tiel de reconnaître le présent état de fait tels engagements sanctionnés par le droit
APPEL DE PRAGUE
Voici maintenant quarante ans, la guerre sévissait en Europe. Cependant, l'Europe n'a pas connu la paix, tant s'en faut. Du fait que ce continent a constitué l'un des principaux points de friction entre les deux grands blocs, la tension a été un trait permanent de toute la période depuis 1945, constituant par là une menace pour le monde entier. Si une guerre éclatait en Europe, elle se transformerait en conflit non seulement mon -dial, mais qui selon toute vraisemblance s'avèrerait fatal pour la planète entière.
LA DIVISION DE L'EUROPE La raison pour laquelle l'Europe a joué ce rôle funeste est la division de notre continent. Notre espoir commun, par conséquent, est de surmonter cette division. Cela ne peut se réaliser que par une décision consciente de tous, de transformer peu à peu les réalités politiques mêmes qui sont responsables de la situation présente.
L'une des raisons pour lesquelles l'état de non belligérance a duré quarante ans tient dans le respect par les deux camps de la situation créée lorsque les zones d'opérations militaires définies par l'accord de Yalta ont dégénéré en blocs politiques et militaires. Ce qui commande les efforts continuels pour maintenir, défendre et renforcer le statu quo, c'est la crainte de voir cette situation se déstabiliser. Pour cette raison, un processus de changement exigera une grande circonspection. Il ne peut s'accompagner de menaces visant à s'assurer la supériorité sur le camp d'en face. Au contraire, il exigera des garanties et des assurances ainsi qu'une évaluation de la présente situation dans toutes ses composantes. Il sera essencomme base de changement pour dissiper les craintes d'un retour des anciens dangers qui ont mené à la catastrophe deux fois déjà au cours de ce siècle. Cependant, les chances de dépasser la situation présente ne sont pas tout à fait aussi défavorables qu'elles le paraissent.
La Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe et son acte final signé à Helsinki, de même que les entretiens subséquents et le document final de Madrid (conférence qui prolonge la conférence d'Helsinki), ne sont pas simplement reconnaissance du statu quo mais constituent également un programme de coopération européen et euro-américain. Dans tout ce processus, les négociations n'ont pas été menées entre blocs mais entre partenaires égaux, fait qui a souligné l'indépendance de tous les Etats participants et établi dans le principe cette sorte de relation qui, si elle s'instaurait, ouvrirait la voie à l'unification de l'Europe. De plus, le principe de l'indivisibilité de la héritage de la culture européenne, s'est incarné dans des relations non seulement entre Etats mais également entre l'Etat et la société et entre les citoyens et les gouvernants.
Le mouvement de la paix n'a pas exploité au maximum l'engagement pris par les gouvernements de tenir leurs promesses et de remplir leur obligations. De
Charta
international fournissent un mettant aux citoyens non seulement d'exercer un droit public de regard sur les gouvernements, mais aussi d'imaginer des moyens pour assouplir les attitudes sclérosées. A cause de la grande variété des situations dans différents pays, on a eu tendance à mettre l'accent sur les différences. Cependant, celles-ci doivent être parfaitement comprises et respectées pour arriver à une approche commune et réaliser la solidarité européenne.
Une Europe démocratique et souveraine est inconcevable tant que des particuliers, des groupes de citoyens ou des nations seront privés du droit de participer aux décisions affectant non seulement leur vie quotidienne mais également leur survie même. Dans le cadre d'une coopération et d'un dialogue entre tous ceux qui cherchent véritablement à réduire les dangers de la situation, il devrait être posde se présenter avec différentes initiatives et propositions sur le désarmement : création de zones neutres et dénuclarisées, encouragement à des relations entre individus, groupes et Etats, soutien à des accords de non agression, également renonciation à l'usage de la force, aux armes nucléaires et, finalement, traités régionaux de toutes sortes incluant par exemple le rapprochement entre la CEE et le CAEM (1). Dans ce cadre, les cito-
1. Les membres de la Communauté économique européenne (CEE) sont la France, RFA, le Royaume-Uni, l'Irlande, le Danemark, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Grèce et, depuis le ler janvier 1986, l'Espagne et le Portugal.
Le Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM), plus connu sous le sigle Comecon comprend actuellement l'URSS, RDA, la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, la Pologne, Cuba, la Mongolie et le Vietnam.
naires égaux qui ne représenteraient pas clav Havel, Ladislav Hejdanek, Oldrich yens pourraient faire campagne contre le traitement sans considération de l'environnement et, prenant les gouvernements à leur propre mot, analyser les politiques gouvernementales et leurs effets probables. En bref, il faut soutenir toute action d'individus, de groupes et de gouvernements visant au rapprochement et à la libre association des nations européennes, tout en rejetant toute mesure qui pourrait contrecarrer la réalisation de cet idéal.
LA QUESTION ALLEMANDE
Dans notre poursuite de ces fins, nous ne pouvons plus éviter des questions qui sont restées jusqu'à présent taboues et dont l'une est la division de l'Allemagne.
Si notre but est l'unification de l'Europe, alors personne ne peut être privé du droit à l'autodétermination, et ceci s'ap plique également aux Allemands. Pourtant, comme pour tous les autres droits, celui-ci ne doit pas être imposé aux dépens des autres peuples ni en ignorant leurs craintes. Déclarons donc sans équivoque qu'aucune solution ne sera recherchée dans une nouvelle révision des frontières européennes. Dans le processus du rapprochement européen, les frontières devraient progressivement perdre beaucoup de leur importance, mais même cela ne devrait pas être considéré comme une occasion de retomber dans les errements du nationalisme. Compte tenu de ce fait, reconnaissons ouvertement le droit des Allemands à décider librement des conditions et modalités d'union de leurs deux Etats dans le cadre de leurs frontières actuelles. Faisant suite aux accords de Bonn avec ses voisins de l'Est et aux accords d'Helsinki, la signature d'un traité de paix avec l'Allemagne pourrait constituer l'un des plus importants leviers d'une transformation positive de l'Europe.
Autre sujet tabou, le retrait des troul'OTAN et le Pacte de Varsovie entament sans délai des négociations sur la dissolution de leurs organisations militaires, sur le retrait de toutes les armes nucléaires, soit postées en Europe, soit dirigées contre elle, et sur le retrait des troupes américaines et soviétiques des territoires de leurs alliés européens. Pour une part, un tel accord devrait viser à réduire les forces armées de tous les pays du continent européen à un niveau éliminant le risque d'agression d'où qu'il vienne.
Ces objectifs et d'autres devraient être pleinement intégrés dans un processus au service de l'idéal d'un rapprochement mutuel et donc ne représentant aucune menace à l'égard de quiconque. Nous ne cherchons pas à faire de l'Europe une troisième super-puissance, mais au contraire à dépasser la division en blocs par une alliance de nations libres et indépendantes dans le cadre d'une communauté démocratique, autonome et pleinement européenne, vivant en amitié avec les nations du monde entier. Et seules des nations souveraines peuvent transformer l'Europe en une communauté de partela menace d'une guerre nucléaire totale, mais au contraire serviraient d'exemple d'une coexistence pacifique véritable.
Peut-être cet idéal ressemble-t-il à un rêve. Pourtant, nous sommes convaincus qu'il exprime le désir d'une majorité d'Européens. Cet idéal mérite donc qu'on lui consacre ses efforts, et cela d'autant plus qu'en fait le monde actuel aura de la peine à surmonter sa crise, à moins que l'Europe aussi ne s'engage dans la voie souhaitée par ses citoyens.
Nous croyons que vous comprendrez nos vues et nous vous souhaitons pleine réussite dans vos actions.
Signataires : Jarmila Belikova, Vaclav Benda, Tomas Bisek, Petr Cibulka, Jan Carnogursky, Albert Cerny, Jiri Dienstbier, Lubos Dobrovsky, Karel Freund, Jiri Hajek, Milos Hajek, Va-
Hromadko, Marie Hromadkova, Jirina Hrabkova, Jozet Joblonicky, Vladimir Kadlek, Eva Kanturkova, Bozena Komarkova, Jan Kozlik, Marie Rut Krizkova, Ladislav Lis, Jaromir Litera, Vaclav Maly, Anna Marvanova, Jaroslav Meznik, Pavel Murasko, Dana Nemcova, Radim Palous, Milos Rejehrt, Jakub Ruml, Jan Ruml, Jiri Ruml, Jan Sabata, Jaroslav Sabata, Anna Sabatova jn., Anna Sabatova sn., Libuse Silhanova, Jan Simsa, Petruska Sustrova, Petr Uhl, Vera Vranova, Jozef Zverina.
Prague, 11 mars 1985. (Document fourni par l'agence Palach Press et traduit pour Palach A.G. Brain ; traduction française : I.P. La position des pacifistes