Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER MOUVEMENT PACIFISTE

Lettre du KOS polonais

· Inprecor n° 212, 3 février 1986 · p. 20 · 538 mots

Pologne

TOUS publions ci-dessous la réponse du Comité de résistance sociale (KOS) polonais à l'Appel de Prague. Ce comité édite un hebdomadaire, Kos (merle), dont le tirage est d'environ 20 000 exemplaires, ce qui en fait l'un des principaux journaux clandestins. Sans se réclamer du socialisme, il est considéré comme un courant de gauche. On pourrait dire qu'il constitue la droite de la gauche polonaise. Le KOS fut le premier groupe polonais à prendre contact avec l'END. DOCUMENT

Nous avons lu le texte de votre Appel avec un grand intérêt. De nombreuses opinions qui y sont exprimées — sur la situation internationale actuelle et sur la façon dont elle pourrait être modifiée dans le sens des aspirations des peuples d'Europe - sont similaires aux nôtres. Nous partageons votre idéal d'une Europe libre de violence intérieure et extérieure, une Europe de liberté et de paix, comme nous T'avons dit à Pérouse, dans notre déclaration (1). D'ailleurs, nous avons expliqué dans le détail notre point de vue dans un autre déclaration du KOS intitulée « La paix est indivisible ».

Cependant, nous croyons que pour atteindre cet idéal, nous devons prendre en compte tous les problèmes controversés qui existent aujourd'hui sur notre continent. Bien que nous appuyons votre point de vue sur l'unification de l'Allemagne et sur l'inviolabilité des frontières européennes — voir le message du KOS à la conférence de Berlin (2) -, nous sommes obligés de faire remarquer que le sort de peuples libres privés de leur indépendance par l'Union soviétique représente un problème d'une importance égale : une nouvelle Europe ne peut pas être construite sans la participation des Lithuaniens, des Lettons, des Estoniens, des Biélorusses et desUkrainiens. Nous croyons que cette question doit être inclue dans un document aussi important que l'Appel de Prague.

Nous ne partageons pas non plus le jugement entièrement positif que vous portez sur le processus de négociation inscrit dans le cadre des accords d'Helsinki. Malgré les prétentions qui lui sont attribuées, ce processus a renforcé la logique des blocs au lieu de la dépasser. Ces réserves, ainsi que d'autres de moindre importance, rendent impossible pour nous de signer votre Appel sous sa forme actuelle. Cependant, nous pensons que de tels problèmes controversés peuvent être surmontés dans le cadre d'un dialogue, pour lequel l'échange de vues présent pourrait constituer le point de départ. Un tel dialogue est essentiel pour nos organisations, qui partagent toutes les deux les mêmes valeurs et sont engagées dans un combat contre le même mal.

En même temps, nous voulons vous assurer notre solidarité totale et exprimer notre reconnaissance pour les nombreuses occasions au cours desquelles vous avez démontré votre soutien à la lutte de notre société contre la coercition et la violence, lesquelles sont des problèmes qui touchent aussi de manière brutale la vie de votre

Nous espérons que le dialogue commencé ici représentera un pas sur la voie de la victoire dans cette lutte.

Varsovie, 11 juin 1985. 1. La troisième convention de l'END s'est tenue à Pérouse en juillet 1984. Voir l'article de Jacqueline Allio, « Le bilan de la rencontre de Pérouse », publié dans Inprecor numéro 180 du 24 septembre 1984.

2. La seconde convention de l'END s'est tenue à Berlin en mai 1983.

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