Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER AFRIQUE DU SUD

« Un géant est né »

Inprecor n° 213, 17 février 1986 · p. 11-12 · 2 108 mots

Afrique australe Syndicalisme

La nouvelle centrale syndicale réunit déjà 500 000 adhérents

Nous Meiro roue diapres un sa le puble consacrée au

TOUS reproduisons ci-après un article publié par le Finanmouvement ouvrier. Il donne une idée du sérieux avec lequel est traité l'émergence du COSATU dans le monde poDOCUMENT

Au congrès de lancement du COSATU qui s'est tenu à Durban le week-end dernier, la phrase « Un géant est né », prononcée dans le discours d'ouverture de Cyril Ramaphosa, a été une de celles qui furent accueillies avec le plus d'enthousiasme. C'est sans doute parce que ces paroles du secrétaire général du Synprésident de la commission des mandats du congrès, sont appropriées. Cette commission avait convoqué la réunion et s'occupait des détails de représentation.

Le COSATU est aujourd'hui de loin l'organisation ouvrière la plus importante en Afrique du Sud, représentant 450 000 cotisants et 33 syndicats. Et sans doute, le nombre global des adhérents des syndicats affiliés continuera de croître de façon

Les discours faits devant le congrès clairement que l'organisation voit son rôle principal comme un rôle politique. Son approche politique sera agressive et intransigeante.

Conçu voilà plus de quatre ans, la gestation du COSATU a été longue et difficile. Il a perdu un des principaux participants du départ, le Conseil des syndicats d'Afrique du Sud (CUSA), lequel a fini par décider qu'il ne pouvait concilier son attachement à une concepde monopole absolu dans la direction des syndicats avec l'idéologie non raciale du COSATU. Et ce n'est qu'il y a quelques mois que plus de la moitié des affiliés, pour la plupart des sur le Front démocratique uni (UDF), ont décidé d'y

LE CONGRES DE FONDATION Inévitablement, la question de l'alliance formée récemment sur la base des thèses de la Conscience noire entre le CUSA et la Confédération azanienne des syndicats (AZACTU) a été soulevée. La direction du COSATU n'a pas ménagé ses efforts pour souligner que la porte resterait ouverte à un rapprochement. Mais conscient du fait qu'il parlait depuis une position de force, le COSATU a fait très clairement comprendre qu'une éventuelle alliance à l'avenir se ferait sur ses propres termes. La division au sein du mouvement syndical en voie de création, entre les courants de la conscience noire

"Un géant est né"

litique sud-africain. et celui qui se revendique du non-racialisme, va durer reflétant de la sorte la scission du monde politique militant noir.

Le lancement du COSATU fut soigneusement orchestré afin de créer l'atmosphère la plus unitaire possible. Mais dans les mois à venir, au fur et à mesure que le COSATU élaborera dans le détail ses orientations et sa stratégie, certains des anciens conflits idéologiques risquent de réapparaître. Et le progrès vers la réalisation du mot d'ordre « une industrie, un syndicat » risque d'être moins rapide que l'espèrent certains syndicats industriels.

La direction nouvellement COSATU reflète le rôle prédominant des plus grands syndicats, ainsi que des jeunes, à l'exception d'Elijah Barayi, vice-président du NUM, qui a été élu président confédération. Il s'agit d'une personnalité politique expérimentée, qui a vingt ans de plus que les cinq autres membres du comité exécutif élu premier vice-président est Chris Dlamini, ancien président de la Fédération des syndicats sud-africains (FOSATU), Dlamini, qui est employé de l'entreprise de Kelloggs à Springs est également président du Syndicat des travailleurs de la métiers annexes (SFAWU).

Le deuxième vice-président, Makhulu Ledwaba, est président du Syndicat des travailleurs du commerce, de l'alimentation des métiers annexes (CCAWUSA), fort de 50 000 adhérents, et employé au siège social de la société Metro Cash and

Le trésorier, Maxwell Xulu, est le président de la région Sud du Natal du Syndicat de la métallurgie et des métiers annexes (MAWU), troisième en importance parmi les affiliés du COSATU.

Il y a deux permanents : le secrétaire général, Jay Naidoo, qui était un militant étudiant à l'Université de Durban avant de devenir secrétaire général du SFAWU, et le secrétaire général adjoint, Sydney Mafumadi, qui est un militant bien connu de l'UDF ainsi qu'un dirigeant du Syndicat général GAWU, le General and Allied

En rapport avec la place du COSATU dans la vie politique, la question débattue au congrès n'était pas celle de savoir s'il fallait jouer un rôle ou pas, mais celle du comment faire en sorte que le COSATU puisse jouer ce rôle de la manière la plus efficace possible. L'accent fut mis sur la

C'est la raison pour laquelle nous le publions à titre d'information et sans en partager forcément pour autant toutes les analyses. Les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor. collaboration étroite avec des organisations politiques « progressistes ». Mais une précondition importante est mise à cette collaboration : à savoir que le COSATU doit contrôler la direction des campagnes politiques.

Aux observateurs extérieurs, cela peut sembler une distinction non nécessaire, étant donné surtout les termes plutôt vagues dans lesquels elle a été formulée. Mais si le COSATU atteint son objectif de devenir la force dominante de la vie politique noire, cela aura des conséquenpour l'avenir l'activité politique militante noire en Afrique du Sud. D'abord, les effectifs militants des syndicats ont tendance à être plus organisés et plus disciplinés que les organisations communautaires et politiques des townships noirs. Alors que les campagnes organisées par les principaux syndicats se sont révélées n'être pas moins efficaces que les autres, on y a moins rencontré d'activité politique anarchique qui est devenu un aspect de la violence dans les townships ces quinze derniers mois.

Deuxièmement, on peut s'attendre à ce que le COSATU donne à son programme politique un contenu socialiste plus clair et plus sophistiqué. Les discours insistant sur la nécessité de « restructurer la société » et sur le fait que « les richesses créées par les travailleurs doivent appartenir aux travailleurs, être contrôlées et partagées par eux ». Dans son discours devant un rassemblement de 15 000 partisans de la confédération, Barayi menaçait que les mines et d'autres grandes industries seraient nationalisées dans une future Afrique du Sud.

Bien que de telles déclarations resent au niveau de la rhétorique, la direction du COSATU et ses affiliés ont la capacité de les affiner en un programme économique sérieux, dont de nombreux syndicalistes pensent qu'il manque

Atteindre une position dominante dans la vie politique de l'opposition noire

June priorité pour la nouvelle organisation. Des dirigeants des principaux syndicats affiliés au COSATU sont douloureusement conscients qu'au cours des soulèvements qui ont commencé au mois de septembre dernier l'initiative a été prise par l'UDF et ses partisans. Renverser cette tendance ne sera pas une tâche aisée, surtout qu'il faudra le faire sans s'aliéner une bonne partie de l'UDF. Et il faut conserver à l'esprit que de nombreux

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En mai 1985, 30 000 personnes ont assisté aux funérailles du dirigeant syndical Andries Raditsela,

ANDRIES

RADITSELA

1954-1985 HE LIVEO WORKEL OTEO YOR THE REGRE HIS BLOOD HAS WATEREO THE TREE OF OUR STRUGGLE victime de la brutalité de la police sud-africaine. (DR) syndicats du COSATU sont affiliés à l'UDF et ont trouvé possible de fonctionner dans son cadre sans réserves apparentes sur les orientations de l'UDF.

LES PRINCIPAUX DÉBATS

Le congrès n'ayant pas réussi achever ses débats sur toutes les questions nombre de résolutions ont été renvoyées central (CEC) de l'organisation pour être reconsidérées à une date ultérieure. Mais le congrès néanmoins adopté des orientations sur une série de questions importantes.

Le COSATU a adopté une résolution dure condamnant le système des bantoustans aussi bien que les Noirs qui y participent, ce à quoi il fallait s'attendre. Le chef Mangosuthu Buthelezi, dirigeant du KwaZulu, a déjà interprété l'attitude du COSATU comme une attaque personnelle. Et quand on leur demandait d'apporter des précisions à ce sujet, les dirigeants du COSATU n'ont pas nié que la résolution s'appliquait au KwaZulu auqu'aux autres bantoustans. Ceci constitue en quelque sorte une rupture avec le passé. Les syndicats anciennement affiliés à la FOSATU ont une présence importante au Natal et ont jusqu'ici évité une confrontation ouverte avec Buthelezi et son mouvement, l'Inkatha. Des milliers d'adhérents de la FOSATU sont aussi en effet des membres de l'Inkatha. Il reste à voir si c'est le début d'un conflit sérieux entre le COSATU et l'Inkatha ou si les deux organisations vont pouvoir conclure, au moins, une trêve provisoire instable. Si elles n'y arrivent pas cela posera évidemment un dilemme grave pour ceux de leurs membres qui restent loyaux envers ces deux organisations.

Le COSATU a également adopté une résolution rejetant le fédéralisme comme projet « frauduleux » destiné à maintenir

LONG LIVE THE PEOPLE'S STRUGGLE le pouvoir réel aux mains des Blancs, et affirmant sa vision d'une future Afrique du Sud fonctionnant sous le système d'« une personne, une voix, dans un Etat unitaire ». Des revendications ont été avancées pour la levée de l'état d'urgence, le retrait des forces de sécurité des townships, la libération des prisonniers politiques, et la légalisation des organisations politiques actuellement interdites.

COSATU s'est prononcé clairement pour l'intensification de la pression internationale sur l'Afrique du Sud, y compris pour une politique de désinvestissement. Il semble que ceci représente une évolution à gauche par rapport à la politique antérieure de la FOSATU, qui défendait préalablement l'idée que la pression en faveur du désinvestissement était constructive, mais qu'un véritable désinvestissement porterait tort aux travailleurs qui en seraient directement affectés. Pourtant, annexe à la résolution du COSATU : il veut que les avoirs des sociétés qui se retirent d'Afrique du Sud restent dans le pays. (Il est difficile de concevoir que des sociétés étrangères arrêteraient leurs activités et feraient cadeau de leurs biens aux travailleurs).

Le congrès a aussi décidé que ses affiliés réclament l'égalité entre les sexes, des programmes d'éducation dans les syndicats, un salaire minimum national, l'abolition du système de travailleurs migrants et tissent des liens étroits avec

Men Afrique australe pour faire face à la puissance des sociétés

Le congrès décida aussi que les syndicats affiliés négocient des fusions pour arriver à une situation où il n'y aurait qu'un seul syndicat pour chacune des principales branches industrielles suivan-

Get boisson ; textile, habillement et cuir ; papier, bois et Livre ; mines et industries énergétiques ; métallurgie et automobile ; chimie et industrie du pétrole ; commerce ; transports, services de nettoyage et de sécurité ; employés du gouvernement central et des collectivités locales ; et travailleurs domestiques. Il s'agit de secteurs dans lesquels les syndicats affiliés au COSATU ont déjà une présence importante. En plus, le COSATU cherche à créer des syndicats pour les travailleurs du bâtiment ainsi que pour les travailleurs agricoles. Des progrès

June rationalisation enregistrés. Dans le secteur de l'alimenta-

Get le Syndicat de l'alimentation et de la conserverie (FCWU) ont fait des progrès significatifs vers la fusion. Il est probable que ces syndicats seront rejoints par le Syndicat des travaildu commerce de détail et des annexes (RAWU), lequel des travailleurs des laiteries dans la région du Cap occidental et dans l'Etat libre d'Orange. Le syndicat des transports et autres travailleurs (TGWU) et le Syndicat général (GWU) ont fait pareil dans le secteur des transports, ainsi que deux petits syndicats représentant des travailleurs municipaux.

LES PROBLEMES EN SUSPENS Mais des difficultés risquent de faire sentir entre les grands syndicats d'industrie et les syndicats généraux alignés sur l'UDF. Les syndicats UDF aussi bien que certains de leurs alliés parmi les petits syndicats industriels, ont toujours exprimé une aversion à l'idée d'être dépecés et avalés par les grands syndicats indus-

Ces tensions ont été illustrées par le fait que les syndicats UDF ont fait preuve d'un soutien moins qu'enthousiaste pour une résolution qui fixait la date limite de six mois après le congrès pour compléter les fusions. Le dégré d'engagement unitaire des syndicats alignés sur l'UDF avec ceux qui furent auparavant leurs concurrents sur les plans idéologique et organisationnel sera à mesurer à l'aune de leur respect de l'échéance fixée.

Il reste des questions controversées qui doivent encore être discutées par le CEC. Parmi elles, une des plus difficiles à résoudre sera celle qui a trait aux relations avec des organisations syndicales internationales. Le Syndicat des travailleurs unis d'Afrique du Sud (SAAWU) a proposé que le COSATU se dissocie de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et qu'il refuse l'aide financière de cette organisation, qu'il accuse de « subversion » et d'« impérialisme ». Bien qu'aucun syndicat affilié au COSATU n'ait de liens officiels avec la CISL, beaucoup d'entre eux ont entretenu des relations étroites avec elle et en ont profité sur le plan financier.

Manifestement nous assistons à l'apparition sur la scène politique en Afrique du Sud d'une force nouvelle et majeure qui prétend au pouvoir politique. Reste à savoir si elle pourra le conquérir.

Financial Mail, Johannesburg, 6 décembre 1985.

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