Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER MOUVEMENT PACIFISTE

La position des pacifistes est-allemands

Inprecor n° 212, 3 février 1986 · p. 17-18 · 1 560 mots

Allemagne Paix et armements

E texte qui suit constitue une réponse à l'Appel de Prague émanant d'un groupe de militants parmi les plus connus du mouvement de la paix en Allemagne de l'Est (1). Il traite à la fois de la nature et des tâches du mouvement de la paix dans les deux parties de l'Europe, dans la perspective du dépassement de la division du est-allemands continent et de la question épineuse de l'unification de l'Allemagne. DOCUMENT

Votre appel du 11 mars 1985 a suscité un important écho parmi nous. Comme vous le savez, nous aussi nous discutons depuis quelque temps des problèmes que vous soulevez dans l'Appel, ainsi que de leur solution éventuelle. Nous saluons, en l'appuyant, votre projet d'entreprendre une discussion commune et nous apportons notre soutien à l'Appel. Nous croyons également que la division de l'Europe et les tensions entre les super-puissances qui en ont découlé constituent une menace majeure pour la paix. Nous croyons que cette menace à la vie humaine a une influence pernicieuse qui empêche toute élaboration sur les problèmes

Get futures (la faim, l'injustice sociale, l'environnement, etc.)

CONTRE LES BLOCS MILITAIRES

En ce qui concerne les points principaux de votre Appel, nous sommes d'accord avec vous sur les revendications pour le retrait d'Europe des troupes étrangères, pour la dissolution des blocs militaires et pour la création d'un ordre pacifique en Europe qui accorderait des droits souverains et égaux à tous les Etats. Nous avons formulé nos propositions sur ces questions dans la lettre que nous avons envoyée au Congrès américain à l'occasion de l'anniversaire de la victoire sur le

Vous avez raison de dire que jusqu'ici le mouvement de la paix n'a consacré que peu d'attention au processus enclenché par la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). Peut-être que l'une des raisons principales en est trouvons difficile selon laquelle les négociations auraient eu lieu entre des vraiment indépendants de leurs super-puissances respectives et dont l'attachement à leurs alliances avait tout d'un coup perdu sa signification. Bien sûr, il y a eu des succès depuis Helsinki. Une série

Sont permis amélioration des relations entre les Etats en question. Mais quels changements réels ont eu lieu dans nos pays? Il n'y a eu aucun progrès dans la démocratisation de nos sociétés ni une contribution décisive de la part de l'un ou l'autre Etat pour mettre fin à la course aux armements, par exemple par des initiatives de désarme-

Helsinki n'a pas mis en question le statu quo politique et militaire en Europe à l'époque de la détente. Il n'y aurait rien

1. Sur le mouvement pacifiste en Allemagne de l'Est, voir notamment l'article de Laura dant après le déploiement des euromissiles en RFA » paru dans Inprecor numéro 173 du 14 mai 1984. Voir aussi à ce sujet la « Déclaration commune des militants indépendants de la paix en RDA et en Tchécoslovaquie » publiée dans Inprecor numéro 186 du 17 décembre 1984.

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Fast des Frieden

Men Manifestation pacifiste en RDA. (DR) eu de fondamentalement erroné si cette situation avait été prise comme point de départ pour la transformation du statu quo. Notre but doit être de pousser vers une telle transformation. Ce faisant, bien sûr, nous ne devons ni ne pouvons agir comme s'il n'y avait pas de gouvernements ni d'hommes politiques qui pourraient enclencher un tel changement. Procéder ainsi reviendrait à ignorer le pouvoir politique tel qu'il existe. Nous devons examiner et soutenir chaque initiative qui va dans le sens des développements politiques que nous souhaitons. Pour cette raison, nous sommes d'accord avec vous quand vous dites que nous devrions nous servir de l'acte final de la CSCE plus que nous ne l'avons fait jusqu'à présent, comme moyen de prendre nos gouvernements au mot. Votre travail, ces dernières années, a démontré qu'il était possible de le faire.

Pour nous, l'un des éléments les plus importants de votre Appel c'est la position adoptée sur la question allemande. Parce que cette question provoque de forts ressentiments dans de nombreux Etats d'Europe, nous sommes contents que ce soit vous à avoir pris position là-dessus et à appeler à discuter cette question. Le poids de l'Allemagne dans l'arène européenne signifie que nous, en tant qu'Allemands, avons une responsabilité particulière. Nous croyons qu'une solution à la question européenne n'est pas possible sans qu'il y ait une solution à la question allemande. Pourtant, l'histoire allemande nous incite à avancer prudemment et en respectant les craintes des pays qui ont souffert à cause de l'Allemagne.

Si l'on veut surmonter la division de l'Europe, il faut discuter de toutes les solutions possibles de la question allemande Les Allemands doivent discuter de ces solutions ensemble avec tous les peuples d'Europe car, aujourd'hui, l'autodétermination d'un peuple ne peut contribuer à la détente et au dépassement de la division de notre continent que si elle respecte les intérêts de tous les autres peuples d'Europe. La solution à la question allemande ne peut donc jouer un rôle que si

Ehrenarenst Inder NVA Peace hist Friedes enst!

schaffen! elle s'inscrit dans le cadre d'un traité qui engloberait toute l'Europe. La question de la conclusion d'un traité de paix avec les deux Etats allemands aura une signification dans le cadre d'un tel processus. Parmi les points clefs d'un tel traité il y aurait l'application du traité de Potsdam (en 1945, entre les Etats-Unis, l'Union soviétique et la Grande-Bretagne, ndlr.), plus spécifiquement de la partie sur la démilitarisation de l'Allemagne, ainsi que la ratification définitive des frontières allemandes telles qu'elles existent depuis 1945.

LES TACHES

DU MOUVEMENT DE LA PAIX Nous considérons que la transformation des relations sociales et politiques dans nos pays est une précondition importante pour la réalisation de tous les objectifs que poursuivent les mouvements de la paix européens dans le but de créer une Europe pacifique et unie. Ces efforts ne peuvent réussir que s'ils se basent sur un dépassement du statu quo militaire et économique. D'une part, il faut abolir les armes de destruction de masse ainsi que les armements conventionnels offensifs et empêcher la production de systèmes soi-disant défensifs, lesquels, en réalité perpétuent la course aux armements comme, par exemple, l'Initiative de défense stratégique (IDS). D'autre part, nous devons mettre en question les systèmes de valeur existants, changer nos modes de vie, remplacer les idéologies dépassées par des utopies concrètes. Et nous devons faire en sorte qu'il soit à nouveau possible de réfléchir sur le futur au lieu d'être toujours en train d'inventer de nouveaux modèles de croissance.

L'impuissance et la résignation, la peur et les prejuges, intolérance et l'agressivité, l'attitude fataliste de la majo rité silencieuse, tout cela peut être surmonté par « la puissance douce de la raison » (Lombardo-Radice). A notre avis, ces tâches doivent être celles du mouvement de la paix et leur réalisation est aussi importante que les nombreuses propositions concrètes de désarmement et pour des orientations politiques nouvelles. Le mouvement de la paix doit être un mouvement d'émancipation dans le sens le plus large du terme. Des organisations écologistes, tiers-mondistes et des groupes de femmes y ont leur place, aussi bien que des mouvements qui militent pour un renouveau démocratique de la société, pour l'établissement des droits de l'homme et pour une culture alternative ; il doit y avoir aussi une place pour des minorités sociales et nationales.

De nombreux objectifs du mouvement de la paix sont identiques à ceux du mouvement ouvrier, par exemple l'élimination du travail abrutissant et l'extension de l'auto-détermination sur le lieu de travail. Les rapports classiques de dépendance et d'exploitation existent toujours, auxquels se sont ajoutés de nouveaux dangers. Une forme de socialisme démocratique débarrassé du système de croissance à tout prix, par le moyen de la socialisation et de la décentralisation et orienté vers un humanisme écologique, est concevable pour nos deux pays.

Nous sommes conscients qu'il reste beaucoup à faire avant que ces buts puissent être atteints. Nous devons nous adresser à tout le monde, même à ceux qui, à cause de leur position institutionnelle, sont opposés à tout changement du statu quo. Les transformations qui sont nécessaires pour notre existence et notre dignité ne peuvent s'enclencher que par la discussion libre et publique. La durée nécessaire pour que des changements d'une telle ampleur puissent se réaliser exige de nous un respect particulier des générations à venir. Une condition nécessaire pour la coexistence sociale pacifique réside dans le développement complet de la personnalité des uns et des autres. En plus de la revendication évidente du libre accès à toute institution d'éducation, l'une de nos tâches est de rendre possible l'éducation en dehors de toute institution.

Pour se renforcer, le mouvement à la base pour l'émancipation doit pouvoir accéder librement à la fois à l'information et à toute forme de communication, à contre n'importe quelle forme d'oppression et de manipulation. dans votre Appel le début d'une coopération intense entre nous et nous espérons vivement que cette coopération se mette en place. « Nous devons commencer à agir comme si une Europe unie, neutre et existait déjà » (extrait de l'Appel de la Fondation de la paix Bertrand Russel).

Signataires : Gabi Bechtle, Barbel Bohley, Werner Fischer, Rainer Flügge, Monika Haeger, Rene Hill, Ralf Hirsch, Almut Ilsen, Martin König, Martina Krone, Irena Kukutz, Gisela Metz, Lutz Nagorski, Gerd Poppe, Ulrike Poppe, Rüdiger Rosenthal, Jutta Seidel, Reinhard Schult, Wolfram Tschiche, Mario Wetzky, Rainer Eppelmann.

Berlin, 8 juin 1985.

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