans ont été mis dans des camps temporaires de réfugiés. L'Association érythréenne de secours (liée au FPLE) y distribue des aides alimentaires. Les projets en cours dans des vastes zones de la région fertile des rivières du sud-ouest ont abouti à des plantations, avec une nouvelle semence, et à la construction de digues et de canaux d'irrigation dans le cadre d'un grand programme collectif. La politique du FPLE pour les nomades est de les sédentariser là où cela est possible, et de leur enseigner des méthodes agricoles.

La campagne pour les droits des femmes est une priorité majeure. Environ 35 % des membres du FPLE sont des femmes, et elles constituent 45 % des

1. Pour une analyse du conflit entre la Somalie et l'Ethiopie, se reporter à l'article de Claude Gabriel, « Un nouveau conflit dans la Corne de l'Afrique », publié dans Inprecor numéro 133 du 27 septembre 1982.

2. Le régime de Nemeiry a été renversé le 6 avril 1985 par un coup d'Etat qui a instauré un comité militaire transitoire. Ce putsch est intervenu alors que grandissaient le mécontentement populaire et l'agitation sociale.

3. Dans la région du Tigré, la minorité ethnique des Tigréens mène aussi un combat plus récent contre le régime éthiopien. La principale organisation de cette région est le Front populaire de libération du Tigré (FPLT), qui a passé certains accords avec les nationalistes érythréens.

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adultes qui participent à la campagne sont des nomades, un secteur extrêmement opprimé. Un aspect de cette campagne vise à l'intégration des femmes. Elle est menée en direction des femmes elles-mêmes, mais aussi du milieu masculin traditionnellement hostile des paysans et des nomades. Il y a également des cours sur la discrimination et les droits des femmes, dans le programme d'éducation politique du FPLE, les cadres ayant le droit de critiquer n'importe quel membre à n'importe quel moment.

Jusqu'à présent, le FPLE a mis l'accent sur la libération des femmes par leur participation au procès de production, sous-estimant ainsi le rôle de l'idéologie dans l'oppression des femmes. Cela semble entraîné quelques critiques, tout comme le fait qu'il n'y a toujours pas de femmes membres du comité central du FPLE, ou que seulement 3 membres sur les 20 qui composent le Département d'administration soient affectés à la question de l'oppression des femmes. Cependant, une vaste étude a été réalisé dans toutes les zones libérées sur la façon dont les femmes sont opprimées.

En dépit d'incroyables difficultés et du manque de matériel, le programme d'éducation du FPLE a fait des progrès impressionnants ces dernières années. Il existe maintenant 104 écoles éduquant 15 000 élèves. Ce chiffre peut paraître faible, mais jusqu'à récemment, une grande partie de la population des campagnes n'était pas sous l'autorité du FPLE. La première école technique qui ait jamais été construire vient juste d'ouvrir ses portes et le Département de l'Education du FPLE développe tous les programmes en

La campagne d'alphabétisation a subi les conséquences des déplacements de population causés par la sécheresse et la famine. Cependant, des plans sont en préparation pour l'extension de la campagne d'alphabétisation aux camps de réfugiés. En attendant, le manque de matériel - papier, crayons, etc. — est un gros obstacle au développement. Toutes les salles de classe sont camouflées, afin de les protéger des raids aériens éthiopiens. Au cours d'une attaque, en novembre 1984, 5 enfants ont trouvé la mort. Les élèves aident à la construction de leurs propres classes et participent également dans quelques régions à de grands projets. Leur engage. ment pour la révolution est important. Des enfants de six à huit ans ont quitté la maison pour rejoindre le FPLE et ceux que j'ai rencontrés étaient ravis d'aller à l'école pour la première fois. La jeunesse est organisée dans des assemblées de jeunes tout comme le sont les femmes, les paysans et les commerçants. Il y a également des assemblées de village qui prennent des décisions sur la politique locale et qui, y compris, rendent la justice. Les membres du FPLE peuvent être membres de l'association qui les concerne, ne peuvent pas être dirigeants de l'assemblée de village.

Les transports sont un domaine qui nécessite également beaucoup d'organisa-

Pour relier Port-Soudan à l'Eryil faut traverser un redoutable désert sans routes. A l'intérieur de l'Eryla main, y compris celles qui franchissent les montagnes. Le carburant est transporté du Soudan par camion-citerne vers des zones de stockage camouflées, distribué aux camions de ravitaillement et aux véhicules du FPLE. La plupart des déplacements s'effectuent la nuit, car les camions, lents, avec leurs nuages de poussière, sont facilement repérables par les Mig éthiopiens qui rôdent. longs. Les convois d'aide mettent cinq jours à faire un aller-retour, de Port-Soudan à la frontière, pour une distance d'à peine 200-250 km dans un sens. A l'intérieur de l'Erythrée, il faut parfois quatre jours de plus pour atteindre certains camps de réfugiés. Jusqu'à récemment, toute cette opération était effectuée par 100 camions seulement, mais de nouveaux achats et des dons récents pays occidentaux ont doublé ce nombre.

L'ERYTHRÉE PRIVÉE D'AIDE

Nulle part l'aide fournie n'est encore suffisante. En février, l'Association érythréenne de secours (AER) n'avait obtenu que 4,8% de l'aide d'urgence qu'elle réclamait. On a récemment rendu public à Washington le fait qu'en mai 1984, un rapport confidentiel de la Maison-Blanche indiquait qu'une situation désastreuse régnait en Ethiopie, mais que l'aide était volontairement refusée pour des raisons politiques. Depuis, la plupart des aides provenant des gouvernements sont allées en Ethiopie et non pas en Erythrée ou dans le Tigré, qui sont pourtant les zones les plus touchées par la famine. Cela fait partie d'une conspiration qui cherche à rendre l'Ethiopie dépendante de l'aide alimentaire des pays occidentaux. pourquoi les gouvernements américain et britannique refusent de fournir du matériel utile au développement économique de l'Ethiopie, tout en refusant une aide alimentaire significative aux zones tenues par le FPLE ou le Front populaire de libération du Tigré (FPLT). L'URSS et les pays de l'Est ont fourni des moyens de transport pour l'acheminement de l'aide alimentaire destinée à l'Ethiopie.

De plus, jusqu'à il y a peu, la plupart des institutions de secours, à part quelques exceptions notables, comme celle de l'organisation britannique de « War or Want », ont fait très peu pour l'Erythrée, par peur de perdre la possibilité de leur programme l'Ethiopie. Cela commence à changer lentement. Ainsi, « Band Aid », l'organisation des chanteurs contre la faim dans le monde, s'est engagée à fournir une aide substantielle à l'Erythrée. Par ailleurs, la pluie est tombée dans beaucoup d'endroits et quelques semailles avoir lieu, bien que le manque de semences ait été un gros problème. La moisson commencera aux environs de septembre 1985, mais c'est à ce moment que le

FPLE s'attend à de nouvelles attaques massives du DERG qui, avec son aviation, essaiera de détruire la récolte de l'année.

A Asmara, capitale de l'Erythrée, dans les deux ports d'Assab et de Massawa, et dans d'autres villes plus petites contrôlées par le DERG, les activités du FPLE sont clandestines, ce qui est très dangereux, parce qu'il y a beaucoup de mouchards. Malgré tout, le FPLE a de nombreux membres dans chaque ville, mais leurs activités sont limitées par la présence massive de l'armée éthiopienne. Dans certains cas, des unités mobiles du FPLE opèrent à quelques kilomètres aux

Dans l'éventualité d'une victoire complète du FPLE ou d'un accord politique avec le gouvernement éthiopien, l'orientation actuelle du FPLE est d'organiser un référendum sur la question de l'indépendance complète (il n'y a guède doutes sur le résultat) et de créer une assemblée constituante, avec tous les droits pour les autres groupes érythréens, afin de décider de l'avenir de l'Erythrée. Il reste peu d'industrie en Erythrée, la plus grande partie ayant été démontée par l'Ethiopie et transportée à Addis-Abeba. Il semble y avoir un consensus au sein du FPLE pour ne pas compter sur un développement économique à grande échelle ou pour ne pas se laisser trop endetter vis-à-vis de l'extérieur. Les responsables du FPLE n'ont en effet aucune confiance dans l'impérialisme. Une autre question épineuse sera celle de l'immense diaspora érythréenne (Erythréens vivant à l'étranger) et des mesures à prendre pour persuader ceux dont les qualifications sont les plus nécessaires de revenir au pays. Faudra-t-il leur donner des salaires très élevés ? De plus, comme il n'existe pas d'économie monétaire dans les tenues par le FPLE, quelle forme ce paiement prendra-t-il? Faudra-t-il instituer une nouvelle monnaie et devra-t-on payer les ouvriers et les paysans avec de

Pour l'instant, bien évidemment, ces questions sont secondaires par rapport à la nécessité de gagner la guerre. Il n'est pas possible de savoir quels débats, s'il y en a, peuvent avoir lieu à ce sujet au sein du FPLE, bien qu'un petit nombre de ses membres puisse être favorable à l'ouverture de discussions avec le DERG.

Ce qui est sûr, c'est que l'impérialisme continuera ses manipulations cyniques permises par la famine, l'intérêt des masses érythréennes et éthiopiennes étant le cadet de ses soucis. Ce qui apparaît également c'est que l'Union soviétique est fermement résolue à aider la tentative de génocide contre le peuple érythréen si ses intérêts stratégiques sont menacés. Malheureusement, on peut également constater qu'au niveau international, la classe ouvrière et ses alliés ont failli dans l'information et le soutien à la révolution éry. thréenne. Si un travail de solidarité concret est réalisé, alors ce bilan de faillite pourra être modifié.

Paul WORCESTER, Londres, 25 août 1985.

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