pseudonyme de « Politikus », refuse l'idée qu'il y aurait deux blocs militaires en
Europe dominés par deux super-puissances et dirige ses critiques contre la seule Union soviétique. Nous avons repris son texte du numéro d'automne 1985 de la revue Gegen-
Il n'y a qu'un s
E texte que nous publions ci-dessous écrite d'un point de vue clairement stimmen publiée à Vienne. POLITIKUS
Certes, l'Europe n'est pas un continent de paix, quoiqu'elle vive depuis déjà 40 ans dans un état, qui, pour reprendre les termes de l'Appel de Prague, est celui d'un « monde sans guerre ». Cependant, j'ai appris avec étonnement que cette situation a pris naissance lorsque « les zones d'opérations militaires définies par l'accord de Yalta ont dégénéré en blocs politico-militaires ». Je n'ai en réalité encore jamais entendu une interprétation aussi singulière de la naissance de la guerre froide. Comme si une quelconque force inconnue, anonyme, « avait changée » eul bloc militaire constitue une réponse à l'Appel de Prague pro-occidental. Son auteur, qui utilise le quelque chose de ce qui était originellement pensé tout autrement. N'est-il pas complètement évident, que la guerre froide était un processus mené depuis le début avec des intérêts stratégiques parfaitement clairs ? Dans le texte de l'Appel de Prague, cela n'est nulle part explicitement formulé, mais il n'est pas difficile d'accéder à la conception des auteurs qui voient les racines de tous les maux dans l'existence des deux blocs et leur tâche dans le « dépassement de la division en blocs ».
J'ai vécu quelques décennies sur ce continent et je peux déclarer en toute responsabilité qu'il n'y a en Europe
qu'un bloc réellement militaire et qui grande puissance. C'est celui qui fut créé après l'année 1945 par l'Union soviétique en défense de ses intérêts stratégiques et qui, depuis, a été maintenu, souvent par l'application de brutales. Oui, l'Europe se trouve depuis 40 ans dans un état sans guerre. Mais, on y oublie parfois que les actes réellement militaires en Eudepuis 1945 ont été commis par l'Union soviétique. C'est elle qui a réprimé en 1956 l'insurrection hongroise et qui, douze ans plus tard, est intervenue en Tchécoslovaquie. Dans les deux cas, il s'en allait d'une aggression absolument définie par tous les spécialistes du droit international. Dans les deux cas, l'intervention était motivée par la crainte que ce bloc pourrait éventuellement se désagré-
Et de l'autre côté ? En 1949, c'est-à-dire après le blocus de Berlin (de Berlin-Ouest par les autorités d'occupation soviétiques en Allemagne en 1948, ndlr.) et le coup de février en Tchécoslovaquie (prise du pouvoir par le Parti communiste en février 1948, ndlr.) - quand on avait clairement vu, dans quel chemin s'engageait la politique soviétique - se forma, dans l'effort pour édifier une réelle digue contre cet expansionnisme, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), comme association d'Etats libres, indépendants avec des parlements élus et des gouvernements démocratiques, sous lesquels les droits de l'homme sont respectés. Il y eut naturellement ici aussi des exceptions. La Grèce 1967-1974 et le Portugal jusqu'en 1974 n'étaient pas des Etats démocratiques et le régime actuel en Turquie est également très éloigné d'une réelle démocratie, mais justement des preuves de ce que dans le cadre de l'OTAN le chemin qui mène du régime autoritaire à la démocratie est possible, tandis qu'au sein du Pacte de Varsovie nous attendons toujours en vain quelque chose de semblable ? Quand la France décida en 1966 de se retirer de la structure militaire de l'OTAN, les Américains ne demandèrent que quelques mois de patience et partirent discrètement en Belgique. Qu'aujourd'hui ou demain un gouvernement soit élu par la voie démocratique dans un quelconque pays de l'Europe de l'Ouest, qui aurait dans son programme le retrait de l'OTAN, les Américains se retireraient à nouveau poliment. Alors, où y a-t-il donc deux
Suivant la pensée de l'auteur de l'Appel de Prague, une condition nécessaire pour la recherche d'une issue accep. table est la reconnaissance du présent état de fait comme point de départ d'un changement plus profond. Ça m'intéresserait de savoir ce que pensent les Estoniens, Lithuaniens et Lettons de ce point de vue. Leurs pays, qui n'ont menacé personne, furent sournoisement occupés 1940 par l'Union soviétique, laquelle y confisqua le pouvoir et les soumit. Après l'année 1945, elle put conserver ces gains territoriaux, parce qu'elle avait gagné la Deuxième Guerre mondiale. Aucun Européen au sentiment réellement démocratique ne peut contourner ce fait. Ne serait-ce pas mieux si l'on retournait au vieux principe de l'autodétermination des na-
Déjà pendant que j'écris ces lignes, je sais qu'on me répondra que je ne suis pas suffisamment réaliste ; que de telles proclamations sont certainement admirables et véridiques, mais qu'elles ne mènent à rien. Cela serait naturellement le cas, s'il s'agissait d'un document, qui avait pour but de fournir les fondements d'une démarche politique pratique. L'Appel de Prague ne représente pas un tel document et ne peut pas non plus l'être. Il s'agit d'une déclaration de principe et doit pour cela, dans le cas où elle doit avoir une réelle valeur, procéder des conditions effectives et ne pas tenir compte des possibilités tactiques. Toute équivalence entre l'OTAN et le Pacte de Varsovie, impliquée dans la phrase « dépassement de la division en blocs », contredit mon expérience vécue et ne peut satisfaire aucun homme pensant qui a vécu l'année 1968 en Tchécoslovaquie.
Je pense aussi aux destinataires de l'Appel de Prague. J'ai longtemps étudié l'histoire de la diplomatie et je nourris une profonde méfiance à l'égard de toute conférence de paix comme des négociations sur le désarmement. Elles n'ont jamais rien résolu et l'histoire du monde se serait déroulée sans aucun problème sans elles. Combien a-t-on pourtant négocié dans les années 1930 ! On réarmait de plus en plus, camps de concentration et Staline assassinait les koulaks comme s'ils n'étaient rien. Je nourris encore une grande méfiance vis-à-vis de l'actuel mouvement de la paix en Europe de l'Ouest. Le président français Mitterand a raison quand il dit : « A l'Est, il y a des fusées, et à l'Ouest, le combat pour la paix ».
POLITIKUS, Gegenstimmen, Vienne, automne 1985.